I. — HISTOIRE SOMMAIRE DE LA BASILIQUE AMBROISIENNE ET DE SON CLERGÉ
Fondation. — Premiers documents historiques. — La basilique ambroisienne fut bâtie par saint Ambroise1 , qui la consacra le 19 juin 586. Du vivant même de son fondateur, les Milanais l’appelaient déjà ambroisienne 2, tant ils avaient de vénération pour leur évêque. Saint Ambroise avait fait préparer d’avance son tombeau au-dessous de l’autel. « Il est juste, écrit-il à sa sœur sainte Marcelline, que le prêtre repose au lieu où il avait coutume d’offrir le saint sacrifice'. » Cependant les corps des martyrs saint Gervais et saint Protais ayant été retrouvés en 587, Ambroise leur céda respectueusement la droite de sa tombe ; et depuis lors, ces reliques ont toujours été, en ce lieu, l’objet d’un culte profond et empressé *.
* Grégoire de Tours l’affirme formellement : « Quam ipse proprio ædificavit studio. »
2 « ... In Basilicam cjuam appellant ambrosianam. » Lettre de saint Ambroise à sa sœur sainte Marcelline.
3 Lettre XXII d’Ambroise à sa sœur Marcelline.
4 La fête des saints Gervais et Protais (19 juin) se célébrait avec beaucoup de solennité. Une inscription de 1098, scellée dans la façade de l’atrium, h droite de la porte, nous apprend que l’archevêque Anselme et ses successeurs exemptèrent de
Une origine aussi illustre n’a point suffi à l’ambition patriotique des vieux historiens milanais. Suivant eux, la basilique aurait été bâtie par Constantin sur l’emplacement d’un temple d’Esculape ou de Bacchus *. Plusieurs lui ont attribué pendant quelque temps le rang de métropolitaine Beaucoup ont raconté que saint Augustin y reçut le baptême des mains de saint Ambroise 3, et que saint Ambroise, ayant condamné Théodose à cette fameuse pénitence publique que lui mérita le siège de Thessalonique, fit fermer les portes de l’église devant l’empereur indigne d’y entrer. La critique éclairée des écrivains du siècle dernier a établi que ces histoires doivent être considérées comme des légendes imaginées au moyen âge et qu’elles ne prouvent qu’une chose : la vénération des Milanais pour leur glorieux patron et pour leur antique et illustre basilique. Depuis le quatrième siècle jusqu’au huitième nous ne savons rien sur la basilique ambroisienne. Pendant cet intervalle de quatre siècles, la ville de Milan éprouva de grands malheurs. Les Iluns d’abord, puis les Franks, les Goths et les Bourguignons vinrent successivement la saccager. L’arrivée des Longobards répandit une telle terreur que l’évêque de Milan, fuyant devant eux, se retira à Gênes avec son clergé. 11 est probable que l’église bâtie par saint Ambroise ne réussit point à échapper à de pareils désastres ; d’autant plus que, située- en dehors des murs ‘, elle était exposée aux premiers coups des barbares. La partie la plus ancienne de la basilique, formée des trois absides et des espaces rectangulaires qui précèdent, ne paraît pas remonter au delà du septième siècle.
Fondation du 'monastère bénédictin de saint Ambroise. — Plusieurs diplômes du huitième siècle nous montrent qu’à cette époque, le clergé spécialement attaché à la basilique ambroisienne se composait d’un custode, prêtre ou diacre, et de plusieurs ecclésiastiques d’un rang inférieur 3. Ce clergé demeurait dans une habitation voisine
la taxe les marchandises mises en vente à Milan, trois jours avant la fête des saints Gervais et Protais, le jour môme de cette fête et trois jours après. Pour attirer plus de visiteurs, on garantissait une entière sécurité « frmam pacem » aux arrivants et aux partants pendant huit jours avant et huit jours après la même fête. — Voir plus loin le texte de l’inscription dans la description de l’Atrium. — Cette inscription a été donnée avec de graves omissions par Giulini : Memorie délia città e campagna di Milano. Milano, 1760. Édition de 1854, vol. II, p. 655; et exactement parFerrario : Monnmenti di Sant' Ambrogio, p. 45.
1 Torre, Ritratlo di Milano. Ces opinions n’ont pas d’autre fondement que la présence dans la basilique d’un serpent de bronze élevé sur une colonne et d’un morceau de sculpture antique représentant peut-être une bacchanale. Nous parlerons plus loin de ces deux ouvrages.
* Sormani, Allegata ad concordiam in caassa præeminentiæ.
