‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 21 sur 112 · DE L’ABSIDE · texte numérisé non relu

DE L’ABSIDE

Enveloppe.

Noyau.

Résidu insoluble dans les réactifs .

Alumine et peroxyde de fer .

Chaux . . .

Acide sulfurique .

Acide carbonique .

Eau, perte, produits non dosés .

Les résultats consignés au tableau ci-dessus peuvent se

mettre sous la forme suivante :

Plâtre (sulfate dé chaux à 2 équivalents d’eau) . . .

Carbonate de chaux .

Chaux libre .

Sable, argile, peroxyde de fer . •

Eau, perle, produits non dosés .

mosaïque de la voûte en cul-de-four, on ne peut guère juger si elles sont de la même époque que les autres ornements, ou si elles remontent à un âge plus reculé. Toutefois, la première supposition paraît la plus vraisemblable, au moins pour la peinture occupant les intervalles des fenêtres, parce que celte peinture composait avec les mosaïques inférieures un ensemble décoratif bien coordonné.

Les parties les plus intéressantes sont précisément celles dont la date peut être fixée. Elles montrent que le goût des placages en marbre s’est conservé fort longtemps et que l’on s’est ingénié à suppléer au défaut ou à l’insuffisance des marbres, soit par des simulacres peints, soit par l’usage de substances vitreuses colorées. Les ornements portent en général l’empreinte du goût byzantin, et l’on y trouve un bon sentiment de la couleur et de l’effet: tous différents, heureusement associés et équilibrés, nettement séparés par des filets clairs; divisions principales tracées avec ampleur ; simplicité dans l’ensemble, richesse et variété dans les détails. Quoique cette décoration du douzième siècle fût assez grossière à plusieurs égards, en somme elle devait plaire aux yeux. Le chevet de la basilique gagnerait beaucoup à ce qu’on la restituât sur ses parois avec toute la fidélité possible.

Avant d’entreprendre l’étude du bâtiment qui compose les nefs, nous allons passer en revue quelques monuments isolés, placés en divers points du vaisseau central et fort intéressants pour l’histoire de la basilique ambroisienne. Ce sont: l’autel, le ciborium, les sarcophages disposés sous l’autel, la chaire à prêcher, le serpent de bronze dressé sur une colonne elle bas-relief en stuc qu’on donne pour une image de Saint- Ambroise. Nous parlerons aussi des restes de la basilique primitive, découverts tout récemment, et des pavés situés à différentes hauteurs dont les traces ont été retrouvées autour de l’autel principal. Enfin nous dirons quelques mots de l’ancienne chapelle de Saint-Satyre, voisine de la basilique. En disposant nos matières dans cet ordre, nous éviterons une longue interruption entre la description des nefs et celle du narthex et de 1 atrium, qui doit suivre la première, et qu'il est convenable de lui faire succéder immédiatement.

Autel. — Nous avons déjà parlé de l’autel principal de la basilique-ambroisienne, érigé vers 1 année 835 par l’archevêque Angilbert II1. Les quatre faces de ce magnifi-

1 Voir à la p. 68 la citation d’un diplôme de 855, par lequel l'archevêque Angilbert confirme à l'abbé Gaudenlius la

que ouvrage, qui mesure 2'", 29 de longueur sur 1"',40 de largeur et 1 m , 1 8 de hauteur, sont formées de lames d’or, d’argent ou d’argent doré, artistement repoussées, ornées d’émaux, de filigranes d’or et d’un grand nombre de pierres précieuses

La face antérieure, dont la planche XXVIII montre la disposition, est divisée en trois panneaux, partagés chacun en plusieurs compartiments. Dans la croix du panneau central, on voit : au milieu, dans un médaillon ovale en forme d’auréole, le Sauveur assis sur un trône et environné d’étoiles ; et dans les quatre branches, les symboles des évangélistes rangés dans l’ordre habituel, c’est-à-dire l’aigle en haut, l’homme en bas, le lion et le bœuf sur les côtés. Les douze apôtres, groupés trois par trois, occupent les intervalles compris entre les branches de la croix et le cadre qui la circonscrit. Sur les panneaux latéraux, partagés chacun en six compartiments rectangulaires, sont représentés les principaux faits de la vie du Sauveur, depuis l’Annonciation et la Nativité, figurées en bas du panneau de gauche’, jusqu’à la Résurrection et l’Ascension qui occupent le haut du panneau de droite. Ces deux derniers bas-reliefs, ainsi qu’un troisième situé au-dessous de l’Ascension et représentant la descente du Saint-Esprit sur les apôtres, sont des ouvrages modernes substitués aux anciens.

