SAINT-AMBROISE DE MILAN — NEFS — CHAPITEAUX
gories que, sur les planches 37, 38 et 39, nous avons disposées par ordre, en adoptant pour chacune d’elles le classement par travée. (Ce terme désigne ici les plus grandes divisions transversales, celle de la nef du milieu, qu’il s’agisse des chapiteaux de cette nef ou de ceux des collatéraux.) Les exemples ont, d’ailleurs, été choisis de telle sorte que les principales variétés furent représentées. Outre ces trois groupes, il en existe un quatrième, formé par les chapiteaux des huit colonnettes engagées qui supportent la corniche intérieure au-dessus des petits piliers. Nous n’avons donné, de ce groupe restreint et peu intéressant, que l’échantillon dessiné sur la planche 31 .
Les chapiteaux, dans leur forme la plus complète, se composent de deux parties, le tailloir et le dé, prises habituellement dans des pierres distinctes. Le tailloir, en général haut et lourd, est loin d’avoir reçu partout le même profd, la même épaisseur et la même saillie. Tantôt il n’offre qu’une seule face, verticale ou inclinée, tantôt il se présente avec un parement brisé, la face supérieure étant verticale et la face inférieure inclinée. Le dé, limité au sommet par un mince lîlet, et à la base par une astragale formée d’une simple baguette, s’évase très-peu. Dans les demi-colonnes, le passage de la section circulaire du fût à la surface rectangulaire du plateau se fait au moyen des ornements sculptés, comme dans le chapiteau corinthien.
C’est de ce dernier type que procèdent la plupart des chapiteaux, malgré leur rude et pesante tournure. L’imitation paraît clairement dans les chapiteaux I, III, V, XIV, etc., tapissés de feuilles d’acanthe et de volutes. Lorsque des figures d’animaux entrent dans la composition, elles sont disposées de manière que les têtes, établies sous les angles saillants du tailloir, jouent le rôle des volutes principales. Ces figures s’appuient fréquemment sur de grandes feuilles, surtout quand le chapiteau surmonte une demicolonne (voy. les fig. Il et VI et la partie gauche de la lig. VII). Au-dessus des pilastres, on a pu facilement supprimer ces feuilles d’angle et consacrer aux figures le parement tout entier (voy. les fig. Vil, VIII, IX, etc.). Au reste, on fit de même sur les demi-colonnes quand la forme de l’animal s’y prêtait, témoin les chapiteaux IV et XXI, où des oiseaux, ouvrant leurs ailes, établissent une transition très-convenable entre le fût et le tailloir.
Les mises en scène d’animaux conduisirent souvent à alourdir les coins ; ce qui éloigne le corps du chapiteau de la disposition corinthienne, en forme de corbeille, pour le rapprocher de cet autre type, très-répandu au moyen âge, qu’on désigne habituellement par l’épithète de cubique. L’usage de ce type, que l’on constate aussi dans plusieurs chapiteaux garnis de feuillages entrelacés (voy. les fig. VIII, IX et XXV),
tient sans doute à une influence étrangère, puisque les monuments byzantins en offraient l’exemple depuis longtemps.
Les précédentes observations sur le tailloir et sur le dé sont loin de relater toutes les variétés et irrégularités de forme. Pour n’en pas omettre, il faudrait presque examiner l’un après l’autre tous les chapiteaux, lant ils présentent de diversité. Mais celte tâche serait trop longue, et, d’ailleurs, peu intéressante. Mieux vaut renvoyer à nos dessins, en ajoutant seulement les quelques renseignements qui vont suivre.
Les chapiteaux sont traités avec d’autant plus de soin qu’ils sont davantage en vue. C’est ainsi que, dans les galeries basses, ceux des piliers engagés offrent moins de régularité que ceux des supports isolés. Tantôt le tailloir manque aux premiers (voy. fig. XII) ; tantôt le chapiteau s’y réduit à un vaste tailloir (voy. flg. XI) ; tantôt le dé affecte une forme bizarre et exceptionnelle, rigoureusement cubique, sans aucun évasement qui serve de raccord avec le fût (voy. fig. X). Dans les galeries hautes, les parties cachées sont encore plus sacrifiées. Remarquons d’abord que la faible hauteur des piliers a conduit à raccourcir leurs têtes par la suppression du tailloir. Cette disposition est générale ; mais, tandis que les chapiteaux, visibles depuis les nefs, offrent un parement assez étendu, décoré de sculptures, les autres consistent souvent en un simple bandeau lisse. Les piliers engagés, bâtis en brique, sont même privés de couronnement, excepté sur la demi-colonne située dans l’axe des plus petits d’entre eux, où Ton trouve presque toujours le chapiteau représenté par la figure XXVI.
Si, delà forme générale des chapiteaux, nous passons aux sculptures qui les décorent, nous distinguerons dans ces ornements trois sortes de motifs : des feuillages de forme régulière, imitant plus ou moins fidèlement l'acanthe corinthienne de Tantiquité ; d’autres plantes de formes diverses, capricieusement contournées ou enroulées- enfin des figures d’animaux et quelques figures humaines, souvent associées à des feuillages de l’un ou de l’autre genre. Celle classification se rapporte surtout aux sculptures qui tapissent le corps du chapiteau; carie tailloir, quand il existe, n’est guère décoré que par des bordures courantes, telles que guirlandes, palmettes, tresses, etc. Les figures d’hommes ou d’animaux se rencontrent surtout aux chapiteaux le plus facilement accessibles aux regards, particulièrement à ceux de Tordre inférieur. Lorsque, en raison de la distance, les détails étaient difficiles à saisir, on se contentait, le plus souvent, de sculpter des feuillages.
Ni les plantes, ni même les figures ne paraissent indiquer qu’on ait pris à tâche d’imiter la nature. Non-seulement l’acanthe, mais encore les autres feuillages ont reçu
SAINT-AMBROISE DE MILAN — NEFS — CHAPITEAUX des formes conventionnelles. Les tiges sont habituellement rayées en longueur par un ou deux traits creux, et les feuilles qui s’en détachent offrent presque toujours des dentelures analogues à celles des lobes de l’acanthe. Le nombre des dents et la forme du contour, sont très-variables. Quelques végétaux portent des corps oblongs qu’on prendrait volontiers pour des grappes, puisque des oiseaux sont parfois occupés à les becqueter (voy. pl. 58, fig. IX) ; mais les plissements de la surface y font reconnaître des bourgeons plutôt que des fruits.
