‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 34 sur 112 · DIVERSES ÉGLISES DE STYLE LOMBARD A MILAN · texte numérisé non relu

DIVERSES ÉGLISES DE STYLE LOMBARD A MILAN

Parmi les nombreuses églises que possède la ville de Milan, beaucoup furent fondées avant le douzième siècle. De celles-ci, les unes appartiennent à l’époque lombarde, tandis que les autres, et c’est le plus grand nombre, remontent aux siècles précédents. Ces anciens monuments, les plus anciens surtout, furent exposés à toute sorte de périls, car, du cinquième siècle au douzième, Milan éprouva de fréquentes et terribles catastrophes, pillages, sacs, incendies, voire destructions presque totales. Les Huns en 452, etlesGoths en 539, lui infligèrent d’épouvantables désastres, dont elle fut très-longtemps à se relever. L’empereur Lambert la maltraita de nouveau en 897, à la suite d’une prise d’assaut. Plus tard, en 1102, Milan tomba aux mains d’un implacable ennemi, l’empereur Frédéric Barberousse, qui, pour en finir avec la turbulente métropole, l’abandonna aux cités voisines, avec commision de la détruire. L’ordre fut exécuté sans merci. Pavésans, Comasques, Crémonais, Novarais, Lodigiens s’acharnèrent à l’œuvre et par trois fois, paraît-il, revinrent à la charge. Les églises devaient être respectées ; mais, comme on employa le feu pour ruiner d’autres édifices, il est probable qu’elles souffrirent aussi quelques dommages : le fait est même connu positivement pour deux d’entre elles.

Quelques grands incendies joignirent leurs effets destructeurs à ceux des guerres et des invasions. Nous avons déjà cité ceux de 1070 ou 1071 et de 1075, qui consumèrent les basiliques laurentienne et nazarienne avec beaucoup d’édifices sacrés. Au commencement du douzième siècle survint une nouvelle ère de sinistres. Les incendies étaient fréquents, comme l’on voit; et les siècles antérieurs à l’an mil n’en comptèrent sans doute pas moins que l’époque suivante, dont l'histoire est mieux connue.

11 serait extraordinaire qu’une telle succession de désastres eût épargné même une seule des primitives basiliques milanaises. Aussi paraissent-elles avoir été toutes

DIVERSES ÉGLISES DE STYLE LOMBARD A'JllLAN. reconstruites, et cela précisément à l’époque où florissait l’architecture lombarde ; si bien que, vers la fin du douzième siècle, les églises de Milan devaient, en général, comme Saint-Ambroise, Saint-Laurent, Saint-Nazaire, appartenir à cette architecture.

Mais on continua, par la suite, de transformer et de détruire. De nouveaux besoins, le goût du changement, parfois le désir de faire plus grand et plus beau, ou cèlui d'habiller les édifices à la mode du jour, causèrent aux églises lombardes presque autant de dommages qu’en avaient fait subir aux anciennes basiliques la fureur des hommes et les ravages du feu. On a pu voir, par les exemples des églises précédemment étudiées, combien la Renaissance et l’époque suivante leur infligèrent de mutilations. Ce n’est que depuis peu d’années, que les travaux faits dans ces monuments améliorent leur état au lieu de l’aggraver. Outre ceux que nous avons décrits, la cité milanaise en compte encore plusieurs autres, où la structure lombarde apparaît plus ou moins au dehors, mais dont l’intérieur est en général complètement défiguré. Nous allons consacrer une courte notice à celles de ces églises qui présentent de l’intérêt, et nous commencerons cette revue par les deux anciennes cathédrales, bien qu’elles soient depuis longtemps détruites.

Sainte-Marie-Majedre et Sainte-Tècle, anciennes cathédrales. — Milan avait autrefois deux cathédrales, dont l’une, Sainte-Marie-Majeure, était officiée durant l’hiver, tandis que la seconde, Sainte-Tècle, servait pendant l’été. Nous avons déjà dit (p. 46) que Brescia eut aussi deux cathédrales, et nous verrons plus loin que Pavie était dans le même cas. A Milan, cet usage paraît s’être introduit dans les premières années du neuvième siècle *. Les deux cathédrales y étaient fort vastes et d’une grande richesse pour leur temps. Sainte-Tècle, ruinée une première fois par l’incendie de 1075, fut rasée en 1 547.

Sainte-Marie-Majeure était la principale église de Milan. Reconstruite peut-être dès le neuvième siècle, elle fut certainement rebâtie ou restaurée vers la fin du onzième, après le terrible incendie de 1075, qui amena la perte de l’autel, formé, comme celui de Saint-Ambroise, par des lames en métaux précieux. En J 162, Frédéric Barberousse fit renverser le campanile à cause de son élévation et de la force de ses murailles. C’était, disent les contemporains, la plus haute tour de la Lombardie. Soit

1 Giulini, t. I, p 95. Le même auteur nous a fourni les documents historiques donnés plus loin.

fait exprès, soit hasard, elle s’écroula sur l’église, dont une partie fut jetée par terre. Selon Flamma, les dames milanaises, illustres dès alors par leur patriotisme, auraient vendu leurs bijoux pour réparer ce désastre, et le pape Urbain III, qui était archevêque de Milan avant d’occuper la chaire de Saint-Pierre, aurait aussi contribué à la restauration de son ancienne cathédrale.

Giulini reproduit un dessin de la vieille façade1, qui fut démolie seulement en 1682, alors que le restant de l’église avait été renversé trois siècles plus tôt, pour faire place au dôme actuel. Si l’on en juge par ce dessin, la laçade en question, bâtie sans doute après le désastre de 1162, aurait conservé, malgré d assez graves retouches, plusieurs traits essentiels de son ordonnance première. Le petit porche, soutenu par deux colonnes, qui précédait la porte principale, paraît, à la vérité, dater de la Renaissance; mais il a pu remplacer, un édicule de même forme, semblable à ceux que possédaient ou possèdent encore un certain nombre d’églises lombardes, telles que les cathédrales de Plaisance, Parme, Modène, et plusieurs églises de Vérone. Cette conjecture tire quelque appui du fait, mentionné expressément par les récits contemporains, que les images sculptées dont le pape Urbain 111 orna son ancienne cathédrale étaient surtout des lions et des griffons, c’est-à-dire les animaux qu’on avait alors coutume de placer à l’entrée des églises, sous les colonnes des porches. Or, parmi les monuments lombards qui subsistent encore, soit à Milan, soit dans les territoires voisins, il n’en est aucun où l’on reconnaisse l’existence présente ou passée d’un de ces auvents, soutenus par deux colonnes, qui se rencontrent souvent dans les régions de la Cisalpine plus rapprochées de l’Adriatique. A cet égard donc, l'ancienne cathédrale de Milan fit exception peut-être, et ce qu’on peut savoir de son portail méritait d’être signalé.

Saint-Georges al palazzo. — Cette église, dont l’origine remonterait, dit-on, au commencement du huitième siècle’, doit son surnom au voisinage d’un ancien palais qui datait peut-être de l’époque romaine. Une consécration faite eh 1129 donne lieu d’admettre que l’édifice venait alors d’être rebâti, d’autant plus que le gros œuvre de la construction, modifié ou revêtu seulement aux seizième et dix-huitième siècles, est unou vrage de l’époque lombarde. Du côté du chevet, plusieurs piliers laissent voir leur formes anciennes, et même d’anciennes sculptures, dont l’aspect ne contredit en rien la date que paraît annoncer la consécration de 1 129.

1 Giulini, t. II, p. 689. — ! IJ., t. III, p. 187.

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