Les deux faces latérales sont semblables : au milieu, une petite croix placée au centre d’un losange dont les pointes touchent en leurs milieux les côtés du cadre; dans les coins de ce losange quatre médaillons de saints ; puis, entre les branches de la croix, autant de figures dans l’attitude de l’adoration ; enfin, huit anges aux ailes déployées, groupés deux par deux dans les triangles compris entre le cadre et les côtés du losange. Les saints des médaillons, désignés par leurs noms écrits en abrégé, sont : pour la face de droite, saint Ambroise, saint Simplicien, saint Gervais et saint Protais; et pour la face de gauche, saint Martin, saint Materne, saint Nabor et saint Nazaire.

Comme la face antérieure, celle de derrière (voy. pl. XXXIV) est partagée en trois panneaux. Ceux de droite et de gauche, divisés chacun en six compartiments, retracent les principaux faits de la vie de saint Ambroise. Le panneau du milieu, formant une

tutelle et la garde tant delà basilique que du magnifique autel nouvellement érigé à ses frais « ... Altave, (juod inibi noviter mirifice ædificavi... »

* L’ouvrage de Ferrario : Monumenli di Sauf Ambrogio , donne fort exactement (p. 115-129) les dessins à grande échelle et la description détaillée des quatre faces de l’autel principal delà basilique ambroisienne. Ce monument a été restauré en 1856, aux frais de la fabrique de l’église.

2 Je crois utile, pour éviter les malentendus, d’avertir, une fois pour toutes, que les expressions de droite et de gauche ont reçu et recevront les significations suivantes : Appliquées à l’un des côtés d’une église ou d un édicule intérieur quelconque, considéré dans son ensemble, elles supposeront que le spectateur regarde le monument ou 1 édicule en s avançant dans la direction d’une flèche lancée de la porte principale vers le chevet. Appliquées à une partie de 1 une quelconque des faces prise isolément, elles supposeront que le spectateur, placé au droit du milieu de cette face, la regarde devant lui.

porte à deux vantaux, est décoré de quatre médaillons, deux en haut qui contiennent les images des archanges Michel et Gabriel, et deux en bas où l’on voit représentée la donation de l’autel.

Cette face postérieure est très-intéressante, et par rapport à l 'ancien rite milanais sur lequel les bas-reliefs consacrés à la vie de saint Ambroise donnent des renseignements importants, et pour l’histoire de l’autel lui-même, dont les médaillons mentionnés précédemment font connaître l’origine. Les dessins de ces deux médaillons sont reproduits à grande échelle sur la planche XXXV (fig. 2). Dans celui de gauche, on voit l'archevêque Angilberl présentant un autel à saint Ambroise qui pose un diadème sur la tête du donateur. La tête d Angilbert est ornée d’un nimbe rectangulaire, suivant l’usage fréquemment adopté en Italie pour désigner les personnages insignes encore vivants1. Sur le médaillon de droite, saint Ambroise couronne un personnage nommé Wolyixus, qualifié du titre de maître orfèvre, « magister phaber », et qui ne peut être que l’auteur du monument2. Le donateur et l’artiste sont donc inscrits au même litre et, au nimbe près, récompensés par une gloire égale. Cet honneur rendu au talent n’est-il pas une preuve que l’époque d’ Angilbert, si généralement traitée de barbare, vaut mieux que sa réputation?

On lit a la face postérieure, sur la bordure des panneaux et sur les meneaux qui les séparent, une inscription versifiée, commémorative delà donation. Elle est écrite en caractères romains :

EMICAT ALMA FOUIS RDTILO QUE DECORE VENUSTA ARCA METALLOR DM GEMMIS QUÆ COMPTA CORUSCAT TIIESAURO TAMEN II ÆC CUNCTO P0T10RE METALLO OSSIRÜS INTERIUS POLLET DONATA SACRATIS EGREGIÜS QUOD PRÆSUL OPUS SUB HONORE BEAT]

INCLITUS AMBROSII TEMPLO RECUBANTIS IN ISTI IPTULIT ANGILBERTUS OVANS DOMINO QUE DICAYIT TEMPORE QUO NITIDÆ SERVABAT CULMINA SED1S

1 Saint Grégoire le Grand s est fait ainsi représenter (Voy. ce qu’en dit Jean Diacre dans la vie de saint Grégoire). Consulter sur les nimbes carrés : M. l’abbé Crosnier, Iconographie chrétienne, p. 69, et 31. de Guilhermy, Iconographie historique, p. 250 dut. VIII des Annales archéologiques.

