SUR LES RAPPORTS INTIMES DE DIANE DE POITIERS ET DE HENRI II
Plusieurs écrivains ont prétendu que les relations qui ont exislé entre Diane de Poitiers et Henri II ont été purement amicales et que c'est seulement par le charme de son esprit , la supériorité de son jugement et sa prudente prévoyance qu'on doit attribuer son ascendant sur le roi. Cette mutuelle affection aurait donc été en quelque sorte maternelle et filiale , si l'on s'en rapporte aux ambassadeurs vénitiens dont la mission était de rendre compte à Venise des choses de la France. Perd alcuni credono che questo amore, ch'è granclissimo, non sia lascivo ma corne materno filiale (1).
A cette époque, où l'influence des romans de chevalerie et les fictions romanesques exerçaient un grand empire sur les esprits , on pouvait croire que Henri II , dont les goûts chevaleresques ont causé le trépas dans un célèbre tournoi, eût voulu, se modelant sur l'Amadis de Gaule dont les livres XI et XII sont dédiés à Diane (2), donner ainsi sur le trône un exemple de ces amours platoniques qui faisaient se dévouer les anciens paladins à la Dame de leurs pensées; c'est ainsi que, sous l'inspiration de la Laure de Pétrarque et de la Béatrice du Dante, son grand-oncle le roi Louis XII s'était lié d'une tendre et pure affection pour la charmante Thomassine Spinola(3). De nos jours n'avons-nous pas vu une belle
(1) C'est ainsi que s'exprime Mario Cavalli, l'un de ces ambassadeurs. Documents historiques de la France, Relation des ambassadeurs vénitiens, 1. 1, p. 230-237.
(2) Dans la préface, le traducteur de l'Amadis (espagnol) établit un parallèle entre l'héroïne du roman et l'héroïne de l'histoire.
(3) Voici le récit fort intéressant de Jean d'Auton :
« Les dames de Gênes se trouvaient aux banquets habillées à la mode milanaise et « à la fois à leur mode. Et, entre autres, fut là une dame génevoise nommée Tho- « massine Spinola, l'une des plus belles de toute l'Italie, laquelle jeta souvent les « yeux sur le roi, qui était un beau prince à merveille, très -savant et moult bien « emparlé. Tantl'advisa cette dame que, après plusieurs regards, l'amour qui rien « ne doute, l'enhardit à parler à lui, et lui dire plusieurs douces paroles; ce que « le roi , comme prince ti ès-humain , prit gré volontiers , et souvent devisèrent « ensemble de plusieurs choses par honneur ; et tant, que cette dame se voyant « familière de lui, une fois entre autres, le pria très-humblement que, par une « manière d'accointe, il lui plût qu'elle fût son intendio et lui le sien, qui est à « dire accointance honorable etamicable intelligence. Et tout ce lui octroya le roi,
et aimable veuve fixer autour d'elle des adorateurs épris d'un amour qui n'eut rien de profane?
La sollicitude de Diane pour les enfants de la reine, la sagesse et la prudence de ses conseils dans les rapports qu'elle sut maintenir avec elle (1), et les marques si persévérantes de la vive affection du roi pour une femme dont l'esprit était de beaucoup supérieur à la beauté, sembleraient expliquer cette longue passion bien mieux que ne le pourrait faire un attachement plus
« dont la noble dame se tint plus heureuse que d'avoir gagné tout l'or du monde, « et eut ce don si cher que pour se sentir seulement bien venue du roi, tout autre « avait mis en oubli, voire jusqu'à ne vouloir plus coucher avec son mari. Ce qui « pourrait donner à penser ce qu'on voudrait; mais autre chose, selon le vrai dire « de ceux qui ce pouvaient mieux savoir, n'y eut que toute probité.» (Jeand'Auton, Chroniques, t. II, p. 236-237, édition publiée par le bibliophile Jacob.)
