IL — DESCRIPTION DE LA BASILIQUE AMBROISIENNE
Nous avons vu précédemment que les constructions principales de la basilique ambroisienne datent de trois époques différentes. Le chevet, formé des absides et des espaces sensiblement rectangulaires qui précèdent, est la partie la plus ancienne; les nefs et les narthex ont été bâtis plus tard, et l’atrium fut ajouté eu dernier lieu. Des teintes d’une intensité décroissante distinguent sur les plans de la pi. XXVI cl de la pi. XXVII ces constructions successives. La plus foncée marque le chevet de la basilique, et de plus, la campanile de droite et les quatre colonnes du ciborium, qui remontent à des temps très-reculés. La deuxième par ordre d’intensité désigne les nefs et le narthex; et la troisième, l’atrium. Quant aux deux dernières, elles indiquent des ouvrages postérieurs, exécutés, les uns au douzième et au treizième siècle, et les autres à des époques plus récentes.
Nous allons, pour plus d’ordre, décrire et étudier séparément les constructions principales de la basilique amhroisienne. Toutefois, comme le narthex offre une disposition spéciale et joue un rôle particulier, nous l’examinerons à part, bien qu’il soit contemporain des nefs. Notre étude sera, par suite, divisée en quatre parties qui auront pour objet : le chevet, les nefs, le narthex et l’atrium. A chacun de ces membres de la basilique nous rattacherons ceux des ouvrages accessoires ou complémentaires qui s’y trouvent renfermés ou accolés; et cela sans distinction de dates. C’est ainsi que nous joindrons la description des deux campaniles à celle des nefs, quoique l’une de ces tours soit plus ancienne que le vaisseau de l’église, et que l’autre soit plus moderne.
1 La première pierre fut posée par Louis le More en 1497 ou 1498. — Ferrario, p. 28.
CIIEVET 1)E LA BASILIQUE.
Structure et décoration extérieure du chevet. — Sa date probable. Le chevet
de la basilique ambroisienne se compose de trois absides et des espaces irréguliers, à peu près rectangulaires, disposés par devant. Il se termine contre les nefs à trois arcs doubleaux, situés dans le prolongement l’un de l’autre, et surmontés d’un mur qui forme pignon au-dessus des toitures. Les maçonneries du chevet sont très-nettement distinctes de celles de l’extrémité des nefs, ce qui prouve bien qu’il y a eu deux constructions différentes. Les murailles des diverses parties du chevet paraissent d’ailleurs solidaires, autant qu’il est possible d’en juger après les mutilations qu’elles ont souffertes. On doit en conclure que toute cette portion de la basilique fut bâtie d’un seul jet; et cela malgré certaines anomalies de détail, telles que le défaut de continuité des corniches qui couronnent, d’une part, l’abside principale, et de l’autre, les murs situés entre les naissances de cette abside et les piliers extrêmes de la grande nef. (Voir sur la pl. XXXI le raccordement de ces deux corniches.)
Les absides latérales n’ existent plus aujourd’hui; mais on a retrouvé leurs fondations, ce qui a permis de les restituer. De même que l’abside principale, elles étaient décorées à l’extérieur par de petits pilastres élancés. C’est tout ce qu’on peut savoir de leur structure primitive.
L’abside centrale, arrondie en demi-cercle et large de ll'“, 90, est éclairée par trois grandes fenêtres dont la restauration est toute récente: Celle du milieu avait été élargie et complètement mutilée, mais les deux autres conservaient encore leurs anciennes formes sous des adjonctions postérieures qu’on a fait disparaître.
Le couronnement extérieur de cette abside (voir pl. XXXI) se compose d’arcatures cintrées assez profondes, encadrées par des archivoltes saillantes, qui reposent de trois en trois sur les petits pilastres montant de fond, et dans les intervalles, sur des consoles. Un bandeau, formé d’un rang de briques en dents de scie compris entre deux rangs de briques à plat, règne au-dessus des arcatures, immédiatement sous la toiture. La corniche des murs droits qui se relient aux extrémités de la muraille de l’abside, ressemble beaucoup à celle qu’on vient de décrire; elle en diffère en ce qu’il n’y a pas de pilastres, et en ce que les arcatures, qui sont plus petites, font saillie sur le mur au lieu de l’évider .