2 Wobrimw était un laïque si 1 on en juge et par son titre de « magister phaber », et par les détails de son costume.

Le 33 qui commence- son nom a fait penser à dAgincourt que cet artiste pourrait bien n’être pas d'origine italienne; mais les auteurs milanais n’acceptent pas qu’on en puisse douter. Lire dans l’ouvrage de Ferrario (p. 121, en note) l’opinion du savant docteur Labus consulté 5 ce sujet.

ASPICE SU MME PATER FAMULO MISERERE RENIGNO TE M1SERANTE DEUS DONUM SURLIME REPORTET

Les trois premiers vers occupent la bande horizon laie supérieure; le quatrième est inscrit verticalement sur la bande latérale de droite, et le cinquième sur la bande latérale de gauche. Les trois suivants se lisent sur la bande horizontale inférieure, et les deux derniers sur les meneaux, le neuvième à gauche du panneau central et le dixième à droite. Chaque vers garnit exactement le côté d’un panneau, et l’inscription présente cette recherche singulière qu’une même lettre placée à l’angle d’un panneau, commence ou termine les vers qui aboutissent en ce point. Ainsi, l’A final du mot venusta, qui termine le premier vers, commence aussi le premier mot area du second vers, inscrit horizontalement à la suite du premier, et le premier mot aspice du neuvième vers, inscrit verticalement sur le meneau qui sépare le panneau central du panneau degauche. De même, le T qui finit le second vers commence aussi le troisième et le dixième, et ainsi de suite.

La portion de l’inscription comprise entre le second mot Àmbrosii du sixième vers et la dernière syllabe du mot Domino dans le vers suivant a été refaite après coup, comme le prouvent la forme différente et beaucoup moins correcte des caractères, l’orthographe vicieuse de plusieurs mots et môme l'ornementation de la lame d’argent sur laquelle est gravée cette partie de l’inscription. On aura confié le soin de la rétablir à quelque ciseleur maladroit et ignorant.

Le magnifique ouvrage, si richement décoré, dont nous venons de faire la description, n’est pas moins remarquable par l’intelligence qui apparaît dans le choix et la distribution des sujets que par le prix des matières employées à son exécution : car, en retraçant la vie du Sauveur, puis celle de saint Ambroise, et rappelant enfin la mémoire des premiers saints de l’église milanaise, il met sous les yeux des fidèles, outre les motifs de piété puisés dans l’Évangile, ceux que fournissait alors l’histoire locale.

Observons que la face consacrée à Dieu, celle tournée vers le peuple, est la plus riche. Les trois autres, eu effet, sont formées de lames d’argent, dorées sur quelques points, tandis que le devant de l’autel est exécuté en lames d’or avec une bordure de perles autour des compartiments et un plus grand nombre de pierres précieuses dans les meneaux. Le culte rendu à Dieu se distingue ainsi des hommages adressés aux saints.

Remarquons enfin que l’arrangement du panneau central de la face antérieure, avec

le Sauveur dans une auréole au milieu de la croix, les symboles des évangélistes dans les blanches et les apôtres aux coins du rectangle, mérite d’ètre cité comme une conception des plus heureusement imaginées. Impossible de trouver un motif de décoration mieux choisi pour la place d’honneur d’un autel monumental.

Euegaid a 1 epocjue de son exécution, I ouvrage de l’orfévre Wolvinus est peut-être encore plus digne d attention pour sa valeur artistique que pour la richesse de la matière ou le mérite de la composition. Les moulures de la hase, du couronnement et des côtes verticaux de chaque face sont traitées avec fermeté. Les meneaux qui séparent les panneaux elles subdivisent en plusieurs compartiments se détachent vigoureusement du fond, grâce à leurs reliefs prononcés et aux brillantes couleurs des émaux et des pierres précieuses qui les tapissent. Quant aux petites figures en bas-relief, elles ont une justesse de proportions, une vérité de tournure et d’expression qui surprennent, si on les compare aux sculptures dans le marbre ou dans la pierre qui nous restent du même temps. A tous égards donc, l’autel de saint Ambroise est un monument hors ligne ; et certes, le grand artiste qui l’exécuta mérite bien l’honneur d’avoir transmis son nom à la postérité.

