‹ Étude sur l'apprentissage a ToulousChapitre 20 sur 27 · Voir p · texte numérisé non relu

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qucramenl, les apprenties ne touchent au début que o fr. 25 c, augmentant ensuite d'un même chiffre tantôt par an, tantôt quelquefois par saison. Dans la plupart des autres métiers de femmes à Toulouse (casquetlières, etc.), l'apprentissage est payé aussi ; le prix seul diffère. Gomme dernier exemple, notons le salaire de ces jeunes filles que nous avons montrées travaillant dans une manufacture de chaussures'. Mécaniciennes, elles reçoivent approximativement, par semaine, de l'ouvrière qui s'est chargée d'elles : i franc en entrant, i fr. 5o c. après trois ou quatre mois, 2 francs après six mois, 2 fr. 5o c. après un an, 4 t 5, 6 francs la deuxième année. Les apprenties à la table louchent fr. 5o c., puis 1 franc et jusqu'à 2 fr. 5o c.

Ainsi, nous avons pu remarquer, d'après un certain nombre d'exemples locaux, ia tendance générale de l'apprentissage à se faire désormais selon un mode unique : l'apprenti indemnisé par le patron du temps qu'il consacre à son éducation professionnelle. Quelque anormal que cela puisse paraître, les faits l'imposent : tous les parents sont unanimes à demander que leurs enfants soient payés de suite, tous les patrons (nous ne parlons pas naturellement des métiers qui pour cette raison même ne se recrutent plus qu'avec difficulté) sont unanimes à affirmer que sans payer ils ne trouveraient pas d'apprentis. « Je veux 45 francs par mois, parce que j'ai besoin de manger », déclarait une mère de famille en présenlant sa fille au directeur d'une manufacture, et M. Espi-

nasse ' cite le fait d'une apprentiede quatorze ans que ses parents battaient sous le prétexte que io francs par mois ne constituaient pas un salaire suffisant. Nous comprenons dès lors pourquoi sont désertées les professions qui demandent une longue formation et celles dont l'apprentissage s'achève sans salaire. De même s'explique ce changement incessant de l'apprenti d'une maison à une autre, s' efforçant ainsi, par l'illusion qu'il donne de sa capacité, d'obtenir un salaire plus élevé. La question de la durée de l'apprentissage, qui commande en partie la valeur profes-sionnelle à venir, se lie donc intimement à la question du prix. D'autre part, — et nous verrons mieux cet aspect en éludianlies obligations réciproques, — « comment instruire vraiment un apprenti, me disait avec sincérité un patron menuisier, quand on est obligé, au bout d'un mois par exemple, de lui donner 20 sous, alors qu'il est encore incapable! Ou nous ne le prenons pas (j'ai retrouvé ce cas fréquemment), ou nous sommes forcés de nous iûdemniser en l'utilisant à toute autre chose qu'à son métier. » De l'avis même de presque tous les ouvriers et patrons consultés, c'est surtout, en effet, le désir des parents et des apprentis de gagner de l'argent au lieu de sacrifier du temps à l'apprentissage, qui amène indirectement la disparition de ce dernier. Nous avons bien constaté plus haut une certaine tendance à rétablir un contrat ou une réglementation d'origine corporative, mais, notamment parmi les ouvriers, plusieurs des partisans de ces réformes ne

i. Op. cit., p. 186.

