‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 22 sur 112 · SAINT-AMBROISE DE MILAN — TOMBES ENFOUIES SOUS L’AUTEL · texte numérisé non relu

SAINT-AMBROISE DE MILAN — TOMBES ENFOUIES SOUS L’AUTEL

Le fait n’avait point élé vérifié jusqu’à ces dernières années, parce que, de temps immémorial, il n’existait plus de passage qui donnât accès aux reliques, et que personne n’avait osé troubler, à coups de pioche et de marteau, la paix mystérieuse de leur sépulture. Si plusieurs archevêques de Milan manifestèrent l’intention de pratiquer des fouilles, aucun ne donna suite à ce dessein. Et pourtant, l’entreprise eût été vraiment utile et pieuse, car les renseignements transmis par les anciens récits avaient grand besoin d’être confirmés ou éclaircis par des preuves positives. Faute de celles-ci on en vint, au seizième siècle, jusqu’à douter si les corps des saints Gervais etProtais n’avaient pas été, à la suite du sac de Milan par Frédéric Barberousse, transportés sur les bords du Rhin dans la ville de Brisach1; et cette opinion, accréditée par un faux diplôme, prit tant de consistance qu’elle fut acceptée par les Bollandisles euxmêmes. Il est vrai que, un peu plus tard, l’historien milanais Sassi la réfuta si bien que les Bollandistes mieux informés se rétractèrent2 3;' mais cette réfutation savante capable tout au plus de persuader quelques lettrés, ne pouvait avoir, surtout aux yeux de la foule, l’autorité décisive d’une constatation matérielle.

Les fouilles pratiquées au mois de janvier 1864, entre la face postérieure de l’autel et l’escalier à double rampe qui donne accès sur la tribune, viennent enfin de dissiper toutes les incertitudes et de montrer, chose assez remarquable, que les suppositions fondées sur les anciens documents se vérifient exactement”. On a trouvé en effet trois sarcophages sous l’autel. Ceux marqués A et B sur les planches XXXIV et XLY sont dirigés suivant la longueur de l’église: ils présentent la forme décaissés prismatiques limitées par des dalles assez minces en marbres de prix. Ce sont les tombes du temps, de saint Ambroise, situées l’une à droite et l’autre à gauche de l’aulel : pareilles en longueur, elles ne le sont point en largeur, la dernière mesurant environ 0m,10 de plus dans ce sens. Le sarcophage C qui les surmonte immédiatement se trouve disposé perpendiculairement à leur direction. Il est en porphyre rouge avec un couvercle de même matière taillé en dos d’âne : de petites murailles en maçonnerie, appuyées en partie sur les couvercles des sépulcres inférieurs, l’environnent de toutes parts et soutiennent deux grandes dalles superposées, la première en marbre et la seconde en porphyre,

1 II parait que l’historien milanais Corio aurait donné cours à cette croyance. — Ferrario. Mon. di S. Arnbr. p. 155,

2 Ferrario. Mon. di S. Ambr. p. 155.

3 Une première relation très-succincte de ces fouilles fut publiée dès le mois de janvier 1864 par Mgr Rossi, prévôt et curé de Saint-Atnbroise. Plus tard, dans le courant de la même année, parut la longue et intéressante notice de M. l'abbé Biraghi, déjà citée dans une note précédente, et à laquelle je renvoie le lecteur pour tous les détails de la description et de l’histoire des tombes de la basilique ambroisienne.

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qui achèvent de clore très-exactement l’espèce de caveau occupé par ce sarcophage supérieur. (Voy. pi. XLV.) La seule existence de cette troisième tombe suffit pour donner créance à l’ancienne tradition suivant laquelle les reliques de saint Ambroise et des saints Gervais et Protais auraient été réunies dans un même tombeau ; mais la visite des sépulcres inférieurs a mis ce fait entièrement hors de doute, car ils ne contenaient que des parcelles d’ossements restées au fond avec d’autres débris lors de l’enlèvement des cadavres1 2 3 4.

On a découvert, mêlées à ces débris, un certain nombre de médailles, pour la plupart en bronze, que leurs inscriptions on fait reconnaître pour appartenir, soit à la lin du quatrième siècle, soit à la fin du cinquième et au commencement du sixième’. Parmi celles du premier groupe, on en remarque cinq dont les dates correspondent à l’intervalle d’environ onze années compris entre le temps où furent trouvées les reliques des saints Gervais et Protais et la mort de saint Ambroise5: recueillies dans un même sarcophage, celui de droite, qui est le plus étroit, elles désignent nécessairement la tombe de l’illustre évêque de Milan. Or, suivant le témoignage écrit de saint Ambroise, le côté droit fut affecté par lui à la sépulture des martyrs, en sorte que le fait constaté semble contraire à cette déclaration formelle ; mais la contradiction n’est qu’apparente, car autrefois, lorsque l’évêque parlait aux fidèles de la tribune et qu’il célébrait aussi la messe derrière l’autel, la face tournée vers le peuple*, les expressions de droite et de gauche, appliquées aux côtés de l’autel, prenaient dans sa bouche les significations inverses de celles, reçues par nous, que des usages différents leur font attribuer aujourd’hui.

Quant aux médailles du second groupe, celles de la fin du cinquième siècle et du commencement du sixième, elles doivent avoir été mises dans les tombes à l’époque de l’évêque saint Laurent, lorsque, après le sac de Milan parles troupes d’Odoacre, ce

1 Voir dans la notice de M. l’abbé Biraghi (p. 114-1*27), la description des fragments d’ossements et l’analyse chimique des substances trouvées dans les cercueils.

2 Biraghi, I tre sepolcri saut ’ ambr., p. 19 et 29. — La description des principales médailles est donnée dans les p. 25- 28 et 51-54.

3 Le premier de ces événements eut lieu en 386 et non en 587, comme je l'ai ditp. 65 de la deuxième partie, sur la foi de l’auteur des Fabriche piü cospicue di Milano. La date du 19 juin, donnée par le même auteur pour la consécration de la basilique arabroisienne, date que j’ai citée p. 65, est également erronée. Cette consécration avait été célébrée dès le mois d’avril 586, et la découverte des reliques des saints Gervais et Protais ainsi que leur déposition eurent lieu immédiatement après. — Voir Biraghi. I Ire sepolcri sanl' ambr., p. 10 et suiv. — Quoique celte rectification n’ait pas d’importance au point de vue de ce travail, il m’a paru convenable de la faire par égard pour la vérité historique.

4 Cet usage persista dans la ville de Milan jusqu'au douzième ou au treizième siècle.— Biraghi. I tre sepolcri sant ’ ambr.,

p. 78. — 11 subsiste encore à Rome dans quelques anciennes basiliques.

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