CHAPITRE IV
DU JARDIN PAYSAGER:e
1° Position de la maison et des dépendances.
Le jardin paysager, en rompant avec le plan hiératique du jardin à la française, laisse un champ beaucoup plus vaste que ce dernier aux combinaisons de l’architecte pour remplir les conditions indispensables de sécurité, de bienêtre et de beauté auxquelles doit satisfaire un jardin.
Mais cette liberté d'action qui permet une grande variété porte en elle-même un vice originel en ce qu’elle fait souvent oublier l'harmonie générale du jardin pour nous entraîner à l'exécution d’une foule de détails qui ne rentrent pas dans un plan d’ensemble sagement étudié. Il importe donc de bien se pénétrer, dès le début, de cette vérité qu'un jardin paysager est une œuvre d’art soumise à certaines règles et non une production du caprice.
Dans le jardin paysager, on sacrifie beaucoup plus que ne le faisaient les architectes des xvir° et xvin siècles à la position que doit occuper la maison pour laquelle on choisit généralement la situation la plus riante de la propriété. Cela a quelquefois l'inconvénient d’écarter trop l’habitation de la voie publique, de faire, par suite, paraître le parc plus petit, de le livrer aux allants et venants et enfin de laisser souvent une grande incertitude aux visiteurs qui, au milieu d’allées courbes et changeant de direction, ne savent quel chemin prendre pour gagner la maison. C’est une faute à notre avis. Le château doit être, au contraire, assez voisin de la voie publique pour être aperçu dès l'entrée. De cette manière on ne donne pas trop d'importance à cette portion de jardin située entre l'entrée et la
maison, et qui, constamment sillonnée par les gens de service et les voitures, est perdue pour la promenade. Le château doit cependant, comme nous l'avons déjà dit, être assez écarté de la voie publique pour que les habitants ne soient pas incommodés de son voisinage. Que l'habitation soit éloignée ou rapprochée de la porte d'arrivée, il est dans les habitudes actuelles de l’isoler des communs et dépendances de telle sorte que, parfaitement dégagée, elle commande le parc de tous côtés et soit entourée de toutes parts de verdure. Il faut que l'allée qui y conduit soit parfaitement accusée et que des échappées permettent de reconnaître qu’on suit la bonne voie. Cette allée, plus que toute autre, doit, conformément à la loi générale, indiquer par sa direction le but qu’elle veut atteindre. On devra également se garder de placer l'entrée en face de l'habitation afin que lee arrivants ne soient pas tentés de prendre ie raccourci au travers du gazon au lieu de faire le détour forcé de l'allée qui l'enveloppe. De plus, une grille d’entrée exige un surveillant et par suite une construction qui produit un mauvais effet précisément en face du château. Il est convenable de rejeter l’entrée un peu de côté de telle sorte que par une légère courbe l'allée conduise la voiture tangentiellement au perron. Les communs sont souvent masqués par des massifs de telle sorte que la vue en soit cachée à la maison et aux promeneurs ; plus rarement ils forment point de vue et sont alors décorés avec élégance. Dans tous les cas il est indispensable, pour les raisons que nous avons déjà exposées, qu'ils soient situés dans la partie du parc comprise entre l'habitation et la porte d'entrée et qu'ils y soient reliés par des allées d’un facile parcours.
Les fig. 2, PL 3, et 2, PI. 2, donnent des dispositions qui peuvent être adoptées. La porte d'entrée est commandée par une maison de portier ou de jardinier. A la PI. # on pourrait la commander par lescommuns. Cette coutume, généralement adoptée de nos jours, et qui consiste à placer
l'habitation seule au milieu du jardin et d’éloigner les communs, à certainement l'avantage de laisser pénétrer l'air jusqu’au château entouré ainsi de toutes parts de verdure et de fleurs, et d’en écarter certaines dépendances qui ne sont pas toujours tenues avec tous les soins désirables. Mais en revanche la nécessité d’avoir la cuisine dans la maison occasionne une vue désagréable lorsqu'on se promène de ce côté, donne lieu à de mauvaises odeurs dans les appartements et enfin ouvre l'accès du jardin aux importuns. Dans quelques grandes propriétés on évite les désagréments qui résultent de la proximité de la cuisine, en la plaçant dans les communs et la faisant communiquer avec le château par un souterrain; mais cette solution est coûteuse et n'évite pas toujours les mauvaises odeurs qui pénètrent par ce passage souvent insuffisamment aéré. Tout bien considéré, nous croyons qu’au lieu d'isoler l'habitation des communs et de masquer ceux-ci par des plantations, il vaut mieux adopter la solution ancienne de la cour d'honneur encadrée dans les dépendances, soit qu’on laisse à celle-ci le caractère architectural des dispositions à la française, soit qu’on isole un peu plus le château en l’éloignant des communs auxquels il peut être réuni par des galeries ou des tonnelles, Dans la fig. 3, PI. 3, on suppose que suivant les habitudes françaises, la salle à manger est dans la partie est ou nord du château, afin que les convives ne soient pas incommodés à l'heure du diner par le soleil couchant. La cuisine occupe la partie des communs la plus voisine; une galerie légère les réunit. Cette galerie permet de gagner à couvert les serres qui masquent les communs du côté du jardin. Le jardinier logé vers la voie publique sert de portier. Les écuries font pendant, elles sont cachées du côté du jardin par des volières. Une tonnelle, élevée symétriquement à la galerie, ferme avec elle la cour d’honneur et permet de gagner à l'abri du soleil les parties ombragées du parc, Le château se trouve parfaitement dégagé
des constructions sur la face opposée à la cour d'honneur
et sur ses deux pignons; l’air et la lumière y pénètrent facilement.
2° Plan d'ensemble du jardin.
Le choix de l'emplacement de la maison, l’arrangement de l’ensemble de l'entrée des abords et des communs une fois arrêtés, il nous reste à chercher les dispositions du jardin proprement dit, qui ne commence réellement qu’après l'habitation et dont les parties antérieures ne sont pour ainsi dire que le vestibule. On a souvent dit qu’un jardin paysager doit être une imitation de la nature; cette peusée est essentiellement fausse; en effet, qui dit jardin entend des allées sablées dont les rives sont parallèles, des gazons fauchés, des corbeilles de fleurs, toutes choses qui üë Suui pas des créations de hasard. L'homme est d’ailleurs en général un être essentiellement sociable, qui a besoin de sentir la présence de son semblable et se trouverait ainsi mal à l’aise dans une nature inculte, comme serait un jardin découpé en pleine campagne et sans arrangement. Il admire quelques instants une forêt vierge, mais sous ces arbres entrelacés où il ne trouve aucun sentier, il aura bientôt conscience de son isolement et n’éprouvera qu’un désir : celui de trouver un lieu habité. Le sentiment de tristesse qui s'empare de nous dans des pays non cultivés, comme la campagne de Rome, ou dans un parc abandonné, ne provient pas d’une autre cause. La vue de prairies, de champs, de bois taillis, produit au contraire en nous un sentiment de gaieté en nous montrant la trace de la main de l’homme. Nous pensons donc qu’un jardin paysager doit indiquer qu'il est une œuvre d’art, et pas plus une imitation de la nature qu'un édifice n’est une imitation d’une grotte. Mais de même que l’architecturene doit pas choquer les lois de la statique et du bon sens, de même le jardinier paysager ne doit pas choquér no lus les lois de la nature,
Un jardin étant ainsi une œuvre d’art exige, comme elle, unité de conception et de disposition. Il lui faut un centre auqu°l tout converge ; ce centre est naturellement le château. Le jardin doit ainsi accuser franchement, par ses dispositions, qu’il a été créé pour concourir à l'agrément de l'habitation; il ne doit former qu’un avec elle. fl faut donc que le parti pris comme disposition générale du jardin soit franchement accusé depuis la maison. Ce qui semble le plus naturel est de choisir entre les différentes vues celle qui paraît la plus importante, qui traverse la propriété sur sa plus grande longueur et s’étend en dehors de ses limites sur un pays naturellement disposé pour paraître ne faire qu'un avec le parc. Des coteaux boisés, des prairies sont généralement les fonds les plus favorables. Cette vue choisie, on l’accentue vigoureusement par une large percée; on oriente le château normalement à ce grand axe et l’on considère le reste comme accessoire. S'il y a d’autres vues, 1l faut les mettre moins en relief de manière à ne pas détourner l'attention du but principal et à ne pas créer d'indécision. Si ces autres vues sont cependant importantes, on doit s'arranger de telle sorte que, tout en les ménageant, elles ne se présentent pas toutes à la fois, mais viennent aboutir sur des points différents de la maison. Il ne faut pas que le jardin semble formé de plusieurs jardins soudés ensemble; car une semblable réunion produit un effet aussi fâcheux que celui d’un tableau formé de diverses scènes ne se reliant pas au sujet principal, et entre lesquelles l’attention se divise sans pouvoir saisir l’ensemble de la composition. Les dispositions secondaires doivent au contraire venir se grouper naturellement autour de l’axe principal de manière à concourir à l'effet général, et former une série de points de vue accessoires apportant successivement la variété dans l’ensemble à mesure qu’on parcourt la ligne centrale. De même des échappées doivent, de chacun des objets secondaires : rochers, abris, fabri-
ques, etc., etc.., permettre d’embrasser une partie du parc de manière à bien montrer qu’ils en font partie.
Cette idée créatrice du parc, une fois conçue, appelle à son aide, dans l'exécution, des perrés, des allées, des plantations, des eaux. Il nous font donc étudier successivement comment ces diverses parties constituantes sont traitées dans un jardin paysager, avant de commencer l'étude du plan qui doit relier tous ces éléments entre eux et donner la vie à l'idée créatrice. Dans cette étude nous devons suivre le double guide de la nature qu'il ne faut pas choquer et de certaines règles de l’esthétique que le bon goût et une longue expérience ont consacrés.
Nous commencerons par nous occuper des eaux parce que sans elles toute végétation est impossible et parce que ce sont elles qui ont donné au sol, soit par elles-mêmes, soit en modifiant un état ancien, l'aspect que nous trouvons actuellement à la surface de la terre.
3° Des eaux.
Les eaux dans la nature proviennent de la condensation de l'humidité de l'air qui se résout soit en neige, soit en pluies. Lorsqu’elies tombent sur de hautes montagnes et forment des glaciers, ceux-ci en fondant donnent lieu à des cours d’eau. Si elles tombent sur un sol moins élevé, une partie est absorbée sur place, l'autre ruisselle à la surface et remplit des dépressions ou vient grossir le cours des ruisseaux et des rivières. L’évaporation enlève en même temps d'une manière continue une partie de l'eau contenue dans le sol, les rivières et la mer où viennent aboutir presque tous les cours d'eau et sature de nouveau l’atmosphère de manière à donner lieu à de nouvelles pluies, et féconder les terrains qui ne sont pas arrosés par des eaux courantes. L'eau est/aussi dans la nature en mouvement continu : elle s’élève en vapeur et retombe en pluie. Lorsque celle-ci tombe sur un sol peu perméable, une
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faible partie pénètre la surface de détritus et de terres arables, est arrêtée par le sous-sol et sort enfin sur les déclivités en une foule de suintements qui finissent par former de petits ruisseaux ; la majeure partie de l’eau tombée s'écoule à la surface en ravinant le sol. Une contrée peu perméable présente donc toujours de nombreux petits cours d’eau produisant une série de dépressions ; celles-ci se réunissent dans des vallons qui rendent le sol très-accidenté ou marécageux suivant que la surface générale du sol est élevée au-dessus des vallées voisines ou presque de niveau avec elles. Lorsqu'au contraire la contrée est perméable, la presque totalité de l’eau pénètre les terrains superficiels et s'enfonce jusqu'à ce qu'elle trouve un soussol imperméable; elle chemine sur cette couche et sort lorsqu'elle trouve un orifice en donnant lieu à des sources souvent importantes. Il y a alors très-peu de ruissellement superficiel et la contrée peu tourmentée ne présente que de rares vallées généralement profondes.