Jean d'Au ton rapporte que « la dame Thomassine Spinola mourut, et ce, pour « avoir ouï dire que le roi était mort, et qu'ayant été fait compte au roi des re- « grets qu'elle lui avait faits et de la manière de sa mort, le roi en fut bien émer- « veillé et bien marri, et que pour publier sa vertu et amplifier son mérite, il « voulut que par écrit présent en fût mémoire future, et pour ce faire donna « charge à d'Auton de l'écrire. »
Dans une très -longue pièce de vers, où sont décrits les mérites de Vintendio de noble roi de France et leur affection réciproque, le roi exprime ainsi ses regrets :
Or, l'avais-je pour intendio prise , Et elle moi, de quoi mieux je me prise, Vu les vertus dont elle était merchée, Tant fut certes de mon cœur approchée, Que pour son bien maintenir en usage J'eusse bien fait à Gênes le voyage ; Mais à mal heure est morte la pauvrette. Hélas ! c'est bien un merveilleux domage ! Toujours la plains et sans fin la regrette.
(Jean d'Auton, t. III, p. 134.)
D'Auton raconte qu'il remit au roi cette pièce de vers et l'envoya à Gênes pour les faire mettre sur le tombeau de la défunte en signe de contumelie souveraine et spectacle mémorable.
(1) Diane avait affecté dans le château d'Anet un appartement pour la reine, dont la chambre principale était décorée du chiffre enlacé de Catherine et de Henri, les initiales C et H , et aussi de la devise de Catherine, 4>QO£ 4>EPOI HAE TAAH1NHN (qu'elle nous apporte la lumière et la sérénité). Cette inscription se trouve deux fois dans l'ornementation d'une des fenêtres du château d'Anet composé de fragments des grisailles de Jean Cousin. L'un de ces fragments portant cette devise provient de l'église de Croth , où je l'ai vue longtemps avant que ce fragment fût transporté au château. Sur cette devise voir Paradin, p. 68, et Siméoni qui écrit çspei.
vulgaire à une femme dont l'âge aurait permis d'être plutôt lanière que la maîtresse de Henri.
Dans les cinq lettres que Henri lui adressa, on ne voit que des expressions simples et ne dépassant jamais celles qu'un noble chevalier adresserait à la dame de ses pensées. Voici les plus tendres et les plus sentimentales :
Lettre de mai 1552 [Diane avait alors cinquante-deux ans (1) ]. « Je vous supplye avoir souvenanse de celuy qui n'a jamais « connu que ung Dieu et une amye, et vous assurer que n'arés « poynt de honte de m'avoyr donné le nom de servyteur, lequel « je vous supplye me conserver pour jamès. »
Lettre du 10 août 1558 (Diane avait alors cinquante-huit ans). « Je panse m'en aler à Paris demyn... de Mondydyer où j'espere « me mestre an tel estât que je m'eforceré estre dyne de pouvoyr « porter l'escharpe que m'avés anvoyé... » (Cette lettre se termine ainsi : )
« Je vous ranvoyeré Lamenardyere... quy me gardera vous en « faire plus long propos, sy n'est que je vous suplie avoyr tou- « jours souvenance de celuy quy n'a jamès aymé ny n'èmera ja- « mès que vous. Je vous suplie, mamie, vouloyr porter cet bague « pour l'amour de moy. »
La pièce de vers écrite de la main même de Henri II (Bibliothèque de France, B. ms. 3143, feuillets 6-9) ne contient non plus aucune expression que ne se serait permise la galanterie d'un chevalier parfait (2). Elle est gracieuse, exprime des sentiments délicats et paraît offrir tous les caractères d'une amitié qui n'a rien à cacher.
On n'a aucune lettre de Diane à Henri ; elles auront été anéanties par elle-même , soigneuse de sa réputation. Toute sa cor-
(1) Diane, née le 8 septembre 1499, fut mariée en 1514, à l'âge de dix-huit ans, à Louis deBrézé, qui en avait alors cinquante-cinq.
