‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 35 sur 112 · DIVERSES ÉGLISES DE STYLE LOMBARD A MILAN · texte numérisé non relu

DIVERSES ÉGLISES DE STYLE LOMBARD A MILAN

La structure de l'édifice était la même que celles de Saint-Ambroise et de Saint-Celse. Des piliers alternativement plus forts et plus faibles séparaient entre elles les trois nefs, de manière à former partoutdes travées à peu près carrées, deux fois plus nombreuses pour chaque collatéral que pour la grande nef. Cette disposition, la plus ancienne qu’on ait adoptée dans les églises lombardes voûtées, serait ainsi, d’après le témoignage fourni par Saint-Georges al palazzo, restée en usage, au centre même de la Lombardie, jusqu’au commencement du douzième siècle.

L’ancienne porte principale, transportée près du chevet, dans la dernière petite travée du côté gauche, est encore bien conservée. Les sculptures qui la décorent, plus fines que celles des chapiteaux intérieurs, ont de l’analogie avec les ornements sculptés sur la porte de Saint-Celse.

Saint-Babil*. — L’église de Saint-Babila, dédiée aussi à saint Bomain et appelée primitivement ad concilia sanctormn, passe pour l’une des plus anciennes de Milan. Jean-Galéas Visconti, qui lui portait une dévotion particulière, la restaura en 1587 *. Plus tard on y fit de nouveaux changements auxquels elle doit son aspect moderne. Mais ces modifications n’ont été que superficielles, et les chapiteaux anciens, restés visibles sur quelques points, notamment au pilier de la chaire, montrent que l’église, rebâtie dans le style lombard, a conservé la structure qu’elle reçut à cette époque. On retrouverait des piliers cantonnés de colonnes sous les parements des supports actuels.

La sculpture de deux chapiteaux, restés apparents, marque une période avancée du style lombard, et la disposition de l’édifice donne, sur sa date probable, la même indication. Tous les piliers sont pareils et la grande nef compte autant de travées que les bas-côtés. L’amplitude de ces travées n’est point la même partout. Dans les trois premières, à partir de la façade, les compartiments du vaisseau central sont à peu près carrés, ceux des petites nefs se trouvant alors barrelongs, tandis que la cinquième et dernière travée, beaucoup plus étroite que les premières, offre une disposition inverse : les divisions collatérales, de forme carrée, y comprennent entre elles, sur la grande nef, un compartiment rectangulaire. Quant à la quatrième travée, elle offre un moyen terme entre les trois premières et la cinquième : les trois compartiments y sont des rectangles’. Le fait que les piliers sont tous égaux et que

1 Giulini, t. V, p. 714.

a Le plan de Sainle-Julie de Bonate (voy. pl. 72) offre une disposition analogue : seulement les travées plus étroites, au nombre de deux comme à Saint-Babila, au lieu de confiner au chevet, sont voisines de la façade.

la grande nef compte autant de travées que les bas-côtés ne suffit point, à lui seul, pour désigner une époque ; mais la forme particulière des trois premières travées donne, au point de vue chronologique, un renseignement significatif. Nous verrons plus loin que cette forme, très-fréquente en Italie dans les édifices du bas moyen âge, n’a commencé de venir en usage que pendant la période finale du style lombard. Par suite, la reconstruction de Saint-Babila daterait seulement du douzième siècle.

Saint-Calimère. — L’église de Saint-Calimère, l’une des plus anciennes de Milan, fut bâtie, parait-il, sur le lieu même où l’évêque dont elle porte le nom, souffrit le martyre. L’édifice actuel, revêtu à l’intérieur d’une décoration moderne, date de l’époque lombarde. Nous en donnons le plan ci-contre, afin surtout de confirmer, par ce nouvel exemple, que le style lombard s’est prêté, spécialement dans la ville de Milan, aux dispositions les plus diverses.

L’église se compose d’une nef unique, partout de même largeur, que termine une grande abside. Elle est divisée par des arcs doubleaux et de vigoureux appuis, formant éperons intérieurs et extérieurs, en cinq travées couvertes par des voûtes d’arêtes sans nervures. Les quatres premières travées, disposées sur plan barrelong, sont à peu près moitié aussi longues que larges. La dernière, qui s’approche du carré, forme la tribune conjointement avec l’abside. On y monte par cinq marches, tandis que deux escaliers latéraux conduisent à une crypte, aujourd’hui profondément enterrée, qui occupe tout l’espace couvert par la tribune.

La disposition générale du plan n’a rien de remarquable. Déjà nous l’avons rencontrée à Saint-Pierre de Civate et nous la retrouverons à Saint-Lazare de Pavie. Mais ces deux derniers édifices étaient couverts en charpente au lieu que Saint- Calimère nous offre le même type accommodé pour recevoir des voûtes ; circonstance fort rare dans les monuments que nous étudions et dont nous n’aurons l’occasion de citer aucun autre exemple.

Les renseignements font défaut sur la question de date; aucun ornement sculpté n’est demeuré visible. On ne peut donc se guider que d’après la structure de l’édifice

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et le mode de construction des maçonneries anciennes, qui apparaissent à l’extérieur dans les parties hautes des murailles. Ces deux éléments d’appréciation fournissent heureusement des indices assez significatifs et concordant entre eux ; car le fait des tiavees barrelongues et la beauté de l’appareil en brique annoncent également bien le douzième siècle. Peut-être faut-il assigner à l’abside une date plus reculée à cause de sa ressemblance avec les absides de Saint-Ambroise et de Saint-Eustorge. L’état actuel du monument ne nous a point permis d’avoir à ce sujet une opinion arrêtée.

Sainte-Marie de Brera. — Cette église, qui sert à présent de musée archéologique, remonte aux premières années du treizième siècle. Mais la vieille façade, maintenant détruite, dont le précieux livre de Giulini, reproduit le dessin1, ne pouvait pas dater d aussi loin. Ce devait être un ouvrage du quatorzième siècle, et précisément l’histoire parle d une reconstruction ou réfection opérée en 1362. Au contraire, les piliers ronds que 1 on voit au fond de l’édifice, surmontés pour la plupart de chapiteaux à pesantes figures d animaux, datent certainement de la construction primitive. Ce sont eux qui donnent encore de l’intérêt aux vestiges de Sainte-Marie de Brera à cause de 1 authenticité de leur témoignage sur l’état de la sculpture lombarde au commencement du treizième siècle. La forme circulaire des appuis mérite aussi d’être remarquée.

Saint-Jean in conca. — L’église de Saint-Jean in conca, d'une origine très-reculée, sert aujourd hui de magasin. Mise en 1613 à la mode du jour, elle n’a conservé de son ancienne architecture que la façade, où l’on reconnaît sans difficulté les caractères du style lombard le plus avancé.

