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SAINT-CELSE DE MILAN — ÉTAT ANCIEN

On ne peut pas non plus supposer qu’il y ait eu, dans le principe, des voûtes d’une autre espèce : l’inégalité des piliers s’y oppose. Par suite, la solution la plus probable est celle d’une toiture en charpente, ainsi que l’expriment les coupes restituées de la planche 46. Cette conclusion ne doit pas surprendre, car plusieurs églises lombardes, pourvues, comme Saint-Celse, de piliers à nervures, n’ont pas été, dans l’origine, voûtées sur la grande nef.

Le peu qui reste des anciens murs de la maîtresse nef, au-dessus des voûtes collatérales, montre que, à l’aplomb des petits piliers, les murailles de cette nef manquaient de contre-forts. Il n’en était pas de même au droit des principaux appuis. Les deux éperons qui subsistent encore, noyés dans la nouvelle façade, font une saillie d’environ 0,60. De tels éperons n’ont une raison d’être que s’ils butaient des arcs joignant ensemble les gros piliers, en sorte que la grande nef devait être traversée par des arcs doubleaux qui, non-seulement complétaient, sous le toit, la division par travées, mais encore soutenaient la couverture avec l’assistance de fermes eu charpente, distribuées dans leurs intervalles.

En même temps, des voûtes d’arête abritaient les bas-côtés. Leur ancienneté ne paraît pas douteuse. L’une au moins de celles qui subsistent, la première du côté droit, dont notre coupe transversale montre la section, doit remonter à l’origine du monument.

Les deux petites portes frontales n’offrent pas d’intérêt ; mais la porte du milieu, qu’on a transportée telle quelle de son ancienne place dans la nouvelle clôture, est assez richement ornée de sculptures dont nous parlerons plus loin, Quant aux fenêtres primitives, comme les murs d’enceinte n’en gardent aucun vestige1, il a fallu les restituer arbitrairement.

Si l’on compare les piliers subsistants avec ceux des travées démolies, on voit que les premiers ont des contours plus compliqués. La différence paraît surtout aux petits supports intermédiaires, qui, dans la partie ruinée, se composaient simplement, comme à Saint-Ambroise, de quatre cordons dessinant une croix, tandis que, dans la dernière travée ils consistent en piliers carrés, cantonnés de colonnes sur toutes les faces. Actuellement, les colonnes appliquées, du côté de la grande nef, contre les

*. Je tiens ce fait de M. Landriani, auquel, d’ailleurs, je dois tous mes renseignements sur la structure des maçonneries. Une croûte de badigeon tapisse l'intérieur de l’église. M. Landriani voulut bien, avec l’autorisation de M. le Prévost de St-Celse, se charger de la faire enlever par places, ce qui a permis d’éclaircir plusieurs questions douteuses.

deux petits supports restés debout, montent jusqu au plan de naissance des grands arcs doubleaux, de manière à porter un arc transversal de construction moderne ; mais, leurs parties hautes n’étant pas anciennes, nous avons dû, sur la restitution, raccourcir ces demi-colonnes, en ramenant' le chapiteau dans le couronnement du pilier, où, d’ailleurs, il s’ajuste bien1 * * * * * * 8.

Les contre-forts des murs latéraux étaient fort développés : ceux de la façade, -beaucoup moins proéminents et cantonnés de colonnes s, ressemblaient aux éperons analogues des portails de Saint-Michel Majeur à Pavie et Saint-Jean in borgo dans la même ville.

Une très-haute et robuste tour se dresse à l’extrémité du collatéral de droite. L une de nos coupes en montre les parties inférieures, qui remontent évidemment à l’époque lombarde : comme au nouveau clocher de Saint-Ambroise, bâti en 1128, les angles de ce campanile sont exécutés en pierre.

Appareil. — Si l’on excepte le clocher, la pierre ne paraît employée, dans l’édifice, qu’à la construction des piliers qui séparent les nefs. La nature de ces matériaux est la même qu’à Saint-Ambroise; mais leur mode d’emploi diffère dans les deux monuments. On ne voit plus, à Saint-Celse, des assises, composées de pierres d’égale hauteur, embrassant à la fois plusieurs cordons; chaque nervure est, en général, bâtie à part, au moyen de blocs souvent très-longs et placés en délit.

La brique' mise en œuvre est ordinairement d’une forme régulière et d’une belle qualité : cependant on remarque des assises composées d’une suite de petits fragments inclinés (voy. la coupe .longitudinale de l’état actuel). Cette disposition, qui est fréquente à Saint-Ambroise, peut s’expliquer aisément, dans une grande ville telle que Milan, par la facilité qu’on avait d’employer des matériaux de démolition. Aussi ne saurait-on la considérer comme une base d’appréciation pour fixer l’âge des monuments. Une particularité plus intéressante consiste dans la complète absence, à Saint-

1 Une première étude de l’édifice me conduisit à prolonger ces demi-colonnes par des colonnettes qui seraient

venu se lier, comme à St-Ambroise, avec une corniche à petites arcaiures, continuant dans la grande nef la cor¬

niche de l’abside. Cette restauration m’avait été suggérée par les petites colonnettes qu’on voit, au dehors de l’église,

mêlées aux débris des travées abattues. Je la tenais encore pour probable quand j’ai gravé la planche 47, où la base

d’une colonnette apparaît sur le dessin d’un pilier. Mais un grattage exécuté plus tard (voy. la coupe longitudinale

de l’état actuel) démontra que jamais il n’avait existé de corniche dans la nef, et ma première conjecture fut ainsi

mise à néant.

