‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 13 sur 112 · ALT · texte numérisé non relu

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ARE DITABIT MARMORIS COLORE RATCHIS HIDEBOHOHRIT.

D’après cette inscription, l’autel, probablement exécuté par les soins de Pemmone, duc de Frioul, aurait été consacré sous le gouvernement de son fils Ratchis, qui devint roi des Longobards. Ce serait donc un ouvrage de la première moitié du huitième siècle.

L’inscription a été rétablie ainsi qu’il suit par divers auteurs :

De mascima dona XP1 ad clarit subeimi concessa Pemmoni

ubique diruto

formarentur ut templa. Nam ei inter reliquas

solarium beati Johannis ornabit pendola -f ex aura pulcliro ali-

are ditabit marmoris colore Ratchis Hidebohohrit

1 L’inscription de l'autel de Cividale a été publiée pour la première fois en 1727 par Fonlanini : Disons argenteus votivus, etc., p. 30 et 31. — Suivant cet auteur, elle doit s’interpréter de la manière suivante : « De maximis donis

Signification des sculptures1. — Sur la face antérieure, Jésus-Christ, clans une auréole formée de feuilles, est enlevé au ciel par quatre anges, et, dans l’intérieur de l’auréole, deux autres anges semblent l’assister. Les ailes de ces derniers sont semées d’yeux; ce qui , dans l’art grec du moyen âge, indiquait ordinairement les chérubins. Celte représentation de Jésus-Christ, assisté de deux chérubins, répond très-probablement au texte de l’Écriture (psaume lxxix, 2) : « Qui sedes super Clienibim. » Des étoiles et des fleurons semés dans le champ paraissent exprimer que le Sauveur traverse le ciel ; et la main droite qui se voit au-dessus de sa tête indique que Dieu le Père s’apprête à le recevoir.

La face postérieure de l’autel est ornée de deux croix gemmées. La petite armoire placée au milieu peut avoir été destinée à renfermer des reliques ou à servir de réserve pour les vases sacrés. Au-dessous de cette petite armoire, une sorte d’étoile à cinq pointes paraît être un souvenir du Chrisme rpii avait cessé d’être en usage dans les pays latins. On l’aura donc retracé d’une manière vague, sans se bien rendre compte des éléments qui le composaient jadis.

Sur la petite face du côté gauche, l’artiste s’est évidemment proposé de représenter la Visitation. Le front de la sainte Vierge est marqué d’une croix que, dans les anciens .monuments grecs, on trouve tracée sur le voile, où une étoile la remplace souvent. A côté de la sainte Vierge est une plante qui ressemble à un lys.

L Adoration des Mages occupe la petite face du côté droit’. Les trois rois sont chaussés de bottines, comme gens qui viennent de loin, et leur tête est coiffée de ce petit appendice bizarre qui, dans les monuments grecs du moyen âge, indique la mitre phrygienne. Des trois étoiles qui se voient au sommet, celle du milieu, placée audessus de la tête de l’Enfant-Jésus, a plutôt l’air d’un chrisme maladroitement imité; et cela correspond assez bien au geste de l’ange qui semble dire : « Voilà celui que vous cherchez. » 11 n’y aurait donc, en fait d’astres véritables, que les deux étoiles à six rais qui paraissent indiquer le point de départ et le point d’arrivée. La sainte Vierge porte

Christi cla.ro et sublimi concessis Pemmoni , nbique dirutum formaretur ut templum : nam ei inter rcliqua solarium beati Johannis ornavit pendilla cruceex auro pulchro; altare ditavit marmoris colore Ratchis Hidebohohrü. » — Voir Troya, Codice diplomatico longobardo, t. IV, part, iv, p. 12 et 15.

1 Je dois ce paragraphe au R. P. Cahier, de la Compagnie de Jésus, qui a bien voulu me donner textuellement toutes les explications qti’il contient.

2 Canciani s'est avisé, on ne sait pourquoi, de prendre les trois personnages qui offrent des présents à l’enfant Jésus pour Ratchis et ses deux frères Aistulf et Ratcaif. C’est aussi l’opinion de M. Troya. — Troya, Cod. dip. long., t. IV, part. îv,

AUTEL DE PEMMOJNE

encore sur le front la croix que nous avons vue dans la lace opposée. Derrière elle, se tient debout une femme qui pourrait être sa servante.

Si grossière que soit l’exécution des trois faces historiées, il est facile d’y reconnaître une grande pensée d’ensemble, empruntée au langage de saint Paul (I Tim., ni, 16) : « Magnum est pietatis sacramentum, quod manifestatum est in carne,... apparuü angdis, prædicatum est iii gentibus, assumptum est in gloria. »

Caractère des sculptures. — Les croix gemmées de la face postérieure, les rosaces et les divers ornements des bordures témoignent d’un certain goût et d’une certaine facilité d’imitation qui manquent tout à fait dans les figures. Celles-ci, avec leurs attitudes roides et forcées, leurs visages tout de face ou de profil et leurs membres disproportionnés, sont pour la plupart d’une barbarie si complète qu’il est difficile d’imaginer rien de plus grossier et déplus laid. L’inscription, fort mal écrite dans un langage presque inintelligible, ne vaut pas mieux que les sculptures.

Il est à remarquer que les sujets des trois faces historiées sont assez clairement exprimés et que les figures, outre qu’elles sont disposées avec ordre et convenance, garnissent parfaitement tout l'espace limité par l'encadrement. La composition est donc bien supérieure à l’exécution; ce qui paraît indiquer qu’il y a eu copie. Cette conjecture est continuée par diverses particularités, telles que l imitation maladroite du chrisme, la croix tracée sur le front de la sainte Vierge et la mitre phrygienne qui sert de coiffure aux rois mages. Comme ces signes ou attributs ne se trouvent guère que dans les ouvrages grecs, il est probable que la décoration de l’autel de Pemmone reproduit grossièrement quelque morceau de sculpture ou de peinture byzantine*.

La sculpture offre d’ailleurs un cachet byzantin très-prononcé. Les ornements et les figures ont très-peu de saillie et se détachent du fond par des reliefs méplats. Les plis des vêtements sont marqués par des raies serrées et parallèles simplement tracées dans le marbre. On dirait un tableau gravé sur la pierre, avec un fond légèrement évidé. ,

L intérêt que peuvent présenter les sculptures de l’autel de Pemmone consiste surtout dans les renseignements qu’elles fournissent sur l’état de la sculpture, au nord-est de 1 Italie, pendant le huitième siècle. Elles nous montrent que, sous la

1 Les D de l’inscription ressemblent au 8 majuscule.

domination des Longobards, l’art était tombé extrêmement bas, et de plus, qu’il était réduit, dans les ouvrages décoratifs, à s’inspirer servilement de modèles byzantins. Nous verrons plus loin, par l’exemple de divers monuments bâtis à des époques postérieures, que la dernière observation, la plus intéressante pour notre sujet, ne s’applique pas seulement aux contrées qui, par leur position géographique, se trouvèrent à même, comme le Frioul, de ressentir l’influence immédiate de l’art byzantin; mais qu’elle paraît s’appliquer également à tout le nord de l’Italie.

BAPTISTÈRE DE CATASTE

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