les envisagent pourtant qu'avec méfiance', tandis que beaucoup, surtout peut-être dans les métiers de femmes, y sont plutôt hostiles. Non seulement ils redoulent la perle momentanée de ce qu'ils nomment leur liberté; mais, laissent-ils entendre aisément : « à quoi nous servirait d'être liés individuellement) si, pour le minime profil d'une éducation professionnelle que nulle organisation, extérieure aux patrons et à nous-mêmes, ne peut efficacement contrôler, nous sacrifions quelques chances de gagner plus vite et davantage? » Dans l'état inorganique actuel du monde du travail, la concurrence effrénée laisse d'une part l'ouvrier à son isolement et fait baisser les salaires, d'autre part ie force irrésistiblement à supprimer tout lien personnel, toute entrave, même bienfaisante pour l'avenir, qui le gênerait dans la poussée universelle, où chacun s'efforce de ne pas être écrasé 1 . Nécessité de vivre ou exagération des besoins, grâce à l'individualisme qui les aggrave tout en en supprimant les remèdes, ces causes profondes entraînent, dans une proportion croissante et inévitable, la fin de l'apprentissage. Elles doivent aussi rejeter chaque obstacle particulier qui voudrait corriger quelqu'un de leurs effets.

c) Age de tapprenti. — Du reste, si nous observons maintenant l'âge auquel l'apprenti embrasse généralement un métier, nous retrouverons cette hâte

i. Cf. p. Bi.

a. Dans l'antagonisme où se tiennent les divers éléments du travail, le syndicalisme apparaît impuissant à corriger lui seul un tel état de choses. N'esUil pas lui-même parfois une expression de l'individualisme?

qui précipite l'enfant au sortir de l'école vers un travail le plus rémunérateur possible. Seules les prescriptions légales l'arrêteront : instruction obligatoire, interdiction d'employer les enfants avant 12 ans ou i3 ans s'ils ne sont pas munis du certificat d'études primaires (loi du 2 novembre 1892, art. 2), de mettre les jeunes filles mineures de 16 ans aux machines à pédales (décret du i3mai 1893, art. 12), etc. L'examen de quelques faits nous montre en général que c'est bien vers 12, i3, i4 ans que l'écolier devient apprenti. Qu'il s'agisse de fondeurs, de coiffeurs, d'imprimeurs, d'ouvriers en chaussures, etc., l'âge ne varie pas; Et nous avons vu même, dans cette dernière industrie, des apprentis très jeunes obtenir des salaires relativement élevés. Il ne semble pas d'ailleurs qu'il existe un rapport quelconque entre l'âge et le prix versé par le patron : dans l'instabilité des conditions actuelles de l'apprentissage, il ne peut. y avoir de même à cet égard qu'une variabilité extrême. Dans les métiers féminins, presque toutes les apprenties débutent aussi vers i3 ou i4ans. La plupari des ouvrières consultées m'ont déclaré, en effet, être entrées dans leur premier atelier vers cet âge, et le directeur d'une grande maison de confection pour dames me disait que chez lui il n'y avait guère de demandes au-dessus de i5 ans. Quinze, seize ans au plus, c'est bien la limite au delà de laquelle en fait ne commence presque aucun apprentissage. On rencontre toutefois quelques exceptions. Voici un ouvrier menuisier qui a débuté à 19 ans, après avoir été jusque-là manœuvre dans une papeterie. Un garçon de 3o ans est resté trois mois, sans toucher de

salaire, dans un garage, pour s'initier au métier de chauffeur. Dans un salon de coiffure pour dames, telle jeune fille commence son apprentissage à 18 ans (il existe très peu à Toulouse d'apprenties femmes de cette profession). Une modiste me cite le cas d'une de ses apprenties qui avait 22 ans. En revanche, une ouvrière tailleuse m'affirme avoir débuté, en tournant la loi, à 11 ans. Nous ne citons ces faits qu'à titre de curiosité et pour signaler justement ce qu'ils ont d'exceptionnel.

Contrairement aux usages de l'ancienne France, l'enfant commence donc très jeune son apprentissage. Certes, s'il est excellent qu'il soit de bonne heure initié à son métier, il faut cependant qu'il n'y apporte pas cette insouciance qui le rendrait inapte à une éducation technique, ce désir de courir et de muser que l'on trouve chez nombre de gamins et de petites apprenties. Dans certains cas même, un âge assez élevé peut être une garantie de bonne formalion professionnelle, et un grand patron menuisier me déclarait qu'à son avis, dans un métier comme le sien , l'apprenti de 20 ans devait faire beaucoup mieux et beaucoup plus vite qu'un enfant s'il voulait travailler 1 .