Si les feuillages manquent de vérité, du moins sont-ils assez élégamment disposés. Ce dernier mérite n’existe pas dans les figures où l’insuffisance du dessin apparaît de la manière la plus fâcheuse. Ainsi, tous les quadrupèdes se ressemblent, sauf pour la tête, les extrémités des pattes et la queue qui, avec le pelage quand il existe, permettent seuls de reconnaître l’espèce. Les figures humaines , d’ailleurs très-peu nombreuses, sont encore plus grossières que celles d’animaux.
Nous avons déjà parlé (voy. p. 60 de la première partie) de la part d’intluence exercée par l’art byzantin sur les sculptures de Saint- Ambroise. Quelques chapiteaux sont évidemment la copie d’ouvrages de ce style (voy. sur la pl. 39, la partie gauche de la fig. XXV, et, sur la pl. 41 , plusieurs chapiteaux de la galerie supérieure du narthex); mais de pareilles imitations se rencontrent rarement, et l’action de l’art grec du Bas-Empire se manifeste plutôt dans le caractère artistique des sculptures que dans leurs formes. Les feuillages, tout de convention, purement décoratifs, affectent souvent des contours d’une régularité presque géométrique. Leurs dentelures aiguës sont modelées en creux par deux facettes planes. A part les extrémités des feuilles d’acanthe, dont les pointes recourbées tombent très-bas, les ornements se détachent sur le fond par des saillies égales terminées à vive arête. Cet uniforme méplat des reliefs, en faisant apparaître au même plan toutes les parties de la décoration, empêche celle-ci de se lier intimement au bloc qu’elle tapisse et lui donne cet aspect superficiel si marqué dans les sculptures byzantines. L’analogie est d’autant plus saisissante que les ornements sculptés couvrent entièrement les chapiteaux, y compris leurs tailloirs : les surfaces lisses et les moulures font défaut; à peine de maigres filets bordent-ils les arêtes. Le bloc de pierre disparaît sous l’enveloppe refouillée que l’artiste a, pour ainsi dire, appliquée contre ses parois.
Il est à remarquer que le caractère des sculptures ne reste pas invariable dans toutes les parties de l’édifice, et, que, même dans l’étendue des nefs, il éprouve de sensibles modifications. Ces changements peuvent s’observer aux divers ordres de chapiteaux ;
mais c’est à l’ordre inférieur, le plus important pour le nombre des pièces et le soin de l’exécution, qu’ils apparaissent le mieux. Ils se produisent graduellement d’une extrémité à l’autre du vaisseau. (Voy. la série des chapiteaux I à IX, classés par travées sur les pl. 57 et 38.) Dans les deux dernières travées, et surtout dans la quatrième, la plus rapprochée du chevet, on voit beaucoup de feuillages et peu de figures d animaux. La feuille d’acanthe domine; tous les tailloirs sont à deux pans. Des plantes moins régulières et des bêtes monstrueuses se présentent dans la deuxième travée : le tailloir y fait souvent défaut ; parfois il se réduit à un simple bandeau plat. Les sculptures de la première travée sont encore plus incorrectes : on y trouve fréquemment des animaux réels ou fantastiques et de capricieux enchevêtrements de feuillages.
Ainsi les formes des chapiteaux et celles de leurs ornements deviennent de plus en plus libres à mesure que l’on s’éloigne du chevet pour se rapprocher du mur de façade. La même progression se poursuivant au narthex, puis à 1 atrium, bâti le dernier, il faut en conclure que la reconstruction du monument fut entreprise à partir de l’extrémité postérieure des nefs. Nous avons déjà vu que la variation de forme des petits piliers indique un ordre semblable dans la marche des travaux.
La transformation du caractère des sculptures montre aussi que les artistes, ayant d’abord imité des types traditionnels, s’appliquèrent ensuite à tirer de leur propre fonds de connaissances ou d’imagination les sujets de leurs ouvrages. Les formes devinrent alors plus grossières, car la correction était le moindi’e souci de ces rudes tailleurs d’images : plus ils s’affranchissaient du passé, plus ils s’inspiraient d euxmêmes, moins, dans les commencements, leurs compositions devaient briller par l’ordre et l’élégance. En revanche, elles gagnent singulièrement en vivacité d’expression. Les enchevêtrements de feuillages, les ajustements des figures, les formes bizarres ou fantastiques et l’extrême variété des motifs de décoration témoignent dune verve et d’une fécondité très-remarquables.
Il resterait à parler de la signification des figures qui ornent les chapiteaux ; mais, en pareille matière, mieux vaut, à notre avis, garder un silence prudent, voire même confesser une ignorance, d’ailleurs tres-avouahle , que proposer a la legeie des explications quelconques. Sans doute, quelques-unes des sculptures, telles que les agneaux avec la croix (voy. pl. 37, fig. VII et pl. 42, fig. 1), l’oiseau qui répand son sang sur ses petits (voy. pl. 59, fig. XX), les oiseaux qui boivent dans un vase (voy. pl. 40, fig. VII), sont évidemment symboliques; mais quel sens attribuer au plus grand nombre d’entre elles. Non-seulement il n’est guère permis de soupçonner que
ces images, éparpillées sans ordre, offrent aucune liaison d’idée les unes avec les autres, mais on peut même douter qu’elles aient reçu, en général, dans la pensée des artistes qui les exécutèrent, un sens emblématique bien explicable. On n’y trouve rien de l’expression sobre et précise, si marquée dans les anciennes sculptures de la chaire, précédemment décrites. Le caprice des formes, l’indétermination des sujets leur assi- ■ gnent surtout un rôle décoratif. Tout ce qu’on pourrait dire, est qu’elles portent la trace lointaine et confuse de l’enseignement des Bestiaires1.