8 Une belle gravure de Dominique Aspar, datée de 1786, dont M. l’abbé Léoni a bien voulu me faire cadeau, montre que l’on conserva sur la moderne façade, non seulement l’ancienne porte, mais encore les parties basse des contreforts cantonnés de colonnes.

SAINT-CELSE DE MILAN — SCULPTURES Celse, de ces claveaux en pierre, intercalés parmi les briques, qui, à Saint-Ambroise, apparaissent dans tous les arcs.

Sculptures. — La planche 47 reproduit les sculptures de plusieurs chapiteaux, dont les uns appartiennent à la portion conservée de- l’édifice, tandis que les autres proviennent des travées démolies. Ces derniers sont encastrés, avec divers fragments de même origine, dans la partie de l’ancien mur de clôture qui horde, du côté droit, la cour précédant l’église -

Les chapiteaux restés en place présentent des sujets très-variés. A côté de feuillages capricieusement enroulés, on voit des volutes et des feuilles d’acanthe ; l’un des exemples choisis offre même une imitation passable du chapiteau corinthien. Les figures sont nombreuses ; elles consistent surtout en animaux affrontés, béliers, lions, serpents et autres bêtes moins faciles à reconnaître, dont les attitudes, souvent trèsmouvementées, sont habilement choisies pour s’adapter à la forme des blocs de pierre. Quelques-unes offrent plus d’intérêt que ces groupes d’animaux purement décoratifs. Ainsi, les chapiteaux qui couronnent, à la naissance du grand arc doubleau, les piliers maintenant engagés dans le mur de la façade, portent un aigle et un homme ailé; dont les attributs — le nimbe et le livre ouvert — désignent clairement la signification. Près de l’homme se trouve, sur le chapiteau du pilastre, une bête monstrueuse à trois chefs, de lion par devant, de chèvre sur le dos et de serpent à l’extrémité de la queue, que déjà nous avons rencontrée à Saint-Ambroise, sur l’appui de la chaire. Au reste, ce trait commun n’est pas le seul qui existe entre la décoration des deux monuments. Nous avons vu, en décrivant le chevet de la basilique ambroisienne (p. 96), que deux colonnes engagées portaient, à l’entrée de l’abside, les figures en stuc du lion, emblème de saint Marc, et du bœuf, emblème de saint Luc, toutes deux ailées et tenant un livre. Et nous avons ajouté que la représentation des Évangélistes devait être complétée par les images de l’aigle et de l’homme qui, sans doute, surmontaient deux autres colonnes, retrouvées à l’entrée du compartiment qui précède l’abside. Or c’est précisément à cette dernière place que, dans l’église de Saint-Celse, apparaissent les figures de l’aigle et de l’homme, au lieu que des chapiteaux mutilés occupent, à cette même église, les positions, réservées aux deux autres animaux dans la basilique ambroisienne. Ainsi les sculptures en question se complètent réciproquement dans les deux édifices; d’où résulte sans doute que les emblèmes des Évangélistes y décoraient pareillement la dernière travée. C’était peut-être une coutume

ig6 ARCHITECTURE LOMBARDE

locale : en tout cas, il n’est point à notre connaissance qu on 1 ait suivie ailleurs qu à Milan.

Les sculptures provenant des travées démolies contrastent en général, à une ou deux exceptions près, par le méplat des reliefs, la timidité et la maigreur de l’exécution, avec celles du morceau de nef resté debout : on pourra se faire une idée du changement de style en comparant à ces dernières, sur la planche 47, les deux chapiteaux gravés en haut de la planche, à droite et à gauche. Ces deux exemples sont donnés de préférence à d’autres, à cause de l’intérêt qu’ont excite les sujets qu ils représentent. Selon Caffi1, les trois bustes du chapiteau de gauche pourraient figurer saint Ambroise entre saint Nazaire et saint Celse, ce dernier désigne par une colombe, parce qu’il fut martyrisé très-jeune; et, d’après le même auteur, l’autre chapiteau, où l’on voit un cheval sellé, guidé par un homme et retenu à la cuisse par un autre homme, exprimerait l’âme chrétienne prête à suivre le chemin du ciel malgré les efforts du démon qui cherche à l’entraîner au mal. Telle fut peut-être réellement la signification primitive de l’action ainsi représentée ; mais la leçon qu elle renferme échappait apparemment au sculpteur lombard, car s’il l’avait comprise, il eût donné sans doute, suivant l’usage de son époque, les traits caractéristiques de 1 ange et du diable aux deux personnages qui se disputent le cheval. Quant à voir dans 1 autre bas-relief une image de saint Ambroise, accompagné de saint Nazaire et de saint Celse, nous trouvons l’explication fort aventurée, d’autant mieux que saint Gervais et saint Protais seraient plus naturellement associés à saint Ambroise.