Mais ceci serait considéré aujourd'hui comme exagéré dans la plupart des professions, et celte question de l'âge a surtout une grande importance en

1. Au huitième Congrès national delà Fédération française des travailleurs du livre, tenu à Paris en 1000, un délégué de Toulouse émettait le vœu que l'apprentissage commençât seulement à l'âge de 17 ans. Il poursuivait ainsi la suppression des demi-ouvriers. (Voir Compte rendu du Congrès, Impr. nouvelle, Paris, 1900, p. 157.)

87 ce qu'elle se lie très étroitement à la question de l'Ecole professionnelle, pour laquelle j'ai rencontré des sympathies dans tous les milieux et dont il existe en réalité quelques essais. Nous citerons notamment les divers cours institués à la Bourse du travail (cours de typographie, de mécanique, de charpente, etc.)» l'école professionnelle de menuisiers, récemment créée à l'Ecole des beaux-arts, et que l'on a augmentée de nouvelles sections : bâtonniers, sculpteurs sur bois, etc. Les cours du soir, dans n'importe quel métier, ne peuvent être qu'insuffisants, étant données leur inévitable brièveté et fa difficulté pour des enfants, déjà fatigués du travail du jour, de les suivre efficacement, quand ils consentent à s'y rendre. Ce point de vue a été bien compris, et le principal coupeurd'une maison de lingerie, qui a lui-même professé un cours de coupe, me signalait l'impossibilité, pour les jeunes filles surtout, de faire 3 ou 4 kilomètres chaque soir afin de rejoindre le local choisi '. Ces cours ne peuvent être donc qu'un palliatif, que leur organisation rend peu pratique en raison même de l'âge de l'enfant, et que d'ailleurs notre régime individualiste laisse sans aucune sanction. L'école professionnelle proprement dite est certainement supérieure. Mais elle offre un danger réel que m'ont indiqué plusieurs ouvriers

i . Quant k organiser, comme il en a été question, un ensemble de cours dans chaque quartier, on voit quelle immense et inutile entreprise ce serait, tant pour recruter le personnel enseignant que pour le faire concorder avec le nombre nécessairement restreint, parfois nul, en tous les cas variable, des apprentis de chaque profession sur le territoire trop limité du quartier. Du reste, les autres. inconvénients, que nous avons signalés, des cours du soir, subsisteraient entièrement.

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syndicalistes, comme aussi divers patrons : c'est de déclasser le plus souvent les élèves en les faisant tous aspirer, par exemple, aux fonctions de contremaître, d'écrémer chaque métier de ses meilleurs éléments. Car, en fait, elle n'attire toujours qu'une minorité, et dans les professions où existe une école de ce genre la proportion demeure immense de ceux qui s'en désintéressent. De plus, son fonctionnement coûte cher, et le déchet même de ses élèves qui abandonnent le métier est assez considérable. Les charpentiers ont ainsi fondé à Toulouse une école chez la mère : leurs dépenses pour le cours de première année(i9o7-iQ,o8)sesonté!evéesa8oo francs, mais les apprentis ne sont pas venus. L'école professionnelle ne peut donc avoir de portée que dans la mesure où tout apprenti, dans chaque métier, sera tenu obligatoirement d'y avoir fait un stage constaté. Non que dans bien des cas, de l'avisde plusieurs, un tel stage, trop théorique, puisse suffire* — et nous retrouverions ici quelques tendances à un contrat ultérieur ou à une réglementation corporative (mixte : patronale et ouvrière) de l'apprentissage*; — mais il conslilue-

i. « On se trouve même conduit à demander à l'école, dit Le Play, ce que l'atelier seul petit donner, » La Réforme sociale, t. 1, chap. 28. — L'enquête ouvrière menée en 1908 dans le Moavevemenl socialiste conclut de même assez unanimement au travail « à l'atelier », non sans dédain pour « l'école ».