Saint-Etienne in brolio ou alla vuota. — Cette ancienne basilique, fondée, paraît-il, au cinquième siècle, lut ruinée par 1 incendie de 1075*, puis rebâtie dans le style lombard. De nouveaux travaux, entrepris a la fin du dixième siècle, la transformèrent complètement, à l’exception d’un portique frontal, qui ne fût démoli qu’au dixseptième siècle. On voit encore, sur la place qui précède l’église, le pilier d’angle de ce portique : c’est tout ce qui apparaît de la construction lombarde.

1 Giulini, t. 1Y, p. 519.

* Id., t. II, p. 1)07.

Saint-Satyre. — L’église de Saint-Satyre, bâtie, à ce qu’on prétend, par l’archevêque Anspert, dans la seconde moitié du neuvième siècle1, fut reconstruite au quinzième siècle. On n’y voit plus rien d’ancien que le campanile et une petite chapelle trèscurieuse, dont la Renaissance n’a modifié que certaines formes secondaires. Une coupole d’environ trois mètres de diamètre, portée sur des trompes dans les angles et maintenue latéralement par de robustes arcs en berceau, repose, suivant une disposition favorite de l’architecture bysantine, sur quatre colonnes détachées de l’enceinte. Des niches et la porte d’entrée occupent le fond des berceaux. Quelques chapiteaux et deux fûts de colonnes sont de provenance antique.

On ne comprend guère le rôle que pouvait jouer dans une église lombarde un pareil édicule, qui forme à lui seul un temple complet. Notons qu’il ne fait partie de l’église de Saint-Satyre qu’à titre d’annexe, rattachée et non liée au corps de l’édifice, et qu’aucun document n’attribue positivement sa fondation à l’archevêque Anspert. Aussi, prenant surtout en considérat ion le caractère bysantin si prononcé de 1 architecture, émettons-nous l'avis que la chapelle de Saint-Satyre pourrait être de quelques siècles plus ancienne qu’on ne le pense communément’.

Saint-Simflicien. — Cette basilique, l’une des plus anciennes et des plus considérables de Milan, a subi diverses vicissitudes depuis sa fondation. L’édifice actuel est en forme de croix, avec trois nefs, coupées par un transept très-saillant, qui se compose de deux nefs jumelles séparées par une file de piliers. Toutes les voûtes ont leur naissance à la même hauteur et les arcs sont légèrement pointus. Suivant M. Mongéri. qui a fait une étude très-complète de Saint-Simplicien ”, la basilique primitive aurait été remplacée par une église lombarde à trois nefs, couverte en charpente, que sans doute au treizième siècle, les Clunisiens ses possesseurs auraient modifiée par l’addition du transept à double nef et l’exhaussement des voûtes collatérales ; dispositions insolites et singulières, qui font de cet édifice un sujet d’étonnement pour le visiteur.

Une restauration malheureuse, faite- en 1841, a fort endommagé l’intérieur de l’église; mais la façade, restaurée seulement en 1870, a bien conservé son caractère

' Giulini, T, p. 285.

2 Tel est aussi l’avis de Dübsch, qui a publié le plan et la coupe de la chapelle de Saint-Satyre, ainsi que le dessin d’un chapiteau. Hübsch, Monuments de l'architecture chrétienne , traduit de l’allemand par M. l’abbé Guerber, Paris, 1866.

5 Mongéri, Varie iv. Milano, p. 67 et suivantes.

DIVERSES ÉGLISES DE STYLE LOMBARD A MILAN lombard. Des arcs formerets, encastrés dans cette façade avec la même disposition quà l’église pavésane de Saint-Pierre in ciel d’oro (voy. pl. 65), annoncent qu’un vestibule extérieur fut au moins projeté. On sait combien la construction de ces vestibules entrait dans les habitudes de l’ordre de Clunv.

On nous a raconté que, lors de la restauration récente de Saint-Michel-Majeur, des ouvriers, occupés à percer à sa base l’un des gros murs du transept septentiional, découvrirent une pièce de monnaie dans l’épaisseur de la maçonnerie. N’y attachant aucune valeur particulière, ils l’employèrent à leur dépense. Elle disparut ainsi ; et, avec elle, s’est peut-être perdue l’occasion d’apprendre la date précise de Saint-Michel. II y a là, pour les archéologues, le sujet d’un vif regret, car dans l’absence presque complète de documents sur l’âge des églises lombardes antérieures au douzième siècle, quelques dates certaines lèveraient bien des difficultés. La date de Saint-Michel offrirait même un intérêt exceptionnel, en raison de l’importance du monument et des discussions dont il fut l’objet. Presque tout ce qu’on a dit sur le style lombard s’est dit à propos de Saint-Michel : chaque système y a pris son fondement et chaque auteur y a, pour ainsi dire, planté son drapeau. Faisons d’abord connaître, par une analyse succincte, les anciens documents historiques et les opinions de nos devanciers. Ensuite nous décrirons le monument et donnerons notre avis sur la question de date.

Documents Historiques. — Un passage de Paul Diacre fait connaître que, dès le règne de Grimoald (662-671), une église, dédiée à saint Michel, existait dansPavie* Le même auteur mentionne de nouveau cette église à l’époque du roi Luitprand (712- 744)’. Dans les deux cas, Saint-Michel est cité pour avoir servi d’asile, contre la colère royale, à des fugitifs échappés du palais.

Un diplôme de 902, donné par l’empereur Louis II, finit en ces termes : Congregatis îicinum in ecclesia beati Michaeln archangeli, gux dicitur major etc. 5 C’est à l’église dont

1 Pauli Diaconi, De gestis Longobardorum , lib. Y, cap. ni.

4 ld., lib. YI, cap. u.

3 Robolini, Notizie appartenenti alla storia délia sua patria, Pavia, 1823-1852, vol. II, p. 51.

nous faisons l’étude que s’applique cette dénomination de major, restée en usage par la suite : elle la distingue de plusieurs autres églises vouées à saint Michel dans la ville de Pavie 1 2 3 4 5 6 7

En 924 survint un effroyable désastre. Les Hongrois s’emparèrent de Pavie qu’ils mirent à sac et livrèrent aux flammes. Selon Luitprand et Frodoard, chroniqueurs contemporains, presque tous les habitants furent massacrés, 45 églises furent brûlées, et de la ville, naguère florissante, il ne resta qu’un monceau de ruines*. Le palais royal ne fut point épargné, car un diplôme de 935 le donne pour fraîchement reconstruit’. Ce palais touchait à l’église Saint-Michel-Majeur*; et la contiguïté des deux édifices, jointe à la circonstance d’un asile deux fois offert par une église de Saint- Michel à des fugitifs échappés du palais, est le fondement sur lequel on s’appuie pour reconnaître Saint-Michel-Majeur dans l’église vouée au saint Archange dont parle Paul Diacre.

Plusieurs rois d’Italie furent couronnés à Saint-Michel : Bérenger et son fils Adalbert en 950 ; Hardouin, marquis d’Ivrée en 1002 ; Henri II de Bavière en 1004. Le fait est contesté pour Hugues, duc de Provence, élu roi d’Italie en l’année 926 *.