5 Fumagalli, Delle Aniichità longobardico milanesi.
4 « Juxta civitatem Mediolani. » — Diplôme de 784. — Giulini, Memorie délia città e campagna di Milano. Édition milanaise de 1854, vol. I, p. 54.
s Giulini, Memorie, etc., vol. I, p. 22.
de la basilique, appelée du nom de Gella ‘. Les autres églises de Milan étaient administrées de la même manière. Leurs custodes paraissent avoir fait partie du clergé de 1 ordre supérieur, appelé à Milan Cardinal*, qui non-seulement desservait particulièrement l’église cathédrale, mais encore les autres églises, où il officiait aux jours de fête. Comme la plupart des églises de Milan, et notamment Saint-Ambroise, étaient à cette époque en dehors des murs3, le clergé de l’ordre cardinal avait un service trèspénible. C’est sans doute pour le décharger d’une partie de ses fatigues, que Pierre, élu archevêque * de Milan au commencement de 784, ht en cette même année desservir la basilique ambroisienne par des moines bénédictins, et que, satisfait de l’abbé Benoît et de ses compagnons, il les installa définitivement dans la basilique et dans ses dépendances s. Le diplôme qui contient cette donation, daté du 23 octobre 789, est le plus ancien qui nous reste des évêques de Milan. On y lit notamment les passages suivants 6 :
Peti us per J)ei gratiam sanctæ Mediolanensis Ecclesiæ Archiepiscopus monasterio, quod, Deo ubente\ instituimus juxta Ecclesiam Sancti Ghristi confessons Ambroxii, in ejus honore, et sanctorum martyrum Protaxii et Gervasii, ubi eorum sacra corpora venerabiliter requiescunt, conditam: seu Benedicto Abbati , successoribusque ejus, cunctoque œtui ipsius, in perpetuum... Dignum est, ante veneranda ipsorum corpora laus régi æthereo sedido decantetur a monachis ibidem constitutis : et ne aliquo impulsu penuriæ ipsa sacra Collegio stimulata gravetuv. Gui, Deo miserante, Abbatem instituimus Benedictum presbyterum. Concedimus sibi suisque successorïbus, qui pro tempore fuerint nunc et deinceps, omnibusve sub eis regulariterviventibus, locum habitationis arfipliorem et honestiorem, scilicet ad habitandum et regidariter vivendum: et ipsam Ecclesiam, quæusque nunc Gella 8 vocabalurj quatenus eam orationis
1 Giulini, T, p. 30 et 51.
2 Giulini, I, p. 22 et 49.
Les églises situées en dehors des murs étaient, comme nous l’apprend un rhythme du huitième siècle : Saint-Victor, Saint-Ambroise, Saint-Nabor, Sainte- Valérie, Saint-Simplicien , Saint-Denis, Saint-Nazaire, Saint-Calimère, Saint-Celse et Saint-Eusiorge (Giulini, I, p. 35). Il faut y ajouter Saint-Laurent. Ces églises étaient les plus importantes et les plus vénérées de Milan.
* Les évêques de Milan prirent le titre d’archevêques vers la fin du huitième siècle. — Thomas, prédécesseur de Pierre, le porte déjà. — Giulini, I, p. 21.
5 L acte de donation donne clairement à entendre que tel fut le motif de l’introduction des moines à Saint-Àmbroise : « Mihi meisque in Christo Filiis majoris scilicet ordinis totius gradibus, a quibus diulius laborantibns in eadem Ecclesia multotiens rogatus, merces acquiratur æterna... »
6 Voir, pour le texte complet du diplôme : Puricelli, A mbrosianæ mediol. basilicæ ac monaüerii monumenla. — Mediolani, 1645, p. 18 et suiv.
7 Juvante suivant Puricelli.
8 Ce passage montre que les moines, pourvus d’une nouvelle demeure plus vaste et plus belle « ampliorem et honestiorem, »
solummoclo secretioris continentissimam habeant eandern vero, quam superius diximus, in honore supradietorum sanctorum martymm Protaxii etGervasii, atque confessons Christi Ambroxii constructam, sub sua cura et providentia ipse Benedictus Presbyter Abbas, (quam quicunque successores ejus Abbates, qui...
La donation de l’archevêque Pierre fut consentie par le clergé, approuvée par les rois Charles et Pépin, et de plus, très-bien accueillie par le peuple. « Consmsum præbentibus Sacerdotibus ac Levitis, cunctisque Ordinis nostri, ut diximus, gradibus, spiritualibus Filiis : confirmantibus quoque Domnis rwstris, Regibus in æternum victuris, una et populo pleno favente anima. » Le diplôme se termine par le privilège accordé aux moines d’élire leur abhé et de le choisir parmi eux. Charlemagne confirma en 791 tout ce qu’avait institué l’archevêque1; et le monastère de saint Ambroise, fondé sous des auspices si favorables, ne tarda point à acquérir beaucoup d’importance et de richesses.
