‹ Etude sur l'architecture des jardinsChapitre 9 sur 14 · SR ES · texte numérisé non relu

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ligne et ainsi de suite. On comprend facilement qu’en traçant ces diverses lignes sur un plan (ce qui est d’ailleurs facile au moyen du canevas que nous avons conseillé d’exécuter), on obtient une représentation des mouvements du sol ; les lignes rapprochées indiquent des inclinaisons fortes, des lignes écartées des pentes faibles. Les lignes qui tournent leur convexité du côté des cotes décroissantes représentent des promontoires ; en sens inverses, elles indiquent des vallées. Avec un peu d'habitude on voit parfaitement au moyen d’un plan coté la configuration du sol st l’on étudie facilement le projet des travaux à faire ; mais il sera toujours prudent de vérifier sommairement, au moyen d’un profil relevé sur ces courbes, la régularité du règlement du sol dans la direction des points de vue, régularité très-difficile à saisir à l’insnection seule des courbes de niveau. Nous croyons que le mieux est de se servir à la fois et des courbes de niveau et des profils, chaque système présentant suivant les cas des avantages qu’on ne trouve pas dans l’autre. Les courbes de niveau représentent mieux l’ensemble du sol, les profils sont indispensables pour vérifier les règlements sur une direction donnée, et plus faciles pour le calcul des terrassements. Les courbes de niveau doivent, pour éviter toute incertitude aux yeux, correspondre, dans le même projet, à des sections faites par des plans horizontaux équidistants, et l’on comprendra facilement que pour indiquer suffisamment les reliefs, l'écartement de ces plans devra être d'autant plus faible que le pays est plus plat. Pour les sols moyennement accidentés, ils pourront être distants de 0",50; pour les coteaux à l'écartement peut être de 1, 2, 3 ou 4 mètres. De même pour les profils en travers après avoir adopté, ainsi que nous l'avons vu, pour la facilité des études, l'échelle du plan pour les longueurs, on devra choisir une échelle des hauteurs qui permette dans chaque projet de reconnaître facilement les mouvements du sol. Ainsi dans un pays plat

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on peut décupler léchelle, dans un pays ordinaire la quintupler. Dans les fortes déclivités approchant de 3 et 2 de base pour 1 de hauteur, il suflit de prendre la même échelle pour les longueurs et les hauteurs.

Si l’on veut compléter l'étude d’un projet par la confection d’un plan-relicf, les lignes de niveauoffrentune grande facilité d'exécution; on décalque ces lignes sur des feuilles de carton toutes d’une épaisseur égale et proportionnelle à l'échelle des hauteurs. Puis après avoir découpé chaque feuille suivant une ligne de niveau on les cloue etles empile les unes sur les autres: on obtient ainsi un plan en gradins représentant le relief du projet. Coulant en plâtre ce relief

et remplissant les gradins, on a le sol supposé réglé. Le plan en relief, examiné dans toutes les directions, montre

souvent des imperfections ou même des fautes quiont échappé à l’étude en plan et sert à perfectionner le projet. Lorsqu'une étude aura été faite avec ce soin, que tous les détails en auront été arrêtés, l'exécution n'offre plus de difficultés : on piquette sur le sol le projet arrèté, on indique sur chaque piquet la cote du déblai et du remblai et les terrassiers peuvent alors se mettre à l'œuvre, sans crainte de se tromper, du moins en ce qui concerne les gros déblais. Lorqu'on approche du règlement définitif, le sentiment de l’architecte devient nécessaire afin de donner la dernière perfection aux mouvements du sol, Son coup d'œil est souvent indispensable pour arrêter quelques petits détails qui ne peuvent être indiqués aux profils, comme certaines dépressions dans les parties rentrantes des massifs, quelques élévations accompagnant et faisant valoir un groupe d’arbres isolés, pour corriger certaines imperfections et donner en un mot le dernier modelé au sol. Pour cela, il lui sera souvent nécessaire de faire exécuter en relief ou en déblai quelques profils du nouveau sol projeté qui puissent guider les ouvriers régleurs et bien leur indiquer la forme définitive des vallonnements.

