INTRODUCTION
On désigne d’habitude sous le nom de haut moyen âge l’ère comprise entre la chute de l’empire d’Occident et les environs de l’année 1200. Les premiers siècles de cette époque n’ont presque pas laissé de monuments dans l’Europe occidentale. Les violences de l'invasion et de l’occupation, la rudesse et l’ignorance des nouveaux maîtres, la diminution des ressources de toute sorte ne pouvaient qu’abaisser l’art et accroître sa décadence : force était, quand on bâtissait une église, d’imiter tant bien que mal les modèles qu’on avait sous les yeux. Aussi l’architecture de la période primitive du haut moyen âge n’a-t-elle pas de nom; à peine a-t-elle une histoire.
Peu à peu les circonstances devinrent moins défavorables. Après un travail long et laborieux, un nouveau style d’architecture se constitua. Les monuments qu’il a produits, quoique rapprochés les uns des autres par une évidente communauté d’aspect, offrent entre eux des différences bien marquées. De là les dénominations diverses de style lombard, style roman, style des bords du Rhin, usitées en Italie, en France, en Allemagne. On distingue en outre des écoles locales, par exemple, en France, le roman normand, le roman auvergnat, le roman bourguignon, etc. Mais ces formes différentes ne sont que les variétés d’une même architecture; et si l’on cherche à désigner celle-ci par un nom qui s’applique à toutes ses branches et qui indique de plus leur origine commune, l’appellation de style romano-byzantin paraît la mieux appropriée.
En effet, l’art romain d’une part, et l’art byzantin, de l’autre, ont servi de point de départ à 1’arcliitecture du haut moyen âge occidental. L'architecture romaine eut nécessairement beaucoup d’influence. Ses innombrables monuments païens ou chrétiens survécurent en partie à la dissolution de l’empire et restèrent, aux époques suivantes, comme autant de modèles de construction et de décoration. L’influence byzantine, aussi très apparente, fut assez exclusive dans certaines régions pour qu’on ait qualifié du nom de style byzantin l’art de ces régions. Ici directe et dominante, là médiate et secondaire, elle se lit plus ou moins sentir partout.
A ces deux influences il faut en ajouter une troisième, celle des conquérants barbares. Non pas qu’ils aient apporté quelque nouveau système d’architecture. Ni les Gotbs, ni les Francs, ni les Longobards n’étaient assez cultivés pour avoir, en matière d art, des idées originales, ni même, le plus souvent, aucune idée quelconque ; mais en transformant l’état social et politique, les lois et les mœurs des pays qu’ils soumirent à leur puissance, ils y modifièrent aussi le sentiment aitistique, très indirectement, si l’on veut, mais, à coup sûr, très profondément. Quoique, par exemple, il n ait jamais existé d’architecture longobarde, on doit i econnaître que les Longobards n’ont pas moins contribué à produire l’archilecture dite lombarde, qu a faire de 1 ancienne Cisalpine la Lombardie du moyen âge.
Ainsi deux influences artistiques, celle de l’art romain et celle de l’art byzantin, et une influence politique et sociale, celle des conquérants barbares, telles sont les causes de la formation du style romano-byzantin.
Les causes, saut la première, l’influence de l’art romain, n’ont point agi d'une manière uniforme dans les diverses contrées de l’Europe occidentale. Les invasions barbares, accomplies par des peuples plus ou moins incultes, furent dans chaque pays plus ou moins multipliées, et se produisirent à des époques différentes. Les envahisseurs, nombreux dans certaines régions, clairsemés ailleurs, se mêlèrent plus ou moins vite avec les populations asservies. La stabilité et la prospérité des nouveaux royaumes furent variables. Enfin les invasions des Sarrasins et des Normands épargnèrent certaines provinces et furent, dans les autres, inégalement fréquentes et prolongées.
INTHODUÇTION.
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Il y eut encore plus de diversité dans l’action du style byzantin. Les pays occidentaux de l’Empire, peu cultivés avant la conquête romaine, avaient reçu d’Italie leur éducation littéraire et artistique; les contrées orientales, au contraire, possédaient de longue date une civilisation très avancée. L’architecture byzantine se forma dans celles-ci, par le contact de l’art romain avec l’art asiatique, alors qu’aucune transformation semblable n’aurait pu se produire dans la région opposée. La fondation de Constantinople, en reportant aux frontières de l’Asie le centre de l’empire, les invasions des barbares, en achevant de ruiner la prééminence de l’Italie par la séparation définitive de l’Occident el de l’Orient, enfin la stabilité, la richesse et la culture avancée de l’empire grec sont autant de causes qui hâtèrent les progrès du nouveau style. Dès le sixième siècle il était constitué.