La basilique ambroisienne demeure la propriété des archevêques de Milan. — Il ne faudrait pas conclure de ce qui précède que la basilique ambroisienne fût devenue la propriété des moines bénédictins comme les bâtiments ou les biens du monastère, et que l’église milanaise se lût ainsi dessaisie du sanctuaire de son saint patron. Remarquons, en effet, qu’en 789 l’archevêque Pierre donne à l’abbé Benoît le monastère et la Cella, tandis qu’il se borne à lui confier le soin de la basilique, « sub sua cura et providentia. » Dans un diplôme de 835, l’archevêque Angilbert confirme à l’abbé Gaudcntius la tutelle et la garde, tant de la basilique que du magnifique autel nouvellement érigé à ses frais. « Confirmo Ecclesiam et altare, quod... in tutéla et omni custodia suprataxati Gaudentii abbatis... et in ejusditione perhemniter suisque successoribus permaneat sine fine % » etc. Enfin un diplôme de 864 montre qu’à cette époque des prêtres appelés decumani officiaient à Saint-Ambroise !. La présence de ces prêtres séculiers qui, avec le temps, formèrent une puissante collégiale, témoigne plus expressément encore que les textes cités en premier lieu, qu’en fondant et protégeant le monastère
avaient converti en oratoire la cella où habitait, avant leur venue, le clergé de la basilique ambroisienne. Cette cella était bien l’habitation du clergé, et non, comme on l’a prétendu, une petite église, car un diplôme de 740 contient une donation faite à la basilique ambroisienne, avec la condition que le donateur habitera la cella, et y recevra, sa vie durant, le vivre et le vêtement. — Giulini, vol. I, p. 50 et 51 .
1 Giulini, I, p. 55.
2 Puricelli, Mon. ambros., n° 44.
3 Voir Giulini, I, p. 254.
de Saint-Ambroise, les archevêques de Milan ne renoncèrent point à la possession de la basilique ambroisienne.
Mais voici encore d’autres preuves de ce l'ait, et des preuves assez formelles pour ne laisser aucun doute. On lit dans les pièces d’un procès engagé au commencement du treizième siècle entre l’abbaye et le chapitre de Saint-Ambroise que plusieurs témoins furent interrogés sur la question de savoir si l’église avait été restaurée par le superstes ‘ ou par l’archevêque. La réponse fut que la basilique appartenant à l’archevêque, bien qu’il s’y trouvât un superstes, elle avait été restaurée par l’archevêque. Non-seulement le travail auquel on vient de faire allusion, mais encore toutes les constructions ou restaurations importantes sur lesquelles nous avons des documents, furent l’ouvrage des archevêques. Le clergé de Saint-Ambroise ne paraît avoir fait par lui-même que des travaux d’appropriation tout à fait secondaires. Cette intervention constante des archevêques de Milan, dont il y a des témoignages depuis le neuvième siècle jusqu’au dixhuitième, montre avec évidence que la basilique ambroisienne n’a jamais cessé de leur appartenir, et que les religieux qu'ils y installèrent furent seulement chargés de la garder et d’y officier.
Il convient de mentionner aussi, à l’appui de cette conclusion, le privilège qu’eut au moyen âge l’église de Saint-Ambroise , de servir de théâtre à toutes les solennités politiques et religieuses, accomplies à Milan sous la présidence de l’archevêque. Plusieurs diètes du royaume d’Italie et plusieurs assemblées d'évêques y furent réunies . Othon I, Conrad I, Henri IV, Conrad son fils, Conrad de Franconie, Henri VI, Henri VII, Charles IV, et peut-être Othon IV, y furent couronnés rois d’Italie 1 2 * * 5.
Si nous venons d’insister très-longuement sur les arguments qui prouvent la possession de la basilique ambroisienne par les archevêques de Milan, c’est qu’il importe d’être parfaitement fixé sur ce point. 11 serait naturel en effet, faute des renseignements que nous avons cités, d’attribuer aux moines bénédictins les constructions de Saint-
1 Puricclli, Mon. ambros., n° 626.
2 Superstes, en italien soprastante, c’est-à-dire économe, intendant. — Giulini, III, p. 406.
5 Voir, pour les diètes, élections et couronnements accomplis à Saint-Ambroise : Giulini, Mem. di Milano ; et Ferrario,
Monumenti di sant' Ambrogio. Milano, 1824. — Jusqu’au milieu du dixième siècle, les élections et les couronnements des
rois d’Italie se firent à Pavie, capitale du royaume; mais depuis, soit que l’importance croissante de Milan lui eût donné le premier rang, soit que Pavie, ayant fait acte de rébellion, eût perdu son privilège, ces événements politiques eurent lieu généralement à Milan. Le couronnement ne se faisait à Monza que lorsque les Milanais étaient hostiles au souverain, ce qui, du reste, arriva fort souvent; même dans ce cas, les rois d'Italie vinrent plusieurs fois se faire couronner une seconde fois à Milan. La cérémonie se célébrait à Saint-Ambroise, et non dans la cathédrale, parce que, suivant Giulini, les Milanais, très-jaloux de leur liberté, ne voulaient pas que le roi entrât dans leur ville. C’est l’archevêque de Milan qui présidait au couronnement et posait le diadème sur le front du souverain .