Un fossé d’assainissement, creusé en 1859, tout autour de l’abside principale, a mis au jour les fondations de cette abside. La muraille va en s’élargissant par deux ressauts
successifs. Depuis la base jusqu’à un mètre environ au-dessous de l’appui des fenêtres, elle est bâtie en blocs de pierre irréguliers, grossièrement taillés et assemblés. Le reste de la construction est en briques de 0m,07 d’épaisseur sur 0m,20 à 0m,50 de longueur et 0m,10 à 0m,15 de largeur; l’épaisseur des joints varie de un à deux centimètres. Quelques-unes des briques, entre autres celles du bandeau de couronnement, ont jusqu’à O”1, 40 de longueur.
Le pavé actuel de la tribune s’abaisse de 0ra,16 depuis le fond de l’abside jusqu’à sa limite antérieure. A ce point, il domine de2m,75 l’ancien pavé des nefs. Le dallage de la confession, située au-dessous de la tribune, n’est enfoncée que de 0m,76 au-dessous du sol primitif de l’église.
Les parois intérieures de la tribune sont ornées de peintures, de mosaïques et de moulures en stuc fort intéressantes à étudier; mais, comme cette décoration, ainsi que la confession elle-même, sont postérieures à la construction primitive, il n’y a guère que la structure de l’édifice qui puisse nous donner quelque lumière sur l’époque de son exécution.
Si l’on en jugeait par la forme des anciennes fenêtres (elles n’étaient pas, dans le principe, encadrées par une archivolte appuyée sur deux colonnettes), on pourrait attribuer au chevet de Saint-Ambroise une origine très-reculée; mais le caractère de la décoration extérieure s’oppose à ce qu’on admette une date plus ancienne que le septième ou le huitième siècle. Il est à remarquer, en effet, que les petits pilastres du parement extérieur de l’abside se prolongent dans' le soubassement en pierre, et font si bien corps avec lui, que le passage de la pierre à la brique y a lieu au même niveau que dans la partie lisse de la muraille. Ces pilastres commandent en quelque sorte les formes décoratives du couronnement, de manière que toute la construction, depuis le pied jusqu’au sommet, doit être considérée comme ayant été élevée du même coup. D’après cela, on ne peut pas, eu égard aux proportions élancées des pilastres, ainsi qu’à la forme du couronnement, attribuer au chevet une date plus ancienne que le septième siècle; et comme, d’autre part, il est manifestement antérieur aux nefs, sa construction ne saurait être reportée au delà de la fin du huitième siècle. Telles sont les limites entre lesquelles doit se placer la date de cette partie de l’édifice. Elle ne peut donc pas être, comme on l’a prétendu, un débris de la basilique élevée par saint Ambroise. La présence de trois absides suffirait d’ailleurs à rendre fort improbable une pareille supposition.
La tribune fut pendant assez longtemps isolée du vaisseau de l’église. On sait en
effet, par un instrument de 1507, qu’avant cette époque elle était bouchée par un mur et servait de sacristie au chapitre. Cette séparation date sans doute des premières années du treizième siècle, car on fut alors obligé, pour soutenir le poids de la coupole nouvellement construite, de murer quelques-uns des arcs qui la portaient1 11. Le document de 1507, qui vient d’être cité, est fort intéressant pour l’histoire de la tribune. C’est une convention, faite entre l’abbaye et le chapitre, pour transférer, au lieu où se trouvait alors la sacristie du chapitre, le chœur qui jusque-là occupait une partie de la nef principale, en avant du maître-autel. Les conditions de ce changement furent : 1° que la muraille de séparation de la sacristie et de l’église serait percée aux frais de l’abbaye et que les moines feraient construire un arc robuste pour soutenir la coupole, ainsi qu’une grille en fer pour garder l’autel de ce côté (la grille existe encore); 2° que les sièges en marbre qui garnissaient le pourtour de l’abside, et en particulier le siège épiscopal, seraient conservés intacts'. — Nous reviendrons plus loin sur cette dernière clause. Tout ce qu’il convient de faire connaître dès à présent, c’estque, pendant environ trois cents ans, du commencement du treizième siècle au commencement du seizième, la tribune fut isolée de l’église.