Peu de jours après le couronnement de Henri II, en 1004, un terrible incendie sévissait de nouveau dans Pavie ' et, sans doute, dévastait encore le palais royal, car Henri II commanda aux Pavésans de le restaurer. L’ordre ne fut donné qu’en 1015 ; et comme dans l’intervalle, ce palais, dont le sort nous intéresse à cause de sa contiguïté avec Saint-Michel, fut habité par Hardouin, compétiteur de Henri, il faut croire que les flammes ne l’avaient pas détruit, mais seulement endommagé ’. Au reste, les habitants de Pavie le rasèrent quelques années plus tard, en 1024 8, par haine de l’Empereur qui venait de mourir. Depuis cette époque, Pavie cessa d’être la capitale, et les souverains se firent couronner soit à Saint-Ambroise de Milan, soit à Monza, excepté

1 Au commencement du quatorzième siècle, on en] comptait quatre à l’intérieur des murs et une dans les faubourgs d’après l’énumération faite par l’auteur anonyme des Louanges de Pavie. Robolini, Storia di Pavia , vol. IV, part. II, p. 114 et suiv.

2 Robolini, Storia di Pavia, vol. II, p. 57

3 Id., vol. II, p. 65.

4 Cela résulte clairement d’un diplôme de 1008 ou 1009, donné par le roi Hardouin et qui se termine ainsi : « In palalio juxta ecclesiam sancti Michaelis » Robolini, vol. II, p. 96.

5 Voir Muratori, Annali d'Italia, à l’année 926 et Giulini, Storia di Milano, 1. 1, p. 468.

6 Robolini, vol. II, p. 91 et 98.

7 Id., vol. n, p. 93 et 96.

8 Voir à l’année 1024, Muratori, Annali d'Italia ; Giulini, Storia di Milano; Robolini, Storia di Pavia.

Frédéric Barberousse, que l’hostilité des Milanais ramenait une dernière lois, en 1155, sous les voûtes de Saint-Michel-Majeur.

On est mal renseigné sur la condition du clergé qui possédait anciennement Saint- Michel. Y eut-il primitivement des moines, comme paraît l’indiquer la désignation monasterium d’abord en usage. Mais le terme en question s’appliquait aussi à des prêtres séculiers vivant en commun.

Toutefois, l’existence de la collégiale n’est positivement attestée que par un document des premières années du douzième siècle. Dès cette époque, le prévôt de Saint- Michel était, après l’évêque et le prévôt de la cathédrale, le principal dignitaire ecclésiastique du diocèse de Pavie *.

Opinions exprimées sur la date de Saint-Miciiel. — Nous venons de produire les seuls renseignements d’ancienne date qu’on ait donnés sur l’église de Saint-Michel. Ils témoignent, avec un suffisant degré de certitude, que sa fondation remonte au moins au septième siècle ; et l’on reconnaît d’ailleurs, à première vue, que ni les Romains, ni les Goths, ni les Grecs n’ont bâti l’édifice actuel, le seul qui nous intéresse. Aussi ne nous arrêterons-nous point à citer, encore moins à réfuter les auteurs qui, livrant carrière à leur imagination, se sont plu à reculer, au delà de l’époque longobarde, l’origine de Saint-Michel-Majeur. Commençons par Séroux d’Agincourt, qui assigne pour date, au monument actuel, cette dernière époque*.

L’opinion de Séroux d’Agincourt a son point de départ dans l’idée que les Longobards exercèrent une influence sur l’architecture des provinces conquises par leurs armes; car ce fait qu’il existait au septième siècle, dans le même emplacement qu’aujourd’hui, une église dédiée à Saint-Michel, ne prouve nullement que l’édifice actuel soit encore celui du septième siècle.

Plus tard, Cordero di San Quintino exprime un avis tout différent, qu’il motive par de longues et sérieuses considérations 5. Suivant cet auteur, les terribles incendies de 924 et 1004 ont dû ruiner de fond en comble le monument primitif; et, quant à l’église actuelle, si l’on compare son architecture, d’un côté, avec celle de quelques édifices attribués aux Longobards, et, d’un autre côté, avec celle des monuments bâtis

' Robolini, vol. II, p. 215 et suiv. vol. III, p. 355.

a Séroux d’Agincourt. Histoire de l'art par les monuments , Paris, 1823, t. I, p. 59, t. IV, planche 24.

Cordero di San Quintino — Dell italiana architettura durante la dominazione longobarda — Brescia, 1829, p. 28 et suiv.

en Italie et dans les contrées voisines depuis la fin du dixième siècle, on se trouve conduit à la ranger parmi ces derniers. Le savant archéologue va même jusqu’à fixer la date de Saint-Michel entre le milieu du onzième siècle et le milieu du douzième.

M. Vitet, qui fit connaître en France l’étude de San Quintino, en adopta les conclusions relativement à saint Michel1. Tel fut aussi l’avis de M. Odorici, le savant illustrateur de la cathédrale de Parme et des monuments brescianais du haut moyen âge.

Par contre, dans le même temps où San Quintino reportait aux environs de 1100 la date de Saint-Michel-Majeur, G. et II. Sacchi, ses émules dans le concours proposé par l’Académie de Brescia, ne font aucune difficulté d’accepter la date admise par d’Agincourt1 3 4; mais leur opinion se trouve appuyée sur de tels arguments qu’elle tombe en quelque sorte d’elle-même.

Vers la même époque, l’historien pavésan Robolini avait suivi d’abord l’opinion de Séroux d’Agincourt5; mais l’ouvrage de San Quintino, qui présentait la question sous un nouveau jour, le lit changer d’avis, ainsi qu’il l’avoue avec autant de modestie que de bonne foi. Bans son quatrième volume, composé de deux parties, parues en 1850 et 1852 *, il admet que la fondation de Saint-Michel Majeur, tel qu’il existe aujourd’hui, ne saurait remonter à l’époque longobarde ; mais il se sépare ensuite de San Quintino en fixant vers le milieu du dixième siècle la date probable de l’église, dont il attribue la reconstruction à l’évêque Luitfroid (945-971).

