‹ Étude sur l'aortite aiguëChapitre 6 sur 12 · MARCHE.-DURÉE.-TERMINAISONS · texte numérisé non relu

MARCHE.-DURÉE.-TERMINAISONS

On voit que l’ensemble de l’aortite aiguë présente encore une certaine variété dans son expression symptomatique, malgré que le tableau le plus fréquent soit uniquement constitué par la dyspnée, la sensation de brûlure rétrosternale et les accès douloureux. Quoi qu’il en soit, l’affection, une fois bien établie, marche ordinairement d’une manière rapide,

La dyspnée s’accuse de plus en plus; les accès se multiplient et naissent pour la moindre cause, comme sans motif appréciable. Le malade est dans une anxiété continuelle, sans pouvoir s’agiter, de peur d’augmenter son oppression. Enfin, il meurt subitement au milieu d’un dernier accès d’angine de poitrine. D’autres fois, les accès douloureux semblent diminuer de fréquence vers la fin de la maladie, mais l'ang^oisse permanente existe toujours aussi marquée, l’état général est misérable et c’est encore la mort subite qui survient comme terminaison. De tels exemples ont trait à l’aortite à marche rapide et aboutissent à la mort dans un court délai, puisque le premier accès douloureux peut être mortel. La terminaison fatale est d’autres fois moins brusque et paraît s’établir d’une façon graduelle par augmentation progressive de la gêne respiratoire. Mais ce n’est pas la physionomie habituelle et rigoureuse de l’affection. L’aortite aiguë est souvent, en effet, une maladie caractérisée par des poussées successives qui, dans leur intervalle, laissent le malade dans un état de bien-être relatif, sans qu’il lui soit possible

pourtant, d’une façon générale, de reprendre ses travaux. On voit,alors l’oppression qui était extrême s’affaiblir sous l’influence des premiers jours de repos.’ Les accès diminuent de fréquence et semblent même avoir cessé complètement, quand ils reviennent tout à coup aussi terribles qu’au début et sans cause appréciable. L’oppression reparaît en même temps avec son premier degré de violence, puis tout peut s’améliorer encore une fois au bout de quelques jours pour revenir bientôt après. C’est ainsi que dans l’observationVI on peut voir trois ou quatre poussées successives avant que la maladie n’arrive à son terme fatal.

Les intervalles de tranquillité, pendant lesquels le patient peut quitter le lit et se promener un peu, ont une durée variable. Ils se prolongent quelquefois tellement que la guérison apparaissait comme possible, quand tous les troubles éclatent de nouveau subitement. On voit même des malades sortir de l’hôpital et ne présenter une nouvelle poussée qu’à une époque relativement éloignée de la première.

Enfin, cette guérison apparente peut s’établir quelquefois d’une manière définitive. C’est ainsi que M. le docteur Bucquoy a pu soigner en 1870 une dame de 77 ans, chez laquelle tous les symptômes de l’aortite aiguë, après avoir duré pendant plusieurs mois, se sont atténués progressivement et ont disparu d’une manière complète pour ne plus revenir depuis cette époque.

Mais de pareils exemples sont malheureusement trop rares. L’affection se termine le plus souvent d’une manière fatale et subite, comme nous l’avons déjà vu.

Cette mort brusque est encore un des points saillants

dans l’histoire de l’aortite. Elle peut survenir dans deux circonstances différentes, tantôt au milieu d’un accès douloureux et tantôt d’une manière tranquille, sans que le malade pousse une plainte. Le mécanisme en est le même dans les deux cas. C’est une syncope qui, dans le premier, paraît résulter de l’excès de la douleur et d’ue excitatiou nerveuse trop violente. Dans son autre mode, elle ne peut être imputée à aucune circonstance étiologique bien marquée. Il est pourtant impossible de n’être pas frappé en voyant que les deux exemples de mort subite tranquille relatés parmi nos observations, ont eu lieu pendant que le malade mangeait ou immédiatement après le repas (obs. IV et V). La réplétion de l’estomac paraît alors n’avoir pas été étrangère à l’établissement de la syncope. '

D’autres fois, le malade succombe aux progrès incessants de la cachexie et de la dyspnée, sans que l’œdème se soit jamais bien accusé et au milieu d’un ensemble assez éloigné de celui que présente l’asystolie. Cette dernière doit être, en effet, bien rare comme mode de terminaison, si même on peut l’observer dans l’aortite exempte d’autres altérations du cœur. Si, au contraire, cette affection vient à compliquer une lésion mitrale, on peut en voir la terminaison par asystolie. Mais ici encore, il est facile d’observer une marche spéciale caractérisée par l’apparition beaucoup plus hâtive des phénomènes ultimes. L’explication de l’enchaînement si rapide des symptômes dans ces cas est toute naturelle, puisque alors la circulation se trouve prise entre deux lésions qui ont toutes deux pour effet de diminuer la pression vasculaire.

L’aortite aiguë se termine donc le plus souvent par la mort qui peut arriver presque au début de l’affection et en rendre ainsi la durée très-courte, mais son évolution totale est loin d’être toujours aussi rapide. En prenant comme début l’époque où les malades sont obligés de cesser leurs travaux, les accidents peuvent durer trois ou quatre mois avant d’arriver à la mort. Il est vrai que la terminaison brusque, sans cause apparente, est toujours menaçante et rend impossible toute appréciation un peu rigoureuse de la durée de l’affection. Sion veut établir au contraire le début de l’évolution des symptômes à partir du premier trouble que le malade a ressenti du côté du cœur, on est forcéd’assigneràlamaladie une période beaucoup plus longue. C’est ainsique plusieurs des malades dont l’observation est citée à la fin de ce travail avaient éprouvé déjà quelques palpitations et une légère sensation toute passagère de constriction rétro-sternale un an ou. deux avant l’apparition de symptômes plus sérieux. On peut regarder ces accidents éloignés et toujours passagers, comme les les prodromes de l’affection aortique ou comme de petites poussées avortées qui peuvent faire prévoir une attaque plus sérieuse dans un avenir prochain. Que le processus aboutisse en effet à la mort ou que par exception il s’éteigne après avoir duré un certain temps, les limites de l’affection ne dépassent, guère, dans sa plus longue durée, une période de trois ou quatre mois. Les observations qui paraissent s’éloigner de cette règle sont ordinairement des exemples d’aortite précédée par une lésion organique du cœur qui fait paraître à pre-

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mière vue le début de l’affection beaucoup plus éloignée.

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