Il reste à parler des sculptures de la porte. Faisons d’abord observer que 1 encadiement rectangulaire circonscrit au cintre de cette porte, les billettes sculptées autour de l’archivolte, et même la finesse des colonnettes, sont autant de caractères qui rattachent l’ouvrage en question à une période très-avancée du style lombard. L’examen des sculptures confirme cette appréciation. Outre qu’elles sont fort délicatement travaillées, les plus intéressantes, qui décorent le linteau, représentent les vies de saint Nazaire et de saint Celse, conformément aux actes de ces martyrs. Remarquons en passant que c’est au respect inspiré par ce bas-r,elief que la porte principale doit, sans doute, le bonheur d’avoir échappé d’abord à la transformation, puis à la destruction de la façade. En définitive, cette porte, plus récente que les autres parties de l’édifice, fut certainement ajoutée après coup. Les vantaux qui la lerment, remar-

i Cafli. Dell' antico tempio di San-Celso , p. 7 et 8.

quable ouvrage de menuiserie et de sculpture, furent exécutés en 1451, aux frais de l'abbé Charles de Forli *.

Conclusion. — Les églises lombardes de Milan offrent, en général, des dispositions fort simples, conformes au type ordinaire de la basilique latine. 11 serait donc téméraire de s’appuyer beaucoup sur l’agencement du plan pour conclure à l’ancienneté de Saint-Celse, d’autant plus qu’il s’agit ici d’une église reconstruite que, pour divers motifs, on peut avoir relevée sur les fondations du monument antérieur.

Nous avons insisté, en décrivant l’édifice, sur les différences très-marquées qu’on observe, pouf la forme des piliers et le caractère des sculptures, entre les deux premières travées, maintenant démolies, et la troisième travée, qui touche à l’abside. De telles différences paraissent indiquer deux constructions successives, dont la mutilation de l’édifice aurait fait disparaître la suture. Si l’on admettait cette explication, la partie antérieure et plus ancienne, celle qui n’existe plus, eût été bâtie pendant les dernières années de l’épiscopat de Landolf, tandis que la partie postérieure, formant l’église actuelle, serait d’une époque plus récente. Landolf aurait ainsi seulement rebâti l’édifice depuis les portes jusqu’au chœur2. Ce dernier, composé de l’abside et de la travée contigüe, où était le tombeau de saint Celse, eût encore persisté dans sa forme primitive pendant un certain temps ; après quoi, cette ancienne bâtisse venant à menacer ruine, ou peut-être le goût de l’époque ayant condamné ses formes vieillies, on l’eût reconstruite à son tour, en conservant sans doute la même disposition.

Les remarques qu’on peut encore faire sur l’édifice, quant aux détails de la structure, tendent à confirmer l’opinion précédemment exposée. La qualité des briques, notamment, et leur mode d’emploi, tels qu’on les observe au parement extérieur de l’abside, et aussi à l’intérieur de l’église, dans le pilier engagé et l’arc doubleau du bas côté droit, ne permettraient point d’assigner à ces portions du monument une date aussi reculée que la fin dn dixième siècle. Ces derniers caractères, rapprochés de ceux, déjà signalés, que révèle surtout l’examen des sculptures, conduisent à fixer aux environs de la seconde moitié du onzième siècle la construction des parties encore subsistantes de l’église.

La porte principale, telle que l’avait fait bâtir Landolf, aura sans doute au douzième

1 Giulini donne à petite échelle (vol. I, page 670) une représentation grossière de la porte de Saint-Celse. La même porte est bien dessinée dans le recueil de Cassina « Fabriche piu cospicue di Milano. »

3 C'est peut-être pour ce motif qu’il fut enterré prés de la porte, son corps reposant alors dans la portion de l’édifice élevée par ses soins.

siècle, semblé pauvre et grossière, d’où proviendrait son remplacement par la porte actuelle. Nous avons vu que, dans la basilique ambroisienne, la porte de l’atrium et la maîtresse porte de l’église présentent aussi les caractères d’ouvrages refaits après coup.

En somme, ce qui subsiste à Saint-Celse du monument lombard daterait, sauf quelques parties accessoires, de la seconde moitié du onzième siècle ou des premières années du douzième ; et il ne resterait qu’un pan de muraille et des sculptures éparses de la construction qu’éleva l’évêque Landolf à la fin du dixième siècle. C’est au plan dressé en 1818 par l’architecte Canonica et conservé par M. l’abbé Léoni, que nous devons de connaître les formes de cette construction maintenant disparue. Nous devons encore à ce document d’avoir pu, en partant du fait révélé par lui, d’un changement notable dans la forme des piliers, parvenir à la conclusion sinon certaine, du moins plausible, a laquelle vient d’aboutir notre étude sur l’église de Saint-Celse.