Reprenant ce sujet déjà très-débattu, M. Léonce Reynaud sut en raviver l’intérêt. L’étude du monument le conduisit à proposer un nouvel avis fondé sur l’interprétation de faits positifs, qui, visibles à tout venant, n’avaient encore été signalés par personne. Trois constructions distinctes apparaissent sur les parois extérieures de l’édifice (voy. pl. 52). La première, formée par un calcaire noirâtre, existe principalement autour de l’abside et sur le front méridional du transept, sur une hauteur de trois à six mètres à partir du sol. La seconde, d’un brun jaunâtre, composée d’une pierre à moitié calcaire, à moitié siliceuse, dite arenaria, occupe la presque totalité des parements de l'enceinte. Enfin la troisième, annoncée par des briques, se

1 Vitet. De l'architecture lombarde. Paris 1830. Inséré dans le volume II des Etudes sur l'histoire de l'art.

2 Sacchi. Antichità romantiche d'Italia — Milano, 1828, p. 39 etsuiv.

3 Robolini, vol. I, (1823) p. 144 et suiv. et vol. III (1828) p. 296 et suiv.

4 Robolini, vol. IV, P. I, p. 3 etsuiv. et vol. IV, P. II, p. 27 et suiv.

montre en haut des murailles. M. Reynaud fait observer que le passage de chaque construction à la suivante, n’a point lieu par assises, mais par échelons irréguliers, « ce qui éloigne toute idée d’un parti pris pour une construction exécutée d’ensemble, et indique clairement des reconstructions survenues à la suite de désastres ». Et il conclut en ces ternies : « On lit donc très-nettement, sur le monument lui-même, les phases successives par lesquels les malheurs des temps l’ont fait passer. A la base du transept et de l’abside, les restes d’une construction antérieure aux désastres de 924; au-dessus et sur tout le développement de la nef, la construction qui les a suivis; au sommet, les travaux nécessités par l’incendie de 1004 *. »

Il serait vain d'opposer à cette interprétation le témoignage des anciennes chroniques qui mentionnent en 1004, comme en 924, la complète destruction de Pavie. Outre que ces récits ne disent rien de Saint-Michel-Majeur, on doit les tenir pour fort exagérés. Ainsi, le chroniqueur Luitprand, après avoir fait du désastre de 924 l’horrible tableau que nous avons retracé plus haut, parlant de l’état où se trouvait Pavie 20 ans plus tard, raconte que cette ville était alors très-belle et très-prospère, et il ajoute que, si ce n’était l’avantage de posséder les reliques des Apôtres, Rome ellemême ne lui se.rait pas supérieure*. D’autre part, le moine Jonas rapporte que le corps de saint Colomban, transporté en 950 de Bobbio à Pavie, fut momentanément déposé, par ordre du roi Hugues, dans l’église de Saint-Michel-Majeur \

Quant à l’incendie de 1004, il semble avoir été moins grave que le précédent, car un diplôme, publié par Muratori, prouve que le roi Henri, dont le couronnement fut l’occasion de ce désastre, se trouvait encore à Pavie quelques jours après la cérémonie*. On sait aussi que le palais royal, voisin de Saint-Michel, fut alors seulement endommagé. Enfin, dans un acte d’échange du mois de septembre 1005 % l’église de Saint- Michel-Majeur est mentionnée sans commentaires, ce qui permet de supposer qu’elle ne venait point d’être détruite.

Ainsi, les anciennes chroniques ne doivent pas être prises au pied de la lettre ; et leur témoignage, accepté tel quel par San Quintino, ne saurait être invoqué sérieusement contre l’opinion de M. Reynaud.

Tandis que l’auteur du Traité d’architecture se contente d'affirmer que la partie

1 L. Reynaud. — Traité d'architecture. 4a édition. Paris 1878, vol. II, note A sur l’architecture lombarde.

i Giulirti, t. I, p. 459.

3 Robolini, vol. II, p. 61 et 62.

4 /rf., vol. II, p. 92.

5 ld., vol. II, p. 94.

la plus ancienne du monument est antérieure à 924, MM. Carlo et Siro dell’Acqua, qui se sont voués avec autant de zèle que de succès à restaurer et illustrer Saint-Michel1 2, paraissent incliner, avec quelques restrictions, vers le système de Séroux d’Agincourt.

Description de l’église. Disposition dû tlan 3 4. — Le plan de l’église (voy. pl. 48), offre la forme d’une croix dont la branche horizontale est très-développée, grâce à la forte saillie des transepts. Les nefs, au nombre de trois, sont assez courtes. Celle du milieu n’a que deux travées, tandis que chaque bas-côté en possède quatre, par suite des subdivisions qu’établissent de petits piliers, intercalés entre les gros supports. Le chevet présente une notable étendue qu’il doit à la travée mise en avant de l’abside. Son pavé s’élève de la hauteur de quinze marches au-dessus de celui de l'église1, surmontant une crypte spacieuse. Des galeries hautes couvrent les bas-côtés et reproduisent exactement leurs dispositions. L’église n’a qu’une abside, car on ne saurait appeler de ce nom les niches pratiquées dans les murs des transepts. Ces niches, rectangulaires ou semi-circulaires, paraissent aussi anciennes que l’édifice : elles évident profondément les murailles, et l’une d’elles s’enfonce même jusque dans la base d’un contre-fort. La dernière du côté gauche, en forme d’hémicycle, contient un gracieux baptistère moderne, composé par le professeur Vergani.

A peine est-il besoin de faire observer que les quatre chapelles, ouvertes sur les bas-côtés et limitées à l’extérieur par des murailles teintées en gris sur le plan, furent ajoutées après coup. On les a maintenues sur le dessin parce que la restauration récente du monument ne les a point fait disparaître. Pour représenter l’état primitif, il faudrait faire courir les murs latéraux en droite ligne depuis la façade jusqu’aux transepts \

Le campanile situé à gauche, contre la face orientale du transept, est aussi une

1 Carlo dell'Acqua. Memoria slorico-descrittiva dell' insigne basilica di San-Michele maggiore di Pavia , ï’avie, 1 8o2. Une deuxième édition, corrigée et considérablement augmentée, fut publiée en 1875.

2 Les dessins de Saint-Michel ont été publiés par d’Agincourt. Histoire de l'art par les monuments. Paris, 1825, t. IV, pl. 24; par Voghera. Aniichilà Pavesi. Pavia, 1825-21), et par M. L. Reynaud, Traité d' Architecture, vol. H, Paris, 1858.

3 Nos dessins gravés et publiés bien avant l’abaissement, fait en 1875, du pavé de l’église à son niveau primitif indiquent seulement 15 marches à l’escalier de la tribune.

4 La restauration de Saint-Michel, commencée en 1860, s’est poursuivie jusqu’en 1875. Le 14 mars 1876 eut lieu l’inauguration solennelle de l’église restaurée. Les travaux, entrepris par le conseil de fabrique, ont été dirigés successivement, de 1860 à 1864, par M. le professeur Vergani, et de 1864 à 1876, par M. l’ingénieur Siro dell’Acqua. Ces travaux, conduits avec beaucoup de prudence et de goût, ont coûté une centaine de mille francs. Pour plus de renseignements à leur sujet, consulter : Carlo dell’ Acqua. Memoria slorico-descrittiva di S. Michèle maggiore , 2e édition, Pavie, 1875, ainsi que le compte rendu de l’inauguration, publié à Pavie en 1876.

adjonction. Cette tour, qui repose par deux côtés sur les murailles de l’église, penche fortement vers le nord, à cause du tassement plus prononcé des parties fondées immédiatement sur le sol. Elle remonte sans doute au commencement du treizième siècle.