Confession. — Certains auteurs assignent à la crypte une origine très-reculée, et Puricelli rapporte même qu’il en est fait mention dès 826 ou 827. Si réellement elle existait à cette époque, ce ne pouvait être avec ses dispositions actuelles, car on ne prit que plus tard l’habitude de relever beaucoup le pavé de la tribune au-dessus de celui de l’église. Les cryptes de la rotonde de Brescia et de la basilique du Saint-Sauveur, dans la même ville, témoignent qu’au huitième siècle on enterrait la confession plutôt que d’exhausser la tribune. Il reste d’ailleurs une preuve matérielle d’un changement de niveau. L’arc doubleau situé à l’entrée delà tribune, contre l’extrémité de la nef principale, était porté par deux colonnes engagées dont on a retrouvé les parties inférieures sous les massifs de maçonnerie qui les enveloppaient. Le dessous des bases de ces colonnes est à peu près au niveau du pavé actuel des nefs, c’est-à-dire à environ deux hauteurs de marche au-dessus de l’ancien pavé. Comme elles sont noyées en partie
1 Cela est prouvé par les pièces d’un procès qui eut lieu au commencement du treizième siècle entre les moines et le chapitre. (Voir Puricelli, Mon. Ambros., n° G26 et suivants.) Les réponses des témoins n indiquent pas clairement quels arcs furent bouchés; mais il suffit de savoir qu’il y en eut de murés pour qu’on soit fondé à admettre que 1 arc doubleau situé à l’entrée de la tribune fut clos vers cette époque. Il devait être ouvert auparavant, car on n’eût pas pris la peine, sans cela, de construire sur le devant de la confession un mur percé de baies richement ornées.
* Ferrario, Mon. di Sant' Ambrogio, p. 155 et 1G2.
clans le mur de face de la crypte, on ne peut pas douter qu’elles ne soient la trace d’une disposition de lieux antérieure et différente. Le dessous de leur base marque apparemment le niveau du pavé de la tribune primitive, qui alors se serait trouvée dans les mêmes conditions d’exhaussement que celles des églises bâties avant le onzième siècle. Les fûts des colonnes en question, rompus à 2m75 environ au-dessus des bases, sont en marbre de prix; ils proviennent de quelque monument antique, et l’observation de ce fait confirme la probabilité de l’ancienneté de leur emploi dans la tribune de Saint- Ambroise.
Corio, historien de la fin du quinzième siècle, issu d’une des grandes familles de Milan, rapporte qu’en 1253 ses ancêtres firent exécuter, à leurs frais, une construction souterraine dans la basilique ambroisienne; mais les désignations assez vagues de cet auteur ne paraissent guère s’appliquer à la confession1.
Adéfaut de renseignements historiques, lâchons de déterminer l’âge de la crypte par le caractère de l’architecture. Malheureusement il ne reste rien des anciennes colonneltes, qui furent renouvelées au commencement du dix-huitième siècle, lors de la restauration due au cardinal Odescalchi. On sait seulement qu’elles offraient une grande variété dans leurs diamètres, la nature de leurs marbres, les formes et les dimensions des chapiteaux et des bases. La restauration de la crypte n’épargna que le mur situé au-devan t de la tribune, dont les arcatures donnent à la confession le jour de l’intérieur de l’église. (Voir pl . XXVIII et sur la.pl. XXXV le dessin de la moitié de chacune des deux arcatures de gauche.) Ce mur est sans doute du même temps que la crypte; du moins n’y a-t-il aucun motif pour le supposer d’une époque différente. Or, les sculptures de la corniche et des archivoltes, les pans coupés de celles-ci, la forme prismatique un peu cannelée d’une colonnette engagée, et le personnage assis qui soutient cette colonnette, portent le cachet de l’art lombard du douzième siècle. Il en résulte que la construction de la crypte et l’exhaussement du pavé de la tribune datent, suivant toute apparence, de cette dernière époque.