La basilique laurentienne nous a montré l’exemple très-curieux d’une église bysantme> plusieurs fois restaurée et presque entièrement reconstruite pendant la période lombarde, puis rebâtie au seizième siècle, et qui, malgré tant de vicissitudes, a fidèlement conservé jusqu’à nos jours ses dispositions primitives. L’église de Saint- Nazaire-Majeur, consacrée d’abord aux saints Apôtres, semble avoir passé par les mêmes phases, à cela près que sa fondation, qui date du quatrième siècle, remonte encore plus haut dans le passé.

Le plan de Saint-Nazaire, que nous donnons sur la page 201, présente la forme d’une croix1. Une coupole octogonale couvre la croisée. Les branches supérieure et transversales se composent chacune d’une travée rectangulaire, presque carrée,, qui se termine par un hémicycle. La branche inférieure, un peu plus longue, comprend deux travées; elle est précédée d’un édifice moderne, la chapelle funéraire des Trivulze, fondée par le célèbre maréchal Jean-Jacques Trivulze, qui mourut en 1518.

L intérieui de 1 cglise porte une décoration moderne appliquée sur l’ancienne construction. Cet embellissement date de 1578 : il est l’œuvre des chanoines de Saint- Nazaire qui, après la visite de saint Charles Borromée, s’appliquèrent à restaurer leur église. C’était le temps où saint Charles faisait aussi décorer l’intérieur de la basilique ambroisienne ; actes fort louables assurément, quoique selon nos idées modernes sur la restauration des monuments, mieux eût valu que le saint archevêque déployât moins de zèle pour la bonne tenue de ses églises. Après tout, le mal n’eût pas été

• L’architecte allemand Hübsch a consacré la planche 41 de son important ouvrage à l’église de Saint-Nazaire-Majeur, dont il donne le plan, deux coupes transversales, une élévation montrant la coupole, et divers détails. Une note de l’auteur avertit que le plan est par erreur gravé à rebours, c’est-à-dire que chacune des moitiés limitées à l'axe longitudinal, devait être retournée de l’autre côté de cet axe. - Hübsch, Monuments de l'architecture chrétienne, traduit de l’allemand par M. l’abbé Guerber. Paris, 18G6, tome I, p. 283

20O architecture lombarde

grand si l’on se fût, à Saint-Nazaire, contenté de revêtir les parois; mais, en déplaçant le chœur et l’autel, on fit disparaître un ciborium ancien, semblable à celui de

Saint-Ambroise, qui se trouvait à la croisée des nefs1.

Malgré les changements exécutés au seizième siècle, comme la structure de l’édifice demeura intacte, les formes intérieures portent encore assez clairement l’empreinte de leur style primitif. La coupole octogonale, les piliers cantonnés de colonnes2, les voûtes d’arêtes surhaussées à nervures diagonales, et le profil de ces nervures, ne peuvent guère laisser d’incertitude sur l’origine lombarde de la construction. Un coup d’œil jeté sur l’extérieur du monument suffit pour mettre cette origine hors de doute; corniches, arcatures, colonnettes, contre-forts5, appareil meme, tout est purement lombard sauf quelques adjonctions ou mutilations postérieures ‘.

Ainsi, l’église de Saint-Nazaire, telle qu’elle existe aujourd’hui, provient de l’époque lombarde. Si l’on cherche à préciser la date de sa reconstruction, l’on reconnaît que celle-ci a dû s’accomplir après 1075. En effet, vers le commencement de cette année, Milan fut dévasté par un terrible incendie qui ruina beaucoup d’églises, et notamment celle de Saint-Nazaire, comme le raconte Arnolf, chroniqueur contemporain, dans les termes suivants : Hoc tantum crudelior, quod multo plures, ac majores combmsit Ecclesias. lllam scilicet œstivam ac mirabilem Sanctæ Virrjinis Teclœ, Beati quoque Nazarii, nec non Protomartyrù Stephani, cæteras que plures ° . Ajoutons que le caractère de l’architecture se rapporte bien à la fin du onzième siècle.

La question qui se pose à présent est de savoir si l’église lombarde, caractérisée par sa disposition en forme de croix, fut établie sur les fondements de l’ancienne basilique, détruite en 1075. Or le fait semble positivement attesté par Landolf le Vieux, qui avait vu l’église de Saint-Nazaire avant l’incendie, et qui, parlant de sa fondation (dont il fait honneur à saint Ambroise), s’exprime dans les termes suivants : Honestissimam Basilicam in modum Crucis in romana parle — honorifice condidit °. Ce témoignage prouve au moins que l’église dont nous parlons était déjà, avant 1075,

i Latuada. Descrizione di Milano. Milano, 1787, tome II, p. 283.

a Les colonnes engagées qui portaient les nervures des voûtes ont disparu en 1828, lors de la dernière restauration infligée au monument. Nous les avons rétablies sur notre plan.

3 Les deux petits contreforts disposés sur le pourtour de chaque hémicycle sont pointus comme les petits contreforts de l’enceinte de Saint-Ambroise.