Ambroise ; et alors, comme ces moines paraissent avoir exercé, au moins à certaines époques et dans certains pays, une influence considérable sur l’architecture religieuse, le monument que nous étudions pourrait fort bien passer pour une manifestation de leurs principes artistiques. Les explications que nous avons données ne permettant pas d admettre une pareille opinion, il en résulte que la basilique ambroisienne peut être regardée comme le produit original de l’art italien, et non comme l’expression d’un art monastique plus ou moins étranger au milieu où il apparaît. L’histoire de l’abbaye de Saint-Ambroise témoigne du reste , qu’au point de vue artistique aussi bien qu’au point de vue religieux, celte abbaye joua toujours un rôle très-minime. Sa destinée n a lien eu de commun avec celle des grands monastères bénédictins du centre de la France.
Après avoir montré dans quelles mains et sous quelle influence s’est trouvée la basilique ambioisienne, nous allons parler des différents travaux que l’on y exécuta successivement. Le neuvième siècle mérite à cet égard un examen particulier.
Travaux exécutés a la basilique ambroisienne pendant le neuvième siècle. — Si l’on étudié I histoire de Milan, on reconnaît que le neuvième siècle a été pour les évêques de cette xille une période tres-remarquable d’autorité morale et de puissance temporelle. Les deux archevêques Angilbert II (824-859) et Anspert (868-881) prirent une part considérable aux événements politiques de leur époque1 et surent, en outre, employer leurs richesses à construire des monuments restés célèbres dans les fastes de la ville. C’est dans la basilique ambroisienne, dont ces deux grands hommes furent les zélés bienfaiteurs, que 1 on voit encore ceux de leurs ouvrages qui sont parvenus jusqu’à nous. Angilbert fit exécuter par l’orfévre Wolvinus le magnifique autel en vermeil cl argent ciselés, qui se trouve entre les colonnes du ciborium, et Anspert fit construire l’atrium. Ces deux monuments ont une grande importance pour l’histoire de la basilique ambroisienne : aussi convient-il de bien justifier la date qu’on leur assigne.
Pour 1 autel il n’y a pas de doute possible : deux des médaillons qui ornent la face postérieure représentent saint Ambroise couronnant Angilbert « Domnus Angilbertus » et Wolvinus « Wolvinus magister phaber. » (Voir sur la pi. XXXIV le dessin d’ensemble de la face postérieure de l’autel et sur la pl. XXXV le détail des deux médaillons en question.) Le travail très-soigné de cet autel, l’heureux agencement des sujets et la correction du dessin des figures prouvent qu’au neuvième siècle, l’art était cultivé
1 Voir Giulini, livres I à X.
SAINT-AMBROISE DE MILAN — HISTOIRE a\cc succès au noid de 1 Italie, tn même temps, la richesse des matières employées
donne une très-haute opinion des ressources qu’avaient à leur disposition les archevêques de Milan.
La date de 1 atrium est fixée par l’épitaphe de l’archevêque Anspert, conservée en- 0016 c^ans 1 église de Saint- Ambroise. Cette inscription, gravée sur une dalle de marbre, est assez intéressante pour que nous en donnions le fac-similé et le texte restitué sans abréviations.
H'CI AC ETANS P E RT VS N RÆ CLARIS SIM VS VRBIS ANTiSLS’VAVOCPVDOREFIDE AEQVISECTATORTVRBAE PRAELARGVS EGENAE EFFECT°RVOTi/PPOSITi Q-mX MOENIASOLLIC1TVS COM MISSAEREDDID1T VRBI DR/TA^R E STiT ViT © SMAEBMV QVOTSACRAS AEDES QVA N TO SV DORE RE F ECIT AJ I A VGMS S1VXETAJJEFORES T VS CS ATYROEEV^MVa'BaVT DANS SVvSACRAToPIDACNCREG VTMONACHOS PA5CANT AETERNIS OCTO DIEBVS APBR0 S l VPSEQ.S ATŸR/Q'RJW OBIITANNO LN CARNATi O NISDNIOCCC-LXXXII SEPTIMOIDVSDEGNDJCXV REXITEPISCOPATVSWM ANNISXIIIMEN VD1EBXII PSVLtSAEDREAS PFAEGPPSMCRE HOCLÆViTASIBICDEGRViTOPVS
Ilic jacet Anspertus nostræ clarissimus urbis Antistes. Vita voce pudore fide
Æqui sectator turbæ prælargus egenæ Effector voli propositique tenax Mœnia sollicitus commissæ reddidït urbi1 Diruta restituit de Slilicone domum'
Quot sacras ædes quanto sudore refecit Atria vicinas struxit et ante fores Tum sancto Satyro templumque domuraque d ica vit. 3
Dans sua sacrato prædia cuncta loco Ut monachos pascant æternis octo diebus Ambrosium prosequi Satyrumque rogent Obiit anno Incarnationis Domini octingentesimo octogesimo secundo Septimo Idus Decembris Indictione décima quinta.