Cependant l’Italie, proche voisine de la Grèce, avait pris part à ce mouvement artistique. L’influence de l’art oriental s’était fait sentir à Rome ; elle était déjà sensible sous Dioclétien. Puis elle continua de s’exercer surtout dans la région du nord, où résidèrent les empereurs à par tir du quatrième siècle. Les monuments de Ravenne et de Milan fournissent à ce sujet des témoignages décisifs. Les premiers, conservés dans leur forme première, et les seconds, quoique restaurés ou reconstruits, montrent qu’une remarquable école d’architecture, fondée sur les principes de l’art byzantin, se développa dans la Cisalpine entre l’époque de Théodose et l’invasion des Longobards.
Mais l'Italie du nord fut seule, parmi les contrées occidentales de l’Europe, à faire, au début du moyen âge, l’apprentissage du style byzantin. Seule, par suite, entre toutes ces contrées, elle éprouva de bonne heure la triple influence, romaine, byzantine et barbare, dont l’action créa la nouvelle architecture des pays d’Occident. A moins de circonstances absolument défavorables, cette architecture devait naître sur son sol.
Les premiers temps de la conquête et de l’occupation longobardes, temps de violences et de misères, furent, il est vrai, désastreux pour la culture artistique ; mais le séjour de l’Italie exerça bientôt sur les envahisseurs son influence civilisatrice. Sous Luitprand, au commencement du huitième siècle, on multiplia les fondations d’églises et de couvents, et la période relativement prospère qui
s’ouvrit alors pour la Lombardie se prolongea jusqu’à la fin du neuvième siècle. Ni les Sarrasins, ni les Normands n’eurent accès dans cette contrée : les Hongrois ne la dévastèrent qu’au siècle suivant. Les ressources ne laissèrent pas que d’être considérables, témoin le magnifique autel d’or et d’argent donné à Saint-Ambroise, vers 855, par l’archevêque de Milan, Angilbert II, témoin les importantes constructions faites de 868 à 881 par l’archevêque Anspert, un des plus puissants personnages de son époque. Dans ces conditions, l’architecture reprit une marche progressive. Dès la première moitié du huitième siècle, on élevait à Milan la basilique d’Aurona, où apparaît l’usage du pilier cantonné de colonnes, l’un des traits caractéristiques de l’art du moyen âge occidental. Cenl ans plus tard, dans le courant du neuvième siècle, les grands archevêques Angilbert II et Anspert bâtissaient l’église et le cloître de Saint- Ambroise. Le style roi nano-byzantin et sa première forme, le style lombard, étaient désormais constitués.
L avance prise ainsi par l’Italie du nord, relativement aux autres contrées de 1 Europe occidentale, lient en définitive à sa position intermédiaire entre l’Orient et 1 extrême Occident. L Italie dut encore à cette situation d’accomplir, pendant le haut moyen âge, en France et en Allemagne, la mission éducatrice qu’elle avait déjà remplie, dans les mêmes pays, durant l’ère romaine. Elle leur avait alors porté, par la conquête, les arts de la Grèce ancienne. Elle leur transmit plus tard ceux de la nouvelle Grèce, non plus par ses armées victorieuses, mais par celles, venues du dehors, qui l’envahirent à mainte reprise ; par ses marins et ses marchands, Vénitiens, Lombards et autres, qui se firent de bonne heure et restèrent longtemps les intermédiaires de l’Orient avec l’Occident ; enfin par les évêques, les moines et les pèlerins qui, se rendant à Dôme, revenaient ensuite dans leur pays, ayant deux fois traversé le nord de la péninsule. Ces divers modes de communication eurent pour conséquence : soit de faire connaître aux Occidentaux les monuments d’une architecture nouvelle pour eux , soit de mettre en leur possession des objets de fabrication levantine, étoffés, meubles, bijoux, qui, plus efficacement peut-être que le spectacle d’édifices regardés en passant, inclinaient leur goût vers l’art byzantin.
De lait, les seuls monuments vraiment byzantins qu'on ait bâtis sur le terri-