Bases. — Chaque pilier porte sur une base qui épouse toutes les sinuosités du parement. Elle est de l’espèce dite attique, fort en usage dans les monuments romains ; mais son profil présente à Saint-Ambroise, ainsi qu’on peut le reconnaître sur la planche 44, un caractère bien différent de celui qu’on observe dans les édifices de l’antiquité. La saillie du boudin supérieur est à peu près égale à celle du socle ; la moulure en forme de gorge de poulie, qui sépare les deux boudins, offre beaucoup de hauteur avec une faible concavité ; les deux filets extrêmes de cette moulure viennent également en avant. Ainsi modifiée dans son profil, la base attique prend une forme molle et pesante, qui, du reste, s’accorde assez bien avec le galbe alourdi des chapiteaux lombards.
Les bases ne sont pas toutes pareilles en hauteur; mais les différences qu’on remarque à cet égard ne peuvent être qu’accidentelles, car les courts piliers des galeries supérieures reposent sur des socles moyennement aussi élevés que ceux des appuis beaucoup plus allongés de l’étage inférieur. Il n’y avait donc pas lieu de distinguer, sur la planche 44, les bases du premier étage de celles du rez-de-chaussée. Les figures I et 111 se rapportent à des colonnes engagées faisant partie des supports isolés ; la figure IV correspond à l’un des petits piliers appliqués contre les murs d’enceinte, et la figure II montre le pied de l’une des colonnettes qui soutiennent la corniche à petites arcatures.
Dans les bases appartenant aux demi-colonnes, le gros boudin du bas est assez souvent pourvu de deux griffes qui protègent les angles vifs de la plinthe et servent à établir une liaison plus complète entre la surface rectangulaire de cette plinthe et les moulures supérieures courbées en demi-cercle. Il n’y a point de griffes dans la derniere tiaxee, elles deviennent plus frequentes a mesure qu’on s’éloigne du chevet pour se rapprocher des portes. Ces amortissements sont très-simples dans tout l’intérieur
Telle est l’opinion élu II. P. Cahier, derrière laquelle je suis bien aise de pouvoir m’abriter.
de la basilique. La surface en est constamment lisse, privée de facettes ou d’ornements sculptés, sauf pour l’une des colonnettes (voy. pl. 44, fig. II), où l’on observe des têtes de bélier.
L’étude des ornements termine ce que nous avions à dire, quant au vaisseau de la basilique, sur le système de construction et la décoration. Avant de nous occuper du narthex, il reste à parler de la coupole et des campaniles.
Coupole. — La coupole de Saint-Ambroise est une des plus belles de l’architecture lombarde. Large, haute et très-ornée, elle abrite dignement le sanctuaire et signale au loin son emplacement. La voûte, à base octogonale, s’élève au-dessus d’un court tambour de même figure, lequel, par quatre de ses faces, repose directement sur les murailles d’enceinte de la dernière travée. Les autres faces sont bâties en encorbellement dans les angles du carré d’appui (voy. pl. 26). Leurs arcs de soutien terminent l’évasement détrompes coniques, au moyen desquelles s’établit, à l’intérieur, la transition du carré à l’octogone. Au dehors, le passage se fait brusquement, à la sortie du toit (voy.pl. 28).
La voûte, pointue au sommet, marque clairement l’usage de l’arc ogival. On observe aussi (voy. la coupe AB de la pl. 26) qu’elle s’amincit, de la naissance au sommet, par deux retraites successives ayant chacune l’épaisseur d’une brique ; mais la particularité suivante mérite surtout de fixer l’attention. Chacun des huit segments de celte voûte, simplement cylindrique à son point de départ, acquiert peu à peu, à mesure qu’il s’élève et s’incline davantage, un bombement, transversal de plus en plus prononcé; si bien que les arêtes tendent à s’effacer et que des sections horizontales, faites à proximité de la naissance, vers le milieu de la hauteur et près du faîte, donneraient : la première, un octogone à côtés rectilignes (voy. la coupe GH sur la pl. 26); la seconde, un octogone curviligne; et la troisième, une courbe sensiblement ovale1. Cette variation progressive dans la forme de la surface est parfaitement en rapport avec les conditions à remplir. 11 convient en effet que les segments de voûte, dont les parois doivent se raccorder avec celles du tambour, soient cylindriques vers le pied. Plus haut, les matériaux poussent au vide et il importe surtout de les maintenir le mieux possible,
1 Ces sections ont été relevées par M. G. Landriani, qui a bien voulu m’en donner les dessins. L’ouverture que, sur la coupe AB, l’on voit au sommet de la Yoùte, fut pratiquée au seizième siècle, lorsque saint Charles Borromée fit décorer la coupole suivant le goût de l’époque. Conformément à l’usage, une lanterne couvrait ce trou. Maintenant, grâce à la restauration, l’état primitif est rétabli.
ce qui motive précisément l’emploi de surfaces à double courbure; car, les joints devenant alors tous convergents, les matériaux se soutiennent les uns les autres dans toutes les directions.
Si, de l’intérieur de la coupole, nous passons à son enveloppe externe (voy. pl. 28), nous observerons d’abord que cette enveloppe, espèce de tour octogone, monte verticalement jusqu’à mi-hauteur de la voûte. Elle est évidée par deux étages superposés d’arcalures, et se termine par un ample et riche couronnement sur lequel repose le pied du toit. Les arcatures basses forment de petites galeries privées de communications l’une avec l’autre, faute de percées dans les piles de séparation. A l’étage supérieur, où, du reste, les arcades sont beaucoup plus élevées, les encoignures contiennent des passages grâce auxquels on circule aisément tout autour de la coupole. Le pavé de cette galerie coïncide exactement avec la naissance de la voûte, en sorte que la partie inférieure du dôme, reconnaissable à son parement incliné, apparaît au dehors, sous les arcades. Le système complet de la couverture se trouve donc manifesté à l’extérieur. Pour éclairer la coupole, on a pratiqué des fenêtres dans sa base, au milieu de chaque face de l’octogone : l’ouverture tournée au levant affecte, par exception, la forme d’une croix.
Les arcatures ne se correspondent pas d’un étage à l’autre. Il faut aussi remarquer qu’elles ne sont pas en nombre égal sur toutes les faces du tambour : on en compte deux de plus, pour chaque étage, aux côtés de l’est et de l’ouest, dont la longueur dépasse notablement celle des six autres. Cette irrégularité tient à ce que la dernière travée, abritée par la coupole, est de 1 mètre environ plus large que longue.