L'aspect de la contrée ne dépend pas uniquement du degré de perméabilité du sol, mais encore de la consistance de ce dernier. Pour que les eaux n’entraînent pas le terrain, il taut qu’il y ait équilibre entre la consistance de celui-ci et la force corrosive de celles-là. Tant que cet équilibre ne s’est pas produit, le flanc des coteaux prend une pente de plus en plus douce jusqu'à ce que l’eau en s’écoulant sur des revers moins rapides n’acquière plus qu'une vitesse insuffisante pour entraîner la terre. Il en résulte que plus un sol est dur et plus les flancs des coteaux sont abruptes. De même le ruisseau approfondit la vallée au fond de laquelle il coule jusqu’à ce que sa pente soit assez faible pour que la vitesse de l’eau qui en résulte soit en équilibre avec la résistance du sol composant son lit et ses berges. Une rivière coule donc toujours dans le point le plus bas de la vallée. Si le sol est résistant la vallée est resserrée, ses pentes rapides arrivent jusqu’à
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l'eau et son thalweg présente une inclinaison d'autant plus prononcée que le volume des eaux est plus faible ; celles-ci sont torrentueuses, forment des rapides et courent en bouillonnant au milieu de fragments de rochers. Les inflexions de la vallée sont brusques et motivées, soit par des failles, soit par la présence d’une roche plus compacte que les autres. Lorsque celle-ci traverse la vallée, moins usée naturellement que les terrains voisins, elle forme un seuil, un ressaut qui produit une cascade. Si le sol, au contraire, est peu consistant, il est enlevé par le passage des eaux jusqu'à ce que les pluies ne ravinent plus le flanc des coteaux et que la pente de la rivière soit devenue assez faible pour que la vitesse du courant ne corrode plus son lit ni ses berges. Cette diminution de la pente de la rivière se produit à la fois par l'approfondissement du lit et par l'allongement de son cours. Le courant porté par la force centrifuge du côté de la rive concave corrode cette rive qui va en s’avançant toujours vers le coteau qui limite la vallée de ce côté. La vitesse de l’eau, qui est au contraire très-faible sur la rive convexe, y laisse déposer les matières charriées et les troubles, et donne lieu à des alluvions qui font avancer vers la rivière cette rive parallèlement à l’autre qui recule. Après avoir léché pendant quelque temps la rive concave, le courant se trouve rejeté par elle et se dirige vers l’autre rive où il produit les mêmes phénomènes. Il en résulte que la rivière va en décrivant des lacets qui s’accentuent de plus en plus jusqu'à ce que le courant devienne assez faible pour ne plus déplacer les rives. Lorsque le cours d’eau est arrivé à ce moment d'équilibre (*), il a presque toujours ses rives concaves adossées
(*) Nous ne parlerons, au point de vue des jardins, que des contrées arrivées à leur état d'équilibre et non de celles qui, composées d’un sol friable, présentent de grandes inégalités de hauteur, comme on en voit sur quelques points des Apennins. Dans ces contrées, à chaque orage, le sol et le fond des ravins ne pouvant ré-
au coteau de pentes plus ou moins fortes suivant la nature du sol; les rives convexes sont au contraire plates et se relèvent insensiblement jusqu'au coteau de ce côté de la vallée. Les deux rives sont sensiblement parallèles, Si le lit s’élargit en certains endroits, c’est surtout dans les points d'inflexion entre les courbes successives et de sens opposé ; mais ces élargissements sont assez faibles pour laisser les courbes décrites par les deux rives tournées dans le même sens. On ne trouve pas de renflements formés par deux concavités dirigées vers le centre de la rivière: en effet, si une cause fortuite produisait une semblable disposition, le courant se porterait sur une des rives, l’eau resterait morte dans l’autre anse, et laisserait ainsi déposer les troubles et les matières charriées qui combleraient bientôt cet élargissement du lit.
Le sol, outre ces modifications lentes et continues qui lui ont donné sa dernière physionnomie, a été quelquefois profondément et brusquement modifié dans ses dispositions générales par d'anciens cataclysmes, tels que des volcans donnant lieu à de nouvelles montagnes ou le déversement de masses énormes d’eau venant raviner profondement la sur: face des anciennes contrées dans la direction de leur plus grande pente. Les vallées du nord-ouest de la France, presque toutes parallèles, doivent leur formation à un phénomène analogue dont un des effets les plus trappants consiste dans le creusement de ces défilés parallèles que les eaux ont pratiqués au travers des rochers de grès: de la forêt de Fontainebleau (*).
sister à l’action des eaux, sont emportés par elles, ce qui donne lieu à des éboulis qui finiront par faire disparaître les éminences. La ville de V'olterre sera ainsi détruite dans un certain temps par les ravins appelés balze, si l’on ne fait pas de travaux qui, en détournant les eaux, rendent leur fond plus résistant, et si l’on ne consolide leurs berges.
(*) Pour plus de détails, voir dans les Annales des ponts et chaus-
Nous avons vu que les rochers constituent les parties les moins attaquables par l’eau, et les influences atmosphériques, des terrains qui composent les flancs des vallées à pentes rapides. Les falaises sont la conséquence de la destruction de la base d'une masse homogène, soit par la mer, soit par un cours d’eau, soit enfin par l’action des pluies , mais alors seulement que la base est formée de couches moins résistantes que le sommet et ne se maintenant que sous de faibles inclinaisons. A égalité de compacité et d'homogénéité, la falaise résistera d'autant mieux aux influences atmosphériques et à l'effet du ruissellement qu'elle sera formée d’une roche moins gélive et plus perméable. Comme exemple du nombre des cours d’eau par rapport à la surface dusol, nous donnonsPI. 3, fig. 6, d’après M. Belgrand, un extrait de la carte de la vallée d'Yonne. On voit à l’origine dans les terrains granitiques et schisteux une infinité de petites vallées qui se réunissent en un nombre très-restreint de cours d’eau dans la traversée des calcaires perméables de la grande oolithe. Nous donnons dans la même planche des coupes en travers (*) de la vallée de la rivière du Lot dans l’espace de quelques kilomètres de son cours; elles montrent combien change la physionomie de la vallée suivant la constitution du sol. On voit d'abord, fig. 13, un ruisseau faible à son origine dans les terrains granitiques. Il coule dans un petit vallon dont les flancs gazonnés et peu inclinés ont des pentes qui ne dépassent pas 20 p. 100. Les sommets sont boisés ou couverts de bruyères. À mesure que le ruisseau prend de l’importance la vallée s’approfondit, quelques rochers se montrent le long des rives, puis forment deux berges inclinées à près
sées les études de M. Logrom et celles de M. Belgrand; consulter également le Bassin de la Seine et la Seine, études hydrologiques de M. Belgrand.
(*) Ces profils, faits de mémoire, ne sont qu’une indication de l'aspect de la vallée.
de 45° qui, peu profondes à l’origine, finissent par former des défilés dépassant 100 mètres de profondeur. Le profil n° 14 représente la vallée resserrée et abrupte dans les micaschistes; puis le profil 15, son élargissement brusque à son entrée dans les terrains secondaires ; les pentes sont douces du côté de la rive convexe et fortes du côté de la rive concave. Là se présentent à la base des terrains à 45° à peu près formés par le lias; au-dessus les argiles supraliasiques peu consistantes affectent une pente concave assez douce surmontée d’une falaise calcaire, au-dessus le second étage des argiles puis une seconde falaise des calcaires de la grande oolithe. Le profil suivant n°16, distant de quelques kilomètres, correspond à la grande oolithe seule, roche homogène et perméable. La rivière coule entre deux falaises, Il résulte de ce rapide exposé de l’action des eaux courantes dans la nature que si un cours d’eau traverse une propriété ou si l’on y creuse une rivière artificielle, celles-ci doivent occuper Île fond d’un vallon ; leurs berges doivent être sensiblement parallèles. On doit donc éviter, même sous le prétexte de former point de vue, de tracer une rivière à flanc de coteau ou d'appuyer une rive concave à une plaine et une convexe à un escarpement. Si la pente du fond du vallon est prononcée, il doit en être de même des flancs du coteau qui par la présence de quelques roches apparaissant au travers du gazon ou des plantations, dénoteront un sol résistant; le fond du ruisseau devra être tapissé de cailloux. Si la pente est faible, le sol doit avoir un aspect peu consistant, la vallée être large et bordée de déclivités à faibles pentes ; le ruisseau se développera en courbes allongées avec des rives presque parallèles. Le terrain doit être d'apparence imperméable attendu que dans des sables, par exemple, un cours d’eau disparaît rapidement. Lorsque le cours d’eau prend son origine dans la propriété, il faut se souvenir du mode de production des sources et éviter tout décor contraire aux lois de la nature,
== Une source est le produit des infiltrations d’un terrain plus élevé arrêtées par une couche imperméable. Si donc on la décore de rochers, ceux-ci, supérieurs au point d’émergence, doivent appartenir à des roches perméables; le sol sur lequel elle court est au contraire argileux et imperméable, Si la source est artificielle, elle doit s'échapper du pied d’un coteau sur un sol imperméable ; ce serait un contre-sens de la faire sortir dans un sol sablonneux ou, comme on ne le fait que trop souvent, d'un rocher isolé, faisant saillie sur le sol environnant et composé de rochers le plus souvent étrangers à la contrée. Il n’y a que peu de sources naturelles qui surgissent de la sorte à la manière des puits artésiens. Il faut pour cela que les eaux aient pénétré sur un point élevé, dans un sol perméable recouvert d’une couche imperméable et que celle-ci présente un orifice dans un point de niveau inférieur par lequel jaillit l’eau emprisonnée. Si cette eau est chargée de calcaire, elle dépose à l'air des concrétions qui élèvent insensiblement son point d'émergence de telle sorte qu’elle semble sortir d’un rocher isolé. La fontaine de Saint-Allyre près de Clermont en est un exemple, mais on comprend qu'un phénomène aussi peu commun doit être imité rarement, et pour cela il faut avoir à sa disposition des tufs qui puissent expliquer l’existence d’une semblable source. Il sera souvent très-difficile de se conformer exactement aux règles qui précèdent, mais si quelque nécessité force a s'en écarter, on ne devra le faire qu'avec une extrême prudence.
Les eaux dormantes doivent, dans lanature, leur existence à plusieurs causes. Elles peuvent être produites par des eaux de pluie qui, après avoir coulé superficiellement, viennent se réunir dans une cuvette naturelle: c’est le cas des lacs occupant le cratère de volcans éteints. C’est aussi celui des étangs situés dans les dépressions de certains plateaux imperméables et presque horizontaux comme le Gâtinais. Il faut évidemment dans de semblables terrains
que la pente du sol soit assez faible pour que les eaux de ruissellement ne corrodent pas le sol, et ne se chargent pas de troubles qui combleraient les étangs et forceraient ainsi les eaux à continuer leur route. Les eaux persistent dans ces dépressions, si le sol est très-imperméable, et encore y a-t-il dans leur niveau de grandes variations qui rendent les rives insalubres.
Lorsque la pièce d’eau ou le lac doivent leur alimentation à une rivière, ils sont alors formés généralement par le rétrécissement d’une vallée qui, en opposant un obstacle à l'écoulement des eaux, fait refluer celles-ci en amont; le cours d’eau à la sortie du lac est toujours impétueux. Les grands lacs de la Suisse et du nord de l'Italie occupent d'anciens glaciers, par conséquent des fonds de vallées qui ont été barrées par la moraine terminale; on comprend facilement que cet exemple soit peu applicable dans un parc. Les lacs que l’on rencontre le plus fréquemment dans nos contrées sont de simples étangs artificiels produits par une digue construite en travers d’un vallon, de manière à emmagasiner les eaux dans la partie supérieure; c’est le cas des étangs de la Brême et des Dombes, et de ceux alimentant les eaux de Versailles.
Des pièces d’eau peuvent encore se former dans les points bas de vallées lorsque celles-ci sont assez larges et bordées de coteaux perméables; il arrive alors que les eaux pe ruisselant pas sur les pentes ne transportent pas de nouveaux détritus au pied des coteaux. La rivière au contraire, si elle est sujette à des crues d’eau trouble, élève ses berges; il se produit alors entre celles-ci et les coteaux des espèces de fosses où les eaux restent stagnantes.