Décoration de la Tribune. — L’ancienne décoration de la tribune vient d’être retrouvée assez complètement pour qu’on puisse la restituer à peu près tout entière. (Voir, pour l’ensemble de cette décoration, les pl. XXVIII et XXIX.) Une mosaïque,
1 « Similmente construere feceno li nostri Predecessori l’antiquissimo edifitïo sotto l’altare del divo Ambrosio, e dove giace il suo glorioso corpo, siccome anche è manifeste» per le nostre marche et insignie. » Corio, Storia patria. — Passage cité par Ferrario, Mon. diS. Ambrogio, p. 105.
restaurée depuis peu, occupe la voûte eu cul-de-four de l’abside. Elle descend jusqu’au niveau du sommet des fenêtres, et se trouvait encadrée sur le devant par une archivolte en stuc, portée sur deux colonnes engagées, également en stuc. Un bandeau de la même matière faisait le tour de l’hémicycle à environ 0”,70 au-dessus de l’appui primitif des fenêtres, qui furent bouchées jusqu’à cette hauteur par un remplissage en maçonnerie. Immédiatement sous ce bandeau existait une mosaïque dont il reste plusieurs fragments- assez importants. Au-dessus du bandeau s’en trouvait une autre, moins haute, interrompue par les ouvertures des fenêtres. Elle servait de socle à une peinture à peu près complètement disparue, qui représentait les évêques suffraganls de l’archevêque de Milan, assis l’un à la suite de l’autre. Sous la fenêtre du milieu se dresse encore une ancienne cathedra ou chaire épiscopale, et de chaque côté, contre les parois de l’hémicycle, étaient rangés des sièges en marbre moins élevés. Il ne reste plus, pour achever la description sommaire de la décoration de l’abside, qu’à mentionner les archivoltes et les colonnettes en stuc du pourtour des fenêtres.
Dans la partie de la tribune qui précède l’hémicycle on a trouvé sur la paroi de la muraille de gauche un grand fragment de peinture imitant un placage en marbre. C’est tout ce qu’on connaît de la décoration de cette partie de l’édifice.
Nous allons décrire et étudier successivement les divers motifs d’ornement qui viennent d’être énumérés, savoir : la cathedra et les sièges avoisinants, les mosaïques placées au-dessous des fenêtres et dans leurs intervalles, la peinture qui représente les évêques suffraganls de l’archevêque de Milan, la mosaïque de la voûte de l'abside, la peinture des murs droits qui précèdent l’hémicycle, et enfin les ornements en stuc des colonnes, bandeaux et archivoltes.
Cathedra et sièges avoisinants. — La cathedra ou chaire épiscopale de la basilique ambroisienne (voir le dessin de la pl. XXXIII) est un siège fort simple, qui se compose d’un massif en maçonnerie, couvert par une tablette en marbre blanc, et compris latéralement entre deux autres tablettes de même matière. Celles-ci montent jusqu’à la hauteur convenable pour donner appui aux bras, et se terminent par des figures de lion, d’une forme grossière, qui symbolisent sans doute la force et la vigilance nécessaires à l’évêque1. On montait à cette chaire par plusieurs gradins, dont il ne reste plus que les
1 Cette interprétation est donnée par M. l’abbé Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, à l’art. Chaire, p. 159.
deux qui occupaient la position la plus élevée; il devait y en avoir quatre depuis le pavé de la tribune.
D’après une tradition acceptée par la plupart des auteurs milanais, la cathedra remonterait au temps de saint Ambroise; mais il paraît assez difficile d’admettre qu’au quatrième siècle, et dans une ville telle que Milan, un ouvrage aussi fruste ait servi à de si nobles fonctions.