Le motif principal de la corniche de couronnement consiste dans une bande d’arcatures aveugles, soutenues par des consoles et entre-croisées de manière à dessiner des ogives (voy. le dessin à grande échelle sur la pl. 31). En doublant ainsi le nombre ordinaire des arcs, on trouve l’avantage de pouvoir les grandir, tout en donnant plus de vigueur à l’ensemble de la bordure. Grâce à la frise inférieure, le couronnement, au lieu de se lier à la muraille par un contour dentelé, offre une ligne de naissance horizontale, ce qui augmente beaucoup son importance. Dans le haiit, une rangée de petites consoles et une assise à dents de scie font valoir, par le contraste des dimensions, la grandeur relative des arcs entre-croisés.
La corniche est complètement exécutée en briques; mais, pour que ses ornements ressortent mieux, leurs reliefs se détachent sur un fond blanc, obtenu par l’applica-
tion d’un enduit de chaux. L’enduit primitif, devenu très-dur, se voyait encore en beaucoup de points lorsque fut commencée la restauration de la coupole.
Les arcades des deux galeries se détachent de même sur des parois blanches, de telle sorte que la décoration entière du tambour est mise en relief, non-seulement par de fortes saillies, mais encore par de vigoureuses oppositions de couleur. Aussi produit-elle beaucoup d’effet, malgré la hauteur considérable où elle se trouve placée. On peut dire qu’elle ne laisserait rien à désirer si, d’une part, les deux rangs d’arcatures se correspondaient mieux, et si, de l’autre, les piles angulaires étaient plus larges : quant à la corniche de couronnement, c’est un des motifs les mieux réussis de l’architecture lombarde.
Nous venons de décrire la coupole telle qu’elle existe aujourd’hui; mais, si on l’examine de près, il est facile, d’y observer deux constructions distinctes que la dernière restauration a nettement fait paraître. Des hachures d’intensité différente distinguent ces deux constructions sur les coupes AB et EF de la planche 26. La plus ancienne se compose uniquement d’un tambour octogonal, porté dans les angles par les trompes coniques. Plus tard, on ajouta la voûte, après avoir épaissi la tour primitive par l’application d’une enveloppe extérieure plus élevée, contenant les deux étages de galeries.
L’élargissement des parois du tambour se fit par simple juxtaposition des maçonneries nouvelles contre les anciennes. Cela paraît clairement à la hauteur du premier rang d’arcatures, sur les faces latérales des piles angulaires (voy. la coupe EF de la planche 26), où des sillons verticaux marquent la rencontre des parties ajoutées avec les petits contre-forts de la tour primitive. On pouvait craindre que lés trompes coniques, seulement bâties pour servir d’appui à une faible muraille, fussent insuffisantes à soutenir le poids de la voûte. Aussi prit-on la précaution de les soulager par une ceinture d’arcs de décharge qui reportent, sur les angles de l’octogone, la majeure partie des pressions. D’autres arcs pareils, très-solidement construits, furent encastrés dans le parement extérieur, afin d’épargner aux trompes angulaires, et même aux arcs longitudinaux de la nef, le fardeau additionnel provenant de l’élargissement et de l’exhaussement du mur. La ceinture de décharge intérieure, placée immédiatement sous la voûte, entame le haut des fenêtres de l’ancien tambour (voy., sur la planche 26, la coupe AB). On boucha ces fenêtres, dont quelques-unes sont en outre obstruées par les piles aie la galerie basse. Enfin, le pignon qui sépare les toitures de la nef de celle du chevet fut démoli devant toute la face orientale du tambour, afin de
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Ijicn dégager la coupole de ce côte (la planche 29 montre de profil celle interruption du pignon).
Nous connaissons la date des travaux qui, de la tour octogonale primitive, ont fait la coupole actuelle; car, dans les pièces du procès engagé au treizième siècle entre le chapitre et l’abbaye, procès déjà mentionné à diverses reprises, on lit les paroles suivantes, prononcées par un témoin : Et tune quando aptabatur tiburius ecclesix, vidi... Or la forme ogivale de la r oute, l’entre-croisement des arcs de la corniche et la richesse du couronnement caractérisent, sans équivoque possible, la période finale du style lombard; en sorte que la désignation, d’ailleurs fort explicite du texte précédent, ne peut se rapporter qu’à la transformation de la coupole. Elle en fixe l’époque au temps de la reconstruction partielle des grandes voûtes, c’est-à-dire aux environs de l’année 1200.
On fut alors obligé, malgré les précautions prises pour soulager les arcs inférieurs de la surcharge considérable qui leur était imposée, de les soutenir par des renforts ou même de les boucher. Le fait est positivement attesté par le procès du treizième siècle, et nous l’avons déjà signalé à la page 81 de la deuxième partie. Ces ouvrages de consolidation (marqués par une teinte pâle sur la planche 27) viennent seulement de disparaître. Quoique la coupole fût ogivale, il fallut, pour résister aux poussées, l’entourer, dès le principe, d’une armature de serrage. L’ancienne ceinture se composait de poutres en bois, disposées contre l’extrados, immédiatement au-dessus de la galerie supérieure1. Plus tard, on y substitua des chaînages en fer qui subsistent encore.
Le tambour primitif était incapable de porter une voûte, ses murailles n’ayant reçu que 0”,57 d’ép’aisseur pour un écartement d’au moins 11'°, 40. Cette tour, probablement peu élevée, se terminait donc par une simple toiture en charpente, ainsi que nous l’avons indiqué sur la planche 29.
Les piliers qui la soutiennent sont, du reste, exactement pareils aux autres sup ports de la iief; si bien qu’on pourrait croire, d’après le plan, que, dans l’origine, la quatrième travée fût, comme les précédentes, abritée par une voûte d’arête. La tour octogonale, couverte en charpente, serait alors un intermédiaire entre ce premier état, créé au neuvième siècle, et la disposition finale réalisée vers l’année 1200. Mais un
1 Ces poutres mesuraient 0m,20 de largeur sur 0“,25 de hauteur. Leur section n’est pas figurée sur la coupe AB de la planche 26, parce que, à l’époque où fut gravée cette planche, j’ignorais l’existence de l’armature. M. G. Landriani me l’a fait connaître depuis.
détail de structure assez important vient à l’encontre de cetle supposition. On observe que, dans les trois premières travées, les arcs doubleaux et formerets n’ont qu’une seule archivolte, tandis que, dans la quatrième, ils en possèdent deux. Or la disposition exceptionnelle des arcs de soutien implique, suivant toute apparence, une forme spéciale pour la construction supérieure; et comme cette forme spéciale se montre en effet dans la tour octogonale, on ne peut guère considérer celle-ci comme une adjonction postérieure.