Les cas de dépressions alimentées par des eaux de pluie sont assez rares et ne se présentent guère que dans les pays d’origine volcanique ou de montagne, et dans régions plates et humides. Il est avantageux d’imiter ces dispositions lorsqu'on veut élever une partie d'un sol marécageux
, pour l’assainir, On creuse alors une pièce d’eau afin d’obtenir les déblais nécessaires aux remblais. Les terrassements, pour produire un effet agréable, doivent être dirigés en pente douce vers cette pièce d’eau dont les berges seront taillées à pic afin d'éviter des rivages vaseux lorsque les eaux s’abaissent par suite de l'évaporation. Une semblable pièce d’eau est généralement insalubre; ses eaux ont un aspect plombé. Il convient de l’exposer aux vents régnants, afin de lui donner un peu d'animation, et de la placer loin de la maison, à l'opposé de ces vents régnants, dans le but d'éviter les émanations. Si au contraire la pièce d’eau occupe l'emplacement d'un marécage alimenté par un ruisseau, on pourra généralement tenir sa surface à un niveau constant; les rives viendront toujours mourir en pente douce jusque dans les eaux. Les berges ne découvriront pas; mais il sera cependant, comme dans le cas précédent, prudent de leur donner au-dessous du niveau des eaux une inclinaison assez forte; on obtiendra ainsi rapidement une profondeur suffisante pour empêcher les bords d'être envahis par une végétation aquatique. Dans ce cas d’alimentation par une eau courante, l’orifice d'évacuation devra être disposé en espèce de défilé simulant les barrages naturels qu'on rencontre en pays de montagne et qui explique la possibilité de l'existence de cette pièce d’eau.
Lorsque la propriété que l’on transforme contient des marais qui sont le résultat de l’exhaussement des rives d'un cours d’eau, il sera prudent de creuser ces marais, comme dans le cas précédent, de manière à assainir le sol et à rendre ces eaux courantes en les réunissant à la rivière par des coupures bien ménagées. Dans ce cas, une partie de l’ancienne berge sera transformée en île.
Le cas le plus fréquent que l’on ait à traiter dans la création d'une pièce d’eau est celui d’un vallon dans lequel on fait une retenue. Les eaux épouseront alors naturellement le relief du sol ; elles formeront des anses sur les points où
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la vallée s’élargit, elles seront rétrécies au contraire lorsqu’un contre-fort des coteaux viendra former cap. L'origine et les bords de la pièce d’eau seront ainsi très-faciles à arranger : il suffira d'accentuer un peu les berges de manière à y éviter les marécages. La forme de celles-ci variera avec la nature du sol; elles seront déchiquetées et à pentes rapides dans les terrains durs et accidentés; elles formeront des courbes allongées dans les sols peu résistants. Les fig. 7 et 8, PI. 3, représentent le réservoir des Setons, situé dans des montagnes granitiques, et le lac d'Enghien, dans une vallée large dont le sol est marneux. On voit, par ces exemples, qu'on choisit généralement pour l’emplacement du lac le point de jonction de divers vallons au-dessous duquel on fait une retenue dans un étranglement de la vallée principale. L'extrémité inférieure de la pièce d’eau offrira, au contraire, de sérieuses difficultés. Deux partis se présentent: ou accentuer franchement le barrage qui coupe la vallée, ou le dissimuler en cherchant à imiter les lacs naturels qu'on voit dans les pays de montagne. Si l’on s’arrête au premier parti, il semble naturel d'appeler l'architecture à son aide, comme au château de Fontainebleau, où l’on sent parfaitement qu'une solide terrasse s'oppose à l'écoulement naturel des eaux. Mais ce procédé est coûteux et ne peut être admis que dans le voisinage d’une construction importante ; il exige un grand talent pour raccorder cette partie architecturale avec le reste des dispositions du parc paysager. Une solution plus économique se rapprochant davantage du style qui nous occupe, consiste à disposer la pièce d’eau en retenue de moulin. Ge dernier sera un agrément dans le paysage et rendra compréhensible à l'esprit le but qu'on s'est proposé en barrant la vallée. On peut enfin imiter un lac naturel; dans ce cas il faut que la digue soit arrondie, simule les contre-forts des coteaux voisins et qu’elle soit assez épaisse pour que dans le défilé que formera l’émissaire, le promeneur ne puisse se rendre compte qu'il est
voisin d’un lac dont le niveau le domine. Get émissaire devra être parsemé de roches qui indiquent qu’un terrain plus résistant a formé un seuil qui retient les eaux.
Après avoir reconnu la situation et fixé les dispositions que doivent affecter les eaux dans un parc, il importe, pour en faire un emploi judicieux, de se rendre compte de l'impression qu'elles produisent, Les eaux, dans un jardin, forment les points lumineux, les centres d'attraction. Courantes, par leur mouvement, par leur murmure, elles semblent participer à la vie, elles nous font éprouver une impression de gaieté. Dormantes, par leur immobilité, elles expriment le recueillement et la tranquillité. Mais si ces dernières donnent moins d'animation au paysage, elles permettent en revanche, avec les mêmes ressources d’alimentation, de produire des eftets beaucoup plus puissants et s'étendant sur des espaces que ne peuvent occuper des eaux courantes lorsque, suivant la généralité des cas, on ne dispose pas d’un fleuve. Les lacs, pour produire de l'effet, doivent être importants; il faut ainsi chercher à les étendre surtout dans le sens de la vue principale dont ils formeront toujours un des détails les plus attrayants.
h° Des percées.
On entend par percées, dans les jardins, les espaces découverts qui permettent à la vue de s'étendre entre les parties assez boisées ou assez mouvementées pour fermer l’horizon. Les percées, en laissant l’œil embrasser une surface plus ou moins étendue du parc, forment le lien entre les diverses partigs qui constituent la propriété; elles sont ainsi l'élément le plus important de la création d’un parc, car sans elles, ou bien on n’obtiendrait qu’un bois monotone, ou bien un horizon sans limites définies où l’œil s'égare, et non pas un jardin, Nous avons vu que dans le parc à la française, composé de massifs de futaies à limites rectilignes, il ne peut y avoir d’autres échappées que celles
NCA ménagées par les avenues. Ces dernières doivent donc être toujours dirigées vers les vues qu’on veut conserver, Dans le jardin paysager, au contraire, où les allées ne sont pas tracées suivant l’inflexible ligne droite, où les massifs ont des formes irrégulières, où leur répartition est plus arbitraire, les vues peuvent s’étendre plus librement soit audessus des corbeilles de fleurs et de massifs d’arbustes lorsque l'objectif est éloigné et élevé, soit en rasant la surface du sol lorsqu'il s’agit de contempler des objets rapprochés ou d’une moins grande altitude.
Dans le premier cas les reliefs du sol ne sont pas à craindre pourvu qu’ils ne soient pas assez prononcés pour masquer la vue et qu'ils ne produisent pas, par eux-mêmes, un effet disgracieux. Danse second cas, au contraire, nous retombons dans cette nécessité que nous avons signalée déjà pour l’autre style, d’avoir un sol parfaitement réglé et ne présentant dans son profil en long aucune aspérité qui puisse froisser l'œil. Il faudra donc niveler le sol dans la ligne de vue, soit suivant une ligne droite, soit, ce qui est plus harmonieux, suivant une courbe légèrement concave. Nous avons vu que sauf dans les plaines d’alluvion, d’un aspect d’ailleurs un peu monotone, la nature ne présente pas de sols horizontaux. On trouve au contraire fréquemment de riants petits vallons dont le thalweg affecte une pente continue ou légèrement concave et dont les côtés se relèvent suivant une courbe gracieuse ; un cours d'eau ou une prairie occupe le fond tandis que les pentes sont couronnées de plantations. Gette disposition naturelle convient parfaitement à un jardin paysager où les percées ou lignes de vues suivront un fond de vallon gazonné compris entre ses massifs boisés ou bien glisseront sur la surface d’une rivière ou d’une pièce d’eau qui occupe naturellement le fond des dépressions.
Dans un jardin présentant cette unité que nous recommandons, unité qui n’exclut pas la diversité des détails,
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la percée principale, celle qui réunit les diverses parties de manière à former un ensemble, sera la vallée principale ; les percées secondaires qui doivent mettre en relief les parties accessoires seront les vallons aboutissant à la vallée. Une disposition très-heureuse consistera donc à placer un château sur un mamelon occupant le coude d'une vallée et regardant la partie supérieure de cette vallée; on aura ainsi une vue étendue devant soi et l'œil pénétrera obliquement et devinera tous les affluents dont la direction formera dans le sens de la vue des angles obtus avec la percée principale. Si le promeneur parcourt une allée dont la direction générale soit celle de la vallée, il verra successivement par les percées ou échappées secondaires se dérouler les aspects des vallons affluents qui viennent apporter la variété dérs le tableau d'ensemble. De même si l'on suit une allée qui s’écarte peu des limites de la propriété et qui permet de jouir de plus près des vues qui s'étendent en dehors du parc, chaque percée qui vient aboutir au centre commun indiquera au spectateur le chemin qu’il doit parcourir pour continuer sa promenade et lui permettra de considérer le jardin sous ses divers aspects.
Une percée ne doit pas être ouverte au hasard, mais sur un objectif qui captive et charme le regard. Si elle s'étend eu dehors de la propriété, l'œil doit se reposer sur un paysage gracieux, quelque ville dans le lointain, des ruines, un escarpement, en un mot sur un objet remarquable. Si la percée s'arrête dans la propriété, il convient qu'elle mette en relief quelque site important : une rivière, une pièce d’eau ou une construction ornant le parc, Afin que ces diverses vues se présentent dans tout leur avantage, il faut que le cadre soit aussi assez resserré pour concentrer sans peine notre regard vers le même point. L'expérience indique qu'il ne convient pas dès lors que les masses formant repoussoir et limitant la percée à droite et à gauche laissent libre
une partie d'horizon supérieure à la moitié de la distance entre le spectateur et l’objet considéré. Si la symétrie, dans le jardin à la française, exige que l’objet qui forme point de vue soit situé sur l’axe de la percée, il n’en est pas de même dans le jardin paysager : l'effet produit gagnera souvent si l'objectif est reporté un peu d'un côté, s'il est même quelquefois à moitié voilé. Mais il ne faut pas cependant oublier que dans presque tous les arts l'harmonie et la beauté exigent des rapports simples entre les diverses lignes et qu’on devra s’efforcer de disposer ses tableaux en conservant entre les subdivisions en longueur, largeur et hauteur des dimensions qui soient des multiples exacts d'une même unité. Ainsi si la largeur de la percée est à, l'éloignement de l'objet 2, l'élévation de ce dernier pourra être dans un rapport simple + ou ? par exemple et diviser la percée dans le rapport de 2 à 3. Il est souvent difficile d'arriver à de semblables résultats avec des arbres dont les dimensions sont souvent indépendantes de notre volonté et qui changent dans leur croissance ; mais l’habileté de l'architecte sera de se rapprocher assez de ces rapports simples pour que les objets ne choquent pas notre regard par une discordance analogue à celle qui blesse nos oreilles lorsque les sons ne résultent pas d’un nombre de vibrations dont le rapport est tel qu'ils produisent les notes de la gamme. Pour obtenir l'harmonie entre les diverses parties constituant une percée, il faut en général qu'outre les rapports simples qui représentent les dimensions des divers éléments, aucun d’eux ne domine les autres d’une manière trop considérable. Si l’on est sur un point élevé, le ciel aura souvent trop d'importance et fatiguera la vue, il faudra le cacher en partie par les cimes de quelques arbres situés dans les premiers plans. On devra de même éviter de trop cacher le ciel. Ainsi une percée produit une impression de tristesse si elle est bordée ou parsemée de grands arbres dont les têtes en se rejoignant forment avec les fonds un rideau qui
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ne laisse apercevoir au-dessus de lui qu’un lambeau de ciel. L'expérience indique que les premiers arbres plantés dans ces conditions doivent être, pour laisser assez de lumière dans le paysage, à une distance de l’observateur égale à six fois au moins la hauteur des arbres.
5° Des allées.
