‹ Etude sur l'architecture des jardinsChapitre 6 sur 14 · JE · texte numérisé non relu

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voir absolu ; tout le pays, aussi loin que la vue puisse s'étendre, a été plié à la volonté du maitre.

3° Parterre, futaie, statues, eaux, campagne ornée.

Nous avons vu que le château est généralement situé au point de jonction des trois percées magistrales pratiquées en forme de T dans le massif des plantations. Ces percées, auxquelles correspondent les vues principales, permettent à la lumière et au soleil d'arriver à l'habitation; elles sont traitées de manières différentes suivant qu’elles sont plus ou moins écartées de cette dernière. La portion qui fait face à l'habitation forme le parterre; elle est plus spécialement réservée aux fleurs, aux arbustes les plus rares, aux statues, vases, en un mot à tout ce qui peut contribuer à l’ornementation. Le parterre est formé généralement d’allées rectilignes partant symétriquement du château, les principales s'étendant jusqu'à la limite de la propriété au travers de la futaie; une magistrale plus larges que les autres correspond à l'axe de la propriété; d’autres allées également rectilignes et parallèles à l’habitation viennent couper les premières à angle droit et forment ainsi une série de rectangles dont les angles ou les extrémités sont quelquelois adoucis par des lignes circulaires se mariant avec des ronds-points établis au croisement des allées principales. Ces compartiments formés par les allées se composent généralement, au pourtour d’une plate-bande de quelques mètres de largeur, au delà de laquelle règne un sentier sablé qui limite un tapis central de gazon. La plate-bande est occupée au centre par des arbustes à fleurs ou des buis et ifs taillés, de chaque côté par des plantes à fleurs. Le gazon est orné de vases et statues. Dans les parcs luxueux d’autres vases et statues bordent souvent des allées principales au croisement desquelles s’étalent des bassins et s'élancent des jets d'eau. Ces parterres sont disposés sur un s0] parfaitement plan ou sont éta-

99 : me gés en terrasses si le terrain était naturellement incliné avant la construction du jardin. Les extrémités des branches du T sont prolongées par des avenues se découpant dans la futaie; le centre de ces allées est occupé par un tapis de gazon (tapis vert) ou par de longs bassins; quelquefois des statues et des vases viennent aussi en décorer les côtés,

Au delà du parterre s'étendent de chaque côté de l'axe principal des bois de haute futaie plantés soit en quinconces, soit en massifs ; ils sont coupés par des avenues formant des dessins réguliers. Souvent deux allées parallèles au tapis vert central traversent tous ces massifs et sont décorés de bassins, de jets d’eau et d'objets d’art à leur croisement avec les allées transversales. Quelquefois les intérieurs de massifs contiennent des pelouses, des labyrinthes, des salles de jeu, de concert, de repas champètres, etc., etc. l

Nous avons vu que du côté de l’arrivée, la campagne était ornée d’une ou de plusieurs avenues conduisant à la cour d'honneur; de même, du côté du parc, les environs doivent paraître dépendre de la propriété. Lorsque l'habitation touche à une forêt, les axes découverts sont prolongés au loin au moyen de larges avenues. Lorsqu’on dispose d’une plaine, la vue est limitée de chaque côté de la percée par quelques massifs isolés de futaie qui en se confondant dans la perspective semblent former deux lignes continues, Si l’on a des eaux, on en forme de longs canaux dans le sens de ces percées. On cherche en un mot à relier le pays aux lignes architecturales de la propriété,

4° Moyens d'exécution.

Nos pères accordaient moins d'importance que nous à l'agrément d’une belle vue. Si Versailles, Meudon, Saint- Cloud jouissent de cet avantage, il est juste de reconnaître