Cependant il n’était pas besoin de renforcer, dès le principe, les grands arcs de la quatrième travée; car les murs fort minces du tambour primitif sont loin d’occuper toute la surface préparée pour les recevoir : celte surface ne fut complètement utilisée que beaucoup plus lard, lorsque l’érection de la voûte obligea d’épaissir les murailles d’appui. Si la précaution prise d’abord n’eut pas de raison d’être immédiate, cela pourrait tenir à ce que les premiers architectes, ayant projeté de bâtir une coupole, abandonnèrent, en cours d’exécution, le dessein de la voûter. Ainsi s’expliquerait assez bien l’existence de cette tour couverte par un toit, si singulière dans une église où d’ailleurs il n’existe que des voûtes. Ce serait un essai, une ébauche de coupole qui, par sa timidité même, fournirait une présomption de plus en faveur de l’ancienneté de Saint-Ambroise.
Campaniles. — La façade de Saint-Ambroise est comprise entre deux clochers d'époque et de forme différentes (voy. pl. 27 et 50). Celui de droite, appelé vieux campanile, consiste en une tour carrée, isolée de la basilique et disposée que ue peu obliquement par rapport à cet édifice. Le vieux campanile appartenait à l’abbaye. Il se terminait jadis, d’après une ancienne image, copiée par Puricelli et reproduite dans l’ouvrage de Ferrario, par une flèche conique, flanquée de quatre tourelles1 : mais à la longue, le balancement des cloches amena de telles lézardes qu’il fallut raser le sommet, boucher la plupart des fenêtres2 et consolider les murs avec force barres de fer. Aussi, l’aspect de cetle tour est-il à présent des plus misérables. Sans connaître la date du vieux campanile, on peut le regarder comme plus ancien que l’église, à cause surtout de son isolement3. La chapelle adossée contre sa paroi orientale est de construction lombarde. Elle sert maintenant de passage.
1 Ferrario, Mon. di S. Ambr. Voy. la planche 4 de cet ouvrage.
a Les fenêtres, marquées sur la planche 50, sont rétablies d'après l’ancien dessin.
3 Un diplôme de 765 (voy. Fumagalli, Codice diplomatico Sant' Ambrosiano, ou Troya, Codice diplomatico longo-
Le clocher de gauche, ou nouveau campanile, était la propriété du chapitre qui, avant son érection, n’avait, pour faire ses sonneries, qu’une petite cloche installée dans le cloître de la Collégiale. Encore celle clochette offusquait-elle les moines et leur déplut-elle si fort qu’ils vinrent un jour la briser1. Mais 1 archevêque de Milan, protecteur habituel des chanoines, répara largement et l’insulte et le dommage, car Anselme V fit bâtir pour le chapitre, à partir de 1128”, la haute et robuste tour que nous allons décrire.
Ce campanile offre les dipositions ordinaires des clochers de la période lombarde. Il se compose d’une succession d’étages, à peu près de même hauteur, sépares les uns des autres par des corniches à petites arcatures. Les coins sont renforcés par de larges bandes saillantes qui se prolongent depuis le soubassement jusqu’au faîte. Des colonnettes engagées divisent en trois parties égales les intervalles compris entre ces bandes : elles se raccordent avec les arcatures des corniches et se superposent d’un étage à l’autre. La lumière pénètre à l’intérieur par de longues et étroites fenêtres qui mériteraient plutôt le nom de meurtrières; on en compte, sur chaque face, une par étage. A part les parois du soubassement et celles des encoignures, que l’on construisit en pierre, toutes les maçonneries de parement furent executees en brique.
Le nouveau campanile n’a pas conservé, mieux que l’ancien, sa hauteur primitive. Un gouverneur espagnol en fit, au seizième siècle, raser le sommet, sous prétexte qu’une tour si solide et si élevée menaçait le Château, situé dans le voisinage5. Cette mutilation, de fâcheuse mémoire, subsiste encore dans sa brutalité première : le campanile, au lieu d’avoir, comme autrefois, cinq ou six étages au-dessus du socle, n’en possède que quatre avec l’amorce du cinquième.
Quoique bâti après coup, ce clocher s’unit étroitement avec la basilique, dont l’enceinte fut démolie pour lui faire place (vov. pl. 27 et 29). On installa dans l’intérieur un escalier spacieux, plus tard détruit, qui conduisait aux galeries hautes et dont les portes d’accès apparaissent sur la planche 29. Disons à ce propos que l’escalier actuel se trouve près du même campanile, en dehors des anciennes constructions. Quant à l’escalier primitif, on ignore où il était situé. Peut-être occupait-il une partie de l’emplacement affecté plus tard au nouveau campanile. Peut-être l’avail-on logé dans le
bar do) mentionne la donation d’un terrain contigu a l’église de Saint-Ambroise, et situé « in loco ubi turriglas nominatur. » Peut-être l’une des tours, que semble indiquer cette désignation, servit-elle plus tard de clocher.
1 Giulini, vol. III, p. 128.
8 Giulini, vol. III, p. 182.
3 Cassina, Fabbriche più cospicue di Milano.
vieux clocher, ou encore dans l’intervalle compris entre cette tour et le mur de l’église.
Nous ne pourrions guère, avant de passer à un autre sujet, ne pas mentionner le curieux bas-relief qui, dans le nouveau campanile, orne le linteau de la porte inférieure1. Cette sculpture représente des enfants nus cueillant des grappes sur des ceps de vigne. Beaucoup d’auteurs sont d’avis qu’elle figure une scène des bacchanales; mais ni l’action, ni le style ne s’opposent à ce qu’on lui donne une interprétation chrétienne.