Les principales dimensions du plan sont les suivantes :

Longueur totale intérieure . 52 17

Longueur des nefs . 28 54

Largeur totale au transept . 34 72

Largeur totale moyenne des nefs . 25 50

Largeur moyenne de la grande nef . 1010

Largeur moyenne des bas-côtés . 5 60

Largeur moyenne des transepts . . 9 50

Un coup d’œil jeté sur ce plan suffît à faire reconnaître l’irrégularité de la construction. Murs et piliers sont mal alignés; le vaisseau central s’élargit au delà des nefs en s’inclinant à gauche; le transept n’est pas perpendiculaire aux nefs; les espacements des piliers sont très-inégaux ; en un mot, le tracé de l’édifice témoigne d’une grande maladresse chez ses constructeurs.

Un autre caractère du plan consiste dans la remarquable vigueur de ses formes. Les pleins y sont extrêmement développés, au point que tous les autres plans d’églises lombardes paraissent greles en comparaison.

Signalons encore le grand nombre des portes monumentales aux larges ébrasements couverts de sculptures. On en compte trois sur la façade, une quatrième sous le pignon nord du transept, et une cinquième, la plus riche, dans la quatrième travée du bas-côté droit. La sixième grande porte, qui fait pendant à cette dernière, est beaucoup moins ornée que les cinq autres.

Escaliers et passages pratiqués dans les murs. — Pour achever de décrire le plan, il reste à parler des escaliers et des couloirs, pratiqués dans l’épaisseur des murs, qui conduisent aux galeries supérieures ainsi qu’à d’autres parties hautes du monument. Ces escaliers, symétriquement établis par rapport à l’axe longitudinal, sont au nombre de deux, qui prennent leurs points de départ dans les murs latéraux, près du portail. Après un retour d’équerre, ils se poursuivent dans l’épaisseur du mui de

laçade, conduisant chacun à l’une des galeries hautes et se rejoignant par un palier à la hauteur des fenêtres géminées (voy. pl. 50 et 51). Sur le couloir qui s’étend ainsi tout le long du portail, sont embranchés, dans l’épaisseur des contre-forts avoisinant la maîtresse porte, deux petits escaliers à vis qui conduisent aux arcatures du couronnement ainsi qu’aux toitures.

La galerie extérieure de l’abside se poursuit, dans les murs droits de la tribune, par deux couloirs, qui débouchent dans les transsepts à environ 7m,75 au-dessus du sol (voy. pl. 49). Chacune de ces issues a pour seuil une grosse pierre qui fait saillie sur le parement de la muraille ; et vis-à-vis, de l’autre côté du transsept, se trouve, à l’extrémité de chaque galerie haute, une pierre de seuil pareille. Evidemment, ces seuils formaient corbeau pour soutenir deux ponts en bois qui traversaient les transsepts; et, grâce à ces passages aériens, l’on pouvait, avec quelques variations de niveau, circuler à la hauteur des galeries supérieures, tout autour du vaisseau principal, depuis le portail jusqu’au fond de l’abside

Quoique chacune des galeries hautes soit directement desservie par un escalier, l’étranglement et l’obscurité de ces passages rend l’accès difficile. Ces galeries n’étaient pas d’un usage commode pour le public. Toutefois, les escaliers et passages pratiqués dans l’épaisseur des murs paraissent ici jouer un rôle important, eu égard à leur long développement, au soin qu’on a pris de les ramifier ensemble, même au travers des transsepts, enfin aux accès qu’ils procurent jusque dans les combles de l’église. Ils permettaient de visiter et de surveiller à tout moment les parties hautes de l’édifice, et notamment les couvertures, dont le bon entretien mérite tant d’attention.

Crypte. — La crypte, assez vaste, assez élevée de plafond, n’est enterrée que sur la moitié de sa hauteur. Deux files de six colonnes la divisent en trois nefs ; et ces supports forment, soit entre eux, soit avec des colonnes engagées dans les murs d’enceinte, des compartiments couverts par des voûtes d’arête et séparés par des arcs. Jusqu’en 1875, on ne voyait que deux portes ouvertes par côté, comme le montre la planche 48, dans les courtes murailles qui prolongent à la fois le chœur et la crypte jusque sous la coupole. Les travaux de restauration en firent alors découvrir deux autres, placées de front, dont le plan donné ci-dessous représente la disposition*.

‘ Le môme plan a été publié à grande échelle par M. Carlo dell* Acqua dans la nouvelle édition, parue en 1875,

Le jour extérieur est donné par trois fenêtres, dont l’une est percée dans l’axe, tandis que les deux autres s’ouvrentdans la cinquième travée qui précède immédiatement le demi-cercle de l’abside. Ces deux dernières, découvertes en 1809, alors que nos planches de Saint-Michel étaient déjà gravées, n’ont pu être marquées que sur le plan (pl. 48), où des traits interrompus dessinent leurs contours.

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Système de construction. Voûtes. — -Une coupole octogonale, saillante a l’extérieur, couvre la croisée du vaisseau central et du transsept. Elle repose sur une enceinte carrée, formée par quatre grands arcs ; et le raccordement du tambour octogonal avec cette enceinte se fait au moyen de trompes coniques, qui sont étagées, au nombre de deux, dans chaque angle du carré (voy. pl. 49 et 50). Une voûte en cul de four surmonte l’abside et des voûtes en berceau couvrent les deux branches du transsept. Les autres parties du monument, c’est-à-dire les nefs, les galeries hautes des bas-côtés, la travée qui précède l’abside et la crypte, sont abritées par des voûtes d’arête.

La récente, restauration du monument n’a pas encore fait reparaître, dans la grande nef, la disposition primitive des voûtes. Dans l’état actuel, les voûtes d’arête qui couvrent cette nef sont au nombre de quatre, qu’on installa en divisant en deux chacune des grandes travées par l’adjonction d’arcs doubleaux appuyés sur les petits

de son étude sur Saint-Michel de Pavie. Deux autres planches trés-intéressantes, publiées dans le même ouvrase, et dues, comme la première, à M. l’ingénieur Siro dell’ Acqua, donnent ert élévation l’état ancien et la restauration projetée du front de la crypte.

piliers*. Ces voûtes, ainsi établies sur plan barrelong, datent de la fin du quinzième siècle’. Leur construction n’a point effacé la trace des voûtes antérieures, dont les amorces et les arcs formerets apparaissent sous le comble, en haut des murs latéraux. D’après ces vestiges, la couverture primitive de la grande nef se composait, conformément aux indications données par la structure et la force inégale des piliers, de deux grandes voûtes d’arête. L’espace qu’abritait chacune d’elles, au lieu d’être carré, comme d’habitude, est notablement plus long que large. Ces voûtes d’arête devaient être pourvues de nervures diagonales, si l’on en juge par les colonnettes disposées contre les gros piliers, tout exprès pour recevoir de tels arcs.

