PRONOSTIC
L’aortite aiguë porte naturellement avec elle un pronostic très-grave et doit faire craindre une mort rapide et d’autant plus terrible qu’elle arrive souvent d’une manière subite. Mais il existe sur la marche de la maladie des probabilités qui sont plus ou moins fâcheuses suivant les circonstances. C’est ainsi que l’âge doit entrer en grande considération pour préjuger de la tournure que prendra l’affection. On a vu en effet que la mort n’élait pas fatale, et que le processus pouvait s’arrêter et s’éteindre parfois complètement. Or cette terminaison heureuse se voit plutôt dans un
âge avancé. C’est ainsi que la personne soignée par M. le docteur Bucquoy était âgée de 77 ans et qu’elle a maintenant atteint 85 ans sans avoir présenté de nouvelles poussées d'aortite. Il ne faut pourtant pas exagérer les choses, et un malade que nous avons observé et qui a pu sortir de l’hôpital, n’était, âgé que de 37 ans. Il est vrai que son état n’était seulement qu’amélioré sans que la guérison fût complète.
L!état de santé au milieu duquel débute l’aortite peut aussi en aggraver le pronostic. Quand celle-ci s’établit d’une manière subite, ou dans le cours d’un rhumatisme, par propagation d’une endocardite, sa marche est souvent plus rapide. Si au contraire le début n’a pas été brusque, qu’il ait été précédé pendant quelque temps d’oppression, de palpitations, avant que le processus inflammatoire ne fût définitivement constitué, la maladie procède ordinairement sous forme de poussées successives et peut s’arrêter dans son cours.
Quand il existe une lésion mitrale préexistante, la marche n’en paraît pas autrement accélérée, malgré cette cause surajoutée de gêne circulatoire, mais les rares chances de guérison sont encore diminuées.
Dans les faits où l’aortite affecte une allure saccadée, en avançant par poussées irrégulières il est bon de pouvoir dire dans leur intervalle si le calme va persister ou si une nouvelle apparition des accidents est imminente. C’est alors qu’on trouve un point de repère très-précieux dans la mesure quotidienne de la quantité des urines. Si on en voit le taux s’abaisser, on doit prévoir l’apparition de nouveaux accidents sous peu de jours. Ainsi, dans l’Obs. YI, on a pu, à plusieurs
reprises, prédire à l’aide de ce moyen la réapparition des symptômes et annoncer que la guérison n’existait seulement qu’en apparence.