Une allée est destinée à nous faciliter la promenade d’un point à un autre sans nous mouiller les pieds dans le gazon ou les embarrasser dans les massifs. Sa direction doit donc montrer clairement le point du parc vers lequel elle conduit et ne pas tromper le promeneur en l’emmenant par des détours vers un point opposé à celui indiqué par sa direction primitive. Mais si l’allée doit nous conduire aussi directement que possible vers le lieu que nous désirons atteindre, elle doit cependant éviter la ligne droite qui se raccorde très-difficilement avec une nature mouvementée comme celle d’un jardin paysager orné de ruisseaux, de pièces d’eau, de massifs aux contours arrondis et de percées vallonnées. Pour répondre à ces deux nécessités, il convient, autant que possible, de tracer les allées suivant des courbes peu accentuées et dont les inflexions semblent motivées par le relief du sol, des plantations, ou d'autres obstacles qui empêchent de suivre la ligne droite que le bon sens réclamerait si l'aspect du lieu la faisait croire possible,
L'art qui doit présider à la confection d'un jardin et les soins d'entretien qui sont indispensables au charme qu'il est appelé à produire sur nous, font rejeter tout chemin qui ne serait qu'un frayé sans limites fixes, au travers des pelouses et des massifs, et nous font tracer des allées dont les rives soigneusement découpées sont sensiblement parallèles, tandis que la chaussée, d’une couleur agréable, se détache d’une façon harmonieuse sur la verdure qui l’entoure, Une allée doit être aussi d’un parcours agréable; il
convient donc qu’elle ne soit pas humide en temps de pluie ou couverte de poussière pendant la sécheresse, mais qu’elle forme une aire douce, unie et légèrement bombée. Lorsque les allées sont très-larges et entraîneraient à un entretien dispendieux, on peut conserver au centre une zone de gazon et la chaussée se réduit alors à deux bandes latérales, comme dans ce qu’on nomme les tapis verts des jardins à la française. Les ailées devront avoir des pentes proportionnées à leur importance et au genre de circulation à laquelle elies sont affectées. Celles qui conduisent aux points importants doivent pouvoir être parcourues en voiture, si le parc est étendu. Alors elles seront larges, présenteront des pentes peu prononcées, une chaussée unie et assez solide pour résister aux roues des voitures.
Les allées principales éviteront donc les accidents trop brusques de terrain avec lesquels il est difficile de les harmoniser, soit qu'ils imposent des courbes d’un rayon trop faible, soit qu'ils forcent à des pentes trop fortes ou à l’exécution de terrassements qui nuiraient aux vallonnements des percées. Si l'allée conduit à des points moins importants, ou si elle doit être tracée au milieu d'accidents de terrains, elle sera plus étroite, pourra affecter des pentes plus fortes et des tournants plus brusques ; elle ne sera suivie que par les piétons et un sablage moins dur aux pieds qu'une chaussée en cailloutis suffira à son établissement,
Nous ne devons pas observer seulement pour les allées ces conditions de facilité de parcours et de bon sens de tracé et d'exécution, mais encore satisfaire à certaines exigences d'harmonie, dont l'expérience a pu fixer quelques règles générales.
Comme les allées des jardins à la française et les percées, les allées des jardins paysagers ne doivent présenter dans la partie qu'un spectateur, placé en un point quelconque, peut apercevoir d'une manière continue, qu'une seule pente
générale ou unesérie de pentes formant bateau en excluant toute inflexion convexe.
Si les dispositions des lieux forcent, après une montée, à avoir une descente, on doit faire en sorte de masquer ce point culminant, qui produit généralement un effet fâcheux ; on y parvient en traçant l'allée de telle sorte qu'une courbe prononcée en plan coïncide avec ce changement de pentes. La déclivité échappe alors à l'œil du promeneur, ou facilitera beaucoup cet artifice, en raccordant ces deux pentes inclinées en sens inverse, non pas brusquement, mais par une succession d’inclinaisons intermédiaires formant une courbe continue dans le sens vertical et en masquant par des plantations ce point délicat du tracé de l'allée,
D'une manière générale deux pentes opposées, qu'elles forment une bosse ou un creux, devront être raccordées dans ie sens vertical, par une Courbe aussi aiiongée que possible, et qui leur soit tangente.
Une allée produira généralement un effet désagréable si elle ne se marie pas avec les accidents du sol; elle ne devra donc pas franchir une vallée par une levée, ou couper un coteau par une tranchée. Il convient au contraire qu’elle se développe en rampant le long de ces divers accidents, de manière à s'y souder sans remblais ni déblais ; elle montera à flanc de coteau en contournant les saillies, ou franchira une dépression en décrivant une courbe qui tournera sa convexité vers le haut du vallon. Gette courbe devra être d'autant plus accentuée que la vallée est plus profonde, car si le rayon de courbure de l'allée n’est pas proportionné à celui de la section verticale de la vallée, par suite d'un effet de perspective, la route paraîtra en un certain point former une ondulation horizontale en sens inverse de sa véritable direction, ondulation produisant un effet très-fâcheux et qu'on fera disparaître en prononçant davantage la courbure de l'allée dans le point bas de la vallée,
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Les allées établies à flanc de coteau devront, lorsqu'elles traversent desparties gazonnées, être sensiblement déversées dans le sens de l’inclinaison du sol, afin de se marier avec lui, sans rompre le règlement général du coteau et ne présenter aucun talus escarpé de déblais ou remblais, Construites horizontalement, les allées paraîtraient inclinées en sens inverse et produiraient un effet fâcheux.
Dans les parties de jardin assez peu accidentées pour que les reliefs du sol ne commandent pas la direction et les inflexions des allées, et pour lesquelles on est ainsi plus libre dans leur tracé, on devra chercher à obtenir des courbes allongées et peu tourmentées. Si cependant on est forcé d'avoir plusieurs inflexions successives et en sens inverse, il faudra les accentuer assez pour que l’œil ne puisse apercevoir à la fois plus d’une courbe et de l’origine de la contrecourbe : ainsi l’on peut admettre la fig. 17 de la PI. 3 et non pas la fig. 18.
Il convient de passer d'une courbe à une autre de sens inverse, par des raccords de moins en moins accentués, jusqu’à se rapprocher de la ligne droite au point d’inflexion (fig. 19, PL. 3) et non pas par une doucine, c’est-àdire en opposant deux courbes de même rayon et ayant une tangente commune (PI. 3, fig. 20), car la perspective fait toujours paraître durs les changements brusques de courbure.
Lorsqu'une circonstance oblige à aplatir une courbe régulière sur une certaine longueur, il faut éviter d’employer une ligne droite ou une faible contre-courbe : on produirait un effet très-fâcheux. Il faut ou toutes courbes dans le même sens, se succédant sans jarrets, ou bien une contre-courbe assez accentuée pour que l’œil n’embrasse pas, comme nous l'avons dit, plusieurs inflexions successives.
Deux allées parallèles qui ne sont pas séparées par un obstacle infranchissable comme une pièce d'eau sont d’un
a à rie mauvais effet; l'esprit ne comprend pas leur utilité. Si l’on est forcé de les avoir, il convient que des plantations ou un pli de terrain les masquent l’une par rapport à l’autre. Une allée qui traverse une percée gazonnée nuit généralement à l'aspect de cette percée ; elle la fait paraître plus petite en la morcelant, Elle devra, autant que possible, être cachée; il conviendra donc de la tenir assez en contrebas de l'herbe pour que le regard passe au-dessus, sans l'apercevoir, quoique généralement une allée produise un meilleur effet lorsqu'elle n’est que de quelques centimètres au-dessous du gazon.
Si après avoir servi de voie commune à deux objectifs différents une allée se bifurque, chaque branche doit se détacher du tronc commun dans le sens du mouvement en formant une espèce d'y. Le bon sens, d'accord en cela avec l'effet produit, conduit, lorsque les deux allées sont d’importance égale, à disposer le départ de chacune d’elles suivant des angles égaux avec la direction primitive (PI. 3, fig. 9 et 10), lorsque les allées sont d’importance inégale à conserver à la principale sa direction.
L’allée secondaire se détachera alors de la voie principale, soit de la rive concave par rapport à l'observateur placé sur cette voie, soit de la rive convexe : dans le premier cas l'allée secondaire peut affecter une courbe en sens inverse de l'allée principale ou dans le même sens. Si les courbes sont en sens inverse, on mariera la rive extérieure de la petite allée avec la rive concave de la grande par une courbe tangente aux deux de manière à former une inflexion allongée; la rive intérieure sera tracée parallèlement à l'autre et se raccordera par un petit arrondi avec la rive concave de la voie principale (Ag. 11, PI. 3). Si au contraire les deux allées présentent des courbes dans le même sens, on pourra, lorsque l'angle de départ sera très-aigu, adopter pour la rive extérieure de la petite allée une courbe d’un rayon supérieur à celui de la rive concave de la grande
et tangente à celle-ci de telle sorte que le raccordement s'effectue sans brisures ni jarrets. La rive intérieure sera établie parallèlement à l’autre et se raccordera par un arrondi à la rive concave de la grande allée (fig. 12, PL 3). Cependant lorsque l'angle est plus ouvert le carrefour prend trop d'importance et il vaut mieux détacher brusquement l'allée secondaire de l'allée principale : on raccorde alors la rive extérieure à la rive concave de la grande allée par une contre-courbe tangente à ces deux rives; un arrondi raccorde la rive intérieure de la petite allée à la rive concave de la grande. Mais alors la bosse a produit un effet désagréable sur le promeneur situé en b ou en c. Il faut masquer à l’œil ces trois courbes successives se contrariant au moyen d'un massif qui occupe ce promontoire (fig. 21, PL
Dans le second cas, c’est-à-dire lorsque l’allée secondaire se détache de la rive convexe de l'allée principale, les courbures des deux voies peuvent se présenter dans le même sens ou en sens inverse. Si elles sont dans le même sens, la rive extérieure de la petite allée sera tangente à la rive convexe de la grande et aura un rayon de courbure plus petit; la rive intérieure sera comme toujours parallèle à l’autre et se raccordera par un arrondi à la grande allée (fig. 22, PI, 3). Si les courbes sont en sens inverse, on raccordera la rive intérieure avec la rive convexe de la grande allée au moyen d’une courbe tangente aux deux de manière à former une inflexion qui devra être cachée à l'œil de l’observateur par un massif. La rive intérieure sera tracée parallèlement à l’autre et se raccordera par un arrondi à la voie convexe de la rive principale (fig. 23, PI. 3). Il faut en général éviter les raccords durs comme dans la fig. 31, PI. 3, à moins que quelque circonstance locale ne commande cette solution. Une allée ne doit arriver presque normalement sur une autre que si l’on veut produire une surprise, par exemple lorsqu'une allée sous
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bois conduit à une autre dominant un point de vue : il semble alors naturel d'arriver brusquement sur cette allée en terrasse de manière à contempler le panorama qui se développe tout à coup devant vous.
Le point où se fait la bifurcation des allées ne doit pas paraître arbitraire ; il convient que quelque obstacle semble avoir empêché de la faire ailleurs. Si elle n’a pas lieu au milieu d’une plantation, un bel arbre isolé, un massif, une corbeille de fleurs ou un promontoire entre deux plis de terrain en marqueront généralement la pointe. Nous avons déjà dit que lorsque le raccord d’une allée sur la rive convexe d’une autre n’est pas très-allongé et a lieu dans une pelouse, un massif ou une corbeille sont souvent indispensables pour cacher l’inflexion désagréable à l'œil que produit le point de jonction. Cette corbeille forme d’ailleurs un de ces obstacles qui expliquent le choix du point de bifurcation.
Si des arbres, des rochers, etc., qu'on désire respecter s'opposent à ce qu'une voie soit partout de la même largeur, les rétrécissements et élargissements devront se faire progressivement en évitant les jarrets et les courbes brisées. Quelquefois un effet perspectif conduira en exécution à ne pas conserver les deux rives parallèles, par exemple lorsqu'une allée courbe franchit un pli de terrain. Mais c'est surtout dans le voisinage des raccords d’allées entre elies qu'on est conduit à laisser de côté toute idée de parallélisme afin déviter des sinuosités désagréables à l'œil comme en a, b, ce, d, de la fig. 29, PL. 3. La solution de la fig. 28 produira un effet beaucoup plus satisfaisant en évitant le rentrant b entre deux courbes convexes.
