INTRODUCTION
toire de la Gaule sont des importations italiennes. L’un, Notre-Dame d’Aix-la- Chapelle, élevé par Charlemagne vers l’année 800, fut construit à l’imitation de Saint-Vital de Ravenne. L’autre, Saint-Front de Périgueux, fondé au commencement du onzième siècle, est une réplique de Saint-Marc de Venise1. Une invasion franque produisit la rotonde d’Aix ; des relations commerciales ont fait surgir Saint-Front. Ni les rapports de l’Allemagne avec le Bas-Empire, ni les pèlerinages de Terre Sainte n’ont amené de pareils effets.
Quand, vers la fin du dixième siècle, l’éducation byzantine de la France et de l'Allemagne se trouva suffisamment avancée, le style romano-byzantin put à son lour se développer dans ces pays. Sans doute, l’exemple des monuments lombards exerça de l’influence au delà des Alpes. Cette influence est marquée dans les églises rhénanes. Elle parait aussi dans le roman français2; mais la diversité des circonstances locales, relatives à la nature des matériaux, aux procédés habituels de construction, à l’éducation des artisans, à l’action des monuments indigènes, produisit en général des effets prépondérants.
Ce n’était point chose facile, surtout avant l’an mil, à une époque de grossière culture artistique, que de copier un monument à distance. Même avec des ressources exceptionnelles on n’y réussissait qu’ imparfaitement, témoin la rotonde d’Aix-la-Chapelle comparée à Saint-Vital; mais quand on ne disposail que de moyens ordinaires, l’intent ion d’imiter devenait parfois à peine sensible ; il ne subsistait du modèle que le trait dominant ; telle est l’église de Germignyles-Prés par rapport à la rotonde d’Aix3. Encore les copies de monuments uniques par leur disposition, comme Saint-Vital de Ravenne et Saint-Marc de Venise, sont-elles reconnaissables, malgré les différences dans les formes secondaires et dans les ornements, tandis que deux églises du type habituel pouvaient procéder l’une de l’autre, sans que la filiation fût clairement apparente. On pouvait, par exemple, emprunter à un édifice l’idée de voûter les nefs, ou celle
1 F. de Yerneilh. L’architecture byzantine en France.- Paris, 1851.
- M. Revoil a donné, dans son bel ouvrage sur 1’ « Architecture romane du midi de la France » (Paris 1873), les dessins de plusieurs édifices, Saint-Marlin de Londres, Saint-Guillem du désert, le clocher de Puisalicon, qui offrent, surtout dans leur aspect extérieur, de frappantes analogies, signalées par l’auteur, avec les monuments lombards. Ces édifices comptent parmi les plus anciens de la région à laquelle ils appartiennent. J’ai eu l’occasion de faire des observations analogues dans d’autres parties de la France.
3 Albert Lenoir. Architecture monastique, IIe et IIIe parties. Paris, 1856, p. 26 et suiv.
de donner aux piliers la forme d’un faisceau de nervures, et traduire ces idées de telle façon qu’il soit impossible aujourd’hui d’établir un rapprochement certain entre l’œuvre originale et le monument dérivé. Aussi bien, les incorrections de dessin et de mesure, les irrégularités de formes, qui existenl à un si haut degré dans presque tous les édifices antérieurs au douzième siècle, montrent que les architectes d’alors dessinaient peu et grossièrement. On s’explique d’autant mieux par ce fait la difficulté de reproduire des monuments éloignés, difficulté d’où provient sans doute le morcellement du si vie romano-byzantin en un si grand nombre d’écoles locales.
Ainsi, de la priorité du style lombard il ne résulte pas que les autres formes de l’architecture romano-bvzantine dérivent strictement de ce style. Ce que celles-ci laissent surtout paraître, c’est un fond de traditions romaines avec un apport de principes byzantins, ce dernier variable suivant les lieux, tant par son degré d’importance que par l’époque où il s’est produit. L’action des peuples barbares a été de mêler ces éléments et de les vivifier. De là un ensemble complexe, dans lequel ce qui appartient à la fois aux diverses formes particulières émane de principes communs, plutôt que d’une influence directe exercée par l’une de ces formes, la première en date, sur les autres.
Une évolution artistique postérieure, la Renaissance, a suivi dans son développement une marche analogue à celle du style romano-byzantin. Pareillement issus de l’Italie, ces deux systèmes d’architecture se propagèrent au delà des Alpes par les mêmes moyens. A la différence de caractère qui divise le roman du lombard, correspond une différence non moins marquée entre la Renaissance française et celle de l’Italie. Et le retard de plus d’un siècle de l’architecture romane sur la lombarde se retrouve dans l’intervalle de temps presque égal qui sépare la Renaissance française de la Renaissance italienne. Les écarts de style et de date constatés à cette dernière époque ont dû se produire à plus forte raison pendant l 'ère du haut moyen âge. La propagation rapide d’un nouveau système d’architecture était, avant l’an mil, bien autrement difficile qu’au quinzième siècle ; il y a vait moins de relations, les arts du dessin étaient dans l’enfance et l’on n’avait guère la ressource d’appeler de loin des artistes sur le bruit de leur réputation.
INTRODUCTION. xt
L’objet de ce travail est l’étude de l’architecture lombarde dans les limites de son propre territoire. Il ne sera point question des influences exercées au dehors par cette architecture ; celles que, à son tour, elle a ressenties seront seules examinées. Partant du style lombard, il suffit, pour analyser les impressions qu’il a reçues, de posséder une connaissance générale des autres styles, tandis qu'on ne saurait apprécier sûrement son rôle extérieur, sans avoir fait, dans ce but, l’examen approfondi des monuments étrangers, travail trop important pour être traité d’une manière accessoire. Quoique restreinte à ces termes, l’étude de l’architecture lombarde présente encore un intérêt général, parce que le point de départ de cette architecture se confond avec les origines mêmes du style romano-byzantin, c’est-à-dire avec les origines de l’architecture chrétienne du moyen âge dans l’Europe occidentale.
L’ouvrage se divise en trois parties, dont la première est consacrée à l’appréciation historique du développement et des transformations de l’architecture, depuis la lin du troisième siècle jusqu’aux premières années du neuvième, la seconde à l’étude des monuments, et la troisième à l’exposition des caractères distinctifs du style lombard. La deuxième partie forme le corps de l’ouvrage; c’est à elle que se rapportent les planches; la première partie lui sert de préliminaire et la troisième de conclusion.
ÉTUDE
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LES ORIGINES DE L’ARCHITECTURE ROMANO-BYZANTINE