Rexit episcopatum suum
Annis tredecim mensibus quinque diebus duodecim.
Præsulis Andréas præfati captus amore Hoc lævita sibi condecoravit opus.
Les quatre premiers vers peignent fort bien les vertus et le caractère du grand archevêque. Les suivants racontent ses travaux, parmi lesquels on remarque la construction d’un atrium ou parvis. L’emplacement de cet édifice n’est indiqué, il est vrai, par aucun nom propre de lieu, mais la mention de son voisinage et de sa situation audevant des portes se rapporte apparemment à la place qu’occupait l’épitaphe, et comme celle-ci se trouvai t dans l’intérieur de la basilique ambroisienne, nous sommes en droit d’admettre que l’atrium en question est bien celui de cette basilique. C’est l’opinion constante de tous les historiens milanais. On sait d’ailleurs, par une donation de 892 *, qu’à celte époque, il existait un parvis devant l’église de Saint-Ambroise. Voici dans quels termes l’archevêque Anselme 11 décrit le terrain dont il fait don au monastère : « Est aiitem mensura ipsius terne... Situsvero loci, ab Oriente et Mendie, cohæretmmasterio, habens ab Occidente viam Regiam, a Septentrione mururn et porticum qtiibus sacralum munitum est Atrium. » Ce passage est aussi clair que possible. Les noms de lieu qui s’y trouvent désignés prouvent de la manière la plus formelle, qu’à la lin du neuvième siècle, un atrium, entouré de portiques et clos par un mur, précédait la basilique ambroisienne.
1 C’est un fait curieux de voir un évêque relever les murailles de sa ville quand, en même temps, se trouvait dans cette ville un comte impérial. Le vrai maître de Milan était alors Anspert; et, certes, au neuvième siècle, peu de souverains ont fait autant que cet archevêque, dont l’épiscopat ne dura cependant que treize années et demie.
2 Ce « domus Stiliconis » est probablement le palais du fameux Stilicon, qui pouvait fort bien être devenu la propriété des archevêques de Milan. — Giulini, I, p. 326.
3 L’église et le monastère de Saint- Satyre, fondés par Anspert, sont dans l’intérieur de Milan.
4 Puricelli, Mon. ambros., n°147. — Giulini, I, p. 560.
A m°lnS d’UUe reCOnstraction Postérieure, le parvis actuel serait donc bien celui d’Anspert. Or, il n’est guère admissible qu’il ait été rebâti, attendu que l’édifice maintenant existant paraît appartenir aux premiers temps du style lombard et que, par suite, il ne saurait être postérieur au dixième siècle. Si donc il y avait eu reconstruction, le monument primitif, élevé parAnspert, n’aurait eu qu’un siècle ou tout au plus un siècle et demi de durée. Ce laps de temps n’est pas assez considérable pour donner de la vraisemblance à l’hypothèse d’une réédification, d’autant plus qu’au dixième siècle, ni la ville de Milan, ni en particulier le monastère de Saint-Ambroise, n’éprouvèrent de désastre.
Si nous avons insisté sur la date du parvis, c’est qu’elle a beaucoup d’importance pour déterminer l’époque de la construction de l’église. Les nefs et le narthex ont été bâtis en même temps ; car il n’y a aucune solution de continuité entre leurs maçonneries, et les murs latéraux se prolongent exactement de chaque côté de la muraille de séparation. Le parvis fut ajouté après coup : ce fait se déduit en toute rigueur de ce que la corniche à petits arcs qui couronne les baies inférieures de la façade continue à régner sous la toiture des deux portiques du nord et du midi. (Voir la pl. XXX.) Abstraction faite du chevet de l’église, il y a donc eu deux constructions distinctes : d’abord, les nefs avec le narthex; et ensuite le parvis. En examinant ces deux parties de la basilique, on reconnaît aisément qu’elles ont dû être bâties à peu de temps d’intervalle ; car, bien que l’atrium témoigne d’un art plus avancé, il offre cependant une grande unité de style avec le corps de l’église. Cette observation, jointe à la connaissance de la date de l’atrium, nous autorise à conclure que les nefs et le narthex remontent à la première moitié du neuvième siècle.