Les historiens milanais racontent, au sujet de la donation de l’autel par Angilbert, une legende dont ils ont trouvé le récit dans la chronique de Fiamma, écrite au quatorzième siècle, et dans une pièce de vers rimés du même temps1. Voici, en quelques mots, cette légende. L’archevêque Angilbert, ayant enlevé une dent de la bouche de saint Ambroise, l’aurait fait enchâsser dans son anneau pastoral. Or, un dimanche des Rameaux, tandis que la procession solennelle se rendait suivant l’usage de la basilique laurentienne à l’ambroisienne, la relique disparut de l’anneau, et il fut impossible, malgré toutes les recherches, de la retrouver. Tandis que l’archevêque s’en affligeait, une pauvre vieille lui révéla qu’il fallait chercher la dent à l’endroit même où il l’avait prise. El, en effet, Angilbert ayant visité le corps de saint Ambroise, y trouva la dent à sa place. Averti par cette leçon, il voulut rendre les reliques inviolables en enfonçant profondément sous terre le sarcophage qui les contient. Puis, il lit élever sur le lieu du miracle le bel autel que nous admirons encore.

Cet autel ne contient, il est vrai, aucune allusion au miracle, et le diplôme de 835, déjà cité, en motive simplement la donation par le grand amour que Angilbert portait à saint Ambroise: « ob nimium amorern confessons Christi Ambrosii » : Cependant, il y a lieu de croire qu’il fut érigé, comme l’indique la légende, à l’occasion d’une se-

1 Celte pièce de vers est donnée en note par Giulini, vol. I, p. ICI et suiv., et par Ferrario, p\ 110 et suiv.

conde déposition des reliques. Nous en acquerrons bientôt la preuve par l’examen des sarcophages enfouis au-dessous de sa base.

II est surprenant que l’autel d’Augilbert et de Wolvinus, exécuté en matières d’un si grand prix, nous soit parvenu intact à travers toutes les vicissitudes subies par la ville de Milan. On ne peut attribuer ce rare bonheur qu’à la vénération inspirée par les reliques de saint Ambroise; car les grilles qui environnent l’autel et les gardiens qui veillent à sa conservation n’eussent été qu’une bien faible défense contre la cupidité des puissants dominateurs de la cité milanaise.

Ciborium. — Le ciborium ou baldaquin qui surmonte l’autel (voy. la face antérieure sur la pl. 28, et, sur la pl. 34, le dessin à grande échelle de la ‘face postérieure) est porté par quatre colonnes, dontles fûts en porphyre rouge, parfaitement taillés et polis, ne peuvent avoir qu’une origine antique. Leurs pieds, enterrés dans le sol , reposent sur des socles en marbre blanc, de forme à peu près cubique, dont les bases, mises à découvert par des fouilles récentes, sont enfoncées de l’”,08 au-dessous du pavé qui environne l’autel. Les chapiteaux, exécutés en marbre blanc, présentent la forme d'une corbeille nattée d’où sortent, sur chacune des quatre faces, deux grandes feuilles recourbées en volutes sous les angles du tailloir. Quelques autres ornements complètent cette décoration, assez heureusement imaginée et qui, traitée avec un goût plus châtié, pourrait produire très-bon effet. Les colonnes mesurent 4’", 54 de hauteur, y compris le piédestal et le chapiteau, et environ 3m,20 de distance entre les axes.

Sur ces quatre supports sont appuyés les pignons du baldaquin, construits en maçonnerie revêtue de stuc. Ils sont évidés, d’une colonne à l’autre, par des arcs cintrés auxquels un surhaussement considérable donne la forme de fer à cheval. La hauteur totale du monument est de 8”, 84. L’espace carré compris entre les faces est recouvert par une voûte d’arête à nervures saillantes. Des tirants en fer contiennent les poussées.