Les voûtes d'arête des bas-côtés et des galeries hautes ne possèdent point de nervures croisées. Cependant elles sont très-relevées au sommet, d’où l’on peut conclure que les grandes voûtes étaient, à plus- forte raison, pareillement surhaussées; car dans les voûtes d’arête lombardes, les arcs diagonaux, bandés en plein cintre comme les doubleaux et les formerets, sont une cause obligée de surhaussement.

Les voûtes primitives étaient fort épaisses. Le berceau du transsept nord mesure 0m48 ; et les grandes voûtes d’arête, maintenant détruites, n’avaitguère moins d’épaisseur, si l’on s’en rapporte aux indications données par leurs amorces. Au contraire, les nouvelles voûtes de la grande nef, reconstruites vers 1500, n’ont guère que 0m,20 d’épaisseur.

Non-seulement les anciennes voûtes étaient très-massives, très-lourdes; mais de plus, on avait élevé fort haut celles du vaisseau principal, afin de pouvoir directement éclairer ce vaisseau par-dessus les toitures des bas côtés. C’est à la grande élévation des voûtes, jointe à leur poids excessif, qu’est due la ruine de plusieurs d’entre elles. Les voûtes d’arête de la nef centrale, poussèrent en dehors , non-seulement les parties supérieures des murailles qui les contenaient latéralement, mais

1 Cette disposition est représentée sur les coupes transversale et longitudinale données par M. Reynaud. Traité d' architecture , vol. II, pl. 34 et 55.

2 Le compartiment de la voûte d’arête, qui, dans la grande nef, précède immédiatement la coupole, contient une peinture votive, accompagnée de l’inscription suivante :

Hieronimus sacra Reclor hac œde Roxatus Hoc vêtus ornavit curva testudine templum.

Cet « Hieronimus Roxatus » où Jérôme Yarèse de Rosate était, en 1496, prévôt de Saint-Michel (Robolini, IV, I, p. 13). En même temps que les voûtes d’arête de la grande nef, on refit aussi celle de la travée qui précède l’abside; car une autre inscription, peinte jadis sur la voûte de l’abside, annonçait que la voûte couvrant le chœur et l’autel, fut reconstruite par un certain « Bartliolomeus Niger », mentionné ailleurs comme étant chanoine de Saint- Michel en 1496 (Robolini, IV, II, p. 240 et 241).

encore tout le mur de façade ; et le surplomb qu’ont gardé ces ouvrages révèle le motif de la disparition des anciennes voûtes. Si les berceaux des transsepts se sont bien conservés, cela tient à ce qu’ils portent sur des murs pleins, beaucoup plus épais et aussi plus solidement reliés ou contrebutés.

Les petits murs rampants qui font saillie sur les toitures des bas-côtés (voy. pl. 52), paraissent établis pour étayer les grandes voûtes au-dessus de ces toitures, et l’on pourrait y reconnaître une judicieuse précaution contre la poussée latérale des voûtes d’arête surhaussées, si les détails de la construction ne rendaient pas probable qu’ils furent ajoutés après coup. Il suffit, en effet, d'observer combien l’un de ces murs rencontre gauchement les arcatures du couronnement, pour juger qu’il doit leur être postérieur.

C’est pour avoir manqué, dans le principe, de l’appui que donnent ces murs rampants, établis, du reste, trop faiblement plus tard, que les grandes voûtes d’arête primitives ne se sont pas maintenues. La poussée latérale, qu’exerçaient des voûtes surhaussées d’une telle dimension et d’un tel poids, ne trouva point une résistance suffisante dans les murailles de clôture. En somme, les constructeurs de Saint-Michel paraissent avoir ignoré, ou du moins fort mal apprécié, les effets de la poussée latérale. Ceux de Saint-Ambroise ne devaient pas, sans doute, être mieux instruits; mais la timidité même delà solution qu’ils adoptèrent, leur permit de résoudre le problème.

Des couvertures en tuiles abritent les voûtes et les ont apparemment toujours protégées. Parfois, elles reposaient directement sur la voûte, sans l’interposition d’aucune charpente, et l’on obtenait alors des pentes extérieures sensiblement rectilignes par l’addition de remblais sur le sommet et sur les reins. Les berceaux des transsepts étaient couverts de cette façon avant la restauration du monument; et, maintenant encore, les voûtes de l’abside et delà coupole portent directement leur toiture. 11 eu était de même pour les appentis des collatéraux, malgré l’énorme masse de remblais qui devenait alors nécessaire, mais peut-être ce mode de couverture ne fut-il qu’accidentel sur les bas-côtés. Ce qui pourrait le faire soupçonner c’est que l’enlèvement récent du remblai a laissé voir des traces d’incendie parmi les décombres*. En somme, la grande nef seule avait une toiture portée sur des charpentes à l’époque où fut commencée la restauration du monument.

Si l’usage de faire reposer la couverture en tuiles directement sur les voûtes offre le

1 Je tiens ce fait de M. l’ingénieur Siro dell’ Acqua qui, depuis 1864, dirige la restauration du monument. Le remblai fut enlevé en 1865.

mérite de supprimer le bois, et par suite les chances d’incendie, en revanche cette pratique impose aux voûtes une notable surcharge, dangereuse pour leur stabilité. En outre, si la toiture n’est pas bien entretenue, les remblais qui servent a régler sa pente pourront s’imprégner d’eau de pluie, au grand dommage de la voûte.

Arcs. — Toutes les voûtes, y compris même les berceaux des transsepts, sont pourvues d’arcs formerets. Les arcs longitudinaux sont à double archivolte, au moins du côté de la grande nef . 11 en est de même pour les arcs doubleaux grands ou petits qui retombent sur des piliers principaux ; mais ceux qui correspondent aux petits piliers n’ont qu’une seule archivolte. Les nervures diagonales des grandes voûtes d’arête primitives avaient probablement une section arrondie vers l’intrados, si l’on en juge par la disposition des tailloirs d’appui. En effet, lorsque, comme à Saint-Ambroise, les nervures croisées offrent une section rectangulaire, le tailloir présente une face principale disposée normalement à la direction de la nervure, tandis que s’il existe dans le tailloir, comme à Saint-Michel, un angle saillant sur cette direction, la section de l’arcs’y adapte mieux, moyennant un contour circulaire1.

Piliers. — Les piliers tant isolés qu’engagés offrent autant de nervures qu’ils reçoivent d’arcs ou d’arêtes de voûte ; quelques-uns même, tels que les gros piliers de la coupole, en ont davantage, parce qu’on les a disposés avec symétrie, malgré la diversité des voûtes qui s’y appuient. La largeur des piliers isolés est sensiblement égale à leur longueur (vov. sur la pl. 48, les fig. I, II, III, IV); et, chez les principaux supports, cette largeur est très-grande relativement à l’ouverture des arcs doubleaux. Les pilastres ou demi-colonnes qui soutiennent les arcs doubleaux ou longitudinaux sont très-robustes par rapport aux autres nervures; et ce contraste fait clairement ressortir l’importance majeure de leurs fonctions. Comme à Saint- Ambroise, les piliers des galeries supérieures sont extrêmement courts relativement aux autres.

