X. O AP. IABPIHA (Salut, ô archange Gabriel
De part et d’autre du trône, .se tiennent saint Gervais et saint Protais : S. GERVASIVS, S. PROTASIYS ; les lettres de ces noms sont disposées verticalement les unes au-dessous des autres. Au pied du trône, dans trois médaillons, se trouvent figurés les bustes de sainte Marcelline : SCA. MARCELlNA, de saint Satyre : S. SATIRYS et de sainte Candide : SCA. CANDIDA. Enfin, dans les coins, sont représentées deux églises, contenant divers personnages, et entourées d’arbres ressemblant à des palmiers. Cette dernière partie de la mosaïque exprime un fait miraculeux de la vie de saint Ambroise, rapporté par saint Grégoire de Tours.
Du côté droit, on voit saint Ambroise occupé à dire la messe, dans une basilique que l’on reconnaît pour être la sienne, à cause du voisinage de la petite église de Fausta : ECLA. FAYSTAE (on sait par une lettre de saint Ambroise que la basilique de Fausta était voisine de celle qu’il fit construire : la chapelle de Saint-Satyre en est un débris*). Au-dessus de la basilique où se passe la cérémonie, on lit : MEDIOLANYM, et au-dessus du prêtre qui dit la messe : S. ANBROSIYS. La représentation de la basilique ambroisiennc n’a aucun rapport avec sa forme actuelle; elle est d’ailleurs si enfantine, de même que celle de la basilique de Fausta, figurée par une sorte de pilastre, qu’on n’y peut trouver matière à aucune observation sérieuse sur la disposition ancienne. Du côté gauche de l’abside est représentée une église dans la ville de Tours : TYRONICA, dans laquelle on célèbre les obsèques de saint Martin : S. MAUTINYS. Saint Ambroise, dont le nom est écrit en grec : A. ANBPOCIOC, assiste aux funérailles, et deux cloches sonnent à toute volée dans un campanile qui domine l’église.
Au-dessous de chacune des basiliques de Milan et de Tours, on lit une inscription assez longue. Celle de la basilique de Tours était encore assez bien conservée au siècle dernier pour que Puricelli ait pu la déchiffrer, et pour que, par suite, il ait été facile de la restituer :
1 Voir, sur l’ancienne basilique de Fausta, l’intéressant travail publié en 18G1 par M. l’abbé Biraghi, docteur de la bibliothèque ambroisicnne, sous le titre : Memorie sui corpi dei SS. Vittore e Satiro e sulla basilica di Fausta.
MARTINVS MORITVR SED Y1TAE DONA MERETVR TRISTATVR MVNDVS ADIYBILAT QYE POLYS MORS SVA DIGNA BONO FERTVR CELEBRATA PATRONO SP1RITVS AMBROSY DYM FAMVLATYR IBI
Quant à l’inscription de la basilique milanaise, elle était entièrement ruinée dès le temps de Puricelli. On lit aujourd’hui les vers suivants dans la place qu’elle occupait :
MARTINI TNTERITVM SACR1S OPERATVS AD AI1AM AMRROSIVS QVAMYIS DISSITYS INDE YIDET DYMQYE YIDET CORAM SPECTABILIS IPSE PARENTAT PRESENTEMQYE SIMVL FYNVS ET ARA CAPIT
D’après le récit de saint Grégoire de Tours, saint Ambroise, en célébrant la messe, aurait été transporté en esprit dans la ville de Tours, pour y assister aux obsèques de saint Martin. Cette légende est clairement exprimée sur la mosaïque. Tandis que saint Ambroise est accoudé sur l’autel, le prêtre assistant, d’une main, le tire par ses habits sacerdotaux pour le réveiller, et de l’autre, lui montre le peuple qui attend : le lecteur, qui allait lire l’Épître ou l’Évangile sur la chaire, s’arrête avec son livre ouvert.
Les historiens du temps de saint Ambroise, et notamment le diacre Paulin, qui a écrit la vie de ce saint évêque, ne parlent point de la vision rapportée par saint Grégoire de Tours. Plusieurs critiques ont pensé que la chronologie était incompatible avec cette légende; mais le docte Jean Labus ne pense pas que l’histoire soit absurde, d’autant que l’époque de la mort de saint Ambroise ne paraît pas établie d’une manière certaine1.