Bien qu'on doive chercher à éviter le croisement de deux allées, dont l’aspect est généralement peu heureux, on y est cependant forcé lorsqu'on veut ménager deux courants de circulation de direction différente. Si l'angle est assez aigu pour former deux y se réunissant par la
queue, on retombe dans le cas des bifurcations qui sont d'un bon effet (fig. 24, PL. 3). Quelques personnes recommandent de donner dans ce cas des largeurs différentes aux deux voies afin d'éviter toute indécision au promeneur sur la continuation de l’allée qu’il doit suivre. Gette précaution est nécessaire surtout lorsqu'on ne voit pas clairement du point de croisement les objectifs des diverses branches (fig. 25, PI. 3). On doit éviter la disposition (fig. 30) qui présente une sinuosité désagréable à l'œil. Si l'angle se rapproche de go°, on n’a d'autres ressources que d’embrasser le point de croisement par un massif qui empèche l'œil, lorsqu'on suit une direction, d'être attiré obliquement par l’autre allée en dehors du champ ordinaire de vision, ce qui produirait une fatigue physique et par suite un effet désagréable. Pour le même motif les angles doivent être très-peu abattus, mais simplement arrondis (fig. 32, PI. 3). D'ailleurs, comme on abandonne très-rarement l'une des directions pour prendre l'autre, il n’est pas besoin d’un tournant adouci. Quelquefois un assez grand nombre d’allées aboutissent à certains points importants du parc, autour de l'habitation par exemple ou d’un point de vue remarquable, etc. : dans ce cas il faut franchement former un carrefour assez grand pour que la direction des allées se perde et que l’on puisse faire entre elles des raccordements très-adoucis. Il y aura presque toujours avantage, afin d'obtenir cette pondération que l'œil aime à trouver, à disposer les divers départs d’allées d'une manière symétrique et à les raccorder par des courbes convexes tangentes à un même cercle, à une même ellipse ou bien à une figure analogue (fig. 55, PI. 3), Quelques plantations accompagneront le départ de ces allées de manière à couper le panorama sans masquer les vues principales.
6° Des plantalions.
Le sol de la France est habité depuis longtemps et la main de l’homme a certainement modilié l'aspect primitif de nos campagnes, mais pas assez cependant pour que l'on ne puisse reconnaître qu’en général la nature livrée à elle-même nous présente les dispositions suivantes : une rivière au fond des vallées, des arbres à bois blanc le long de ses bords et des prairies au delà, dans la zone des inondations, sur les terrains qui, alternativement secs et humides, ne sont pas propres à la végétation arborescente. Quelques semences d'arbres peuvent quelquefois y prospérer, mais ce n’est que par exception. On ne trouvera donc, dans ces prairies que des arbres isolés, si même on en trouve. L’herbe persiste au pied des coteaux, puis viennent des broussailles, quelques arbres isolés, avant-coureurs des essences d'arbres à bois dur et à feuilles caduques comme le chêne, qui couvrent les croupes et les flancs des coteaux; plus haut, sur les pentes rapides sont les conifères et au delà, lorsque l’altitude ne permet plus aux arbres de se développer, les hauts pâturages et les neiges perpétuelles. Comme il est très-rare d’avoir à étudier un parc dans ces hautes régions, nous ne parlerons que des plantations convenables à la zone qui se rapproche du fond. des vallées.
Nous serons donc conduits dans un jardin à traiter en gazon le fond des vallées, à jeter quelques arbres aimant l'eau le long des ruisseaux et sur les rives des lacs, et à réserver les plantations serrées pour le flanc des vallonnements et les sommités, avec quelques arbres isolés dans les grandes parties de pelouse et d'autres, ainsi que des arbustes en vedette en avant des massifs, de manière à former transition entre ceux-ci et les parties découvertes, Sans nous écarter des exemples de la nature, nous faciliterons ainsi l'aménagement du jardin, puisque nous pour-
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rons dégager les vues qui s’étendront sur les gazons des vallées et masquer par des plantations les accidents de terrain que l’on a intérêt à cacher, les raccords des déblais avec le sol naturel, les irrégularités qu'il aurait été trop coûteux de faire disparaître et qui se présenteraient suivant des profils désagréables à la vue s'ils n'étaient masqués, enfin les croisements ou bifurcations d’allées. Les plantations serviront également à découper des panoramas trop étendus en vues distinctes qu’on saisira plus facilement, à rétrécir certaines percées de manière à les présenter dans leurs proportions les plus agréables et à accentuer les reliefs du paysage en faisant paraître, lorsqu'elles occupent des sommités, les mouvements du sol plus considérables qu’ils ne sont en réalité. Mais il importe, pour l'aspect général du jardin, qu’elles ne se détachent pas du gazon d’une manière arbitraire. Les massifs ne doivent pas être arrêtés brusquement par des lignes régulières; au contraire, ils doivent être vigoureusement découpés par des promontoires qui s’avancent et des échancrures en retraite, de manière à former des jeux de lumière entre les parties éclairées et celles qui se trouvent dans l'ombre. De plus, la limite entre la plantation et le gazon doit, comme dans la nature, être incertaine ; elle pourra être formée d’arbustes qui décroissent de hauteur et semblent jetés au hasard, de telle sorte qu’on ne sache pas où finit le massif et où commence le gazon. On évite ainsi entre les masses plantées et les prairies, ces contours secs où la terre se montre à nu si l’on n’a pas eu le soin de la couvrir de lignes continues de fleurs, comme on en a pris la coutume en France dans ces dernières années, coutume très-dispendieuse, applicable seulement aux parcs d’un entretien très-soigné. La même nécessité d'éviter des transitions brusques conduira à donner au sol, dans toutes les parties visibles, des mouvements continus entre la vallée et le massif, de telle sorte que ce dernier paraisse régner sur une pente prolongée en courbe
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gracieuse sur les parties gazonnées, Les arbres, isolés ou disposés par groupes, devront être plantés sur de petites éminences qui, en faisant valoir ces arbres, sont pour l'esprit. une indication du motif qui a pu leur permettre, par une modification du sol, de pousser sur ce point lorsqu'ils n'ont pu le faire sur les autres parties de la prairie. Le gazon se prolongera sous les arbres, sur ces petites éminences qui se raccorderont par des pentes très-douces avec le reste des pelouses. Lorsque le nombre des arbres d’un groupe est peu considérable, une coutume, qui résulte probablement de l'expérience, conseille d'adopter un nombre impair, 1, 3, 5, 7, etc.
Dans les groupes comme dans les massifs et dans toutes les parties des jardins paysagers, on doit éviter que les masses ou les troncs ne forment des lignes droites qui jurent avec le reste des dispositions de la propriété.
Dans les massifs, on peut employer toutes les variétés d'arbres dont on dispose; quel que soit leur port, leur réunion produira toujours la masse qu’on désire obtenir. Mais pour les groupes isolés, il faut choisir au contraire des végétaux remarquables par leurs belles formes. Sous notre climat, les arbres les plus majestueux sont le chêne, le châtaignier, le noyer, le hêtre, et en seconde ligne l’orme, l’ailante, le tilleul, le marronnier, le tulipier; sur le bord des eaux, le peuplier d'Italie, quelques peupliers non pyramidaux, le saule pleureur.
Pour passer de ces indications générales sur l’emplacement et les formes des principales parties boisées d’un jardin à la pratique des plantations, il sera nécessaire d'avoir quelques connaissances botaniques et quelque expérience sur le port, le coloris et le feuillage des divers végétaux qu'on peut utiliser,
Le jardinier devra évidemment choisir des essences qui se rapportent au sol, au climat et à l'exposition qui lui sont imposées; il aura soin de ne pas mettre le long des eaux,
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dans les endroits humides, des arbres de montagne et vice versa. Dans cette variété d’essences que comporteront les emplacements divers du jardin, il devra prendre en grande considération le coloris du feuillage. En général, dans les massifs qu’on ne voit que de loin, il conviendra de v’avoir qu'un seul ton et de le varier avec celui des autres massifs qu’on découvre en même temps, de manière à obtenir desoppositions de couleur. Sil'on compose les massifs formant fond de tableau d’une grande variété d’essences, les diverses nuances se mêlent ensemble à distance et produisent une seule teinte qui se retrouvant dans les massifs voisins engendre la monotonie. Lorsqu'on aperçoit, par exemple, à la fois des massifs bordant les eaux et d’autres se reliant aux pentes d’un coteau, le feuillage argenté des saules se détachera heureusement sur les teintes plus foncées des ormes ou des chênes. De même le feuillage glauque des cèdres déoddras fera une transition heureuse entre le vert jaune des catalpas et un troisième plan d’ailantes aux reflets rutilants, etc., etc.
Lorsque le massif ne doit être vu au contraire que de près, il y a avantage à varier les essences, parce qu'alors les diverses nuances ne se mélangent plus et qu’on jouit de la . diversité des feuillages.
Quelques personnes prétendent qu’un parc comme un tableau doit avoir une tonalité générale sur laquelle des essences différentes peuvent faire quelques points sombres ou lumineux, qu’on doit éviter de mettre l’un près de l'autre des arbres dont les feuilles sont très-différentes de grandeur et de forme, un catalpa contre un frène par exeniple, attendu que dans la nature les grands massifs boisés sont composés d’une essence dominante et que lorsque des arbres différents y sont mélangés, ces derniers ont souvent un feuillage analogue. Nous croyons, en effet, qu’on doit rejeter la bigarrure et éviter de transformer un jardin paysager en une école botanique ; mais de semblables
préceptes sont trop absolus. Certainement dans la nature l'essence la plus: vigoureuse et la mieux appropriée au sol finit toujours par s'étendre au détriment des autres ; mais comme dans un jardin on cherche à varier les expositions, les pentes du sol, à avoir des vallées et des éminences, il en résulte qu'une essence qui se plaît dans un endroit végétera avec peine dans un autre, et qu’il est possible ainsi d’introduire la variété sans choquer la nature. Un jardin d’ailleurs, on ne doit pas l'oublier, est une œuvre d’art qui ne peut subsister sans un entretien soigné ; il est dès lors très-admissible qu’on y cultive des arbres exotiques qui disparaîtraient rapidement si on les abandonnait à eux-mêmes. Sans cela on devrait supprimer le marronnier d'Inde, par exemple, qui ne se reproduit en France que par la culture. Enfin l'heureux effet produit dans le parc du petit Trianon par une grande variété de végétaux est un exemple de ce qu'on peut obtenir par la diversité de port et de feuillage des arbres. La seule condition à imposer, c'est que ces essences résistent à notre climat en pleine terre sans qu'on ait besoin de les rentrer en orangerie. Les arbres trop délicats pour notre pays doivent être franchement cultivés en caisses et disposés pendant l’été dans le jardin en laissant ces caisses apparentes sans les enfouir en terre. Notre esprit serait choqué si nous voyions à Paris un palmier ou un oranger paraissant cultivé en pleine terre, tandis qu'il admettra comme un ornement permis ces mêmes végétaux rangés en caisses dans le voisinage de la maison ou d’une construction importante du parc.
La distribution des conifères offre de grandes difficultés. Dans la nature on ne les trouve que sur les revers des montagnes ou bien dans les pays plats lorsque le sol est sec et sablonneux. Ce dernier cas convient peu à un parc pour lequel on cherche généralement une situation riante et un sol fertile; il ne resterait donc que les flancs accentués de coteaux où l'on pourrait planter des résineux.
Ce serait se priver dans beaucoup de cas d’une puissante ressource. La coutume a fait admettre les conifères comme petits groupes isolés sur les gazons où ils forment vedette en avant des grands massifs sur lesquels leur couleur tranche en été. Ils ont aussi l'avantage de donner en hiver un peu de verdure. Get emploi n’est d’ailleurs pas plus choquant que celui des massifs de fleurs qu’on ne trouve pas non plus dans la nature.
Lorsque dans l’arrangement d’un parc on est conduit à abattre certaines parties de forêt soit pour former des percées, soit pour établir des allées, on doit avoir soin de ne pas exposer à l'air et à la lumière les beaux arbres qu'on veut laisser sur les nouvelles pelouses, les rives des massifs conservés ou des allées nouvelles. Les arbres, en passant brusquement de l'ombre et de la protection relative dont ils jouissaient au milieu des plantations à la lumière et au grand air, sont très-souvent atteints par la gelée, les coups de soleil et la sécheresse plus grande qui se produit à leur pied sur un sol découvert. Ils finissent par mourir ou au moins perdre une partie de leurs branches. Il convient donc de n’abattre que successivement, de laisser autour des sujets à conserver isolés quelques arbres clair-semés qui en disparaissant successivement permettront aux premiers de s’acclimater. De même on devra réserver sur les rives des massifs conservés et des allées nouvellement ouvertes quelques arbres dépassant les limites et devant former écran aux autres jusqu'à ce que ces derniers se soient endurcis.