De part et d’autre de la cathedra, contre les parois de l’abside, étaient rangés des sièges en marbre, moins élevés que celui du milieu, où prenaient place les évêques ou les seigneurs laïques qui assistaient aux synodes et aux diètes, sous la présidence do l’archevêque. Nous avons déjà fait mention, à propos de la confession, du diplôme de 1507, qui constate l’existence de ces sièges, par la stipulation qu’ils seraient conservés intacts lors de la translation du chœur dans la tribune. Cette clause ne fut observée que pour la chaire épiscopale. Les autres sièges furent détruits* et remplacés par les stalles en bois de l’ancien chœur, qu’on voit encore aujourd’hui et dont la pl. XXXIII (fig. 2) donne un détail. C’està tort qu’on fait dater ces stalles du douzième siècle, sous prétexte qu’elles auraient été exécutées aux frais d’un moine nommé dom Aribert de Pasiliano’. Le caractère des sculptures prouve qu’elles ne sauraient être antérieures au quatorzième siècle. Quelques-uns des ornements ont même été ajoutés ou restaurés à des époques plus récentes'.
Mosaïques placées au-dessous et dans les intervalles des fenêtres. — Une première bande de mosaïques régnait tout le long de la paroi circulaire de l’abside, immédiatement au-dessous du bandeau en stuc situé à la hauteur de l’appui des fenêtres. Elle étaitpartagée en panneaux, à peu près carrés, qu’encadraient des bordures formées de morceaux de marbre d’espèces et de nuances variées. Les traces de ces divisions se remarquaient encore assez bien sur le mur, mais il ne restait plus, en fait de bordures et de mosaïques, que des fragments plus ou moins étendus, disséminés dans quelques-uns des panneaux. Le mieux conservé de ces fragments qui, du reste, suffit pour nous permettre d’apprécier l’ensemble de l’ouvrage, se trouve reproduit sur la pl. XXXII *. Il était situé à peu de distance de la cathedra, du côté gauche.
1 Faute de renseignements sur la forme de ces sièges, nous avons, sur nos dessins, figuré à leur place un simple banc circulaire.
2 Voir Puricelli, Mon. ambras., n° 625, et Giulini, vol. III, p. 294.
= Je dois le dessin des stalles, ainsi que les renseignements artistiques qui les concernent, à M. Gaetano Landriani, chargé du relevé des dessins de Saint-Ambroise par la commission qui préside à la restauration de ce monument.
4 Le panneau qui contient ce fragment a été détaché de la muraille, ainsi qu’un autre plus étroit dont il sera question
On voit qu’à l’intérieur de la bordure en marbre il existe une bordure en mosaïque, environ deux fois plus large, décorée par des rayures et des rosaces, et que, dans le rectangle central, une figure d’agneau se détache en clair sur un fond de couleur sombre. L’agneau est découpé dans une tablette de marbre blanc. Quant au fond, il consiste en plaquettes d’une substance vitreuse, colorée en rouge foncé tirant sur le pourpre. Des disques de la même matière occupent les centres de quelques-unes des rosaces de l’encadrement. Celles-ci sont formées de petits morceaux de marbre blanc ou gris que font ressortir des fragments de verre d’un noir très-intense. Les raies sombres comprises entre deux filets de marbre blanc, qui bordent les bandes ornées de rosaces, sont composées en partie par des plaquettes en marbre gris ardoise, en partie par des plaquettes en verre noir.
Les dessins A et B représentent les bordures des deux panneaux qui suivent immédiatement, vers la gauche de l’abside, celui dont nous donnons le dessin. A droite de ce dernier, se trouvait un panneau de même hauteur, mais beaucoup plus étroit, occupé par un ange debout et nimbé.
Si l’on en juge par les traces encore apparentes sur la muraille de l’abside, il devait y avoir de chaque côté de la cathedra, entre cette chaire et la colonne en stuc placée à l’extrémité du mur courbe, sept panneaux semblables à celui de la planche XXXII, non compris celui plus étroit, contenant un ange, dont nous venons de faire mention. On n’a aucun renseignement sur les sculptures qui occupaient dans ces panneaux la place de l’agneau reproduit sur notre dessin. Peut-être étaient-ce d’autres agneaux, formant contre les parois de l’abside deux files tournées vers le sommet, comme sur la grande mosaïque de Saint-Apollinaire in classe près de Ravenne. Quels qu’aient été les sujets de ces sculptures, elles devaient, comme celle qui, par bonheur, est demeurée intacte, se découper en blanc sur un fond de couleur sombre. Cette vigoureuse opposition de tons qui faisait ressortir les motifs principaux, combinée avec les ornements fins et brillants des bordures, était de nature à produire un excellent effet. Ce n’est, du reste, que par la couleur et le parti d’ensemble du dessin que cette mosaïque offrait quelque mérite, car les détails sont grossièrement traités.