• « Les critiques ne sont pas d'accord sur la date de la mort de saint Ambroise ; savoir, si elle a eu lieu en 597 eu en 598 , et si ce saint a vraiment assisté aux obsèques de saint Martin, qui mourut le 1 1 novembre 597. Le diacre Paulin, qui a raconté la vie de saint Ambroise, dont il fut témoin, ne donne pas la date de sa mort et ne relate point le miracle qu’atteste saint Grégoire de Tours. Si le silence de Paulin mérite réflexion, d’autre part, la relation de saint Grégoire, qui écrivait avec maturité de sens, en mérite aussi ; d’autant plus que, dans une ancienne mosaïque, exécutée dans le chœur de la basilique ambroisienne, on voit représenté le saint. célébrant la messe, et exprimé en vers léonins qu'il fut transporté en esprit à Tours. Si l'on admettait ce fait, il faudrait reporter la mort de saint Ambroise à 1 année 598 ; suivant Baronius, il faudrait la retarder encore davantage. Le père da Prato, de l’oratoire de Vérone (dans son édition de Sulpice Sévère), pense que saint Ambroise apparut après sa mort aux funérailles de saint Martin. Quoi qu il en ait été, on agita cette question à 1 époque du cardinal Frédéric Borroraée, archevêque de Milan, et l’on demanda à cet archevêque de supprimer ce miracle du bréviaire ambroisien, où il se trouve inscrit à la fête de saint Martin. Mais ce sage archevêque voulut qu’on respectât l’antiquité, qu’on ajoutât foi à saint Grégoire et qu’on n’innovât rien. Cela est constaté par les écrits de l’historien Puricelli qui se trouvent à la bibliothèque ambroisienne. » Dottore Giov. Labus, I fasti délia Chiesa. Milano, 1826, tome IV, pages 195 et 190 (en note).
La mosaïque dont nous venons de faire la description passe pour un ouvrage du neuvième siècle. C’est une tradition constante, chez les auteurs milanais, qu’elle est due aux soins de Gaudentius, nommé en 835 abbé de Saint-Ambroise par l’archevêque Angilbert. Elle serait alors du même temps que l’autel érigé par cct archevêque. L’archiprêtre Puricelli ,- qui fit des recherches si approfondies sur l’histoire de la basilique ambroisienne, raconte qu’il consulta plusieurs savants sur la signification de certains caractères écrits en forme de monogrammes dans le bas de la mosaïque, du côté droit. On lui donna la traduction suivante : Àngilberto, Karoli ( filio ) Ludovico fecit Frater Gaudentius; mais on sait combien l’interprétation des monogrammes est incertaine et sujette à erreur, combien il est aisé de trouver dans des combinaisons de lettres si embrouillées tous les noms qu’une opinion préconçue conduit à y rechercher.
On ne peut pas tirer grande lumière de la façon des lettres qui composent les inscriptions de la mosaïque, Celles des vers qui se lisent au-dessous des églises de Milan et de Tours paraissent plus modernes que les autres. L’A, l’E, l’V, le G, PY y ont les formes, empruntées cà I écriture cursive, qui vinrent en usage au douzième siècle, dans les inscriptions lapidaires du nord de l’Italie (voir pi. XXX III, fig.7). Précisément ces vers ont subi des restaurations considérables, ceux du côté droit surtout, qui n’étaient plus lisibles du temps de Puricelli. Ce fait doit empêcher qu’on attache de l’importance à leur genre d’écriture, d’autant plus qu’il est différent de celui des autres inscriptions, où, à l’exception d’un Y et d’un G, toutes les lettres ont la forme romaine.
On a essayé d’avoir des renseignements sur la date de la mosaïque par la disposition de la chaire figurée dans l’église de Milan, par la présence de cloches dans le campanile de l’église de Tours, par la cadence des vers inscrits sous ces deux églises; mais on ne peut guère tirer de ces éléments d’appréciation d’autre conclusion que celle-ci, à savoir : que la mosaïque semble postérieure au huitième siècle.
L’observation du caractère artistique ne permet pas de préciser davantage; car la manière byzantine, dont cet ouvrage porte complètement l’empreinte, ne paraît point avoir éprouvé de modifications nettement déterminées depuis le huitième siècle jusqu’au douzième; et les mosaïques de celte période sont d’ailleurs trop peu nombreuses au nord de lTtalic, pour qu’il soit possible, d’après leur style, d établir une classification chronqlogique.
