DES JARDINS FRANÇAIS
1° Position de lu maison, cour d'honneur, dépendances.
Généralement, au dernier siècle, une ou plusieurs avenues tracées au travers des domaines dépendant de la propriété conduisaient de la voie publique à une cour d'honneur précédant le château. Cette cour d'honneur (PI. 3, fig. 1) était comprise entre une grille ou un saut de loup du côté de l’arrivée, le château dans le fond et des communs sur les flancs. La route à suivre pour se rendre du chemin public à la propriété est ainsi parfaitement indiquée ; tout le mouvement d'arrivée et de départ, tout celui des fournisseurs, se fait dans cette cour, tandis que le service des écuries, vacheries, poulaillers, cuisine, etc., etc., les potagers et leurs dépendances, sont rejetés en dehors de la vue, dans des cours secondaires situées derrière les communs. De cette manière il n’y a aucune communication entre la cour d'honneur, qui est le véritable vestibule de la propriété, et le jardin qui s'étend de l’autre côté de l'habitation. Les gens de service, les allants et venants, les importuns, ne peuvent ainsi troubler ou surprendre les habitants du château dans leurs promenades.
2° Pian d'ensemble du jardin.
Le jardin, complétement séparé par le château de la partie de la propriété formant entrée et desservant les
communs, se trouve ainsi uniquement réservé au maître de la maison et forme en plein air la suite de ses appartements, avec lesquels il doit se lier d’une manière intime. Ilest généralement formé d’un massif de futaie dans laquelle les parties ouvertes dessinent un T (PI. », fig. 1, et PL. 5, fig. 1), l'habitation occupant le milieu de la branche supérieure; le grand axe formé par l’autre branche s’ouvre normalement à la façade sur la vue principale qu'offre le pays et se prolonge souvent, soit dans la forêt, s’il yen a une qui se relie au parc, soit dans la campagne que l’on décore de quelques massifs de futaie ou d’avenues. Avec une semblable disposition, aucune indécision ne vient troubler le promeneur. Du perron du château, il voit s'ouvrir devant lui une voie magistrale qui l’attire nécessairement. S'il la parcourt, il aperçoit formant point de vue au fond des allées qui débouchent symétriquement sur l'artère principale, les fabriques (*) et monuments décorant le parc. Si, au contraire, il préfère l'ombre, il prend une des allées latérales, reliées souvent au château par des allées couvertes formant ailes, et passe successivement en revue les objets remarquables du parc ; il sait toujours se rendre compte du point où il est et du chemin à prendre pour gagner une autre partie. Comme on le voit, toutes les dispositions de la propriété concourent au centre commun, le château ; il y a, comme dans toute œuvre d’art réussie, unité de pensée et d'exécution. Versailles est l'exemple le plus remarquable de cette unité de conception; soit que la vue aille se perdre dans l'infini de la ligne principale, soit qu'elle s'arrête sur les coteaux boisés de gauche ou le paysage de droite, le spectateur n’aperçoit rien qui ne se relie aux lignes magistrales du parc. C'est l’image du pou-
(*) Cette expression désigne, en style de jardinage, les diverses constructions : ponts, kiosques, pavillons, rochers, ruines, etc.,etc., qui décorent le parc.