Les morceaux grands et petits, de marbre ou de verre, ont une épaisseur à peu près uniforme d’environ douze millimètres. Ils sont appliqués sur un lit de mastic résineux1
plus loin. Ces deux ouvrages sont conservés soigneusement, et il faut espérer que bientôt iis prendront place dans un musée composé de tous les débris artistiques provenant de la basilique ambroisienne.
1 L’analyse chimique de ce mastic, faite par M. l’ingénieur Durand-Claye, chargé du laboratoire de l’École des ponts-et-
de trois centimètres, séparé de la muraille par une couche de mortier de chaux de dix centimètres. Ces dispositions garantissaient parfaitement la mosaïque des atteintes de l’humidité. Entre les panneaux se trouvaient des joints verticaux de dix-sepl millimètres, remplis avec un stuc de couleur grisâtre. Des crampons en fer, fixés sur le pourtour des panneaux, contribuaient à les maintenir contre la muraille.
Le bord inférieur de la mosaïque se trouvait à une distance d’environ 0“90 du pavé de la tribune. Cet espace était occupé par les sièges en marbre rangés contre l’hémicycle de part et d’autre de la cathedra. Il ne paraît pas que la portion du mur, située au-dessous de la fenêtre du milieu, ait jamais été revêtue de mosaïque; car non-seulement il n’en reste aucune trace, mais de plus, la position du panneau plus étroit, qui contient un ange, donne à penser que l’ordonnance delà mosaïque était interrompue par la chaire épiscopale. Comme cette chaire n’a pu être placée à une pareille hauteur qu’après le relèvement du pavé de la tribune, il en résulte que la mosaïque serait postérieure à ce relèvement. Celte supposition est confirmée par d’autres circonstances, que nous signalerons plus loin lorsque nous aurons à nous occuper des moulures en stuc.
Au-dessus du bandeau situé au niveau de l’appui des fenêtres, régnait une seconde bande de mosaïques, interrompue par les ouvertures de ces fenêtres. Il n’en reste qu’un fragment, reproduit sur la planche XXXII, que l’on a trouvé contre la colonne en stuc placée à la naissance de l’abside, du côté droit. Si l’on en juge par ce débris, cette mosaïque, composée exclusivement de morceaux de marbre régulièrement taillés et diversement colorés, aurait présenté une succession de carrés et de rectangles allongés, ces derniers ornés de losanges à l’intérieur. Au lieu d’être fixée, comme celle du bas, sur un lit de mastic bilumeux, elle était appliquée sur une couche de stuc assez épaisse. Ce stuc ayant la même composition que celui des moulures, il en résulte que la mosaïque était sans doute contemporaine de ces ornements.
Peintures de l’abside. — Il ne reste plus que des traces insignifiantes de la peinture, représentant les évêques suffragants du siège de Milan, qui décorait la paroi de
chaussées, a montré que c’est une sorte de mortier composé de sable, de chaux plus ou moins carbonatée et de résine fondue. Le tableau ci-dessous donne les résultats de l’analyse.