* Voir dans l’ouvrage de Hübsch, précédemment cité les dessins de la planche -41 .

5 Giulini, Storiadi Milano , II, p, 507.

e Id., II, p. 227.

disposée en forme de croix; d’où l’on peut conclure, puisque cette forme insolite a persisté, que la reconstruction se fit sur les mêmes fondements.

Mais ceux-ci provenaient-ils encore de la basilique primitive, vouée aux saints Apôtres, dans laquelle saint Ambroise déposa les reliques de saint Nazaire et qui plus

202 architecture lombarde

tard prit le nom de ce martyr. Nous n’avons à ce sujet aucun renseignement certain. Tout ce qu’on sait de la basilique des Saints-Apôtres, c’est que, fondée au quatrième siècle par saint Ambroise ou l’un de ses prédécesseurs, elle fut, dans le siècle suivant, ornée par Séréna, femme de Stilicon, d’un pavé en marbre d’Afrique \ et que l’évêque saint Laurent y fit peut-être, vers la fin du cinquième siècle, une restauration considérable motivée par un incendie".

Toutefois diverses considérations donnent lieu d’admettre, au moins à titre d opinion probable, que l’église de Saint-Nazaire reproduit en plan la basilique des Saints- Apôtres. Les proportions très-basses et comme écrasées du vaisseau tiennent au relèvement considérable du sol; et la hauteur même de cet exhaussement, qui est postérieur à la construction lombarde, semble indiquer que, jusqu’en 1075, on respecta le pavé primitif; ce qui s’expliquerait tout naturellement par la conservation de 1 ancienne basilique, plus ou moins restaurée, sans doute, depuis le quatrième siècle jusqu’au onzième , mais en somme maintenue telle quelle dans son ensemble. Il convient aussi d’alléguer à l’appui de cette opinion la remarquable persistance des dispositions primitives dans les églises milanaises les plus anciennes ; persistance dont les basiliques laurentienne et ambroisienne offrent des preuves indiscutables, et dont paraissent témoigner plusieurs autres églises, où l’on retrouve, malgré bien des transformations, le type basilical dans sa plus grande simplicité. Le respect de la tradition qui, à Milan, s’est manifesté avec tant de force par la conservation de l'ancienne liturgie, paraît donc avoir exercé sur l’architecture religieuse une influence non moins marquée. Or, l’église des Saints-Apôtres ou de Saint-Nazaire compte parmi les basiliques milanaises les plus anciennes et les plus révérées ; et ce qu’on fit en pleine Renaissance, pour Saint-Laurent, alors qu’on reconstruisit celle église sur les vieilles fondations, on a dû, le cas échéant et dans une époque où l’esprit, d’innovation était moindre, le faire à plus forte raison pour la basilique nazarienne .

1 Ce pavé, qui fut placé « in rotunditate lempli », ce qui, paraît indiquer la présence dune coupole dans 1 église primitive, existait encore au dix-septième siècle, du temps de Puricelli. Dissertatio nazariana. Milan, 1650, chap. 58 L’existence de cette ancienne coupole paraît probable à M. Clericetti ( Ricercha sali archilettura lombarda. Milan, 1862), et à M. Odorici. (. L'architettura dell' Italia settentrionale durante in medio evo. Milan, 1867.)

2 Puricelli. Dissert, naz., cliap. 67.

s Non-seulement M. Hübsch admet que l’église actuelle de Saint-Nazaire est bâtie sur les fondations du monument primitif, mais le savant architecte fait encore remonter jusqu’au quatrième siècle presque tout le gros œuvre de l’édifice. (Mon. de l'Arch. chrét., p. 94). 11 n’excepte guère que les voûtes et les colonnettes engagées dans les parois extérieures des hémicycles qui, les premières à cause de leurs nervures saillantes, et les secondes à cause de leurs proportions très- sveltes, appartiennent manifestement au moyen-âge. Mais les colonnettes formant corps avec les murailles, on ne voit pas comment ces dernières pourraient dater du quatrième siècle, alors que les petits

Il ne faudrait point s’étonner d’ailleurs qu’une église en forme de croix,, sans bascôtés, put appartenir au quatrième siècle. L’ancienne basilique des Saints-Pierre-ell'aul, située près de Côme et dont les premières assises furent retrouvées sous le dallage de l’église postérieure consacrée à saint Abondio (voir plus loin la description des deux églises), cette basilique, disons-nous, qui date du quatrième ou du cinquième siècle, présente aussi, abstraction faite de ses dépendances, la forme bien accusée d’une croix*. En remontant un peu moins haut dans le passé, l’on observe encore la même disposition dans une grande église de Constantinople, vouée aussi aux saints Apôtres, que fit bâtir, au sixième siècle, l’empereur Justinien 2.