SAIÎTIIEX
Rappelons d’abord que Je narthex fut construit d’une seule pièce avec les nefs. La liaison des maçonneries l’indique clairement. Si les anciens pavés, maintenant rétablis, ne sontpas au même niveau de part et d’autre du mur de séparation (voy. pi. 29), cela peut s’expliquer de la manière suivante. Le pavé intérieur exhaussé d’environ O1”, 55 au-dessus du dallage primitif (voy. pi. 45), fut refait à partir du fond de l’église, point de départ delà reconstruction des nefs. Peut-être fut-il posé au ras du sol qui avoisinait cette partie de l'édifice. Peut-être fut-il maintenu quelque peu audessous. Quoi qu’il en soit, le pavé en question se trouva sans doute inférieur au terrain qu’on rencontra plus tard en avant de la façade; et, comme le narthex, construction très-largement ouverte, ne pouvait pas s’implanter en contre-bas du sol, sous peine de verser dans l’église les eaux pluviales, il aura fallu, pour ce simple motif, établir une dénivellation du dedans au dehors.
Le narthex est franchement extérieur, car la muraille de clôture, où sont percées les portes et les fenêtres de la basilique, le sépare complètement de celle-ci. C’est donc un porche plutôt qu’un vestibule. Il se compose de deux portiques superposés, ayant chacun cinq arcades. Celui du rez-de-chaussée s’arrête horizontalement à la hauteur des bas-côtés; mais le portique du premier étage, qui fait communiquer ensemble les galeries supérieures de l’église, suit la double pente du toit. Dans chaque galerie, les arcades s’appuient sur quatre piliers isolés et sur deux autres supports, appliqués contre les murs de l’enceinte latérale. Six piliers, engagés dans le mur de fond, correspondent aux soutiens de la façade.
1 Giulini et Ferrario donnent les dessins de ce bas-relief.
Les cinq compartiments du portique inférieur sont couverts par des voûtes d’arête surhaussées, pourvues de nervures croisées rectangulaires. Au second étage, on trouve quatre voûtes d’arête privées de nervures et une voûte en berceau. Cette dernière, installée sur la travée centrale et dirigée normalement à la façade, épargne aux piliers du milieu des poussées obliques qu’ils seraient incapables de soutenir. On eut bien fait, la hauteur étant suffisante, d’en établir de pareilles sur les autres travées, notamment sur la seconde et la quatrième, car tous les supports isolés de l’étage supérieur sont trop faibles pour recevoir des voûtes d’arête. Aussi fallut-il, après avoir scellé des tirants, ajouter plus tard des éperons contre les piliers et bâtir des arcs de renfort sous les anciens arcs doubleaux. Ces étais en maçonnerie ont pu, sans péril, disparaître lors de la dernière restauration, mais les barres de fer sont restées : si on les enlevait, le portique supérieur s’écroulerait immédiatement.
11 est à remarquer que les subdivisions extrêmes du narthex ne concordent point avec celles de la basilique, par la raison que la largeur totale fut partagée, dans le porche, en cinq parties, et dans le vaisseau intérieur, en quatre, dont une pour chaque bas-côté et deux pour la nef principale (voy. pl. 28). La division par quarts était, pour les nefs, une conséquence obligée du système d’établissement des voûtes. On ne pouvait l’étendre au narthex qu’à la condition d’y placer un pilier dans l’axe, juste au-devant de la maîtresse porte, ce qui n’est point admissible. D’un autre côté, pour obtenir, avec cinq compartiments dans le porche, une exacte correspondance entre les divisions du dehors et celles du dedans, il aurait fallu resserrer beaucoup les trois arcades du milieu, de manière à les faire tenir dans la largeur de la grande nef. Mais alors ces arcades, déjà plus étroites que celles des extrémités, et surtout que celles des longs côtés de l’atrium, seraient devenues par trop maigres, au grand dommage du caractère monumental de la façade ; si bien que, pour corriger le défaut de concordance, les constructeurs seraient tombés dans une autre faute, beaucoup plus grave. La solution qu’ils ont choisie paraît, en somme, la meilleure.
Au reste, l’imperfection de l’agencement ne se trahit guère que par les positions irrégulières des ouvertures postérieures, qui ne peuvent évidemment, celles du milieu excepté, s’ajuster avec symétrie à la fois dans les travées du porche et dans les nefs de l’église. Ce défaut, très-sensible sur le dessin de la planche 50, d’autant plus que la régularité fut en général conservée pour l’intérieur, aux dépens de la façade, est fort atténué, dans la réalité, par les effets de perspective.
Ce n’est pas sans un juste motif qu’on évida très- largement ce narthex extérieur,
couvrant toute la face de l’église. Comme la nef principale n’avait point de jours sur les longs côtés, il fallait au moins la bien éclairer à ses extrémités, et, par suite, masquer le moins possible, par des ouvrages en maçonnerie, le mur antérieur de la basilique. Cette convenance fut parfaitement observée. En effet, le portique supérieur se relève assez pour que les trois arcades du milieu dépassent en hauteur les arcs doubleaux de la nef principale; ce qui ouvre à la lumière un spacieux passage jusqu’aux fenêtres pratiquées dans le fond de la galerie. Ces fenêtres ont d’ailleurs reçu, tant en largeur qu’en élévation, tout le développement qu’on pouvait leur donner. Au rez-de-chaussée, grâce aux cinq arcades, l’accès des portes offre toute l’ampleur désirable.
Non-seulement la disposition générale du porche est excellente, pratiquement parlant, c’est-à-dire en vue des exigences d’utilité, mais elle se recommande encore par de remarquables qualités de forme. La façade conserve un caractère d’unité qui manque dans les églises où le porche, adossé contre le bâtiment des nefs, ne garnit qu’une partie de la hauteur. Il est vrai que, par compensation, l’édifice principal disparaît ici derrière la construction secondaire; mais on peut le rendre sensible, quoique caché, et le faire deviner ainsi d’une façon très-suffisante. A Saint-Ambroise, la silhouette de la façade exprime bien le profil transversal de la basilique. Les deux portiques du narthex répondent aux galeries superposées des collatéraux. La disposition des portes et celle des grandes ouvertures, pratiquées au fond du portique supérieur, indiquent la distribution interne et l’importance relative des nefs. On se trouve donc assez complètement renseigné. En même temps le porche, tout en se liant d’une manière très-intime avec la basilique, conserve une physionomie spéciale qui exprime bien sa destination. On voit de suite, par les deux portiques étendus le long de la façade, qu’il sert de transition entre le parvis et l’église.