A quelque époque qu’ait été exécutée la grande mosaïque de l’abside, qu’elle remonte
SAINT-AMBROISE DE MILAN — DÉCORATION DE LA TRIBUNE au temps de l’abbé Gaudentius, comme le prétendent les auteurs milanais, ou qu’elle ait ete faite plus tard, on peut affirmer, sans témérité, qu’elle est sortie des mains d’artistes italiens. Autrement, on ne s’expliquerait pas ce singulier mélange d'inscriptions grecques et latines, les premières extrêmement incorrectes, et les secondes assez bien orthographiées. A l’exception du nom de saint Ambroise, écrit une fois en grec et une fois en latin, il n’y a d’exprimé en grec que le titre glorieux donné au Sauveur et les noms des archanges Michel et Gabriel. Sans doute les mosaïstes italiens, empruntèrent servilement ces écritures, en même temps que l’ordonnance et le dessin de la composition, aux ouvrages des artistes byzantins leurs maîtres, tandis qu’ils désignèrent en latin les villes et les saints de leur pays.
Peinture des murs droits de la tribune. — Le grattage des murs droits, qui séparent latéralement la tribune des prolongements des bas-côtés, a mis au jour, sur la paroi de la muraille de gauche (voir la coupe longitudinale, pl. XXIX), un grand morceau de peinture fort bien conservé1. Cette peinture se compose de deux panneaux, simulant des dalles en porphyre, encadrés par des bandes de diverses nuances et par une bordure d’un dessin recherché. A la partie inférieure se trouve figuré un placage de grandes dalles en marbres veinés. Le fragment découvert sous le crépis, et le badigeon est marqué sur la pl. 29 avec sa véritable étendue; mais les lignes principales ont été prolongées de manière à compléter la décoration autant que possible.
La pl. 32 donne le dessin, à l’échelle du dixième, d’un morceau de la peinture des murs droits de l’abside. Des teintes de valeurs différentes, formées par des hachures diversement inclinées, expriment les six couleurs employées pour cette peinture. Rangées par ordre d’intensité, ces couleurs sont les suivantes : noir, brun rouge, violet, jaune, vert, rose. Le panneau le plus rapproché de l’abside est brun rouge avec des mouchetures blanches; l’autre est vert avec des mouchetures noires. Les encadrements de ces deux panneaux sont absolument pareils : d’abord, un ruban brun rouge; ensuite, une bande divisée en rectangles et en carrés diversement ornés, comprise entre deux rubans jaunes; puis une bande noire; enfin, une large bande contenant un motif d’ornementation régulièrement reproduit et détaché en clair sur un fond brun rouge. Les teintes de coloration différente sont toujours séparées l’une de l’autre par de minces
l Cette découverte date de la fin de l’année 1865. M. Landriani a eu l’obligeance de m’envover un dessin fort exact, fait à grande échelle, du fragment de peinture retrouvé sous le badigeon. C’est d’après ce dessin que j’ai pu donner, sur les pl. XXIX et XXXII, l’ensemble et les détails de la décoration peinte des murs droits de la tribune.
lisérés blancs, saul pour les ornements de détail de la bande à petits compartiments rectangulaires.
La peinture qu’on vient de décrire imite évidemment certaines mosaïques en porphyres et marbres nuancés, pareilles à celles dont on trouve des restes au baptistère de Saint-Jean de Ravenne. L’un des fragments de ces dernières a été reproduit sur la pi. XXXII : il tapisse le fond d’une des arcatures du rez-de-chaussée. On y remarque un ornement de même forme que celui de celle large bande qui encadre extérieurement les panneaux.
Faute de pouvoir exécuter avec des placages en pierre la décoration des murs droits delà tribune, on a dû se contenter d’une représentation en couleur. Nous avons déjà dit (page 00 de la première partie) que les églises byzantines, construites en Orient postérieurement au dixième siècle, offrent de nombreux exemples de ces imitations de revêtements en porphyre et en marbres de prix : il n’est donc pas étonnant que le même procédé ait été appliqué dans la haute Italie, où le style byzantin continua, jusqu’au treizième siècle, de régir le mode de décoration superficielle de l’intérieur des églises lombardes.
Une peinture semblable à celle de la muraille gauche devait exister sur la muraille droite. Cette décoration montait sans doute jusqu’à la naissance de la voûte en berceau qui, elle aussi, devait être ornée de peintures, puisqu’on n’y voit aucune trace de mosaïques. Le socle, simulant de grandes dalles en marbre veiné, s’arrête exactement à la hauteur du dessous de la mosaïque inférieure du pourtour de l’abside. Celte correspondance de niveau paraît indiquer une exécution simultanée des deux ouvrages. La bonne conservation du pied de la peinture, et surtout la disposition, dans le sens de la hauteur, de ses divisions principales, donnent lieu d’admettre que cette décoration est postérieure au relèvement du pavé de la tribune. Elle daterait donc du douzième siècle.