Généralement la couche superficielle du sol seule est fertile ; il faudra donc avoir soin de disposer le mode d’exé cution des terrassements de telle sorte que cette couche superficielle se trouve toujours à la surface du nouveau sol, I] faudra éviter de l’enfouir sous des apports de nouvelles terres ou de l'enlever de manière à laisser un sol déblayé infertile. Lors donc que les mouvements du sol seront assez importants pour affecter sensiblement la couche arable, celle-ci devra être relevée pour être étendue à nouveau sur le sol remanié. Mais cette opération doit être faite économiquement et avec discernement. On évitera donc de relever la couche superficielle sur toutes les sur-

faces à remanier, on se contentera de la retrousser sur un certain point et l’on en formera un cavalier sur un endroit

dont le niveau ne doit pas varier. On exécutera les terrassements sur la portion privée de sa terre végétale et une fois le règlement fait on y apportera la terre végétale prise directement sur une autre portion voisine qui doit également être profondément modifiée. On opère ainsi de proche en proche jusqu’à la dernière partie qui est recouverte avec la terre mise primitivement en cavalier; on évite ainsi un nouveau piochage et un double transport pour la majeure partie de la couche arable ce qui serait arrivé si on l'avait relevée en entier. Il faut autant que possible avoir 0",90 d'épaisseur de terre végétale dans les pelouses et 1 mètre dans les massifs. On utilise généralement pour les pelouses et massifs la terre prise sur l'emplacement des allées qu’on remblaye alors avec les cailloux et détritus provenant du ratissage des parties ensemencées ; on rend ainsi les voies plus sèches et plus résistantes, on évite de transporter au loin des détritus, et l’on donne un emploi utile à des terres qui auraient fait une aire peu convenable. On rend aussi l’entretien plus économique, car les herbes ne poussent pas dans un semblable sol ; mais il faudra avoir soin, lorsqu'on agit de la sorte, de tenir les allées un peu

basses lors de l'exécution, parce que sans cela, le sol des pelouses, qui se tasse à la longue plus que celui des allées, ferait que celles-ci resteraient en reliefsur le gazon et produiraient un mauvais effet. Les allées exécutées de la sorte sont naturellement drainées et absorbent les eaux de pluie; mais lorsque destinées aux voitures, elles ont une chaussée résistante et imperméable, on devra ménager dans les points bas un écoulement pour les eaux.

Lorsque après avoir étudié le projet avec soin on l'aura piqueté sur le sol et qu’on aura fait les terrassements et les quelques corrections que l'exécution aura suggérés, il faudra faire les plantations et les semis. Si les terrassements ont été terminés en été, il sera prudent de semer tous les gazons en les prolongeant en partie sur l'emplacement des massifs, de les faucher et soigner jusqu'à la fin de l'automne. On commencera les plantations à la chute des feuilles, en découpant avec soin dans le gazon rien que la surface nécessaire à la mise en terre des arbres isolés et des végétaux formant le périmètre des massifs. Le corps de ces derniers pourra seul être planté sans avoir à s'occuper des gazons; on évitera ainsi des raccords de pelouses, raccords trèsdifficiles à réussir et qui montrent presque toujours les points de réunion de deux semis successifs, et l’on obtiendra du premier coup cette fusion entre les massifs et les gazons qu’on doit tant rechercher. Lorsque les terrassements ne sont achevés qu'à la mauvaise saison, on exécutera de suite les plantations et, aux beaux jours, on fera les semis, ce qui exigera un second labour qu'on avait évité dans le premier cas. Ces semis seront poussés, comme nous l’avons dit, de quelques mètres dans les massifs afin d'éviter la vue de la terre.

Dans tous les cas, avant d'entreprendre les plantations il sera important de bien vérifier les lignes de vue, et ne pas se contenter de les jalonner par une simple ligne de piquets, ce qui pourrait entrainer à la rendre trop étroite en exécu-

tion, mais par deux lignes indiquant les limites extrêmes que les plantations ne doivent pas dépasser. Ces lignes pourront être parallèles, ou aller en s’évasant ou se rétrécissant suivant qu'on désire laisser l'effet perspectif naturel ou bien faire paraître la percée plus courte ou plus longue. Il sera prudent d'indiquer également d’une manière très-apparente les massifs ou les arbres isolés qui doivent meubler les pelouses, afin de bien s'assurer, avant la plantation, si tous les objectifs qu'on veut ménager ne sont pas masqués et si l'on cachera les objets dont on a voulu supprimer la vue. Sur les points secondaires, les contours des massifs, la fixation de l'emplacement des arbres jetés en vedette ou isolés sur les pelouses exigeront de même tous les soins et l'habileté du jardinier, mais ne nécessiteront pas d'opération d’arpentage, quelques petites irrégularités du plan ne pouvant avoir d'infiuénce notable sur un espace restreint, et le sentiment d’un planteur intelligent étant d’ailleurs suffisant dans ces détails secondaires pour éviter toute erreur notable.