Lorsqu'on fait de nouvelles plantations, il sera généralement utile pour produire de suite l'effet de planter quelques grands arbres tout venus. Ils seront transportés avec leurs mottes et la plus grande quantité possible de chevelu. Geluici sera soigneusement replié contre la motte dans le transport et étendu ensuite avec soin dans la fosse établie sur l’emplacement de la plantation. Ges arbres, pendant deux ou
trois ans, auront besoin de grands soins. Si l’on veut les conserver, il sera prudent d’entourer leur tronc et leurs grosses branches de toiles les préservant des insolations ; on devra les arroser souvent afin que les racines restantes trouvent assez d'humidité pour maintenir la végétation. Malgré toutes ces précautions, ces arbres se trouvent arrêtés dans leur croissance et feront rarement des sujets majestueux ; il sera donc prudent de planter dans le voisinage quelques arbres plus jeunes et bien venants de manière à remplacer avantageusement les arbres transplantés lorsque ceux-ci viendront à disparaître,
Les massifs, comme toutes les jeunes plantations, devront être plantés serrés afin que les arbres s’élancent et ne restent pas trapus, ce qui arriverait s'ils étaient clairsemés. Il faudra avoir soin de les éclaircir au fur et à mesure de la croissance, dans la crainte que les sujets ne restent trop grêles et trop élancés. À ce sujet quelques praticiens conseillent de planter au travers des arbres que l'on veut conserver des essences plus communes destinées à disparaître, Pour les groupes qui doivent être composés d'arbres espacés les uns des autres et présentant une certaine régularité de forme, les sujets choisis avec soin seront plantés plus espacés que dans les massifs, de manière à laisser les branches se développer avec plus de liberté, mais cependant pas assez écartés les uns des autres pour qu'ils s’étalent trop en largeur sans chercher à s'élever; il faudra donc planter encore, dans ce cas, plus d'arbres que le nombre que l’on veut conserver définitivement. On coupera alors successivement les moins bien venants, afin de laisser les autres se développer.
On est quelquefois tenté d'enlever, pour être utilisés ailleurs, les sujets qui doivent disparaître; on a tort le plus souvent, parce qu'en déplaçant un arbre on attaque les racines, on brise les branches et l'on déforme ceux qu’on veut conserver, On ne doit pas oublier que les arbres et
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arbustes grandissent et se développent, et que le jardinier doit avoir ainsi pendant longtemps sa serpette à la main afin de diriger ses plantations. Il les empêchera de s'étendre trop, de détruire des perspectives ou l'équilibre des masses, il les ramènera à des formes harmonieuses concourant à l'effet d'ensemble du paysage.
Quelques personnes joignent l’utile à l’agréable en parsemant les pelouses de quelques arbres à fruit. Gomme ceux-ci, à l’exception des noyers et de quelques varittés ue cerisiers, sont généralement d’un port et d’une taille trèsmédiocre, il est prudent de rejeter ces espèces de vergers irréguliers sur des points peu en vue ou près du potager.
Les fleurs représentent par excellence, dans un jardin, les soins de culture et de luxe; on doit donc en être trèssobre dans les parties retirées du parc. On peut en jeter quelques-unes sur les bords des massifs fondus avec les gazons, mais la coutume, d'accord avec le bon sens, est de les réunir franchement en corbeilles de contours réguliers dans le voisinage de la maison d'habitation.
Nous devons le répéter, un jardin est une œuvre d'art qui comporte des ornements aussi bien qu’un édifice comporte des sculptures; il faut seulement qu'ils ne soient pas distribués en dehors de la raison. Les fleurs doivent accentuer certains points pour les mettre en évidence, et rien n’est plus rationnel que d’embellir le voisinage de la maison et des stations les plus importantes du parc où la culture et les soins doivent être le plus développés. Ces soins ne s’indiqueront pas par quelques fleurs étiolées émaillant les gazons, mais par des groupes d’une végétation luxuriante. En France nous avons la coutume de donner à ces groupes des formes simples : soit de plates-bandes enveloppant l'habitation, soit de corbeilles se rapprochant généralement de l’ellipse et disposées sur le gazon le long des allées. A l'étranger on se permet souvent des dispositions plus compliquées : des arrangements figurent des
nœuds de cravate, des virgules, des devises ou des arabesques jetés au milieu du gazon.
Depuis quelques années la variété des fleurs servant à l'ornementation des jardins est devenue énorme. Quelques personnes reprochent l'emploi en pleine terre pendant l'été de plantes de serre, attendu qu’elles sont un contre-sens dans nos climats. Nous croyons cette théorie trop exclusive. Il ne convient pas de refuser ce concours de plantes à feuillage ornemental ou dont les fleurs sont très-persistantes, si l’on donne à leur emploi une signification toute temporaire, comme est celle de fleurs cultivées d’une manière annuelle. L'esprit n’est pas choqué par la présence de fleurs éphémères qu’il sait devoir disparaître à chaque mauvaise saison, comme il doit l'être, ainsi que nous l’avons déjà dit, par la vue d’un arbre exotique qui exige des années pour se développer et qui n’a pu évidemment végéter sous notre climat dans la place qu’il occuperait en pleine terre.
Les fleurs et les plantes cultivées pour leur feuillage ont un coloris beaucoup plus vif que les arbres des massifs et futaies. Il en résulte qu'un choix peu heureux choque beaucoup plus nos yeux que ne pourrait le faire l'existence d'arbres dont les diverses nuances de vert se marieraient mal. Les fleurs doivent donc être distribuées avec soin, suivant leur coloris, non-seulement à cause de l'influence relative qu'exercent ces diverses teintes les unes sur les autres, mais encore en vue de leur éclat absolu et individuel. En général ou peut admettre que les coloris ternes ou tendres, les variétés de plantes de semis, dont la nuance des fleurs est incertaine et joue, doivent être réservés pour les massifs qu'on ne voit que de près; tandis que les couleurs franches, vives et éclatantes sont les seules qui, vues à distance, produisent de l'effet. Ainsi les pelargoniums zonales de nuance rosée et saumon, sauf la variété baronne Haussmann (saumon vif), les portulata
aux fleurs de toutes couleurs, paraissent sales et ternes vues à distance, tandis qu’ils forment de charmantes garnitures vus de près. Au contraire, le pelargonium Ary Hyower qui, maigre et grêle, garnit peu le sol et doit être rejeté des premiers plans, produit à distance un effet des plus riches. Les variétés rouges de pelargoniums, les petunias blancs, violet éclatant, les sauges rouges, les calcéolaires jaunes et presque toutes les plantes à coloris franc peuvent être utilisées à toutes les distances. Lorsqu'on peut voir à la fois plusieurs variétés de plantes, il ne suffit plus d'examiner leur valeur absolue, mais encore l'influence qu’elles exercent les unes sur les autres. S'il s’agit de corbeiïlles et que chacune d’elles soit garnie d’une seule variété de plantes, il faudra choisir les nuances de telle sorte que leur rapprochement, produit par l'effet de la perspective, donne un résultat harmonieux. S'il s’agit de massifs ou de platesbandes formées de diverses sortes de plantes, il faudra non-seulement que le choix dans chaque plantation soit heureux, mais encore que la couleur moyenne produite par cette réunion concorde avec celle provenant des autres garnitures que l’on peut apercevoir en même temps dans le voisinage.
Le choix à faire dans l'énorme variété de plantes dont on dispose actuellement est d'autant plus délicat, qu'on ne peut juger immédiatement de l'effet produit ni réparer les erreurs qu'on pourrait commettre, attendu que lorsqu'on met les plantes en terre elles sont jeunes et sans fleurs. 11 faut donc s’en rapporter à des exemples connus, ou bien que le jardinier, s’il est naturellement coloriste, fasse une année d’avance des essais avec quelques plantes fleuries et en pot, ou enfin se guide sur des dessins représentant le coloris exact des fleurs à employer. Dans cette étude préalable il sera puissamment aidé par la théorie des couleurs complémentaires qui a été très-développée par les expériences de Chevreul; il résulte de ces expériences que
OU deux teintes se nuisent ou se font ressortir l'une l’autie d'autant plus qu’elles s’éloignent ou se rapprochent plus des couleurs complémentaires, c'est-à-dire de deux couleurs dont la réunion produit le blanc. Les couleurs complémentaires se déduisent tacilement de la rose des couleurs de l’arc-en-ciel donnée par Newton, sans que l’on sache comment cet illustre géomètre a été conduit à sa composition. Sur cette rose (fig. 26, PI. 3), les couleurs situées sur le même diamètre sont complémentaires et le centre de gravité donné par la réunion d’un certain nombre de divisions représentant des couleurs diverses tombe sur la case de la couleur résultante. Actuellement, surtout en Allemagne, ou simplifie les sept compartiments inégaux de la rose de Newton en réduisant celle-ci à six compartiments égaux, suivant les préceptes de Goethe qui supprime Vindigo (fig. 27, PI. 3). On appelle primaires les trois couleurs : rouge, bleu et jaune, secondaires les trois couleurs : violet, vert et orangé composées de la combinaison deux à deux des couleurs primaires, et tertiaires les six couleurs résultant de trois autres consécutives et qui sont : le violet rouge, — bleu violet, — vert bleu, — jaune vert, — orangé jaune, — rouge orangé. On dit que les couleurs sont harmoniques lorsqu'elles sont complémentaires comme le rouge et le vert, le bleu et l’orangé, le jaune et le violet c’est-à-dire lorqu'on juxtapose une couleur primaire avec la couleur secondaire opposée, ou bien comme le bleu violet et l’orangé jaune qui sont des couleurs tertiaires opposées. Les couleurs caractéristiques dont le rapprochement se fait moins valoir que les couleurs harmoniques ou complémentaires sont dues à la juxtaposition de deux couleurs non contiguës dans le cercle comme le rouge et le jaune ou bien l'orangé et le vert, Les dispositions sans harmonie ni caractère sont celles qui admettent des couleurs contiguës, comme le violet et le rouge ou bien l’orangé et le jaune, etc. Ces couleurs se font
perdre mutuellement de leur pureté, mais on détruira la dissonance en plaçant entre elles la couleur tertiaire opposée : violet, jaune vert, rouge, ou bien orangé, bleu violet, jaune. On remarque que dans la rose des couleurs ne figurent ni le blanc ni le noir. Le blanc est en eflet la réunion de toutes les couleurs et le noir leur absence; ces deux couleurs s’harmonisent ainsi avec toutes les autres. On devra suivre les règles données par l'expérience pour fixer les couleurs différentes, soit de plusieurs corbeilles unicolores, situées dans la même ligne de vue; soit des fleurs différentes composant les diverses zones d’une même corbeille lorsqu'on les dispose en anneaux concentriques si la corbeille est de forme circulaire ou ovale; soit des lignes parallèles s’il s’agit d’une plate-bande meublée de longues lignes formées chacune d’une seule variété mais différant de couleur d’une ligne à la ligne voisine, ainsi qu’on le fait dans les jardins de la ville de Paris. Dans cette même ville on suit, pour les jardins de l'État, un autre mode qui consiste à distribuer les plantes, non pas par lignes parallèles, mais par groupes successifs, se reproduisant dans la longueur de la plate-bande. Les plantes de ces groupes sont choisies de telle sorte que mises en terre en même temps elles se succèdent d’une manière continue les unes aux autres dans leur floraison. Le premier système garnit mieux le sol, produit plus d'effet à distance comme effet d'ensemble et vivacité de teintes, mais il à l’inconvénient (les plantes connues ne donnant pas des fleurs toute l’année) d'exiger des renouvellements qui doivent être exécutés d'une manière complète après chaque floraison et qui laissent plusieurs fois par an le sol nu et sans fleurs ni verdure. Le second système ne garnit pas assez le sol de très-près, produit un bon effet à une distance moyenne qui permet de distinguer les fleurs les unes des autres, mais donne lieu, lors d’un plus grand écartement du spectateur, à une confusion entre tous les coloris qui produit une teinte
neutre, uniforme et monotone. Ses avantages sont une dépense moindre en fleurs, en soins et un sol recouvert d'une manière uniforme pendant toute l’année (*). Quoique les deux caractères principaux de l'élégance dans l'entretien d’un jardin soient des gazons tenus épais et courts par de fréquents fauchages, et des fleurs en abondance, nous ne pouvons approuver l’abus qu'on a fait de ces derniers depuis quelques années en les disposant autour des massifs en lignes continues qui tranchent sur le gazon les arbres et arbustes. Nous croyons être le premier qui ait employé quelques fleurs pour cacher, sur certains points, la terre qui se voyait au travers des troncs des arbustes des massifs qui s'étant élancés étaient dégarnis du pied et se fondaient mal avec le gazon. Mais on a fait de ce palliatif
une règle géntiale qui donne, À est vrai, une granuc richesse au jardin, mais qui a l'inconvénient d’être par trop opposé à ce qui se voit dans la nature. Nous croyons qu’on devait se borner à jeter de place en place, le long des massifs, quelques agglomérations de fleurs qui animeraient le paysage par leur coloris et sembleraient être poussées naturellement dans quelques situations favorables et abritées par les arbres.