La décoration des quatre faces est pareille. De chaque côté, dans le prolongement des colonnes et jusqu’aux rampants du pignon, s’élève une large bande ornée d’entrelacs et de feuillages, avec une colonnette à l’angle et un oiseau à la partie supérieure : la plante qui fait le principal ornement sort d’un vase en forme de calice. D’autres bandes de feuillages bordent les rampants et se terminent par des palmettes qui rappellent un des principaux motifs de la décoration des frontons antiques. Autour de l’arc en fer à cheval se plie une ample et riche guirlande. Enfin des figures en bas-relief occupent l’espace que limitent les ornements du cadre. Signalons encore les grands

oiseaux, tenant des poissons clans leurs serres, qui se dressent avec les ailes ouvertes sur les angles saillants des chapiteaux1.

Les sujets représentés sur les quatre faces sont les suivants : Au couchant, sur la face antérieure tournée vers la nef (voy. pl. XXVIII), le Sauveur assis sur un trône et désigné par un nimbe crucifère, qui remet, de la main gauche, les clefs à saint Pierre et, de la main droite, le livre à saint Paul ; — Au midi, sur la face latérale de droite (voy. la gravure ci-contre), un saint bénissant revêtu des habits pontificaux et couronné d’un diadème qu’une main droite pose sur son front; puis, de part et d’autre de cette figure, deux personnages dans l’attitude de la prière; — Au nord, sur la face latérale de gauche (voy. la gravure ci-contre), même composition, avec cette différence que, à la place de trois figures d’homme, on voit trois figures de femme, cl que, au lieu d’une main céleste, c’est un oiseau aux ailes déployées qui surmonte la tôle de la sainte implorée par les deux femmes ; — Enfin, au levant, sur la lace de derrière tournée vers la tribune (voy. pl. XXXIX), un saint mitré et bénissant, dominé par une petite figure nimbée, aux bras étendus, dont on ne voit que le buste, et accosté de deux autres saints qui paraissent faire approcher, en les couvrant de leur protection, deux personnages présentant une offrande: celui de gauche tient un petit objet exactement pareil au ciborium et celui de droite semble porter la parole.

Cette face postérieure expose aux regards, de même que la face correspondante de l’autel, la représentation commémorative delà donation du monument. C’est également à saint Ambroise que paraît s’adresser l’offrande du baldaquin ; car, suivant toute apparence, le personnage central n’est autre que ce saint évêque, assisté des saints Gervais et Protais. Quant aux deux hommes qui lui rendent hommage, leur tunique tombant jusqu’à terre et leur coule à manches très-larges les désignent pour des moines ; d’où l’on a très-justement tiré cette conséquence que le ciborium ne saurait être antérieur à l’année 784, époque ou l’église de Saint-Ambroise, jusque-là confiée au clergé séculier, fut remise par l’archevêque Pierre I entre les mains des bénédictins.

11 paraît difficile d’émettre une opinion sur la signification de la petite figure qui

1 Ces oiseaux semblent appartenir au symbolisme des bestiaires, où deux oiseaux pécheurs très-distincts ont chacun son article. L’un, qui s’appelle Ibis, se tient sur le bord de l’eau et ne vit que de charognes. Il représentée mauvais chrétien qui s’alimente de doctrines quelconques et se livre aux désirs de la chair. L’autre, qui s’appelle Fulica ou Herodius, armé deserres, s’avance jusque dans les grandes eaux où il trouve sa pâture. 11 figure le fidèle qui donne à son esprit la nourriture forte des saints Livres et de la méditation, et qui exclut de son régime habituel tout ce qui n’est pas bonnes œuvres et pratiques chrétiennes. Cela étant, on ne s'étonnera pas de le voir prendre place, avec le poisson qui le distingue, autour du ciborium destiné à couvrir l’autel. (iSote donnée ’a l’auteur par le R. P. Cahier.)

occupe la pointe du pignon au-dessus de la tête de saint Ambroise: la simplicité du nimbe peut empêcher d’y reconnaître une personne divine, contrairement aux présomptions fondées sur la position et l’attitude.