Les preuves qui viennent d’être présentées sont encore fortifiées, comme on le verra plus loin, par celles que fournit l'étude détaillée de la basilique ; en sorte qu’il ne paraît guère possible de mettre en doute les dates précédemment fixées.
Il faut remarquer, d’ailleurs, que le neuvième siècle paraît avoir été particulièrement propice à l’érection de la basilique ambroi sienne. Le nord de l’Italie se trouvait alors dans une situation relativement calme et prospère et , en même temps , le siège épiscopal de Milan fut occupé par des hommes éminents, zélés bienfaiteurs de l’église et du monastère de Saint-Ambroise. Ce qui prouve bien la faveur exceptionnelle dont cette église fut alors l’objet, c’est que depuis Pierre Ier, mort en 801, jusqu’à André, mort en 906, tous les archevêques de Milan, à l’exception d’un seul1, y furent
* Angilbert II, enterré à Saint-Nazaire. — Giulini, I, 225.
ensevelis, tandis qu’aux époques suivantes, le privilège de posséder les tombes des archevêques passa à la cathédrale 11 faut ajouter que le dixième siècle où, à défaut du neuvième, on devrait placer la construction de Saint-Ambroise, fut une période de confusion et de relâchement, dont les archevêques de Milan paraissent avoir subi complètement la mauvaise influence. On les vit s’occuper bien plus d’intérêts purement matériels que du soin de leur diocèse et de leurs églises, et quelques-uns commirent même des abus scandaleux1 2 3 4. Dans aucun des diplômes de cette époque, relatifs à Saint- Ambroise, on ne trouve trace d’une construction faite à la basilique.
Travaux exécutés a la basilique ambroisienne depuis la fix du neuvième siècle jusqu’à nos joues. — Nous nous bornerons ici à énumérer les principaux de ces travaux, dont nous reparlerons plus longuement à propos des différentes parties de la basilique qu’ils concernent.
Au commencement du douzième siècle fut bâti le campanile de droite, dit nouveau campanile, que l’archevêque Anselme Y délia Pusterla donna aux chanoines en 1T285 6.
En 1196, l’église de Saint- Ambroise éprouva un grand désastre. Les voûtes de la nef principale s’écroulèrent en partie et, dans leur chute, ruinèrent la chaire et une portion du chœur. L’archevêque Oberto da Tcrzago et son successeur Filippo da Lampugnano s’empressèrent de restaurer l’église, et à ce travail ils ajoutèrent la construction de la coupole *.
Au seizième siècle, saint Charles Borromée fit décorer, ou plutôt défigurer, l’intérieur de cette coupole. Son architecte Pellegrino Pellegrini tapissa la voûte de caissons et masqua les arceaux des pendentifs par quatre colossales figures d’anges s.
Vers 1631, le cardinal Frédéric Borromée restaura l’atrium, alors fort délabré °.
Enfin, le cardinal Odescalchi fit exécuter, au commencement du siècle dernier, des travaux importants de consolidation et de restauration ’. Par ses soins, les arcs qui
1 II s’agit ici de la cathédrale dédiée à la sainte Vierge et appelée Hiemalis. 11 importe de le dire, attendu qu’à partir des dernières années du huitième siècle ou des premières du neuvième, il y eut à Milan deux cathédrales, Sainte-Marie pour l’hiver et Sainte-Thècle pour l’été. — Giidini, I, p. 92.
2 Manassès et Adelman, qui se disputèrent le siège épiscopal vers le milieu du dixième siècle, dissipèrent les richesses de l’église milanaise à se faire des partisans (Giulini, I, p. 557); et Landolph II, élu grâce aux intrigues et à l’or de son père, alla jusqu’à distribuer à ses soldats les bénéfices ecclésiastiques. — Giulini, I, p. 643.
3 Giulini, III, p. 182.
4 Puricelli, Mon. Ambros., n° 626. — Giulini, IV, p. 89 et 91.
5 Ferdinando Cassina, le Fabbriche piu cospicue di Milano. Milano, 1846, fascicolo XV.
6 Ferrario, Mon. diS. Ambrogio, p. 41.
' Latuada, Descrhione di Milano, 1738.
soutiennent la coupole furent réparés et l’on remit à neuf la confession. En même temps toute- l’église fut ornée et nettoyée, au point qu’elle sembla, suivant l’expression du contemporain Latuada, pareille au phénix, renaître de ses cendres.