Résidu insoluble dans les réactifs . 12 70
Alumine et peroxyde de fer . 0 90
Chaux . • . 34 95
Acide sulfurique . 0 70
Résine . 15 60
Acide carbonique, eau, perte, produits non dosés. ... 35 15
l’abside principale, entre la bande de mosaïque précédemment décrite et la grande mosaïque de la voûte. Cette peinture était encore assez bien conservée vers le milieu du dix-septième siècle, car l’archiprêtre Puricelli nous en a laissé une description détaillée, accompagnée de commentaires. Giulini en parle ainsi qu’il suit, d’après cet auteur* ;
« 11 n’est pas douteux qu’anciennement le chœur de la basilique ambroisienne ne fût le lieu de réunion des conciles provinciaux du siège de Milan; des témoignages certains de ce fait, conservés jusqu’au siècle dernier, nous ont été transmis par Puricelli. Cet auteur prouve avec évidence, qu’au milieu du chœur, se trouvait un siège en marbre destiné à l’archevêque, et que, de part et d’autre, étaient rangés beaucoup d’autres sièges, également en marbre, destinés aux évêques de la province. De son temps, il ne restait plus que le siège archiépiscopal, qui subsiste encore; les autres avaient été enlevés, mais leurs traces se voyaient dans la paroi de la muraille. Ce qu’il y a de plus remarquable, c’est qu’au-dessus de chacun d’eux était peinte l’image d’un des évêques suffragants du siège de Milan, avec les habits pontificaux et le pallium sur les épaules. A côté de chaque évêque on lisait son nom; de manière que la peinture tout entière, faisant le tour du chœur, représentait un de nos synodes provinciaux. A droite de la chaire archiépiscopole, on voyait les images de neuf évêques dans 1 ordre suivant : Vercellensis, — Novariensis, — Laudensis, — Dertiionensis, — Astensis, Taurinensis, — Aügustanüs, — Aqueksis, — Januensis ; ces quatre derniers séparés des cinq premiers par l’embrasure de la fenêtre. A gauche de la chaire, neuf autres évêques étaient rangés dans le même ordre; d’abord, cinq avant la fenêtre latérale: Brixiensis, — Bergomensis, — Cremonensis, — Intmiliensis, — Savonensis ; puis quatre au delà : Albigaunensis, — Papiensis, — Placentinus, — Cumanus... 11 faut encore observer qu’au-dessous de chaque évêque était écrit un canon de discipline ecclesiastique ; de sorte que la peinture semble avoir été faite à l’occasion du concile provincial où furent établis ces canons... Plusieurs de ces inscriptions ont tellement souffert de l’action du temps que Puricelli n’a pu les déchiffrer ou ne les a lues qu’en partie. Du côté droit, celles des quatre premiers évêques étaient effacées. Auprès du cinquième, l’évêque d’Asti, on lisait :
SüBJECTI EHSCOPEM PROPRIU31 NON REP...
Auprès du sixième, l’évêque de Turin :
Sæculares in ecclesia ad DIVINEM OFFICIÜM .
< Giulini, I, p. 185 et suiv. — Voir Puricelli, Mon. ambros., n” 20, 99 et suiv.
Auprès du septième, l’évêque d’Aoste :
Clerici non utantur vestibus NISI QUÆ RELIGIONEM DECENT.
Auprès du huitième, l’évêque d’Acqui :
Si qeis res ecclesiæ invaserit ab ipso suo hærede cautatur invasum.
Et enfin auprès du neuvième, l’évêque de Gênes :
Ut bis in anno episcoporusi sec clericorum concilia celebrentur.
«A gauche du siège épiscopal, les canons des évêques les plus rapprochés étaient demeurés intacts, tandis que ceux des plus éloignés se trouvaient perdus. C’est ainsi qu’on lisait auprès de l’évêque de Brescia :
Si quis clericus ecclesiæ furtum fecerit ab officio deponatur.
Auprès du second, l’évêque de Bergame :
Si qdis monacham in matrimonio duxerit anathema sit.
Auprès du troisième, l’évêque de Crémone :
Laici præsentibus clericis docere non audeant.
Auprès du quatrième, l’évêque de Ventimille :
Ut ter simoniacam hæresim nulla fiat consecratio.
Auprès du cinquième, l’évêque de Savone :
Sæculares in diebus festis m .
Auprès du sixième, l’évêque d’Albenga :
Nullus invitis clericis ordineter episcopus.