Suivant Giulini, on verrait sur la face latérale de droite saint Ambroise recevant les prières de deux citoyens de Milan, et sur la face latérale de gauche, la sainte Vierge implorée par deux femmes milanaises1. Le costume du personnage nimbé qui représenterait saint Ambroise est exactement le même, au diadème près, que celui de ce saint évêque sur les médaillons de la face postérieure de l’autel. (Voy. pl. XXXV, (Ig. 2.) Les deux hommes qui le prient portent la barbe longue et sont coiffés d’un petit bonnet en forme de toque. Leur habillement se compose d’une tunique à manches étroites, arrêtée aux genoux et serrée à la taille, et débraies collant aux jambes, qui descendent jusqu’aux souliers. Ce costume est pareil à celui qu’on trouve généralement sur les sculptures de la période lombarde. La même observation s’applique au costume des deux femmes, habillées d’une longue tunique à plis multipliés et à manches trèsamples qui vont en s’élargissant depuis l’épaule jusqu’au poignet. Cette tunique extérieure recouvre un autre vêtement à manches étroites. La coiffure se compose d’un petit capuchon et d’un morceau d’étoffe serré autour du front. L’une des femmes seulement porte une sorte de couronne, cc qui, suivant Giulini, indiquerait une femme mariée.

Toutes les parties apparentes du ciborium, sauf les fûts des colonnes, étaient peintes ou dorées; et l’on s’est attaché, lors de la restauration récente du monument, à reproduire les anciennes couleurs qui peuvent avoir existé dans le principe. A quelques exceptions près, les reliefs tant des ornements que des figures se détachent en or sur un fond de couleur sombj'e, noir dans l’archivolte et les montants de l’encadrement, et bleu dans l’intérieur du cadre, autour des personnages. Les cheveux, le visage, les mains et les pieds de ces derniers sont peints à l’imitation de la nature. Quelques-uns des vêtements se font aussi remarquer par des couleurs. C’est ainsi que les coules des moines, représentés sur la face postérieure, sont noires, comme il convient pour des bénédictins, et que les braies des deux personnages barbus de la face latérale de droite sont rouges. Ces mêmes couleurs se retrouvent sur les souliers et les bonnets de celles

i Puricelli pense que ces deux femmes représentent sainte Scolastique et sainte Marceline ; mais l’absence de nimbe laissé peu de probabilité à cette opinion. L’interprétation de Giulini offre plus de vraisemblance. Elle a été adoptée par les écrivains postérieurs, et notamment par Ferrario, qui reproduit presque textuellement la description et l’appréciation du ciboriurn données par Giulini, 1, p. 154 à 458.

des ligures qui apparaissent chaussées ou coilfées. Les grands oiseaux dressés sur les chapiteaux, aux angles du monument, sont peints en noir.

Les ornements en stuc du baldaquin paraissent avoir éprouvé des dommages assez graves ; car les saillies les plus délicates, celles des feuillages, ont été restaurées en partie avec une sorte de mortier blanchâtre d’une texture lâche et peu consistante. Le stuc ancien, qui est rose, se distingue de ces adjonctions, non-seulement par sa couleur, mais aussi par son extrême durete. C’est du plâtre presque pur qui doit sa coloration à une très-petite dose de brique finement pilée ou peut-être de pouzzolane1.

Les sculptures du ciborium, plus rudement façonnées que celles de l’autel, ne manquent pourtant pas de mérite. Les ornements sont traités avec richesse et ampleur : il y a de l’expression et du mouvement dans les attitudes des personnages; les plis des vêtements sont tracés avec franchise. Des reliefs prononcés concourent avec les différences de tons des peintures et des dorures à marquer vigoureusement les divers motifs de décoration. Comme d’ailleurs la composition est bien ordonnée et que les dimensions du ciborium sont considérables, ce monument produit un effet grandiose : le spectateur ne s’aperçoit des incorrections qu’en examinant de près les détails.

On manque de renseignements authentiques sur la date du baldaquin : cependant les moines à coule noire, représentés sur la face postérieure dans l’attitude d’offrir cet édicule à saint Ambroise, donnent lieu d’admettre, comme nous l’avons déjà fait observer, qu’il est tout au plus de la fin du huitième siècle. Les historiens milanais s’accordent pour en attribuer la construction à l’abbé Gaudentius, placé en 835 à la tète du monastère par l’archevêque Angilbert II, donateur de l’autel ; mais leurs arguments, tirés principalement de certaines particularités du costume des figures',

1 Voici la composition du stuc rose déterminée au laboratoire de l’École des ponts et chaussées par MM. les ingénieurs Mangon et L. Durand-Claye.