Après que les semis et plantations auront été achevés on donnera les derniers soins aux allées; celles-ci seront sablées, tirées au râteau ou empierrées et cylindrées s’il s’agit de voies carrossables.

Nous sommes persuadés qu’en suivant la manière rationnelle de procéder que nous avons cherché à développer on obtiendra un parc qui pourra ne pas être très-remarquable, surtout si le pays est insignifiant par lui-même, mais qui sera recommandable, ne choquera pas le bon sens, et paraîtra être une des situations privilégiées du pays, rehaussée par une culture de luxe et des soins d’entretien et d’aménagement tout à fait spéciaux.

De même qu’un peintre de talent nous charme en s’inspirant souvent du sujet le plus simple qu'il transforme en élaguant les détails importuns, en mettant en relief le point saillant de la scène et en lui imprimant sa manière de sentir;

de même l'architecte fera valoir, s’il a du talent, le site le plus modeste, seulement son œuvre sera plus difficile en ce qu’il ne doit pas se préoccuper seulement d’une scène limitée par un cadre, mais encore des moyens de raccorder cette scène avec le pays qui l'entoure. Ce sentiment exquis de la mesure et du tact dans la conception qui fait le grand mérite de l’artiste est généralement un don de la nature, mais il ne se révélera et développera le plus souvent que par l'étude et l'expérience; aussi devons-nous engager tout architecte paysager à ne pas se fier à la routine, mais à se préparer par de bonnes études botaniques et géométriques puis par un examen attentif et réfléchi des œuvres de ses prédécesseurs,

8° Étude spéciale de la création d’un jardin dans un cas donné.

Afin de mieux expliquer les idées que nous avons émises, nous allons les appliquer à un exemple et suivre la série des opérations que nous avons indiquées.

Le terrain (PI. 5, fig. 1) mis à notre disposition d'une contenance de 50 à 60 hectares se compose d’un vallon ramifié, dont le fond est occupé par un ruisseau coulant dans un sol d’alluvion cultivé en prairie. Ge ruisseau vient s’appuyer alternativement à l’un et à l’autre des côtés de la vallée; les revers du coteau sont boisés et présentent géologiquement trois étages (voir coupe QQ/', PI. 5, fig. 2) : à la base, des calcaires perméables sur une dizaine de mètres de puissance; au-desssus 4 à 5 mètres d'épaisseur d'un terrain argileux; puis formant les crêtes, des sables perméables mais fertiles. Il résulte de cette constitution géologique que dans les anses concaves de la vallée le calcaire des coteaux se présentera suivant des pentes assez rapides; au-dessus les terrains argileux et peu perméables seront moins inclinés et formeront même des plateaux lorsque la rivière abandonne le pied du côteau; l'étage supérieur, composé de sable, se relèvera suivant des pentes très-tortes;

les sources s’échapperont de la base de ses sables dont les contours seront ainsi assez déchiquetés. Les reliefs du sol sont indiqués par des courbes de niveau équidistantes et espacées de 2 mètres, les chiffres indiquent les altitudes. C’est sur une échelle très-réduite la constitution des rives de la Seine, près du Val-Fleury, et des coteaux de Bellevue,

près Paris. En AB est la route qui conduit vers la localité voisine située du côté B.

L'habitation peut occuper plusieurs positions. En CG elle dominerait le pays et serait dans une très-belle vue; mais elle serait éloignée de la route, exposée à tous les vents, et ses abords seraient un peu rétrécis. En D regardant la vallée et le vallon secondaire, entourée de prairies elle serait dans une position favorable comme vue et abords, mais toujours un peu éloignée de la route daus uné situation uñ peu humide, et ayant sa principale vue au sud. Pour ces divers motifs nous choisirons le point E, à une distance convenable de la route, dominant le cours de la rivière et regardant le nord-est. La maison aura ainsi sa principale vue bien éclairée, tandis que des plantations et les coteaux en arrière peuvent l’abriter des vents d’oucst, que nous supposons les vents régnants de la contrée ouest de la France. Ces considérations nous font adopter cette position, quoiqu’elle présente, comme nous le verrons, certaines difficultés de distribution. L'habitation sera placée normalement à la vue principale au sommet du revers assez incliné formé par les calcaires, dans un pli naturel de terrain qui se prêtera aux mouvements ultérieurs du jardin. Ses abords, qui occupent le plateau argileux, sont très-fertiles et suffisamment plats pour permettre une circulation facile autour de la maison, les sables ne se relevant que de l’autre côté de la route publique. Les extrémités de la maison domineront deux vues secondaires, le vallon de droite, et à gauche les coteaux de l’anse de la vallée principale,