Sans accorder trop de valeur aux précédentes considérations, on peut trouver cependant qu’elles justifient d’une manière suffisante la haute antiquité, admise par tous les auteurs milanais, du plan cruciforme de Saint-Nazaire. Peut-être la question sera-t-elle tranchée, un jour, d’une façon positive, par la découverte de ce pavé en marbre africain, donne par Séréna, dont sans doute les débris gisent encore sous le sol. il est d’autant mieux permis de l’espérer que les fouilles de Saint-Ambroise à Milan, de Saint-Âbondio et Saint-Fidèle à Côme, ont fait reparaître des vestiges analogues, grâce auxquels on est renseigné sur la forme primitive de ces églises.

Eu tout cas, et nous terminerons notre étude par cette observation, les paroles de Landolf attestent que 1 église de Saint-Nazaire, telle qu’elle fût reconstruite après 1075, conserva sa précédente disposition. Or, ce fait, joint à l’exemple si remarquable de la basilique laurentienne, montre que le style lombard a pu s’adapter aisément a des plans de forme très-variée et d’une origine antérieure à sa propre formation.

cordons seraient d’un autre temps. Au reste, rien, à mon avis, ne permet de reculer sûrement plus loin que l’incendie de 1075 aucune des parties apparentes de l’édifice. Je ne saurais, sur ce point, me ranger à l'opinion de M. Hübsch.

1 Le plan de la basilique des Saints Pierre et Paul est teinté en gris pâle sur la planche 75.

* Vitet. Études sur l'histoire de l'art . I, p, 315 et 316.

SAINT-EUSTORGE A MILAN

L’église de Saint-Eustorge , l’une des plus renommées parmi les anciennes basiliques milanaises , passe pour avoir été fondée par l’évêque saint, Eustorge , son

patron, qui occupa la cbaire de Milan de ol5 a oui . Elle était fameuse au onzième siècle par les reliques des Rois mages ; mais, après la ruine de Milan par Frédéric Barberousse, les Allemands la dépouillèrent au profit de Cologne de ce dépôt trèsenvié. Remise en 1227 aux frères prêcheurs de Saint-Dominique, la basilique prit de nouveau une grande réputation, dont elle fut surtout redevable aux reliques du martyr dominicain saint Pierre de Vérone, assassiné en 1252. A partir de cet événement, donations et offrandes affluèrent au monastère ou à l’église. Le cimetière attenant, puis l’enceinte même de la basilique devinrent des lieux de sépulture très-recherchés, et bientôt ce zèle pieux amena la construction des chapelles funéraires, appartenant aux plus illustres familles, qui bordent l’église des deux côtés et donnent au flanc méridional un aspect si pittoresque. Plusieurs tombes remarquables subsistent encore. La plus intéressante, due à Balducci de Pise (1559), contient les restes de saint Pierre de Vérone. Cette tombe qui s’élevait d’abord au milieu de la nef, est maintenant placée sous la coupole d’une chapelle grandiose, bâtie au quinzième siècle derrière le chevet de l’église1 2 3.

L’église de Saint-Eustorge, simple basilique à trois nefs, mesure dans œuvre, non compris les chapelles et autres dépendances, environ 09 mètres de longueur et 25 mètres de largeur. La grande nef est large d’environ 12 mètres. Ces dimensions

1 Consulter surtout pour les renseignements historiques : Giulini, Sloria di Milano; Caffi, Illustrazione délia chiesa di S. Eustorgio , Milano, 1841 ; un opuscule anonyme intitulé Cenni Storici intorno alla basilica di S. Enstorgio, Milano, 1864; enfin Mongeri, L'arte in Milano. Milano, 1872.

2 On vient de retrouver sous le badigeon la décoration primitive de cette chapelle, décoration en stuc peint

extrêmement élégante, et qui mérite d’être citée parmi les principales curiosités de Milan.

SAINT-EUSTORGE A MILAN.

différent peu de celles que présente la basilique ambroisienne1. Quatorze piliers, dont sept de chaque côté, partagent les nefs en huit travées. Comme à Saint-Ambroise, l’abside principale est précédée d’un compartiment rectangulaire ; et la haute tribune qui occupe ces deux parties de l’édifice, surmonte une crypte dont le sol

affleure celui de l’église. La construction de la crypte et le transfert du chœur dans la tribune exhaussée datent seulement de 1557.

D’autres changements eurent lieu pendant le seizième siècle; l’architecture de 1 église et des chapelles fut travestie à la mode du jour, mais on ne toucha guère à

1 A Saint-Ambroise, la longueur et la largeur totales intérieures sont de 06”, 40, et 26”, 10. La largeur de la grande nef est d’environ 13ro,50.

l’ancienne construction qui fut seulement cachée sous la brique et le plâtre. La restauration entreprise en 1865 et terminée dix ans plus tard environ, vient delà faire reparaître. Elle appartient au style lombard comme du reste on pouvait s’y attendre d’après quelques chapiteaux laissés à découvert par les décorateurs du seizième siècle.