Les piliers de Saint-Michel offrent, en somme, le type achevé du pilier cantonné de colonnes. Le parement est aussi découpé qu’il le faut pour indiquer en détail, depuis la base, les diverses fonctions. La lourdeur de l'ensemble est sauvée par le nombre et la variété des dentelures.

Piliers et murs d’cnceinle reposent sur un socle vigoureux, d’une hauteur assez

1 Cependant à l’église ruinée de Sainte-Marie del popolo à Pavie, des nervures diagonales rectangulaires s’appuyaient sur des chapiteaux disposés comme ceux de Saint-Michel .

considérable, qui paraît à peine sur nos coupes, parce qu’à l’époque où celles-ci furent gravées, ce socle était enterré d’environ 040‘.

Ne quittons point ce sujet sans mentionner les fines colonnettes engagées, portant des arcatures, qui, dans les transsepts et l’abside, décorent les parois des murailles. Des colonnettes semblables existent aussi à l’extérieur sur le mur pignon du transsepl méridional et tout autour de l’abside.

Contre-forts. — Les contre-forts très-vigoureusement empâtés, ont, en général, plus de largeur que de saillie. On remarquera surtout ceux des angles saillants du transsept septentrional, qui, avec les parties attenantes des murailles, forment d’énormes massifs, mesurant chacun, en section, plus de dix mètres carrés.

Les contre-forts appliqués contre la façade et le mur tournant de l’abside sont moins robustes et beaucoup plus ornés que les autres : leur forme générale est triangulaire et leurs parois sont dentelées de nervures alternativement rondes et carrées.

Portes. Fenêtres. — Outre les six portes principales, dont nous avons déjà désigné les positions et signalé les larges ébrasements à redans multiples, il y en avait deux petites, donnant accès du côté gauche à la travée qui précède l’abside. Les deux autres petites portes, marquées sur notre plan du côté droit de la même travée, furent percées après coup ; la première pour conduire à la tribune de l'orgue, et la seconde pour donner accès à la sacristie, construite en 1402 et démolie en 1870 2 . Ces deux portes sont à présent bouchées.

Toute proportion gardée, les fenêtres ne sont pas moins richement décorées que les portes. Leurs ébrasements, très-développés à cause de l’épaisseur des murailles, sont garnis de nervures rondes ou carrées qui se poursuivent, dans le cintre, par des archivoltes de même forme : les deux ébrasements intérieur et extérieur sont partout, sauf pour les fenêtres de la crypte, symétriquement disposés.

Le rapport de la largeur de l’ouverture à sa hauteur varie beaucoup : c’est ainsi

! Le dégagement du socle par suite de l’abaissement du pavé à son niveau primitif date de 1875. Les fouilles pratiquées à cette époque vers le milieu de la grande nef ont fait découvrir sous le pavé moderne une couche d’environ 1“ 85 d’épaisseur contenant, outre beaucoup de tombeaux, des débris de pavages en marbre blanc et en béton, dit calcestruzzo , formé de fragments de brique noyés dans le mortier. Venait ensuite une couche de sable fin de 70 centimètres d’épaisseur, sous laquelle on trouvait le gravier. Le pavé de l'église lombarde devait èlreen calcestruzzo, car ce béton formait le seuil de la porte méridionale. Les renseignements qui précèdent m’ont été donnés par MM. dell’ Arqua.

4 Carlo dell’ Acqua. San-Michele magçjiore, Pavie, 1875, p. 213.

qu il est seulement de t/8 pour les fenêtres du second rang, sur la façade, tandis qu il dépasse 1/5 pour la fenêtre qui éclaire au midi la travée précédant l’abside et qu il atteint même une valeur de 1/3 pour les fenêtres de la crypte. En général, les ouvertures sont étroites par rapport à leur hauteur.

Les fenêtres qui éclairaient directement la nef principale au-dessus des toitures des bas-côtés, sont au nombre de deux sous chacun des arcs formerets. Pour avoir toute la hauteur possible, elles viennent presque toucher ces arcs.

L’une des fenêtres du transsept méridional, celle qui traverse le mur tourné au Levant, offre une curieuse particularité : au lieu de partir d’un appui horizontal, cette grande fenêtre s’arrondit en plein cintre au pied comme au sommet l.

Mentionnons enfin les fenêtres géminées de la façade, des murs pignons du transsept et du tambour de la coupole, ainsi que les ouvertures circulaires pratiquées dans la façade, dans le mur pignon du transsept nord et dans le pied de la coupole. Les fenêtres géminées traversent normalement le mur sans autre ébrasement qu’une petite feuillure qui les encadre sur chaque paroi. Quant aux ouvertures circulaires, elles s’évasent symétriquement par des redans plus ou moins multipliés.

Appareil. — Les maçonneries de l’édifice se composent d’un noyau intérieur en blocage et de parements en pierres ou en briques. Le blocage est formé de gros cailloux roulés,, solidement liés ensemble par un mortier hydraulique fort dur. La maçonnerie plus soignée des parois est exécutée en manière de revêtement; et, si l’on en juge par la structure qu’a révélée le récent forage d’une porte dans le transsept nord, elle ne serait guère liée au blocage que par l’adhérence du mortier. En effet, le parement interne en briques avait partout, sur la surface détruite, l’épaisseur uniforme d une largeur de brique, soit environ 0”, 15. Quant au parement en pierres, tant interne qu’externe, il se composait de blocs assez minces, plaqués c„,„,re le noyau et souvent posés en délit, dont 1 épaisseur ne s’écartait pas beaucoup d’une moyenne de 0m,20 *. Ainsi, les parois de pierres ou de briques paraissent jouer le rôle d’un revêtement superficiel, d’un placage; et cette enveloppe servait autant pour orner l’édifice que pour le protéger.

1 H. Carlo dell Acqua a donné les dessins do cette fenêtre dans un rapide compte-rendu de la restauration de Saint-Michel publié en août 1863. Son frère, M. Siro dell’ Acqua, qui avait relevé les dessins, cite l’exemple d’une fenêtre semblable existant à Sanla-Maria da Ions, près d'Alexandrie. Siro dell’ Acqua (II San-Michele di Pavia e il suo ristauro Milano, 1866, p. 6). J’en ai observé un autre exemple à l'église de Saint-Colomban près Vaprio.

! Je dois les renseignements qu précèdent à l’obligeance de M. l'ingénieur Siro dell’ Acqua.