(2) La pièce de vers, ou plutôt la chanson attribuée à Diane qui a figuré dans la vente Double sous le n° 389, est, je n'en doute pas, une pièce apocryphe comme on en a tant fabriquées surtout dans ces derniers temps. Telle est aussi l'opinion de M. Georges Guiffrey , qui la rapporte dans sa publication si remarquable des Lettres inédites de Diane de Poy tiers , en émettant les mêmes doutes que moi.
respondance, publiée par M. G. Guiffrey, fait voir un esprit net, ferme, positif et surtout politique. Son Testament nous la montre prévoyant tout, n'oubliant aucun détail, et, ce qui n'est pas moins remarquable , persévérant dans le soin qu'elle prend, à un moment où on songe peu à déguiser ses pensées, d'exiger que son cœur soit réuni à celui de son mari; elle prescrit même que ses chanoines continuent , « comme ils en sont chargés par la « fondation par elle ordonnée , de pryer Dieu pour monsieur « son mary , pour elle et ses bienfaicteurs et enfants, père et « mère , et frères et seurs et amys , en récompense de n'avoyr « faict son devoir, estant en ce monde. » Enfin elle ordonne dans son testament que « sy d'adventure elle décéddoit à Paris, « elle veult que sên corps soict porté aux Filles repenties. »
Quoi qu'il en soit, on doit reconnaître que Diane sut envelopper de dignité une conduite équivoque ; et si elle ne put résister à la tendresse et à la constance de Henri, parce qu'il était jeune, quHl était beau et qu'il était roi, on ne doit point oublier que la mort de son mari lui avait rendu sa liberté.
Aussi, malgré la haine que lui portaient les protestants qu'elle persécuta avec la violence des passions religieuses, et malgré l'animosité de la duchesse d'Étampes et de son redoutable parti, elle sut se faire respecter jusqu'à son dernier jour.
Cependant, quel que soit le désir qu'on aurait de ne voir dans l'affection réciproque de Diane et de Henri d'autre sentiment que celui dont il est parlé dans la Relation des ambassadeurs vénitiens, je dois faire connaître un fait dont la tradition s'est conservée parmi les vieillards d'Anet.
Déjà en 1846, M. A. Dupré, dans un recueil intitulé la Mosaïque de V Ouest et du Centre, avait inséré un article sur le Château d'ANET, où il dit :
« Le cercueil de Diane, déposé d'abord dans l'aile droite de a l'église paroissiale, en attendant qu'on eût fini la chapelle funé- « raire de Diane, fut ensuite transféré avec deux jeunes enfanls « que la défunte avait eu de Henri II. »
On conçoit que l'existence de ces deux enfants et leur mort prématurée soient restées ignorées du vivant de Diane; elle avait intérêt à cacher leur naissance, en sorte que ni Mézeray, si peu bienveillant pour Diane , ni de Thou, ni tant d'autres, n'en
ont rien su. Brantôme est le seul qui y ait fait allusion dans la réponse qu'il prête à Diane lorsque Henri II aurait voulu légitimer les enfants qu'il avait eus d'elle.
Le fait même de leur découverte dans la chapelle de Diane en 1795, a été passé sous silence par tous ceux qui dans ces derniers temps ont écrit sur Diane et sur Anet, même par M. Georges Guiffrey, qui s'est livré à des recherches si consciencieuses dans son Recueil des Lettres inédites de Diane , publié en 1866.
Cependant ce que M. A. Dupré a consigné dans son article sur Anet, en 184-6, se trouve confirmé par l'extrait suivant que me communique M. Roussel, de Dreux, d'après le manuscrit où depuis longtemps il consigne le résultat de ses recherches sur tout ce qui concerne le château d'Ane t.
Or, M. Roussel, originaire d'Anet, ainsi que sa famille, et dont le père vit encore, tenaient de quelques vieillards encore existant à Anet, et qui ont été témoins de l'exhumation de Diane de Poitiers (1), les détails suivants, relatés dans le manuscrit de M. Roussel et qu'il m'a confirmés dans ses entretiens :
« Le trente prairial an III, 18 juin 1795, les nommés Moulins, (» commissaire de sûreté générale, Bonjour; son adjoint, et au- « très, étant venus à Anet, firent faire la motion de détruire le « tombeau de Diane de Poitiers.
« Dans leur enthousiasme pour l'égalité, ils voulaient enlever aux « morts mêmes les privilèges qu'ils s'étaient attribués de leur vice vant. Diane, qui reposait dans un magnifique sarcophage de marte bre noir soutenu par quatre sphinx de marbre blanc, au milieu « d'une chapelle construite par elle pour lui servir de lieu d'asile « et de tombeau , devait donc être remise en terre commune « dans le cimetière de la cité.