Moulures ex stuc de la tribune. — Les ornements en stuc qui décoraient l’abside se composaient : d’un bandeau horizontal situé au pied des fenêtres; des archivoltes, portées sur des colonneltes, qui décoraient les ébrasements des deux fenêtres latérales ; enfin, de l’archivolte appliquée sur l’arc doubleau de l’entrée de l’abside. Tous ces ornements ont disparu lors des dernières restaurations1.
1 C'est bien à tort, a mon avis, qu’on a supprimé ces ornements, sous prétexte que l’abside, étant probablement un débris de la basilique élevée par saint Ambroise, il fallait, pour lui restituer son caractère primitif, la dépouiller des motifs de déco-
Le bandeau horizontal, dessiné en élévation et en section droite sur la pl. XXXII, où on le voit représenté entre les deux mosaïques qu’il séparait, est aussi figuré sur la pl. XXXIII (fig. 3). Il se compose d’une succession de moulures courbes et à biseaux, d’un profil très-mou, qui se terminent, à la partie inférieure, par un plan incliné, aboutissant à la paroi de la muraille. Les dispositions adoptées pour l’exécution de cet ornement sont assez intéressantes à observer. Un faisceau de roseaux, fixé contre la muraille, paraît avoir servi à ébaucher la forme du bandeau, en servant de noyau à une première couche composée d’un stuc grossier : sur cette enveloppe, on appliqua ensuite l’enduit beaucoup plus fin dans lequel sont tracées les moulures.
La mosaïque, située au-dessous du bandeau, fait eu avant de la muraille une saillie presque aussi forte que celle de ce bandeau ; les moulures inférieures, ainsi que le plan fuyant qui les continue jusqu’à la muraille, sont noyés dans une couche de stuc, servant à raccorder le parement de la mosaïque avec la surface proéminente du bandeau (voir pl. XXXII). Ce stuc présente la même texture que celui des moulures; seulement, il est grisâtre, au lieu d’être rose comme ce dernier. Évidemment, c’est une ad jonction postérieure à l’exécution du bandeau, et contemporaine de celle de la mosaïque; d’où il suit que ce dernier ouvrage est nécessairement moins ancien que les moulures en stuc.
Les colonnettes appliquées contre les angles vifs de l’ébrasement des fenêtres (voir pl- XXXIII, fig. 5) sont appuyées sur le dessus du bandeau, qui est recouvert, sous leur pied, par des espèces de palmes, jouant le rôle de consoles. Ces colonnettes ont des fûts cannelés , dont la figure a montre la section. L’archivolte qui décore le cintre des fenêtres se compose de deux boudins polygonaux à section assez irrégulière (voir le détail b), séparés par une large bande presque plane. Le chapiteau reproduit sur le dessin de la pl. XXX11I est celui des colonnettes de la fenêtre de gauche. Les chapiteaux de la fenêtre opposée offrent quelques légères différences dans l’arrangement des feuilles. Nous avons déjà dit que la fenêtre du milieu, amplifiée et mutilée, ne conservait plus de traces de son ancienne décoration .
Les fig. 4 et 5 représentent les couronnements des colonnes engagées, exécutées en
ration qui ne pouvaient convenir à une basilique des premiers temps du christianisme. Nous avons vu précédemment que le chevet de la basilique ambroisicnne doit être considéré comme une construction du moyen âge. Les ornements en stuc s’v trouvaient donc fort bien à leur place. Et, lors même qu’ils eussent visiblement offert l’apparence d’une adjonction postérieure, comme ils produisaient un bon effet et méritaient aussi d’être respectés pour leur antiquité, on aurait dû, au lieu de les détruire, les conserver et les réparer. Si je me permets de signaler celte méprise, la seule, du reste, que j’aie eu l’occasion de constater, dans les travaux exécutés à Saint-Ambroise, c’est afin de faire ressortir le danger des opinions systématiques lorsqu elles s’appliquent à la restauration des monuments. J’ai pu relever moi-même les dessins des fig. 4, 5 et fi de la pl. XXXIII, et je dois à M. Landriani le dessin de la fig. 5 de la même planche, qui complète la reproduction des moulures.
