BAPTISTÈRE DE CALISTE
Iæ nom de Sicvald ou Sigunld paraît être celui d’un patriarche qui occupait le siège d’Aquilée vers 774 et qui, d’après l’inscription, aurait restauré ou embelli le baptistère. Cela semble d’autant plus vraisemblable que l’autre face historiée de la balustrade, celle du côté HA, se compose évidemment de fragments rapportés, et que le plus grand de ces fragments, à en juger par les sculptures qui le décorent, paraît avoir une provenance analogue à celle de la dalle où se lit le nom de Sicvald. Cette dernière pourrait donc bien avoir été mise dans la balustrade en même temps que les fragments qui ornent la face IIA, et Sicvald, auteur de cet embellissement, en aurait consacré la mémoire par une inscription.
Signification des sculptures'. — Sur le côté EF de la balustrade, une croix ornée, dressée entre deux flambeaux, semble imitée d’une tapisserie orientale : on a conservé aux candélabres quelque aspect d’un pyrée persan, et les palmeltes rappellent 1 ehom oriental, tel qu’on pouvait le figurer sur des tissus. Celle même plante aura inspiré probablement aussi l’arbre qui se voit à l’étage supérieur, et qui est justement accosté de deux griffons à la manière asiatique. Le tout est cantonné de quatre médaillons renfermant les symboles des évangélistes : chacun d’eux porte sur une tablette le vers de Sédulius* qui explique ses attributions.
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Les symboles de saint Luc et de saint Jean sont répétés sur le côté HA avec les mêmes vers de Sédulius. Les têtes du bœuf et de l’aigle ont un aspect un peu plus rapproché de la nature, et l’articulation de la jambe du bœuf sur le corps semble inspirée du procédé employé en pareil cas dans certains tissus byzantins.
Sur les tympans des arcs, les poissons peuvent indiquer le chrétien qui renaît dans l’eau, comme parle l’Évangile, figure familière aux PP. de l’Église et à Part chrétien primitif. Les cerfs qui viennent se désaltérer à une source jaillissante sont le symbole
1 Je dois textuellement tout ce paragraphe au R. P. Cahier, de la Compagnie de Jésus.
2 Sédulius, poëte latin du cinquième siècle.
3 Dans ces inscriptions, l’I remplace souvent l’E.
liturgique du baptême, si bien que le psaume XLI : Quèmadmodum desiderat cervus ad fontes aquarium... se chantait pendant la cérémonie. L’agneau convient tout aussi bien aux fidèles, puisque Jésus-Christ s’appelle le bon Pasteur; et le paon est connu pour indiquer l’aspiration à la vie éternelle, parce que sa chair était censée ne se corrompre jamais.
Les petits oiseaux, occupés à becqueter des grappes, sont un sujet d’ornementation qui ne laisse pas que d’avoir un sens mystique, comme symbole de l’Eucharistie, d’autant que jadis la communion était donnée après le baptême. L’on a même eu soin de faire plonger les liges de vigne dans des vases en forme de calice antique.
Quant aux lions et aux griffons, si l’on voulait y voir absolument une intention de symbolisme, on peut y trouver le souvenir de la leçon que donne saint Pierre aux chrétiens : « Veillez, car votre adversaire’le démon tourne autour de vous en rugissant, cherchant à vous dévorer. »
Caractère des sculptures. — Les diverses sculptures qui décorent le baptistère de Caliste offrent à peu près le même caractère que celles de l’autel de Pemmone dont elles sont contemporaines. L’absence des figures humaines et la prédominance des ornements font sans doute qu’elles ont un aspect moins barbare. 11 est à remarquer, en effet, que dans tous les monuments de la première moitié du moyen âge, les ornements composés d’entrelacs, de rinceaux, de fleurons, d’oves, de perles, etc., sont d’une exécution très-supérieure à celle des animaux, et que ceux-ci, à leur tour, sont en général mieux faits que les hommes, surtout lorsqu’ils appartiennent aux espèces domestiques ou sauvages que l’artiste pouvait avoir journellement sous les yeux.
Les formes étranges des animaux symboliques, représentés sur les faces EF et HA de la balustrade, ne s’expliquent guère qu’eu admettant une imitation de quelque étoffe orientale. Les artisans qui fabriquaient ces étoffes étaient probablement moins exercés que les sculpteurs dans l’art du dessin, et d’ailleurs la nature même de leurs ouvrages comportait moins de rigueur dans les contours et plus de caprice dans la composition. L’art oriental semble avoir inspiré également la forme des plantes qui, dans plusieurs dalles du couronnement, occupent les angles inférieurs des tympans : on reconnaît fort bien un palmier sur le côté AB.
Les chapiteaux des colonnettes méritent d’être remarqués pour leurs bonnes proportions et l’exécution très-soignée de leurs sculptures. Leur caractère est tout à fait byzantin; cl d’ailleurs, la ressemblance qu'ils offrent entre eux, non moins que la
BAPTISTÈRE DE CARISTE
manière dont il» s'ajustent au reste de la construction, ne permettent pas de supposer cpi’ils proviennent de quelque monument plus ancien.
En somme, le baptistère de Calisle, comme l’autel de Pemmone, témoigne qu’au huitième siècle l’art byzantin inspirait exclusivement la sculpture décorative du Nord de l’Italie. L’observation de ce baptistère nous apprend aussi que, sous le régime des barbares, le goût des formes architecturales paraît s’être mieux conservé que la science du dessin. Les proportions des diverses parties de l’édifice sont, en effet, beaucoup plus satisfaisantes que celles des animaux sculptés sur les parois.
BASILIQUE DU SAINT SAUVEUR