que beaucoup de châteaux du xvir* siècle et du commencement du xviu°sont établis dans des positions sans horizon, lorsqu'un déplacement de quelques centaines de mètres aurait suffi pour leur faire dominer le pays. Une situation abritée et un terrain plan semblent avoir eu plus d'influence qu'une belle vue sur le choix de la position de l'habitation; et cela se comprend lorsque l’on pense aux travaux énormes auxquels entraîne un jardin à la française lorsque le terrain ne se prête pas d’une manière toute spéciale à ce genre de constructions. Ces grandes allées droites n’admettent pas la moindre faute de nivellement; l'œil réclame d’une manière absolue un règlement du sol, soit en surface plane, soit en terrasses successives, soit enfin en série de plans reliés entre eux de façon à former un profil concave que l'œil puisse suivre sans interruption. La moindre bosse, le moindre profil convexe doit disparaître ou être masqué. Dans le parterre, les divers compartiments de forme géométrique compris entre les allées et traités en gazon et en fleurs doivent naturellement épouser le nivellement de ces allées. Si cependant les remblais font défaut, certaines figures peuvent être creusées légèrement en boulingrin se reliant avec le plan des allées par des talus de gazon. Ces talus suivent les formes géométriques du compartiment fleuri. Quelques plates-bandes dressées ainsi en contre-bas du niveau du sol général produisent de la variété et permettent de mieux voir les fleurs que le spectateur domine. Dans la partie boisée, le constructeur qui n’a plus à s'occuper que des allées a plus de liberté. Si les déblais effectués pour donner à l'allée un profil convenable sont faibles, on peut suivant les cas, soit en faire disparaître la trace dans un raccord avec le sol avoisinant, soit les masquer par des charmilles plantées en arrière des arbres de l’avenue à la limite des massifs boisés. Ces charmilles taillées en rideau cachent les déblais et l’irrégularité de la plantation des massifs dont on ne voit que le dôme de

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verdure produit par la tête des granés arbres. Lorsqu’au contraire les mouvements du sol sont très-accentués et entraîneraient à des déblais considérables si l’on voulait obtenir une longue allée continue et nivelée à plein jalon, celie-ci s'arrête à une terrasse, ou se termine contre un obstacle formant point de vue, une construction, un pavillon de verdure, etc., qui occupent l'emplacement formé par le point de jonction de deux nivellements successifs. Si des nécessités de plan exigent que l’avenue se continue, on forme un rond-point à l’endroit où la pente en changeant formerait une bosse; une fontaine, un monument quelconque élevé au centre du carrefour, et d’une largeur égale au moins à celle de l'allée, arrête assez l’œil pour lui cacher l'irrégularité du nivellement tout en lui laissant deviner l'allée qui se prolonge.

Les arbres eux-mêmes doivent se plier à cette régularité du jardin français, non-seulement dans leurs alignements, mais encore dans leurs formes. Les arbustes du parterre sont taillés en pyramides, en vases et autres formes, les arbres des allées sont conduits en rideaux surbaissés dans le voisinage des constructions, c’est-à-dire que leur masse forme des portiques compris entre deux plans de feuillage parallèles et verticaux et un troisième parallèle au sol de l'allée. Dans les grandes percées et sur les points plus reculés, on se contente souvent de conduire les arbres en rideau sur une partie de leur hauteur ; la base est ainsi taillée au croissant de manière à former un plan vertical au-dessus duquel s'échappe le dôme des têtes.

Les eaux, qui sont dans tous les jardins un grand motif de gaieté et de décoration, ne peuvent se présenter dant un parc à la française sous forme de rivière ou de cascadé naturelle; elles doivent se relier au reste de l'architecture, être circonscrites par des margelles en pierre plus ou moins décorées et former en plan des lignes géométriques se raccordant avec les dispositions voisines. Dans le parterre et

au point de croisement des allées, ces pièces d’eau empruntent généralement leurs formes au cercle ou aux po: lygones inscriptibles dans un cercle; elles sont souvent ornées de jets d’eau qui semblent parfaitement à leur place au milieu d’une nature factice, tandis qu’ils jureraient loin d’une maison dans un parc paysager.

Dans les percées les eaux doivent s'étendre en canaux rectilignes d’une longueur suffisante pour produire de l'effet à une grande distance, Parfois l'extrémité d'une perspective s’arrêtant sur un talus est décorée d'une cascade, non pas naturelle, mais formée d’une masse architecturale en pierre au milieu de laquelle l’eau s'échappe en jets d’eau et en nappes se déversant dans une série de vasques étagées. On a voulu quelquefois ajouter au plaisir des yeux celui des oreilles en disposant certaines parties de la cascade en orgue hydraulique. On comprend facilement que si ces divers artifices de construction et ces nivellements qui s'étendent sur toute la surface d’une propriété peuvent être admis pour des terrains horizontaux ou des pentes faibles et continues, ils entraînent à des dépenses considérables dans des pays tourmentés, et ne peuvent être alors abordés que par un très-petit nombre de personnes, C’est, en outre des changements survenus dans le goût, la raison d’être des jardins paysagers qui entourent la maison particulière. Mais lorsqu'il s’agit d’une promenade publique dans laquelle le nombre des visiteurs est considérable, le jardin à la française avec ses larges avenues, ses quinconces, répond bien mieux aux besoins de la circulation d’une foule nombreuse et doit être préféré au jardin paysager. Le goût actuel exige cependant qu'on soit très-sobre relativement à la taille des arbres, surtout en rideaux surbaissés,

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