« Les canons des trois derniers font défaut. Ainsi l’on ne voit en tout que dixdiuit évêques suffragants du siège de Milan, neuf d’un côté et neuf de l’autre. 11 est certain cependant qu’il y en avait bien davantage à l’époque où fut exécutée la peinture, notamment les évêques de Coire, d’Ivrée et d’Alba, pour ne nommer que ceux qui ne peuvent pas faire l’objet d un doute... Puisque donc, outre les évêques représentés sur la peinture, il y en avait encore d’autres qui dépendaient de notre archevêque, il tant croire que sous les fenêtres latérales se trouvaient des sièges non surmontés de figures, pareils en cela à la chaire archiépiscopale, placée au milieu, au-dessus de laquelle ou ne voyait point de peinture, à cause de la fenêtre centrale. »
Suivant Puricelli, la peinture que nous venons de décrire aurait paru plus ancienne que la mosaïque de la voûte de l’abside1. Giulini, se fondant sur ce que les noms des
Puricelli se contente de donner 1 appréciation suivante : « Sane vero talium episcoporum effigies nobis videntur ipsomet etiam opéré illo musivo vetustiores » Mon. ambros., n° 99.
SAINT-AMBROISE DE MILAN DÉCORATION DE LA TRIBUNE 89 évêques de Pavie et de Plaisance se trouvent inscrits*, et sur ce que les évêques de Corne et de Pav,e sont désignés par les noms de Cumanus et de Papiensis, au lieu de Corne, ms et Ticinensis, fixe la date de cet ouvrage décoratif à la seconde moitié du septième siècle. Mais il existe une autre version que celle de Purieelli, relativement aux noms des évêques. D’après cette version, qui a pour auteur Muratori*, les désignations des évêques placés à droite de la cathedra seraient les mêmes que celles données par Purieelli, à quelques différences près dans l’orthographe- des noms de ville. V Sauche de la cathedra, on verrait les évêques de Coire ( Curiensis ), d’Ivrée ( Upo nmsis) et d’Alba ( Albensis ), tandis que ceux de Pavie, de Plaisance'et de Côme feraient defaut. Cela reporterait la date de la peinture au delà du septième siècle.
Faute de documents certains et concluants, faute aussi de pouvoir apprécier le caractère artistique de cette peinture à présent détruite, il est impossible de rien préciser sur l’époque de son exécution. On ne peut même pas tenir pour probable qu’elle soit contemporaine de la bande de mosaïque qui lui sert de socle, attendu que cette bande a fort bien pu remplacer une autre décoration d’une date plus ancienne.
Mosaïque de la voûte de l’abside (voir pl . XX\ 111) . — La grande mosaïque à fond d’or qui tapisse la voûte de l’abside a été restaurée depuis peu. On a remis des petits cubes de verre coloré dans les parties où ils manquaient et où l’on avait simulé leur effet avec de la peinture. Cette mosaïque est encadrée, contre l’arc doubleau situé à l’entrée de 1 abside, par une guirlande assez riche et par plusieurs bandes vivement nuancées. Elle est limitée, au bas de la voûte, par deux guirlandes superposées, dont la plus élevée était interrompue au-dessus du vide des fenêtres par des inscriptions versifiées. Au centre se trouve le Sauveur, assis sur un trône magnifique, avec un nimbe crucifère derrière la tête; de la main droite, il bénit les hommes, et sa main gauche tient un livre ouvert, où sont écrits ces mots :
EGO SVM LVX MVNDI
Une gloire est au-dessus de sa tête avec des caractères grecs disposés tout autour : l’orthographe en est très-vicieuse, et ils signifient : « Jésus-Christ roi de gloire. »
IC XC O BACHAEV TIC AQZII !.
1 Les évêques de Plaisance et de Pavie devinrent suffragants du siège deRavenne, le premier avant 679, et le seconda la lin du septième siècle ou au commencement du huitième. — Giulini, 1, p. 184.
2 Muratori, Rerum ilalicarum scriptores, tom. II, p. 228.
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De chaque côté du Christ, deux anges aux ailes'déployées, suspendus dans les airs, lui présentent, l’un un encensoir, l’autre un linge contenant sans doute des parfums : ce sont les archanges Michel elGabriel. Leurs noms sont écrits en grec et laissent aussi à désirer sous le rapport de l’orthographe :