Il n’y paraissait plus guère de nos jours ; et la vieille basilique avait grand besoin d’une deuxième résurrection. Elle s’achève en ce moment, aux frais du gouvernement italien, et sous la direction d’une commission d’artistes milanais1 * * * * * * 8. Les travaux, commencés en 1857 et constamment poursuivis depuis cette époque, ont peu à peu restitué aux différentes parties du monument leurs formes et leur caractère primitifs. Encore un peu de temps, et la basilique ambroisienne, dépouillée du badigeon et des placages qui la souillaient, débarrassée aussi des adjonctions qui la défiguraient, méritera vraiment d’être comparée au phénix renaissant de scs cendres.
Abbaye et Chapitre de Saint-Ambroise. — Nous avons déjà raconté les origines de l’abbaye et celles du chapitre de Saint-Ambroise ; il ne reste plus qu’à exposer brièvement la suite de leur histoire.
Dès 875, l’empereur Louis II met le monastère sous la protection impériale, avec défense à l’archevêque ou à ses agents d’élever aucune prétention sur les biens et les personnes qui dépendent de cette communauté : il ajoute même qu’il sera pris le même soin de leur conservation que s’ils appartenaient au domaine impérial1. Les
1 Par un décret du 25 janvier 1857, l’empereur d’Autriche gratifia la basilique ambroisienne d’une dotation annuelle de 10,000 florins (25,000 francs) pour la restauration du monument dans le style ancien. Cette dotation, maintenue par le gouvernement italien, a été constamment payée depuis 1857. Une commission mixte fut instituée à cette époque pour l’exécution des travaux. On la composa de Mgr Rossi, prévôt et curé de Saint-Ambroise, de MM. les chanoines Margorati, archiprêtre, et Ghidoli, coadjuteur, et de MM. Brocca, architecte, et Bisi, peintre et professeur de perspective, membres de l’Académie de Bréra. Les trois premiers furent chargés, avec le concours de M. Sormani, ingénieur du conseil de fabrique, de l’administration financière, et les deux derniers, de la direction artistique. L’exécution des travaux fut confiée à M. Savoja. Au mois de septembre 1858, M. Schmidt, professeur d'architecture, fut adjoint à la commission avec la charge do relever les dessins de l’édifice. Mais les événements politiques de 1859 le forcèrent bientôt à quitter Milan. Après son départ, la commission s’adjoignit M. l’architecte Pestagalli, professeur d’architecture. Elle employa MM. Landriani et Burlando au relevé de l’état ancien du monument.
Les renseignements qui précèdent m’ont été fournis par M. Bisi, à l’obligeance duquel je dois d’avoir pu, avec 1 agrément des autres membres de la commission, mesurer et dessiner tout à mon aise. On a bien voulu me donner à cet egard toutes les facilités possibles, et même autoriser M, Landriani à me communiquer les dessins et les renseignements que je jugerais à propos de lui demander : ce dernier secours m’a été extrêmement utile, car dans les intervalles des quatre voyages que j’ai faits à Milan depuis 1860 jusqu’à ce jour, M. Landriani a bien voulu, avec une complaisance dont je suis heureux do pouvoir le remercier, me tenir au courant de tous les faits intéressants qu’a mis au jour l'avancement successif des travaux,
le lui dois plusieurs de mes dessins de détail et la plupart des cotes de la coupe transversale de la coupole.
Avant de terminer cette note, je tiens à remercier Mgr Rossi de l’intérêt bienveillant qu il a témoigné poui mes études, et
M. Bisi, de m’avoir fait présent d’un charmant dessin, représentant la vue perspective du ciborium et de la tribune. Ce
dessin, dont il m’est impossible de donner la gravure dès à présent, pourra, je 1 espère, être pub.ié dans les livraisons
suivantes.
8 Giulini, I, p. 268, 269.
empereurs, les rois d’Italie, les archevêques de Milan, et d’autres personnages encore, contribuèrent, comme à l’envi, à accroître la splendeur de l’abbaye de Saint- Ambroise ; cela est attesté par un grand nombre de donations el de confirmations de biens. Malgré tant de faveurs, le privilège souvent renouvelé qu’avaient les moines d’élire leur abbé, fut plusieurs fois violé. On cite notamment l’abbé Gaudentius, choisi en 855 par l’archevêque Angilbert1, et l’abbé Pierre II, nommé en 859 par l’empereur Louis II*. Gaudentius fut appelé du monastère de Saint-Vincent à celui de Saint-Ambroise pour réformer ce dernier qui, cinquante ans après sa fondation, était déjà tombé dans le relâchement. Quant à Pierre II, qui gouverna l’abbaye pendant quarante et un ans, les deux vers suivants de son épitaphe recommandaient particulièrement sa mémoire aux bénédictins de Saint-Ambroise 3.
Terapla domos vîtes oleas poméria struxit Auxit thesauros, conduplicavit agros.