Lorsque les premières gelées ont fané les plantes qui garnissaient les corbeilles et forcé le jardinier à arracher ces débris, la terre nue produit un effet désagréable. Quelques praticiens recommandent alors, si la propriété continue à être encore habitée, à garnir les corbeilles d'arbustes à feuilles persistantes, cultivés en pot pour cet usage.
LA Per hs Le NL ER RE RS (*) Voir pour le choix et les distributions de ces fleurs, les exem-
ples donnés dans la publication de la maison Vilmorin (Les Plantes de pleine terre).
La planche n° 4 représente une vue secondaire dans un parc paysager. Un petit ruisseau descend, en bouillonnant, au milieu de rapides et de faibles chutes ; un vallon dont les berges tapissées de gazon se relèvent par des pentes, assez douces sur la rive convexe, plus accentuées sur la rive concave, jusqu'aux massifs de plantations qui limitent la percée. Le fond du tableau n’est occupé que par des gazons et des arbres. Les fleurs commencent à apparaître dans le voisinage du pavillon qui, du côté du centre du parc, domine la vue. Les corbeïlles prennent de plus en plus d'importance, et comme nombre, et comme recherche, à mesure qu'on arrive à ce point plus fréquenté.
Malheureusement la chromo-lithographie est impuissante à représenter la réalité; les tons qui paraissent durs et heurtés dans le dessin se fondent dans la nature, et forment de riches décorations de fleurs et de plantes de coloris variés. Le pavillon, le long duquel s’élancent des plantes grimpantes, est environné d’un massif de caladiums aux larges feuilles ornementales entouré d’une bordure formée de sedum acre sur laquelle se détache une guirlande formée d’echeverias, d’alternenteras, et de sedum carneum. Les nœuds sont en immortelles naines à feuilles jaunes, Ces bordures de formes architecturales, si à la mode de nos jours, doivent, lorsqu'on veut éviter des pincements continuels qui maintiennent les plantes de même élévation, être composées exclusivement de végétaux qui, comme dans l'exemple précédent, restent naturellement bas. Elles ne sont de mise, croyons nous, que dans le voisinage immédiat d'une construction élégante qui, comme elles, indique une grande recherche. Les départs d'’allées sont accusées, au centre du dessin par un masssif de Papyrus, à gauche par une corbeille de Pelargoniums mistriss Poloch au feuillage jaspé de vert et de jaune doré, entouré par le Jaen au feuillage argenté. La corbeille qui fait pendant à droite du pavillon, est composée d’Agera-
YO en
tums bleus-rosés, entourés de pelargoniums M: Nilson aux grandes ombelles roses. Le massif d'arbres voisin est enveloppé par une bordure d'Anthemis aux fleurs blanches. Quelques arbres a bois tendre, comme des peupliers et des saules pleureurs, sont jetés sur les bords du ruisseau dans des points où ils ne gènent pas la vue. Ge ruisseau retenu par le gué qui donne passage à l’allée qui de la rive opposée vient aboutir au pavillon, s’élargit pour former une petite pièce d’eau où croissent des plantes aquatiques; quelques cannas, génériums, et autres plantes jetées sur les gazons servent de transition entre la partie soignée et fleurie de la composition et les fonds traités d’une manière beaucoup plus sobre. |
7° De la réunion et de la combinaison des divers éléments
constilutlifs du parc.
S1 nous jetons un coup d'œil en arrière sur les matières comprises dans le troisième chapitre, nous voyons que nous avons étudié successivement les préceptes qui doivent guider l'architecte dans le choix des dispositions d'ensemble à donner à la propriété, et les divers matériaux dont il peut disposer pour transformer sa conception idéale en un objet matériel. Il ne nous restera donc plus, pour terminer, qu’à indiquer de quelle manière il peut procéder pour faire l'étude de la répartition sur le terrain des percées, eaux, allées et plantations, afin de serrer de plus près sa conception et d’en arrêter le projet régulier et définitif.
Le point de départ de tout projet sérieux est un plan très-exact du terrain dont on dispose; sur ce plan on indiquera avec soin tous les objets importants, les dépressions de terrain, les ruisseaux, les étangs, les massifs de forêt, les arbres remarquables, les points saillants qui doivent être mis en relief ou bien cachés s’ils produisent un mauvais effet; puis, lorsqu'un examen attentif du terrain, qu’on aura étudié de tous les points élevés, aura permis de se
= former une idée d'ensemble, on tracera sur ce plan les principales lignes de vue et l’on choisira entre elles celle qui donnera une grande ligne d'ensemble, mettant en relief le point saillant du pays, tout en permettant une position convenable pour la maison, c’est-à-dire salubre et de facile accès. Morel prétend qu'il faut placer l’habitation de manière qu'elle prenne ses vues au nord et à l’est, afin que le paysage soit parfaitement éclairé au milieu du jour et dans la soirée, moments où, suivant les habitudes de la vie ordinaire, on est plus à même de jouir de la vue. Il a parfaitement raison si l’on n’a égard qu'à l’esthétique, mais si l’on considère en même temps les inconvénients que présente, dans notre climat du centre et du nord de la Franca, une maison exposée aux vents du nord, on trouvera qu'il est préférable de s’en abriter et de prendre ses vues seulement vers l’est. Il recommande au contraire de boiser le midi, afin d’avoir de l’ombrage, et l’ouest pour se défendre des vents pluvieux habituels à nos contrées. Ces plantations, surtout au sud, doivent cependant laisser la maison dégagée. On se rendra un compte sommaire, sur les profils qui accompagnent le plan, de l'importance des terrassements à exécuter et des sacrifices d'arbres ou d'objets importants à faire pour dégager cette grande ligne, qui fait le grand mérite des œuvres de Lenôtre, et qu’on ne peut que gagner à chercher à imiter dans les jardins paysagers. Si l’auteur est indécis sur plusieurs solutions, il choisira celle qui se rapporte le mieux au relief naturel du sol. Ce grand axe, une fois déterminé, sera considéré comme la vallée principale du parc, dans laquelle viendront se jeter les autres percées ou vallons secondaires, Ontracera ces percées qui doivent correspondre à des points saillants qu'on veut mettre en évidence, que l'objectif soit dans l'intérieur de la propriété, ou qu'étant en dehors, il produise un effet qu'on veut ménager. On s'assurera que d’autres objets d’un effet fâcheux (un village trop voisin,
jee
des communs, le potager, par exemple) ne se trouvent pas sur ces lignes de vue et pourront être ainsi facilement dissimulés. On rectifiera ensuite le tracé des eaux naturelles, ruisseaux et pièces d’eau, de manière à les mettre en harmonie avec les essais de disposition d'ensemble. Ce premier canevas une fois indiqué, on cherchera à réunir par des allées les principales stations du parc. Dans ce tracé, on aura égard évidemment aux courants naturels de circulation entre le château et les communs, les serres et le potager, entre ce dernier où l’on élève généralement les fleurs et les points où on les utilise, etc., etc. D'un autre côté, on devra satisfaire au désir légitime de longer les cours d’eau et les rives des lacs, de parcourir la grande percée du parc, percée qui d’ailleurs comprend généralement les eaux principales, et enfin de suivre à une faible disiance les liniies de la propriéié, Ge mauière à jouir Ge plus près des échappées qu’on aura ménagées sur la campagne en dehors du parc, ou d'apercevoir ce dernier sous ses divers aspects, ce qui conduira à tracer ce qu'on appelle une allée de ceinture. Cette allée doit cependant être disposée de telle sorte qu'on ne voie pas les limites de la propriété; elle sera donc assez distante des clôtures pour que des massifs puissent cacher ces dernières, qui devront être remplacées par des fossés ou sauts de loup, ou des massifs peu élevés aux points où la vue doit s’étendre sur la campagne voisine.
Dans l'étude du tracé des allées, on ne se contentera pas de suivre les indications de détail que nous avons données précédemment, on devra chercher à former par le contour des allées des figures de formes simples et élégantes, et affectant entre elles, sinon une symétrie absolue, du moins un certain équilibre dans les parties qu'on peut apercevoir du même point; les figures qui produisent toujours le meilleur effet, lorsque le relief du sol les permet, sont les formes elliptiques, ovoïdes ou triangulaires à côtés curvili-
Re 7 à Wst
gnes. On doit éviter autant que possible les formes se rapprochant des rectangles des trapèzes de calebasses, qui sont d'un mauvais effet, de même que deux courbes qui tournent leur convexité l’une vers l’autre. Ces dernières formes ne peuvent être tolérées que lorsque masquées en partie, soit par des plantations, soit par des mouvements de terrain qui les ont motivées, on ne peut les apercevoir dans leur ensemble. Mais elles feront toujours mal sur le plan du jardin et l’on devra souvent tricher dans ce dernier pour obtenir un dessin qui satisfasse les yeux, quitte dans l'exécution, tout en conservant les grandes lignes d’ensemble, à apporter des modifications de détail qu’exigent les reliefs du sol. Cette pondération dans les directions des allées sera surtout nécessaire autour de l'habitation et des diverses constructions du parc; car quoique le jardin paysager soit plus libre dans ses allures que le jardin à la française, certaines transitions entre les lignes architecturales des édifices et la campagne paraissent indispensables. Il serait en effet choquant de voir une construction indiquant l'élégance, la recherche et la réflexion, au milieu d’un dédale d’allées semblant tracées au hasard. S'il est un pointsur lequel il convient de sentir la main de l’homme, c'est certainement aux abords de la maison; aussi a-t-on la coutume de faire partir suivant des directions symétriques, les allées qui rayonnent de l'habitation vers les diverses parties du parc ; les courbes qui raccordent ces allées devront avoir des tangentes au sommet, parallèles aux faces de la maison qu’elles regardent, de manière à former une espèce d'esplanade de figure régulière. Get équilibre des figures ne régnera pas seulement aux aborde des points principaux, mais s’étendra sur l’ensemble de la composition, si la forme du terrain et les reliefs du sol ne sont pas un obstacle à cette recherche du plan, à laquelle il faudra cependant renoncer si elle conduisait à de trop grandes difficultés d'exécution. On est ainsi amené, dans
en
l'étude du plan, à manier et remanier les dispositions des allées, à faire varier légèrement les percées, à en sacrifier même quelquefois, à modifier les contours des pièces d’eau, jusqu'à ce qu'on arrive à équilibrer les remblais et les déblais, à dégager les points de vue, à encadrer ceux-ci dans des plantations qui cachent les bifurcations des allées, les inflexions du sol ou bien des chemins qui produisent un effet désagréable, et tout cela, en ayant soin que la direction des allées soit parfaitement évidente pour le promeneur, qui ne doit pas éprouver la moindre hésitation pour se rendre d’un point à un autre, et qu'un ombrage suffisant rende la promenade agréable. Il faut donc que quelques percées viennent de temps en temps permettre au promeneur de jeter un coup d'œil sur un repère par rapport auquel il se guidera, Il faut, lorsqu'une nouvelle allée vient se greffer sur CCI Qu'Où parcourt, que ce poini de jonction soit précédé d'une échappée sur l’objet auquel elle conduit, de telle sorte qu’en la prenant on n’ait pas d'incertitude sur le but vers lequel on se dirige; les échappées peuvent d’ailleurs, le plus souvent, parfaitement se combiner avec l’ombrage formé par la tête d'arbres parsemés sur le gazon et dont les troncs ne sont pas un obstacle à la vue.