sine, qui soutenaient l’arc doubleau situé à l’entrée de l’abside. Le chapiteau est d’une forme singulière, dont on ne trouve pas d’autre exemple dans les monuments du nord de l’Italie. Le lionet le taureau, symboles des évangélistes saint Marc et saint Luc, poi'tés au-dessus des chapiteaux sur des sommiers très-plats, le premier à gauche de l’abside et le second à droite, produisaient un très-bon effet, avec leurs grandes ailes déployées et rejetées en arrière. Nous avons supposé, sur le dessin de la coupe longitudinale (pl. XXIX), que l’aigle de saint Jean et l’ange de saintMathieu surmontaient deux autres demi-colonnes, placées à l’entrée de la tribune. De cette manière, la représentation des évangélistes eût été complète. Celle supposition paraît confirmée par l’existence des tronçons de colonnes en marbre, dont les bases marquent le niveau primitif du pavé de la tribune. Que ces colonnes aient été rompues avant ou après l’application de la décoration en stuc, ou qu’elles l’aient été lors de son exécution, on ne pont guère s’en rendre compte aujourd’hui; d’ailleurs, il importe peu de le savoir : ce qui offre de l’intérêt, c’est l’indice, fourni par les fûts brisés, d’une continuation de ces lïits, soit en marbre, soit en stuc, et de leur terminaison par des figures destinées à servir de pendants à celles que portent les colonnes de l’entrée de l’abside. Les ornements que nous avons restitués auraient ensuite forcément disparu, par suite de la construction du mur plein, qui sépara pendant longtemps la tribune du reste de l’église.
Les colonnes de l’entrée de l’abside ne descendaient pas au-dessous du pied de la mosaïque qui faisait le tour de l’hémicycle sous l'appui des fenêtres, car les briques du parement de la muraille ne portent, à l’aplomb de la colonne de gauche, aucune trace d’application de stuc entre le niveau du pied de la mosaïque et le pavé de la tribune '. On doit conclure de ce fait que les colonnes et les autres parties de la décoration en stuc n’ont été exécutées que lorsque les sièges en marbre, qui garnissaient le pourtour de l’abside, occupaient déjà leur dernière position, c’est-à-dire qu’elles sont postérieures à l’exhaussement de la tribune.
L’arc doubleau qui retombait sur les demi-colonnes précédemment décrites était décoré par des enroulements de feuillage dont lafig. 6 de la pl. XXXIII reproduitles motifs. A côté, se trouve dessinée la section droite de l’archivolte et la vue par-dessous d’un de ses fragments. On voit que les moulures en stuc de cet ouvrage avaient été ébauchées autour d’un faisceau de roseaux, comme celles du bandeau situé au niveau de l’appui
1 Ce renseignement m‘a etc fourni par M. Landriani.
SAINT-AMBROISE DE MILAN — DÉCORATION DE LA TRIBUNE des fenêtres. On remarque déplus que des clous à grosse tête, enfoncés dans les joints des briques, servaient à fixer le revêtement en stuc ; les uns, en maintenant les roseaux, et les autres, en retenant l’enduit par les saillies de leurs têtes. Ces derniers exerçaient d’ailleurs une action fort efficace, car lorsqu’on arracha l’archivolte, il resta autour de leurs têtes des morceaux de stuc assez larges, découpés en forme de cône trèsaplati (voy. la fig. 6 delà pl. XXXIII) : la remarquable régularité des surfaces d’arrachement témoigne que la texture de l’enduit était parfaitement homogène.
L’analyse chimique a montré que la portion extérieure des enduits en stuc, celle qui compose les moulures, offre sensiblement la même composition pour toutes les parties de la décoration. C’est du plâtre presque pur, coloré en rose pâle par une trèspetite dose de brique finement pilce, ou peut-être de pouzzolane. Quant à la partie profonde de l’enduit, celle qui enveloppe immédiatement la petite fascine en roseaux, elle est formée, dans le bandeau horizontal du pourtour de l’abside, de plâtre mêlé avec du sable et des grains de brique concassée1
Appréciation sur l’ensemble de la décoration de la tribune. — Ainsi que nous l’avons observé, plusieurs parties de cette décoration paraissent clairement postérieures au relèvement du pavé, ou du moins contemporaines de ce relèvement opéré au douzième siècle. Ce sont les moulures en stuc, les deux bandes de mosaïque exécutées en marbre ou en matière vitreuse, enfin les peintures figurant un placage. Quant à la peinture qui représentait les évêques suffragants de l’archevêché de Milan et à la
1 Je dois ces renseignements à MM. les ingénieurs Mangon et L. Durand-Claye. directeur et directeur adjoint du laboratoire de l’École des ponts et chaussées. Voici les résultats de leurs analyses :