On peut dire que cet éloge donne une idée assez juste des soins qui, de tout temps, préoccupèrent surtout les abbés el les moines de Saint-Ambroise. Leur principal souci fut, en effet, d’accroître ou de défendre leurs possessions et leurs privilèges ; et ils y réussirent fort bien, si l’on en juge par la richesse et la puissance qu’ils parvinrent à obtenu . Des le onzième siecle, 1 abbe de Saint-Ambroise était le premier d’entre ceux de Milan*. 11 jouissait même du privilège de revêtir les habits pontificaux5. En 1128, l’abbé Jean s’intitulait fièrement «Jean, par la grâce de Dieu, abbé de Saint-Ambroise”. » Depuis 1346, on voit les abbés de Saint-Ambroise porter le titre de comtes’. Leur puissance était devenue assez grande pour taire ombrage aux archevêques qui paraissent avoir cherché à la contenir en favorisant le chapitre 8.
Au commencement du quinzième siècle, les moines, réduits à un petit nombre, peu soucieux de la règle el divisés entre eux, négligeaient fort le service de la basilique. L’abbaye fut alors convertie en bénéfice au profit d’abbés commendataires , et ce régime dura près d’un siècle. En 1497, le cardinal Ascanio Sforza, après avoir con-
1 Giulini, I, p. 146.
2 Id., I, p. 219.
5 Id I, p. 594.
^ Id., II, p. 161.
» Id., II, p. 711.
« Id., III, p. 185.
7 Id., IV, p. 450.
8 Id., III, p.'182.
gédié les quelques bénédictins qui restaient, remit le monastère à des moines cisterciens qu’il fit venir de Chiaravalle : ceux-ci demeurèrent possesseurs de l’abbaye jusqu’au moment de sa suppression définitive, à l’époque de la Révolution française
Nous avons vu que le chapitre de Saint -Ambroise tire son origine des prêtres appelés decumani qui, dès le neuvième siècle, officiaient dans la basilique. Comment s’y trouvaient-ils malgré la fondation du monastère? On l’ignore absolument, quoique bien des recherches et des discussions aient eu lieu sur cette matière. Toujours est-il qu en 864 ces prêtres formaient un collège, auquel de nombreuses et importantes donations procurèrent bientôt de grandes richesses et une puissance considérable. En 1058, la vie commune était pratiquée par les decumani de Saint- Ambroise8, et, en 1075, elle fut instituée dans toute sa régularité1 2 3 4 5 6. Le chef du chapitre portait le litre de preposto ou prévôt, qui paraît avoir remplacé celui d’archiprêtre vers la fin du onzième siècle*.
L’abbaye et la collégiale de Saint-Ambroise furent presque constamment en lutte 1 une contre l’autre. Ces deux corporations ne pouvaient vivre pour ainsi dire côte à côte sans qu il y eût souvent des sujets de conflits; et comme elles étaient puissantes et rivales, partant très-susceptibles, à la moindre occasion éclatait une querelle. Nous en avons la preuve par les actes d’un grand nombre de procès, de jugements et d’arbitrages, conservés dans les archives du monastère et du chapitre. Tout cet arsenal d’instruments et de diplômes, maintenant inutile pour faire valoir des prétentions oubliées, a au moins l’utilité de nous avoir conservé quelques renseignements intéressants sur l’histoire de Milan et de la basilique ambroisienne". Ou y voit que les différends de l’abbaye et de la collégiale furent vidés, tantôt par l’archevêque, tantôt pâlies magistrats de la ville, tantôt même par le souverain pontife, quand l’autorité de l’archevêque ou des juges laïques était méconnue". Une bulle d’Urbain VIII les termina enfin vers le commencement du dix-septième siècle7.
Les bâtiments du monastère, placés vers le chevet de l’église, du côté droit, datent de la fin du quinzième siècle. Ils furent alors rebâtis avec une grande magnificence
1 Ferrario, Mon. di S. Ambr., p. 28 etsuiv.
2 Giulini, II, p. 253.
3 Id., II, p. 522.
4 Id , II, p. 622.
0 On verra, dans la suite de cette étude, que certaines pièces de ces procès relatent, sur les constructions et les restaurations de Saint-Ambroise, plusieurs faits importants.
6 Giulini. Voir le détail de ces procès dans les vol. I, II, 111 et IV.
7 Ferrario, p. 29.
par le cardinal Ascanio Sforza, frère du duc de Milan Louis le More*. Le même cardinal entreprit aussi la reconstruction de la collégiale, située du côté opposé, mais des désastres politiques l’empêchèrent d’achever cel ouvrage : il n’eut que le temps de laire élever le grand portique accolé au liane gauche de l’église. Les bâtiments de l’abbaye servent à présent d’hôpital militaire. Quant à ceux de la collégiale, ils sonl encore occupés par les membres du chapitre, maintenant seuls desservants delà basilique amhroisienne.