Cette construction est pleine d’irrégularités et d’incohérences que la vue perspective, donnée ci-dessus, montre assez complètement. Les quatre piliers, représentés sur le dessin appartiennent à la file de droite : ce sont les troisième, quatrième, cinquième et sixième à partir de la façade. Les deux premiers piliers sont pareils au troisième,, et le septième, principalement formé d’une grosse tige cylindrique, est la reproduction du cinquième. Du côté gauche, la disposition est la même. Par suite, les supports isolés sont de trois espèces. De chaque côté, d’abord, trois piliers à nervures, de proportions grêles et élancées, puis deux soutiens analogues, mais plus robustes et garnis d’un plus grand nombre de cordons, alternant avec des piles cylindriques surmontées de nervures à partir de la naissance des petits arcs doubleaux.

Ces derniers appuis sont terminés par de simples bandeaux que leurs sculptures désignent assez clairement pour des ouvrages de la fin du style lombard. Leur forme cylindrique elle-même les rapproche des piliers de la cathédrale de Plaisance, bâtie de 1122 à 1255 1 2 et de ceux de l’église abbatiale de Chiaravalle, reconstruite vers la fin du treizième siècle \ Pour ce double motif, on est tenté d’admettre que les supports en question doivent à quelque restauration leur contour circulaire. Et, comme les nervures de la partie supérieure émergent brusquement de la plate-forme du bandeau il semble que la restauration ait consisté dans l’application d’une enveloppe cylindrique contre un noyau plus ancien, d’abord cantonné de nervures sur toute la hauteur. Mais ce passage brusque d’un tronc circulaire à une tige cantonnée de nervures s’observe pareillement à l’église de Chiaravalle, où ces deux parties furent construites ensemble; en sorte qu’il reste douteux, jusqu’à meilleure information, s’il y eut, pour les piliers circulaires de Saint-Eustorge, reconstruction totale ou simple transformation.

La forme particulière et la structure plus grêle des trois premiers piliers de chaque

1 Fr. Osten. Die Bauwerke in der Lombardei, planches 20 et 21 .

2 Caffi. Dell’ abbazia di Chiaravalle in Lombardia, Milano, 1842. Aux exemples de la cathédrale de Plaisance et de l’église de Chiaravalle, M. Clericelti en ajoute quelques autres. Clericetti, Ricerche sulV architettura lornbarda, Milano, 1869, p. 63 et suiv.

SAIJN T-ETJSTORGE A MILAN

lile donne aussi matière à remarque. On a répété, sur la foi du chroniqueur Flamma, que les deux premières travées, qui sont plus étroites que les suivantes, formaient peut-être, avant le treizième siècle, un vestibule intérieur séparé de l’église par un mur1. Mais alors, le premier pilier se fut trouvé dans ce vestibule, le troisième étant situé dans l’église et, le second faisant corps avec la muraille interposée. Evidemment ces trois piliers, placés dans de telles conditions, n’eussent point été pareils, comme ils le sont. L’existence ancienne d’un vestibule intérieur paraît donc inadmissible, du moins pour l’édifice actuel, et la moindre amplitude des premières travées provient de quelque autre motif’.

En définitive, la forme différente des piliers tient à des restaurations ou reconstructions partielles, dont il serait difficile, à présent, de reconnaître les époques. La trace de ces remaniements est d’ailleurs très-visible partout. Elle apparaît dans la hauteur variable des nefs latérales et le relèvement des arcs longitudinaux jusqu’aux formerets des grandes voûtes ; dans le prolongement, au-dessus des anciens chapiteaux du premier rang, de celles des nervures qui aboutissent à ces arcs relevés ; dans la forme ogivale de quelques arcs ; dans la structure diverse des arcs, dont les uns, plus récents, sont bâtis tout en briques, tandis que les autres, plus anciens, renferment, comme à Saint-Ambroise, de nombreux claveaux en pierres disséminés parmi les briques; enfin, dans l’addition aux trois premiers supports de deux petits cordons et d’une tablette, sur lesquels prennent appui les arcs diagonaux des principales voûtes. Ces divers changements se rattachent évidemment à la construction des grandes chapelles latérales qu’on prit le parti d’ouvrir largement sur la maîtresse nef, à travers les bascôtés, et à l’établissement des voûtes d’arête, qui remplacèrent petit à petit, à partir du treizième siècle, l’ancienne couverture en charpente5. Ainsi, comme il arriva souvent, les bienfaiteurs de l’église contribuèrent le plus à sa ruine, soit par l’érection de vastes annexes, qu’il ne fut possible de bien relier à l’édifice qu’en défigurant son architecture, soit par des changements successifs et mal coordonnés, introduits à titre d’embellissements. En définitive, l’église de Saint-Eustorge a presque disparu sous les restaurations. Cette ancienne bâtisse n’est plus qu’un amas de pièces et de

' Caffi. S. Eustorgio , Cenni slonci, p. vm.

2 Examinant un cas analogue qui se rencontre à l’église de Saint-Savin en Poitou, Mérimée pense qu’il faut y voir l’intention plus ou moins réfléchie de conserver un souvenir du narlhex intérieur des premières basiliques chrétiennes. Mérimée, Études sur les arts au moyen âge, Paris, 1875, p. 71.

3 Mongeri. L'arte in Milano, p. 45.

morceaux, dont le pôle môle produit un misérable effet en dépit des souvenirs qui s'v rattachent.

