SAINT-CELSE DE MILAN
Renseignements historiques. — Il y a lien de croire que, dès le commencement du cinquième siècle, peu de temps après la mort de saint Ambroise, une église, dédiée à saint Celse, fut bâtie à Milan, hors de l’enceinte des murs L Cette église, siluée près de la porte romaine, existait certainement au neuvième siècle s; et le lieu de son emplacement paraît être celui du martyre de saint Nazaire et de son disciple saint Celse \ Elle fut remplacée par l’édifice subsistant en partie, que nous étudierons plus loin et dont nous allons d’abord établir la date.
On sait que l’archevêque de Milan, Landolf II da Carcano, construisit à Milan un monastère où il installa des bénédictins ; et voici, selon les chroniques d’Arnolf et de Landolf le Vieux, historiens milanais du onzième siècle *, dans quelles circonstances fut bâti ce couvent. Landolf II avait été, en 979, élu contre la volonté du clergé, grâceà l’influence de son père, rendu tout-puissant à Milan par l’empereur Othon 1“. Le nouvel archevêque et les gens de sa faction ayant abusé du pouvoir, une partie du peuple se souleva contre eux et les chassa de la ville après un sanglant combat. Landolf
4 Dans les dernières années de sa vie, saint Ambroise découvrit le corps de saint Nazaire et le fit transporter à la basilique des Saints-A poires qui, plus tard, prit le nom de Saint-Nazaire. 11 reconnut aussi dans le même cimetière la sépulture de saint Celse; mais son historiographe Paulin ne dit pas qu'il ait déplacé les reliques de ce martyr. Le culte de saint Celse, souvent associé à celui de saint Nazaire, ne tarda point à se répandre, puisque, dès la première moitié du cinquième siècle, une église bien connue, dédiée collectivement aux deux martyrs, fut bâtie à Ravenne par l'impératrice Galla Placidia. Un tel honneur, rendu à saint Celse loin de Milan, ne permet guère de douter que, dans cette ville même, il n’y eût déjà quelque basilique placée sous son invocation. — Bugati, Memorie storico-critiche intorno le reliquie ed il culto di S. Celso martire . Milano, 1782, chap. i, vu et x. .
2 Déjà la pièce de vers, composée à la louange de Milan pendant la première moitié du huitième siècle, paraît faire mention de cette église ; mais on peut reprocher à ce témoignage de n’être point assez explicite. De très-anciens missels, remontant au moins au neuvième siècle, fournissent une preuve décisive en citant l’église de Saint-Celse parmi celles que visitait processionnellement le clergé milaiiais durant la fête des Rogations. On s'y rendait le troisième jour, après s’être arrêté à Saint-Nazaire in campo, et l’on allait ensuite à Saint-Eustorge. — Bugati, Mem. int. S. Celso, chap. xii etxm. — Giulini, I, p. 35 et 91.
5 Bugati, p. 108.
4 Voy. Bugati, chap. xvii, et Giulini, I, p. 030, 635, 089 etsuiv., 667 et suiv'.
voulut reprendre par la force possession de son siège. Il leva des troupes qu’il solda avec les revenus et les bénéfices de son église. « Quamobrem Ecclesiæ facilitâtes et milita Clerieorum distribuât militibus bénéficia. » Battu de nouveau, le belliqueux prélat ne parvint à rentrer dans la ville que grâce à l’intervention de l’empereur Otlion II qui, en 985, campa sous les murs de Milan à la tête d’une puissante armée. Les Milanais intimidés traitèrent avec leur archevêque : mais celui-ci, à peine son autorité rétablie, sans doute pour la consolider, confirma ses partisans dans la possession des bénéfices ecclésiastiques qu'il leur avait distribués. Il ne cessa, paraît-il, d’opprimer le clergé et le peuple que dans les dernières années de sa vie. Alors, changeant de conduite, il fit acte de repentir et de restitution en fondant le monastère .de Saint-Celse et le dotant avec magnificence. « Præterea sentions se Præsul dispersis facullatibus, offendisse Ecclesiam, ut clerum leniret ac populum, S. martyris Celsi fundavit monasterium, multisque dotavit opibus. »
Landolf II mourut en 998, en sorte que la fondation du monastère de Saint-Celse remonte aux quatre ou cinq dernières années du dixième siècle1. Le fondateur y fut enterré, car, aux paroles précédemment citées, l’historien Arnolf ajoute les suivantes: « Ubi completo dierum numéro, moriens suo'quievit in tumulo. » Ce témoignage est confirmé par celui d’un très-ancien catalogue des archevêques de Milan 2 ; et le chroniqueur Flamma nous apprend de plus que la tombe de Landolf se trouvait dans l’église, près pie la porte où l’on prenait l’eau bénite 3.
Arnolf et Landolf le Vieux mentionnent seulement la fondation du monastère et ne disent mot de l’église de Saint-Celse ; mais il se pourrait bien que, parlant du couvent, ils eussent compris l’église dans cette désignation générale. En tout cas, leur silence ne prouve rien contre la reconstruction de cette église par Landolf II, et cela suffit, car d'autres témoignages attestent positivement le fait.
Deux inscriptions, dont le docte Fontana, érudit milanais du seizième siècle, nous a conservé les paroles, expriment formellement que l’archevêque Landolf transporta les reliques de saint Celse dans une église bâtie et richement ornée par ses soins *. La
1 Muratori attribue à l’influence du célèbre abbé de Clunv, saint Mayeul, retenu à Pavie vers l’année 998 par l’impératrice Adélaïde, la fondation de plusieurs monastères, parmi lesquels on devrait compter celui de Saint-Celse. Toutefois, il n’y a point d'indice que les couvents fondés à cette époque en Lombardie aient jamais été soumis à la règle de Cluny. — Giulini, I, p, 653.
2 Bugati, p. 112.
3 « Juxta ostium, ubi est aqua sancta. » — Bugati, p. 119. — Giulini, f, p. 686.
* Ces deux inscriptions sont données par Bugati, p. 114 et 116. Giulini donne seulement la première, I, p- 669.