La galerie inférieure est plus robuste que celle d’en haut. Les piliers, plus massifs, se terminent en avant par de vigoureux pilastres, prolongés jusqu’au sommet de l’étage. Aces membres saillants, jouant le rôle de contre-forts, succèdent de minces et longues «bonnettes qui vont se raccorder avec la corniche rampante. L’importance, attribuée aux lignes verticales donne de l’élancement a la façade. La solidité inégalé, marquée dans les deux portiques, lui procure de la fermeté dans une tres-juste mesure. Enfin, malgré les vides considérables qui s’y trouvent pratiqués, cette façade conserve assez de surfaces pleines, grâce aux cloisons bâties sur les deux rangs d’arcades.
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\oici pour les principales dispositions-. Si l’on entre un peu plus dans les détails, on est frappé du goût dont les constructeurs d'une époque, réputée barbare, ont souvent fait preuve. Le parti adopté pour les corniches en offre un remarquable exemple. La corniche du portique inférieur, simple bandeau de délimitation entre deux étages, est très-habilement sacrifiée à celle d’en haut qui couronne tout l’édifice. Non-seulement elle est moins large, moins importante, mais encore elle s’interrompt à chaque pilier, tandis que la plus élevée court sans interruption d’un bout à l’autre de la façade.
11 faut dire que la présence de l’alrium, bâti après coup, contribue sensiblement au bon effet du porche. Les portiques de cet atrium masquent, au rez-de-chaussée, les deux compartiments extrêmes du front de l’église : à l’étage supérieur, ils les cachent en grande partie. La surface découverte se trouve ainsi notablement resserrée, ce qui empêche la façade de paraître basse pour sa largeur. 11 est même fort heureux que la première et la dernière ouverture de la galerie haute soient obstruées, sur plus de moitié de leur élévation, par les toitures du cloître; car, en supposant l’édifice entièrement dégagé, ces baies, courtes et larges, superposées à des arcades beaucoup plus sveltes, nuiraient à l’harmonieux rapport de proportions qu’on observe, dans la région centrale, entre les ouvertures des deux étages.
Mais de telles critiques offrent peu d’importance, puisqu’elles ne s’adressent point à l’état définitif de la façade, le seul, après tout, qui doive nous intéresser. Cette façade, dont nous venons d’apprécier la valeur artistique, mérite aussi l’attention par son originalité. On n’en trouve point de pareille chez les autres églises de style lombard, où le porche, quand il exista, ne fut jamais qu’une construction basse et accessoire, si fragile et si peu liée à l’édifice qu’elle a très-souvent disparu. C’est plutôt dans les monuments antérieurs, premières basiliques chrétiennes ou églises byzantines, qu’on rencontre des narthex ayant avec celui de Saint-Ambroise certaines analogies de disposition1; en sorte que le porche de la basilique ambroisienne, loin de marquer une tentative dans une voie nouvelle, se présenterait comme une tardive manifestation des usages du passé. Il ne se rattache d’ailleurs à ces narthex primitifs que par le fait très-général de sa distribution en deux portiques superposés, appliqués contre le front de l’église; car les pentes du portique supérieur, qui permettent au porche d’épouser la forme de la façade, et les vastes baies qui donnent à
1 Cette forme de vestibule revint en usage à l’époque de la Renaissance, comme le montre surtout l’exemple du narthex de Sainte-Marie-Majeure, à Rome.
ce portique, comme à celui du rez-de-chaussée, le rôle d’une galerie extérieure, sont des dispositions originales dont il faut laisser le mérite aux architectes de Saint- Ambroise.
Grâce aux détails clans lesquels nous sommes entrés touchant la structure, l’appareil et la décoration du bâtiment des nefs, il ne reste plus maintenant, si nous voulons ne pas nous répéter, que peu de chose à dire sur le narthex. Les piliers de l’ctage inférieur (voy. pl. 27) s’adaptent parfaitement, par les saillies de leur contour, aux retombées des arcs qu’ils soutiennent. Dans la galerie haute, les supports, moins robustes, sont aussi plus simples de section. Nous avons déjà signalé leur insuffisance à résister aux poussées des voûtes. Peut-être le portique supérieur ne fut-il abrité, dans le principe, que par une toiture en charpente : la fragilité de ses appuis s’expliquerait alors d’une manière raisonnable.
La corniche horizontale qui termine la galerie basse est pareille à celle des portiques de l’atrium. Elle le cède en richesse et en fermeté à la corniche rampante couronnant la façade (voy. ces deux corniches sur la planche 51). En faisant alterner, \ dans les archivoltes des petits arcs, les briques rouges ordinaires avec des briques couvertes d’un enduit de chaux, on a mis plus nettement en relief ces élégantes arcatures, motif principal des corniches de Saint-Ambroise.
Les chapiteaux des deux portiques offrent une preuve frappante de ce fait, précédemment signalé, que les ornements furent traités avec d’autant plus de richesse et une expression d’autant plus significative qu’ils se trouvaient mieux à portée de la vue.
La galerie inférieure du porche est assurément, de toutes les parties de la basilique, celle dont les sculptures sont à la meilleure place pour être regardées. Aussi, taillées pour la plupart dans des blocs de marbre, furent-elles exécutées avec des soins particuliers. On y observe beaucoup de figures et peu de feuillages (voy. pl. 40). Les feuillages abondent, au contraire, dans la galerie haute, où les figures, très-peu nombreuses, n’apparaissent que du côté de la façade (voy. pl. 30 et 41). Plusieurs des chapiteaux de cette galei’ie se font remarquer par leur caractère byzantin lièsprononcé (voy., sur la planche 41, les figures X et XII). Les ornements du chapiteau X sont même refouillés en dessous, de manière à se détacher complètement, sauf quelques attaches nécessaires, du bloc qu ils tapissent. Le chapiteau XVIII offre de curieux évidements d’une autre espèce : il porte des anneaux en pierre, susceptibles de se mouvoir autour des embrasses qui les retiennent. De telles recherches d’exécution manifestent clairement l’influence considérable exercée par l’art du Bas-Empire
SAINT-AMBROISE DE MILAN — PORTES sur celui de la Lombardie. Cependant le chapiteau XVII témoigne d’une imitation assez fidèle, quoique grossière, des formes antiques; mais il provient sans doute de quelque construction plus ancienne.