Plâtre (sulfate de chaux à 2 équivalente d’eau),

Chaux et magnésie .

Sable, argile, peroxyde de fer .

Produits non dosés .

Le mortier blanchâtre qui a servi pour les restaurations est un mélange de chaux et de plâtre.

, On a dît notamment que la barbe longue et pointue des personnages qui entourent saint Ambroise sur la face de droite indique une époque très-voisine de la domination des Longobards, parce que ceux-ci portaient tonte la barbe, au lieu que les Franks qui leur succédèrent la coupaient près du menton, ne conservant guère que les moustaches (Giul.I, p. 155 et 156). Mais rien n'empêche que les usages des Longobards aient continué d’être suivis longtemps après la ruine de leur puissance ; et, quant au port de la barbe, les sculptures des monuments postérieurs paraissent témoigner que ces usages furent conservés.

sonl loin d’être décisifs. Toutefois, comme jcette opinion, considérée sous le rapport artistique, paraît assez vraisemblable, il est permis de s’en contenter. Remarquons en sa faveur que l’érection del’autel a pu motiver la construction d’un nouveau ciborium, digne d’abriter un si magnifique ouvrage. Faisons observer aussi que si le stuc ancien du baldaquin offre la même composition que celui des ornements de la tribune, exécutés au douzième siècle1 2, il en diffère sensiblement par l’apparence physique. Sa cassure plus rugueuse est mouchetée de grains bruns dispersés dans la niasse, ce qui indique une pâte moins fine et moins homogène. Ces stucs peuvent donc fort bien n’être pas contemporains.

Ce que nous venons de dire touchant la date du ciborium 11e doit s’entendre que de la partie supérieure élevée sur les colonnes de porphyre. Celles-ci, avec les piédestaux qui leur servent de base, remontent à l’époque même de saint Ambroise, car nous verrons plus loin, dans l’article consacré aux anciens pavés, que, dès la fin du quatrième siècle, elles entouraient les lombes enfouies sous Faute], et que plus tard, lorsque l’église fut renouvelée, on les conserva religieusement en place, en même temps qu’on respecta les anciennes sépultures.

Tombes enfouies sous l’autel. — Nous avons vu au commencement de l'étude historique consacrée à la basilique ambroisienne que, après la découverte des corps des saints Gervais et Prolais, saint Ambroise, cédant à ces reliques la droite de la tombe qu’il s’était préparée au-dessous de l’autel , conserva la partie gauche pour sa propre sépulture. 11 y eut donc dans le principe deux sarcophages au-dessous de l’autel. D’autre part, plusieurs documents du bas moyen âge s’accordent pour témoigner que les reliques des trois saints reposaient dans une même tombe’; d’ou résulterait que, au bout d’un certain laps de temps, on les aurait tirées des sépulcres primitifs pour les déposer en commun dans un sarcophage unique.

1 La composition des stucs de la tribune est donnée en note à la p. 97 de la deuxième partie.

2 Une miniature du treizième siècle, qu’on voit dans un martyrologe conservé à la bibliothèque ambroisienne, représente saint Ambroise couché dans la tombe entre saint Gervais et saint Protais. Une peinture analogue, remontant au moins au treizième siècle, ornait le fond dune niche pratiquée dans la crypte de la basilique ambroisienne, au-dessous de l’escalier à rampe double qui conduit à la tribune. M. l’abbé Biraghi, docteur de la bibliothèque ambroisienne, a reproduit ces deux images, la première fidèlement copiée sur l’original et la seconde restituée au moyen d’anciennes monnaies milanaises, dans une notice très-intéressante intitulée : I tre sepolcri sant ’ ambrosiani scoperti nel gennajo 1864. Milan, 1864. Cette notice contient aussi la mention de plusieurs documents écrits qui témoignent de la réunion dans un même sépulcre des reliques des trois saints. Le plus ancien et le plus important se rapporte à 1 année 10o5. C’est une déclaration du clergé milanais rassemblé pour décider un point de liturgie, attestant que le corps de saint Ambroise repose dans l’église du meme nom avec [una cum) les corps des saints martyrs Protais et Gervais. Biraghi, I tre sepolcri sant ’ amb., p. 55-64.

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