« Après avoir démonté le mausolée, on ouvrit le caveau; l'en- « veloppe de bois fut défaite; le cercueil en plomb, transporté « sur les dalles du chœur, fut coupé en présence de ces hommes, « et alors apparut le blanc visage (2) très-bien conservé de la du-
(1) L'original de ce procès-verbal se trouve aux archives du département d'Eureet-Loir.
(2) Cette blancheur que la peau du visage de Diane aurait conservée, ce qui s'accorde avec le récit de M. A. Dupré, nie fait croire que l'embaumement du corps de Diane et de ses enfants fut opéré avec un art et des soins tout particuliers dont le secret est peut-être perdu. Je me rappelle qu'en 1800, lorsque, par ordre du
« chesse couchée dans la bière, revêtue de très-riches habits, assez « semblable à sa statue qui était sur le sarcophage. Trois ou quatre a femmes avaient été commandées par décence pour la retirer du « cercueil; deux de ces femmes, l'une Mme Urbain et l'autre « MmeG... (Guederolle), furent chargées de la déshabiller. C'est de « ces deux dames elles-mêmes que M. Roussel tient tous ces dé- « tails, qui lui ont été confirmés par ses deux tantes qui existent « encore à Anet, dont l'une, âgée de 86 ans, a vu les corps nus « de Diane et de ses deux enfants, et l'autre, âgée de 84 ans, en « a aussi conservé le souvenir.
« D'après leur récit, près de Diane étaient couchées deux pea tites filles habillées comme leur mère, Tune de 5 à 6 ans, Tau Ire « de 7 à 8 ans environ ; ces enfants sont ceux peut-être que « Henri II voulait légitimer, ce que Diane avait refusé, ainsi que « Ta dit Brantôme. On enleva leurs habits et leurs parures, qui « furent envoyés au département, et de là à Paris.
« Les corps furent déposés sur le gazon, près de la chapelle ; « ils étaient blancs et très-bien conservés, mais au bout de quel- « ques instants une teinte noirâtre commença à les envahir.
« Une voiture fut amenée, une de ces voitures à bras dont se
premier consul Bonaparte, se fit en grande cérémonie la translation du corps de Turenne dans l'église des Invalides, sa figure avait une teinte noirâtre.
Quel exemple de fatalité nous offrent les tombeaux î Ce même Bonaparte, devenu quatre ans après empereur sous le titre de Napoléon Ier, meurt en exil, et c'est le roi Louis-Philippe qui envoie son fils exhumer son corps à Sainte-Hélène pour le déposer sous ledômedes Invalides. Napoléon III remonte sur letrône impérial, le roi Louis-Philippe meurt en exil, et c'est aujourd'hui la République qui rend possible la rentrée do son corps. Par un autre revers de la fortune, peu s'en est fallu que les mains sacrilèges qui ont renversé avec la statue de Napoléon la colonne qui la supportait , n'eussent voulu violer aussi son magnifique tombeau et jeter ses cendres au vent, réalisant ainsi la prophétie de Heine, qui écrivait le 19 décembre 1841 : « Non, ici en France rien n'est ferme tout à fait. Déjà une « fois les orages ont arraché du faite de la colonne Vendôme l'homme de fer qui « pose sur son fût, et, en cas que les communistes parvinssent au gouvernement, « le même accident pourrait lui arriver une seconde fois, ou bien même la rage « d'égalité sociale serait capable de renverser toute la colonne , afin que ce mo-
« nument, symbole de la gloire, fût entièrement rasé de terre Oui, le héros
« mort aurait peut-être mieux fait de rester à Sainte-Hélène, et je ne lui garan- « tis pas qu'un jour son monument funèbre ne soit réduit en débris, et que ses « cendres ne soient jetées dans ce beau fleuve au bord duquel il désirait se repo- « ser si sentimentalement , je veux dire la Seine ! » {Luièce. Lettres sur la vie politique, artistique et sociale en France, p. 222.)
« servent les vignerons du pays et qu'on appelle un diable ; les « corps y furent déposés avec précaution.