Indiquons sur le plan la position de la maison (*), etles axes de ces trois vues principales ax", 83 et y’.

Un lac occupant le fond de la vallée animera le paysage. I s'étendra naturellement dans le sens de la vallée, suivant la vue ax; alors la partie de cette vue comprise entre le lac et la maison devra être parfaitement dégagée et traitée ainsi en pelouse. Comme celle-ci sera faite sur un terrain perméable, elle aura besoin d’eau pour rester verte ; mais la retenue formant le lac donnera lieu à une chute qu’on utilisera pour élever les eaux nécessaires à la maison, à ses abords et au jardin potager. Supposons que cette retenue soit de 2 mètres, le contour du lac serait naturellement défini par la courbe 2. Nous établirons le barrage en GHI de manière à faire symétrie au fond de l’anse de droite. Mais pour éviter d’avoir une largeur d’eau considérable à l'extrémité inférieure du lac et une digue rectangulaire se raccordant mal avec le reste du paysage, nous profiterons en partie des déblais importants qui proviendront de l’approfondissement des rives du lac et de la terre végétale qui resterait inutile sous l’eau, pour donner plus de longueur à la digue de retenue en l’inclinant suivant HK et en remblayant en arrière la partie de prairie qui serait au- dessous du niveau de l’eau. Les contours exacts de la rive HK seront déterminés ultérieurement d’après les autres besoins de la distribution du parc. On fera une petite île entre H et G, de manière à diviser le canal d’amenée du moulin, qui est placé en L, du lit de la rivière utilisé pour la décharge, derrière le vannage de retenue. Sur la rive opposée, l’eau venant baigner la croupe abrupte G, il sera naturel, d’après ce que nous avons dit à ce sujet, de donner à ce promontoire l'aspect d'une roche formant falaise.

(*) Les édifices sont représentés par des hachures, les vues par des lignes formées de traits divisés par des points, la direction des allées par des lignes ponctuées, -les courbes de niveau par des lignes pleines. j

Cette idée d'ensemble arrêtée, il nous faudra déterminer les allées réunissant les divers points du parc et fixer les massifs encadrant les rives,

L'entrée de la propriété sera naturellement sur la droite du côté de l’arrivée de la localité voisine ; nous la placerons en dehors du grand axe es'a', afin qu’elle ne masque pas la maison, et à une distance suffisante pour permettre à l'allée qui part normalement de la grille de venir se développer tangentiellement à l'habitation. Le logement du jardinier commandera cette grille, et quoique l'allée ne se ramilie pas dans le sens de son parcours, une percée À} sera ménagée entre la grille et la maison de manière à ne laisser aucune indécision aux personnes qui arrivent. Le potager sera placé le long de la grande route, derrière la loge du portier, dans un sol fertile et à une bonne exposition.

Les communs seront construits symétriquement à la loge du concierge, de telle sorte que les voitures, après avoir déposé les visiteurs au perron du château, continuent leur route et arrivent directement aux écuries. La symétrie, désirable surtout autour du château, sera obtenue par une seconde sortie du côté des communs et une allée allant du château au potager. Une autre allée transversale formera une ellipse devant la maison. Un saut de loup s’étendra le long de la route entre les deux grilles d'entrée. Des portes de service des communs et du jardin sur la route permettront le transport des fumiers sans passer devant le château. Quoique l'habitation soit isolée de toutes parts, les visiteurs ne trouvant qu'une seule allée devant eux, seront forcés d'arriver au perron et ne pourront se rendre dans le reste du parc sans être aperçus.

De l’autre côté de la maison les difficultés sont plus grandes.

Les principaux points d'attraction seront les rives du lac, le moulin L, le promontoire G et une étable qu'on

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