Pour mieux décorer le portail, on couvrit aussi de sculptures les archivoltes de l’arcade centrale du rez-de-chaussée et celles des cinq arcades du premier étage. La planche 42 représente les plus intéressantes de ces bordures, remarquables par l’élégance de leurs ornements. L’une d’elles (voy. fig. XXI) reproduit le motif principal des archivoltes du ciborium.
Quelques sculptures apparaissent sur les montants des piliers. On en voit sur la façade (voy. pi. 30) et, de chaque côté de la porte principale, sur les parois des Piliers engagés. Ce sont de grandes croix, ou des fdes d’animaux plus ou moins fantastiques. Ainsi, l’on trouve déjà à Saint-Ambroise le germe de cette exubérance d’images sculptées qui forme (l’un des caractères les plus saillants des églises lombardes postérieures.
On autre système de décoration, très en vogue par la suite, et dont le début se montre à Saint-Ambroise, est celui qu’on obtint par l’application de majoliques contre les façades. Trois de ces majoliques ornaient, au premier étage, l’archivolte extérieure de la grande arcature centrale.
Contrairement a l’usage adopté plus tard, la croix placée au sommet de la façade ne perce point à jour la muraille. Au milieu de^cette croix se trouve, inscrit dans un cercle, le monogramme du Christ accompagné des' lettres a et ».
Parmi les bases, les unes sont pourvues de griffes et les autres n’en ont pas. Quelques-unes des griffes, sculptées en forme de têtes, s’éloignent de la simplicité primitive (voy. pl. 44, tig. VU). ,
Portes. — Avant de laisser le narthex, pour nous occuper de l’atrium, il faut encore parler des portes situées au fond du portique inférieur. Les deux entrées latérales sont extrêmement simples. On n’y observe pas d’ébrasements, ni même de montants. Un linteau sculpté composait toute leur décoration. Celui de la porte de droite, qui se trouvait fort mutilé (voy. pl. 40, fig. IX), vient d’être rétabli dans l’état’ancien Comme, du côté gauche, il ne restait plus rien du linteau primitif, on a cru bien faire’ en le restituant, d’y sculpter des figures quelconques, imitant le mieux possible celles de l’époque lombarde.
La porte principale offre au contraire beaucoup de richesse dans sa décoration. Les
quatre archivoltes, le linteau, les montants et les deux demi-colonnes des ébrasements sont couverts de sculptures très-fines et très-soignées. Les ornements consistent en feuillages ou entre-lacs régulièrement disposés. Quelques figures apparaissent cependant sur le linteau et sur l’archivolte intérieure : ce sont l’agneau portant la croix, avec un nimbe crucifère derrière la tête, les symboles des quatre évangélistes et plusieurs oiseaux becquetant des grappes.
Cette porte, si différente des deux autres, semble refaite avec des morceaux de provenance étrangère. Les trois dalles qui composent chaque montant ne présentent pas les mêmes ornements : celle du sommet, brusquement coupée sous le linteau, tut prise dans une dalle plus grande que l’on rogna pour compléter exactement le jambage. On voit, en outre, des pièces de raccord au pied de l’archivolte intérieure ainsi qu’au bas du cordon circulaire de gauche. Le bloc allongé, qui forme presque en entier ce cordon, fut retourné bout pour bout lors de sa mise en place, car le nom du sculpteur auquel sont dus les gracieux entre-lacs qui le tapissent, ADAM MAGISTER, se lit à l’envers à l’extrémité supérieure. A ces témoignages matériels d’une reconstruction s’en ajoutent d’autres, fondés sur le caractère des sculptures. Quelquesunes, celles des montants, paraissent antérieures à la basilique lombarde, tandis que le plus grand nombre porte clairement le cachet d’un art plus avancé.
Le style de ces dernières donne à penser que la maîtresse porte ne reçut sa forme actuelle qu’au onzième siècle ou même au douzième. Sans doute elle élait d’abord semblable aux deux portes latérales, c’est-à-dire extrêmement simple; et cette pauvreté d’aspect aura plus tard motivé son changement.
On ne peut guère parler de cette porte sans dire un mot de ses vantaux en cyprès, couverts de sculptures. L’opinion populaire est qu’ils remontent à la fondation de la basilique primitive, et que saint Ambroise les ferma devant l’empereur Théodose pour lui défendre l’accès de l’église après le sac de Thessalonique *. Celte croyance valut aux portes une grande renommée; mais elle devint par cela même funeste à leur conservation, car les visiteurs en arrachaient pieusement des parcelles, tant et si bien que les parements se trouvèrent, à la longue, dans uii état de complète mutilation. Le chapitre les fit restaurer au siècle dernier, et, depuis cette remise à neuf, un grillage les protège.
1 Les historiens milanais les plus éclairés n’admettent pas que saint Ambroise ait usé d un procédé si brutal. Cette histoire de portes fermées qu’on lit partout ne se trouve pas dans les écrits des contemporains. Sans doute, une métaphore prise à la lettre aura fait croire à la réalité de l'événement. — Ferrario, Mon. di S. Ambr.,'p. 12 et 13.
Il reste des anciens bois sculptés deux morceaux intacts, situés contre la face postérieure, en haut de chaque ventail. Ces débris ne sauraient passer pour des ouvrages du quatrième siècle. Leurs ornements paraissent contemporains des sculptures les plus récentes de l’encadrement en marbre, de telle sorte qu’aucune partie de la porte ne remonterait même au neuvième siècle. Cependant les deux fermoirs en bronze pourraient, par exception, dater d’une époque aussi reculée. L’un d’eux est représenté sur la planche 35 (voy. fig. V). Ces ouvrages, d’une forme assez rude, ne laissent pas que d’être ciselés avec finesse. Les têtes de lion, tenant des anneaux entre les dents, ressemblent, sauf les anneaux, à celles d’un chapiteau de l’atrium (voy. pl. 43, fig. VI). Sur le pourtour des plaques sont gravés des caractères romains dont, jusqu’à présent, personne n’a expliqué le sens.