‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 32 sur 112 · SAINT-CELSE DE MILAN — ÉTAT ACTUEL · texte numérisé non relu

SAINT-CELSE DE MILAN — ÉTAT ACTUEL

ractère. Les parties renouvelées avaient subi des mutilations plus ou moins graves, dont quelques-unes assez profondes pour qu’il ne restât plus trace des anciennes dispositions. Force fut alors d’innover en s’appuyant sur l’exemple de monuments analogues; et de là proviennent des restaurations probables qu’il importe de distinguer d’avec les certaines. Sur ce sujet, nous ne pouvions être mieux informés que par l’auteur même des travaux, D. Leoni, qui a bien voulu nous transmettre tous les renseignements utiles.

Le couronnement extérieur de l’abside avait conservé ses a rca turcs profondes, encadrées par une double archivolte. Une simple dalle saillante le surmontait. On ne fit pas d’autre modification que renforcer ce maigre bandeau par plusieurs assises de briques profilées dans le goût des corniches lombardes (voy. sur la planche 46, la coupe longitudinale).

A l'intérieur, les petites arcatures delà corniche étaient encore marquées, mais les consoles se trouvaient trop mutilées pour qu’on pût reconnaître leur forme, à plus forte raison distinguer aucun vestige de décoration. Aussi, non-seulement les ornements actuels sont-ils des restitutions dépuré fantaisie, mais ne sait-on même. pas s’il y avait autrefois des seul utures. Deux amorces plus larges, régulièrement intercalées parmi les consoles, ont conduit à rétablir des pilastres montant de fond.

Des élargissements modernes avaient fait disparaître les anciennes fenêtres, dont ou retrouva seulement les tablettes d’appui, en sorte que les fenêtres restaurées ne peuvent renseigner exactement que sur les positions des ouvertures primitives. Par suite d’une recherche de la symétrie qu’il est permis de trouver excessive, eu égard au sans-gêne des anciens constructeurs lombards, la fenêtre du milieu fut restituée avec une section biaise : on voulut que, malgré le défaut de correspondance des pilastres intérieurs avec les contre-forts, elle s’ouvrît à égale distance tant des premiers que des seconds, sur les deux parements du mur circulaire de l’abside.

En somme, ce qu’on sait de la disposition primitive des corniches et fenêtres de l’abside se réduit aux faits suivants. Les fenêtres étaient au nombre de trois. Il existait à l’intérieur une corniche formée de petites arcatures soutenues par des consoles. Le couronnement extérieur, analogue à celui qu’on observe à l’abside de Saint -Ambroise, avait pour motif principal des arcatures profondes, encadrées par une double archivolte.

Les démolitions de 1818 ne furent pas limitées aux deux premières travées, car on jeta par terre, d’un bout à l’autre de la grande nef, la voûte qui couvrait cette nef ;

après quoi, l’on construisit, pour abriter la troisième travée, par bonheur conservée, la voûte en berceau actuelle.

Architecture ancienne du monument. — Nous avons déjà dit que la voûte principale, démolie en 1818, était un ouvrage moderne construit, suivant toute apparence, dans la seconde moitié du seizième siècle. Un dessin, dont le témoignage est confirmé par les amorces de maçonneries encore existantes sous le toit, montre que cette voûte avait la forme cylindrique, avec de grandes lunettes de pénétration correspondant à des fenêtres ‘. Elle reposait sur un entablement complet dont il ne reste plus que l’architrave, la frise et la corniche ayant été noyées dans le pied du berceau actuel. Pour exécuter cette voûte cylindrique à lunettes et la plate-bande qui lui servait d’appui, on rasa les murs élevés de la grande nef un peu au-dessus des voûtes latérales, en sorte que, jusqu’au mur de fond, il 11e subsiste plus, du monument lombard, que les parties inférieures.

La ligne de séparation des deux constructions apparaît clairement sous les toitures des bas-côtés : un grattage partiel, récemment exécuté à notre demande, a de plus montré celte ligne à l’intérieur de l’église a. Aussi avons-nous pu, sur les deux coupes de l’état actuel (voy.pl. 46), distinguer par des teintes différentes les sections des anciennes maçonneries de celles des nouvelles.

Le mur de fond, encore pourvu à l’extérieur de sa corniche rampante à petites arcatures, est heureusement resté intact, nous donnant ainsi, sur la hauteur de la nef principale, un renseignement certain, renseignement d’autant plus précieux qu’il peut apprendre quelque chose sur la disposition de la couverture primitive. L’agencement et les formes des supports témoignent en faveur de voûtes d’arête à nervures croisées, construites sur de grandes travées à peu près carrées ; mais si l’on cherche à rétablir de pareilles voûtes sous les pentes du toit, marqué par l’ancienne corniche, on reconnaît que l’espace fait défaut. Le surbaissement des arcs formerets serait en effet beaucoup trop prononcé. Ainsi, la seule observation du mur postérieur donne lieu d’admettre, au moins comme très-probable, que le système de voûtes annoncé par les supports ne fut point appliqué à l’édifice.

1 Ce dessin fut dressé en 1818 par l’architecte Canonica, en même temps que le plan déjà cité. Il appartient aussi à M. l’abbé Leoni. La voûte en berceau avec lunettes est indiquée par des traits interrompus sur les deux coupes de l’état actuel (voy. pl. 46).

2 Je dois remercier à cette occasion M. Ghianda, prévôt de Saint-Celse, qui a bien voulu faire exécuter le grattage, et M. Landriani, qui m’a transmis le dessin du mur nettoyé.

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