Si l’on cherche à se faire une idée de la forme première de l’église, non de la forme primitive remontant au quatrième siècle, mais de celle qu’avait l’édifice lombard, dont il reste la carcasse effondrée, on ne peut guère y parvenir sans quelque incertitude. Ce devait être une basilique couverte en charpente où, sans doute, comme à Saint- Celse, les piliers s’unissaient à travers les nefs par des arcs doubleaux*. Les bas-côtés étaient probablement voûtés. Des galeries hautes les surmontaient, a ce qu’on prétend ; mais le fait est plus que douteux, car s’il avait existé de semblables galeries, leur toit se fut élevé jusqu’aux rampants de la façade qui est très-basse, et par suite une toiture à deux pentes eût couvert tout l’édifice, disposition fâcheuse pour l’éclairage, qui, dans une grande église couverte en charpente, n’avait aucune raison d’être et qu’on n’a jamais employée dans ce cas. La grande élévation des voûtes latérales qui, dans plusieurs travées, prennent leur naissance au même niveau que les maîtresses voûtes, aura fait croire, sans doute, à l’existence de galeries supérieures ; mais cette élévation, nous l’avons déjà dit, résulte d’un exhaussement fait après coup pour donner aux chapelles de spacieuses ouvertures sur l’église. Les chapiteaux placés aux naissances de ces arcs relevés datent du treizième ou du quatorzième siècle, excepté deux ou trois d’entre eux, qui sont des débris de provenance quelconque. S’il avait existé des galeries hautes, on 11’eùtpas manqué, sans doute, de réemployer leurs chapiteaux.

Les sculptures permettent peut-être d’éclaircir le mieux la question de date. En effet, les anciennes sont restées en place malgré l’exhaussement partiel des piliers; et l’on reconnaît de suite, à leur aspect général, au méplat des reliefs, et même au choix des compositions ou à la forme des ornements, qu’elles se rapprochent beaucoup des sculptures de l’atrium de Saint-Ambroise. La reconstruction lombarde de Saint-Eustorge semble donc remonter à la lin du neuvième siècle : disons cependant, pour n’être pas trop affirmatif en des questions aussi scabreuses, qu’elle pourrait n’avoir eu lieu qu’au siècle suivant.

Quelques parties de l’église appartiennent à des temps moins reculés. La façade devait être dans ce cas; mais il n’est plus possible, à cause de sa récente reconstruc-

1 Avant que le mur de façade n’eût été reconstruit, ce qui eut lieu de 1805 à 1865, on voyait sous le toit, contre cette muraille (j ai fait 1 observation en 1861) un ancien arc formeret plus eleve que les voûtes de la 'mande nef et paraissant appartenir à quelque système d’arcs transversaux préexistant à ces voûtes.

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tion. de lui assigner sûrement une date. Le campanile, tour carrée très-haute et très-robuste, ne fût bâti qu’au commencement du quatorzième siècle, de 1297 à 1309 l.

L’une des parties principales de l’édifice est, au contraire, plus ancienne que le corps de l’église lombarde. C’est l’abside avec le compartiment qui la précède. Comme à Saint-Ambi’oise, il y a séparation complète entre les maçonneries des murs droits aboutissant à l’hémicycle et celles des piliers engagés qui forment les tètes de ces murs. L’abside avec ses grandes fenêtres, seulement ébrasées vers l’intérieur, les pilastres qui subdivisent sa paroi extérieure et les profondes arcatures à double archivolte de son couronnement, est en tous points semblable à celle de Saint- Ambroise. La structure des maçonneries est aussi la même dans les deux absides. Evidemment des constructions qui se ressemblent autant doivent être à peu près contemporaines. Le chevet de Saint-Eustorge daterait donc du huitième siècle.

J1 reste à signaler une curieuse particularité mise au jour, en août 1869, par les travaux de restauration. Entre le dernier support disposé en forme de pilier engagé et le mur circulaire de l’abside, se trouve, de chaque côté de la grande nef, une arcade, autrefois bouchée, soutenue par des piédroits rectangulaires. A cette arcade succède, vers la nef, l’amorce d'un second arc, lequel est brusquement coupé par le pilier cantonné de nervures appartenant aux nefs. Ainsi, le chevet du huitième siècle paraît s’être continué par un vaisseau du même temps, où deux files d’arcades sur piédroits séparaient simplement la grande nef des bas-côtés. Cette disposition devait être fréquente avant que l’emploi du pilier cantonné de colonnes fût devenu habituel ; et d’ailleurs elle ne tomba jamais en désuétude, car l’on trouve des exemples de son emploi jusque dans la période finale du style lombard. De ce qui précède, il résulte, en définitive, que le vaisseau du neuvième ou du dixième siècle n’a pas immédiatement remplacé, sans doute, la construction primitive. Une reconstruction totale, dont porteraient témoignage l’abside et les murs attenants, paraît avoir eu lieu dans le cours du huitième siècle.

1 Caffi. S. Euslorgio. Cenni storici, pages ix et x.

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