« A ce moment les enfants sortaient de l'école; ils vinrent voir « ce qui occasionnait un attroupement près du château; ces « femmes les chassèrent doucement en leur disant : Allez, allez, « ce sont des choses qui ne doivent pas regarder les petits en- « fants (parmi ces enfants, deux qui sont de la famille de M. Rous- « sel existent encore à Anet). Un sentiment naturel aux femmes « les poussa à dissimuler aux regards les corps de Diane et de ses « filles; une maison voisine était en démolition, elles arrachèrent • « de grands papiers qui avaient servi de tapisseries, cachèrent ainsi « les cadavres, et le convoi se dirigea vers le cimetière de la pa- « roisse. Une fosse était creusée derrière le chœur, Diane y fut des- « cendue debout avec ses filles ; mais pendant l'inhumation , « comme le trou était profond, un des fossoyeurs sentant glisser le « corps saisit la duchesse par les cheveux ; la coiffure entière lui « resta dans la main; pour s'en débarrasser il la jeta et elle tomba « sur Mme Urbain, qui la recueillit toute tremblante, et en eut, « à cause de circonstances particulières , un saisissement face cheux. .
« Le soir, à la réunion du comité de surveillance, on distribua ces « cheveux aux assistants; le peintre du duc de Penthièvre, M. Bi- « lot, en réclama la plus belle boucle; elle lui fut donnée : c'est « celle qui fut acquise il y a quelques années par M. Moreau, lors « de la vente après décès de M. Bilot, ancien peintre à Anet. »
Ce récit a été inséré au journal de Dreux {le Druide) le 27 avril 1868, vingt-deux ans après l'apparition de la mention des deux enfants de Diane faite par M. A. Dupré dans la Mosaïque de l'Ouest et du Centre. M. Roussel ne connut cet article qu'un an après avoir inséré son récit dans le Druide. Le fait mentionné par M. A. Dupré cinquante et un ans seulement après l'exhumation du corps de Diane, n'avait trouvé aucune contradiction.
Le procès-verbal déposé aux archives d'Eure-et-Loir constate la présence dans la chapelle funéraire de Diane de Poitiers de trois cercueils, dont le plomb fut vendu, et ce renseignement corroborerait encore, s'il en était besoin, l'exactitude de ces récits.
M'étant adressé à M. A. Dupré, bibliothécaire de la ville de Blois, pour savoir à quelle source il avait recueilli le fait mentionné dans la Mosaïque de l'Ouest et du Centre, il eut l'obligeance de m'informer qu'il provenait de YHistoire de Chartres, par Che-
vart, 2 vol. in-8°, publié à Chartres en Fan IX, après l'exhumation du corps de Diane. Voici ce passage, p. 389 :
« Diane mourut à Anet , âgée de 66 ans, le 26 avril 1566. Son « corps resta en dépôt pendant plusieurs années dans l'aile droite « de l'église paroissiale, entre deux piliers près du clocher, et ce, « en attendant qu'on eût fini la chapelle funéraire dont Diane « avait ordonné la construction; alors le corps , renfermé dans « un cercueil de plomb, fut transféré dans le caveau de cette cha- « pelle, avec deux jeunes enfants de 10 et 11 ans qu'elle avait eus « de Henri II, lesquels avaient aussi un cercueil de plomb. Quelce ques années avant la Révolution, celui de Diane ayant été ou- « vert, elle y fut trouvée revêtue d'habillements magnifiques; « son corps, parfaitement embaumé, s'était très-bien conservé; « le visage surtout semblait ne pas avoir souffert la moindre al- « tération; mais, au bout de quelques heures, cette belle figure « se décomposa et devint livide. »
On conçoit que Diane, dans son testament, rédigé avec tant de soin, et où les prescriptions, même pour les détails les plus minimes, sont imposées impérieusement à ses filles, la duchesse de la Mark et la duchesse d'Aumale, ait passé sous silence ce qu'il lui importait de tenir secret ; mais, après avoir réuni tous ces renseignements, il n'est plus possible de n'en pas admettre la réalité, tout en témoignant le regret que, même pour des faits aussi récents, il soit si difficile d'en constater la vérité historique