Lorsque cette étude attentive aura permis d'arrêter les grandes dispositions d'ensemble donnant l'unité à la conception, on devra entrer dans la recherche de l'exécution des détails qui concourent à donner de la variété à la composition (*). Chacun de ces détails considéré en particulier devra former une scène complète, mais envisagé par rapport au tout, il doit en faire une partie intégrante. Ce précepte, aussi généralement admis que peu mis en pratique, nous indique qu'une fois que l'architecte aura saisi le point saillant du paysage, l'aura mis en reliet au moyen des arüfices de percées et de plantations et aura ainsi déterminé
*) Consulter les Promenades de Paris, par M. Alphand, P
RS. pe
la physionomie générale du parc, il devra rattacher tous les détails à cette grande percée qui se relie avec le pays avoisinant et les harmoniser avec elle. On ne fera pas ainsi de flaques d’eau dans le voisinage d’un fleuve ou d’un lac à moins qu'elle n’en forme un estuaire; on ne fera pas de petits mamelons dans un pays de montagnes : ces enjolivements ne seraient pas à l'échelle; mais on pourra arranger les eaux dont on dispose en forme de ruisseau se jetant dans le lac ou le fleuve, ainsi que cela se voit dans la nature, et l'on donnera du mouvement au sol par des ondulations se mariant aux grands reliefs du pays, dont elles sembleront être les dernières ramifications. La percée principale, figurant généralement le vallon principal du parc, sera la plus ouverte et offrira les pentes les moins fortes. Les percées secondaires seront au contraire, suivant ce qu’on a vu au paragraphe des eaux, plus resserrées ; elles pourront présenter des déclivités plus fortes, se terminer par des ravins, avoir leurs flancs déchirés par les roches si la constitution du sol le permet. En général, les percées secondaires affecteront une nature plus mouvementée que l'artère principale, mais sans cependant se départir du caractère général imprimé au paysage par la vue d'ensemble et la composition géologique du pays. Les transitions brusques devront être évitées, comme étant très-rares. Ainsi, si une vallée argileuse est surmontée de croupes rocheuses, du fond relativement plat de la vallée on s’élèvera sur des pentes plus ou moins rapides; les ramifications de la vallée pourront présenter, au lieu de vertes prairies, des ravins bordés de falaises; mais alors on devra laisser deviner dans la percée principale ce changement de nature par des roches perçant au travers des arbres qui recouvrent les pentes et limitent le vallon. En général, les contrastes modérés animent le paysage et seront d’un heureux effet pourvu qu'on voie le motif qui leur a donné naissance et qu’il y ait une transition d’une scène à l’autre,
PR tandis qu'on doit éviter avec soin les choses qui jurent entre elles lorsqu'elles sont juxtaposées, comme une plaine aride succédant immédiatement à une prairie luxuriante de végétation, un rocher isolé au milieu d’une nature qui n'en comporte pas. Gette variété, qu'on doit chercher à mettre en relief dans l’arrangement des scènes de la nature tout en évitant les incohérences, devra être surtout observée dans les choses dues uniquement à l'initiative de l'architecte. Ainsi les abords de la maison seront soignés et arrangés avec le plus de recherches et de symétrie; cette recherche s’étendra en décroissant dans la percée principale et ira en diminuant dans les vues secondaires, de manière à passer insensiblement et sans transition de la nature travaillée et soignée qui avoisine la demeure aux scènes de la campagne, Il est évident, d’après ce que nous avons dit, que si l’on dispose dans le parc de bâtiments secondaires traités dans le style rustique, ils devront être élevés dans des sites qui soient en rapport avec eux, loin des parties soignées. Des ruines devront être entourées de boïs incultes et non pas de fleurs et de massifs travaillés jurant avec l'abandon et le défaut de soins que les ruines accusent; elles pourront faire souvent un point de vue très-important, mais alors elles se montreront à une grande distance de l'habitation, sur la croupe d’un coteau boisé ou aride. Quoique l'aspect général du parc dépende, comme nous avons cherché à le faire comprendre, surtout de la constitution géologique de la contrée avoisinante avec laquelle le parc doit se fondre, le praticien peut cependant en modifier la physionomie dans une certaine limite et lui donner un aspect plus ou moins gai, plus ou moins grandiose. Peu de subdivisions, l'ampleur de chacune des parties constituent généralement la majesté et le sérieux. Des subdivisions plus niultiples, des changements plus accentués donnent plus de gaieté au paysage. Le rapport d’étendue entre les eaux, les gazons, les plantations et les rochers influent
également sur les sensations éprouvées par le promeneur. La prédominance des parties sombres, les bois et les rochers inspirent la mélancolie, tandis que les parties claires du paysage dues aux gazons amènent la gaieté. Les grandes surfaces lumineuses et tranquilles des eaux inspirent le recueillement et la sérénité. Les massifs qui se fondent dans le gazon, les vallonnements en présentant des surfaces diversement éclairées, forment des demi-teintes qui produisent d'heureuses transitions entre les parties sombres et les parties éclairées. Chaque nation semble avoir un goût spécial qui dépend soit du caractère, soit du climat. En Allemagne, on donne la prédominance aux parties boisées; on obtient ainsi des promenades dont l’'ombrage est agréable en été, mais qui sont un peu monotones et manquent de perspective. En Angleterre, de vastes pelouses peu mouvementées et parsemées d'arbres séculaires donnent au parc un grand air de majesté. En France, on semble préférer les pays accidentés des coteaux et des vallons dans lesquels on laisse la prédominance aux gazons sur les plantations. Il en résulte un aspect riant et coquet, Le premier type exige peu de terrassements et de mouvements de sol, puisque les vues et percées sont restreintes; il convient aux contrées d’un aspect insignifiant où il y a peu de vastes horizons et rien à mettre en relief. Le second type doit être adopté pour les parcs établis dans de larges vallées et des pays peu accidentés. Ils s’harmonisent ainsi avec la physionomie du pays et ne présenteront que de vastes prairies avec quelques arbres; les ondulations du sol n’y sont pas de mise puisqu'elles ne se raccorderont pas avec la nature avoisinante, c'est-à-dire avec des fonds de vallées ou des versants de coteaux à pentes très-douces. Enfin les jardins situés en pays accidentés offrant de nombreuses vues différentes devront atfecter de préférence la troisième disposition, Ils seront nécessairement assez peu boisés afin de laisser les vues
RAR 7 et
dégagées. Les pelouses, relativement étendues, devront se raccorder d'une manière gracieuse avec les principales ondulations du sol et entraîneront à continuer jusque dans les moindres détails ce modelé qui rejette toute bosse ou toute partie plate: on sera ainsi presque forcément entraîné à manier et vallonner tout l’espace dont on dispose. Un jardin ainsi compris est certainement très-varié, respire la gaieté et la coquetterie, mais par suite est très-coûteux de premier établissement et exige un entretien soigné en rapport avec la délicatesse et la perfection que l’on reconnaît dans son exécution. Quel que soit le choix que le pays vous conseille, il faudra, en plan et en élévation, conserver
des rapports simples entre les longueurs, les largeurs et les :
hauteurs des diverses parties constituant le parc. La beauté dans les arts dépend en effet en grande partie de l'adoption de dimensions qui sont des multiples simples d’un étalon commun.
Nous pensons que dans un jardin paysager on doit s’attacher à passer insensiblement des parties décorées qui avoisinent l'habitation à la campagne qui forme les environs; mais dans certains pays on agit autrement et l’on conserve ces divisions que nous avons trouvées dans les jardins à la française, de parterre, de parc et de campagne, et que Lenôtre avait su fondre dans un grand tout harmonieux. Dans ces pays, au lieu du parterre régulier qui entourait la maison, on trouve le terrain de plaisance, c’està-dire les parties de la propriété les plus soignées, celle où les fleurs abondent et qui est souvent divisée par une clôture de la seconde partie ou parc proprement dit, qui est clos et traité d’une manière moins soignée. Au delà est la troisième partie, désignée sous le nom de terrains libres et qui sont formés de la campagne ouverte, mais que diverses allées et plantations rattachent à l’ensemble de la propriété.
Quels que soient les soins de culture et la symétrie des .
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allées que présente le jardin paysager, aux alentours de l'habitation il y à toujours un passage brusque entre les lignes architectoniques de la maison et les courbes sinueuses des allées et des massifs. Il manque une transition que rempliraient parfaitement quelques parterres à la française entourant le château. Mais il faut reconnaître que cette transition est très-délicate à réaliser par suite de la difficulté qu'on éprouve à raccorder un jardin paysager avec un jardin à la française. Le contraste est simplement reporté un peu plus loin, etil est peut-être même aggravé, car si l'habitude et la diversité entre un édifice et la nature végétale font qu'on n’est pas choqué de voir une maison formée en grande partie de lignes droites et de plans s’élever au milieu d’un jardin affectant de rejeter la ligne droite et le plan, il n’en est pas de même lorsqu'il s'agit de gazons, d'arbres et de fleurs traités de manières différentes et comme disposition d'ensemble et comme mode de culture. En France, on a peu cherché à réaliser cette transition qui a été plus souvent abordée à l'étranger, où d’ailleurs les divisions entre le terrain de plaisance et le jardin proprement dit peuvent rendre moins choquante une fusion imparfaite entre le style régulier et le style irrégulier.
Le lecteur peut étudier sur les plans du parc de Sydenham la manière dont les Anglais comprennent cette tusion des deux styles. Nous ne reproduisons pas ce plan parce qu’il est très-connu et qu’il se rapporte à la réalisation d’un besoin tout spécial, celui de permettre à un nombreux public d'apercevoir l'effet d'ensemble des eaux lorsqu’elles fonctionnent. Nous préférons donner, d’après le recommandable ouvrage de M. Mayer, un plan (PI, 3, fig. ») qui indique ce qu’on fait en Allemagne. Nous devons avertir que ce plan, dans l'ouvrage, n'indique aucune plantation; nous avons cherché à le compléter en prenant pour guide d’autres décorations du même artiste. Dans le jardin de Nymphenbourg, près de Munich, les parterres ainsi que la
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longue et large avenue faisant face au château, et au milieu de laquelle s'étend un vaste canal, sont traités dans le style régulier, tandis que les massifs de futaie qui enserrent cette avenue sont occupés par deux jardins paysagers avec lacs et rivières. Chacune de ces trois parties est grandiose ou jolie si on les considère en particulier; mais en réalité elles forment, non pas un ensemble, mais trois jardins.
Ce que nous avons dit jusqu’à présent se rapporte surtout à une habitation située à la campagne et dont le jardin doit se fondre avec la nature avoisinante. Dans une ville il est très-rare qu’au lieu de prendre des vues sur l’extérieur, on ne cherche pas au contraire à masquer les murs et les constructions du voisinage. Il faut donc former un petit tout du sol dont on dispose et le transformer'en un oasis dérobé aux yeux des voisins par les” plantations du périmètre. Dans ces jardins, généralement d'une faibie étendue, quoiqu'on ne soit commandé par aucun objet extérieur et qu'on puisse donner un champ absolu à son imagination, il est à remarquer que ce sont les plans les plus simples qui produisent le meilleur effet : un grand vallon gazonné occupant le centre avec une allée au pourtour ombragée de grands arbres. C’est ainsi que sont disposés le bosquet du roi à Versailles (fig. 4. PL 3) et le jardin du palais de l'Élysée,
Si au lieu d'une propriété parlieunére on doit créer un parc public, les conditions sont un peu changées. A quelques allées suffisant au personnel restreint d’une habitation particulière, il faut substituer des voies larges et nombreuses, de manière à suffire à la circulation de la foule des promeneurs. La maison qui commandait la disposition d'ensemble du jardin n’existant pas dans le parc public, il semble naturel d'adopter un plan qui se développe à partir de l'entrée principale, de manière à ne laisser aucune ncertitude à l'arrivant. Enfin un parc public ayant géné- ‘alement plusieurs entrées afin d’être d’un facile accès pour