a. Du moins l'enquête citée précédemment insiste sur la surveîl- ■ lance de l'apprentissage par les syndicats ouvriers (Cf. Fagniez, Op- cit., sur l'action ouvrière à cet égard, pp. 119 et suiv, ; et sur l'action patronale, pp. 88 et suiv.). Si ce n'est point le véritable esprit corporatif, puisqu'il y a ici méconnaissance systématique d'éléments indispensables au travail et à la production (d'où l'efficacité

rait lout au moins une première préparation qui se superposerait naturellement à l'instruction générale reçue à l'école primaire. Un autre système que préconisent certains et qui a donné de bons résultats à Paris, ce sont les cours de demi-temps, qui tiennent à la fois de l'école professionnelle et des cours du soir : ils leur sont, du reste, peut-être supérieurs en ce qu'ils coordonnent précisément et l'école et l'atelier. Ils supposent évidemment un contrat avec le patron, qui' s'engage à laisser aller l'apprenti aux cours dans le demi-temps de ia journée 1 .

En tous les cas, ce ne serait donc que plus âgé que l'enfant prendrait définitivement un étal : ce qui supposerait moins de hâte vers un gain rapide, une stabilité plus grande dans la vie économique. D'ailleurs, la stricte obligation*, pour appartenir à le! métier, de suivre l'école professionnelle ou les cours de demitemps, et, d'autre p'arl, un contrôle compétent et intéressé sur ces diverses institutions, n'exigeraieni-ils pas, comme toute autre réforme plus ou moins éla-

nécessa ire ment relative des efforts accomplis), c'est déjà l'esprit syndicaliste.

i. Sur les résultats excellents obtenus par un procédé analogue en Allemagne et en Suisse, voir Paul Pic, op. cil. par. ia36.

a. L'obligation, telle que la préconisait M. Millerand (conférences de MM. Dubief et Millerand sur l'Apprentissage. Annexe au Bulletin de l'Association française pour le développement de l'enseignement technique commercial et industriel, juillet 1907, 5» année, n° 18, p. 20), ne serait en effet odieuse que comme manifestation de socialisme d'Etat, non certes comme nécessité reconnue par une organisation corporative. N'avons-nous pas remarqué la sévérilé du contrôle que lout syndical ouvrier exerçait sur sa propre conservation?

borée aujourd'hui, une organisation générale du monde du travail '?

Résolution des ententes relatives à l'apprentissage. — C'est bien encore dans l'examen des modes selon lesquels se résolvent les ententes entre patrons et apprentis que nous pouvons constater l'absence complète de celte organisation, en dehors des tendances vers l'ordre que nous avons signalées en passant. Voici d'abord les cas bien rares où nous retrouvons ces tendances. Le jugement du Conseil de prud'hommes que nous avons déjà mentionné* contient une disposition intéressante à cet égard, que le Journal des prud'hommes interprète ainsi : « Lorsqu'un contrat d'apprentissage s'est formé verbalement, le père de l'apprenti, qui n'est pas intervenu au contrat, ne peut plus en demander la nullité, si postérieurement il en a eu connaissance et y a tacitement adhéré. » Cette décision implique entre autres choses la persistance régulière d'un contrat verbal el sa résolution suivant des formes prévues. Voici les attendus concernant la question :

Attendu que le contrai d'apprentissage peut être écrit ou verbal; que, dans ce dernier cas, il est réglé par les usages de la corporation et est, dans les deux cas, déclaré valable après les deux premiers mois de séjour dans la maison;

Attendu que l'apprenti Jean Fauré a passé 16 mois chez Brîossel ; que Fauré père ne saurait valablement invoquer le défaut de contrat el encore moins son ignorance de savoir

i. Cf. p. 6a.

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