La pierre fut largement employée, surtout à l’extérieur de l’église, où elle garnit tous les parements, excepté ceux des murailles les plus élevées, telles que la coupole, les portions apparentes des) murs de la grande nef, et la face postérieure du portail, au-dessus des toitures des bas-côtés. Ces dernières parties sont revêtues en briques, sauf quelques rares et minces assises de pierre, dont la façade septentrionale du transsept (pl. 51) offre un spécimen. Nous avons déjà dit que la brique forme aussi le couronnement de presque tous les autres murs ; mais que, selon l’observation de M. Reynaud, son emploi apparaît alors comme la conséquence d’une restauration. Au reste, certains murs, bâtis en brique dès le principe, semblent également restaurés dans leurs parties hautes. C’est ainsi que, sur le mur octogonal de la coupole, toute la partie supérieure, à partir du pied des petites arcatures, est exécutée avec des briques plus dures, plus régulières, d’une teinte violacée plus uniforme que celles de la partie basse. En même temps les joints y sont plus étroits. Nous avons mentionnné aussi cette intéressante particularité, signalée par M. Reynaud, de l’emploi de deux natures différentes de pierre, dont l’une, calcaire et noirâtre, garnit surtout le pied des murailles du chevet et du transsept, tandis que l’autre, à moitié calcaire, à moitié siliceuse, et d’une couleur jaunâtre, est généralement employée partout ailleurs. Les hauteurs d’assise de cette dernière pierre sont très-inégales; elles varient de 0ra,08 à 0”,75.

A l’intérieur, les membres importants de la construction, les nervures des piliers et des voûtes, les encadrements des fenêtres, les bandeaux de couronnement sont constamment exécutés en pierre. 11 n’y a d’exception que pour les arcs joignant ensemble les colonnettes de la crypte, où des briques, tantôt solitaires, tantôt associées par deux ou par trois, sont intercalées parmi les claveaux en pierre. Les voûtes sont bâties en briques. Il en est de même pour les parois lisses des murailles, sauf dans leurs parties inférieures, où quelques assises de pierre forment une sorte de soubassement tout autour de l’église. Ces assises reposent sur un socle également en pierre, disposé comme une banquette, avec une saillie de 0”,40 à O”, 50,. et une hauteur de 0ra,70 à 1 m , 1 Û au-dessus du pavé primitif, rétabli maintenant à 0“,40 environ plus bas que le sol marqué sur nos coupes.

Les parements des piliers ne sont point, ainsi qu’à Saint-Ambroise, bâtis à peu près par assises régmes; chaque nervure offre un appareil distinct qui n’est relié, que de distance en distance, à celui des nervures voisines par des pierres communes à deux ou trois nervures. Le principe du pilier cantonné de colonnes se trouve ainsi complètement appliqué.

Décoration. — La décoration de Saint-Michel-Majeur, comme celle des églises lombardes précédemment étudiées, et, en général, de tous les monuments du même style, consiste surtout dans l’expression complète et très-détaillée du système de construction. Ce que nous avons dit des voûtes, arcs, piliers, contre-forts, portes et fenêtres de Saint-Michel nous dispense d’insister ici sur le rôle décoratif de ces membres d’architecture, d’autant plus que nous l’avons déjà précédemment apprécié, soit dans la première partie de notre travail, soit dans la longue étude consacrée à Saint- Ambroise de Milan. Aussi nous contenterons-nous de signaler celles des particularités de l’arrangement et de la combinaison de ces membres d’architecture, qui fournissent à l’édifice les traits les plus remarquables de sa très-originale physionomie.

Nous commencerons par l’extérieur de l’église, dont nous ferons le tour en partant de la façade et continuant par le côté méridional. Puis, nous examinerons l’intérieur et nous nous occuperons enfin des ornements, qui, presque uniquement composés de sculptures, sont répandus en abondance tant au dehors qu’à l’intériexir.

Façade. — La façade (voy. pl. 51) a le défaut de ne point épouser la forme du bâtiment qu’elle clôt. Son faîte à deux pentes n’indique pas les ressauts qui existent entre la couverture de la grande nef et les toitures des bas-côtés. Il est vrai que le même défaut peut être reproché à la plupart des portails des églises lombardes à trois nefs.

Cette façade fait une saillie considérable au-dessus du toit de la grande nef. La planche 50, où paraît cette surévélation, montre en même temps la saillie toute pareille d’un autre mur, assis à la naissance de l’abside, sur la tête du cul de four. On voit, sur la planche 49, que les murs pignons des transsepts dépassent aussi les toitures. Cette disposition est générale dans les églises lombardes, et déjà nous l’avons signalée pour Saint-Ambroise de Milan. Elle s’applique non-seulement aux pignons des façades, mais encore aux murs de refend, quand ils séparent deux toitures de hauteur inégale.

Ces observations faites, on reconnaîtra que la disposition de la façade est simple et grandiose. Trois compartiments, limités par des contre-forts élancés et vigoureux, qui devaient être, de haut en bas, couverts de sculptures ‘, marquent les trois nefs, à chacune desquelles correspond une porte. De larges ébrasements, chargés d’orne-

1 Sur l’un des piliers (le dernier à droite), on voit sur la pierre le trait de l’ornement en forme de chevron. Il reste à tailler les creux.

ments, donnent à ces portes beaucoup d’ampleur et de richesse; et celle du milieu, ainsi qu’il convient, dépasse notablement les deux autres en hauteur comme en largeur. Les hautes et fines arcatures qui suivent les rampants du pignon, composent un couronnement à la fois ferme et élégant. Enfin, les bandes sculptées, disposées à diverses hauteurs tout le long du portail, dans sa moitié inférieure, impriment à cette grande muraille un étrange cachet de fastueuse rudesse.

Les fenêtres percées dans la façade forment un motif moins satisfaisant. L’ensemble des neuf ouvertures, de forme différente, qui sont serrées l’une contre l’autre dans le compartiment du milieu, donne à la partie centrale du portail une apparence un peu mesquine. Si, au lieu de ces baies, trop petites pour la plupart et trop multipliées, qu’il a fallu juxtaposer, dans le sens de la hauteur, pour les faire tenir sous l’arc formeret de la nef principale, l’on avait établi des ouvertures plus grandes et moins nombreuses, l’aspect de la façade y eut sans doute gagné. Mais cette accumulation, dans le compartiment du milieu, de petites fenêtres aux formes variées, est une disposition habituelle des églises lombardes de Pavie. Nous la retrouverons notamment à Saint-Jean in borgo, ainsi qu’à Saint-Pierre in ciel d'oro; et, dans ces deux églises (voy. pl. 05), il y a même, quant au nombre et à la forme des ouvertures, une ressemblance presque complète avec Saint-Michel. Sans doute, il faut attribuer à la cherté des vitrages et à la difficulté de les construire pour des baies de quelque étendue, ce parti pris de resserrer et de multiplier les fenêtres.

Signalons encore la croix traversant toute l’épaisseur du mur, dans l’axe du portail, au-dessus des autres ouvertures. Des croix pareillement placées s’observent trèssouvent dans les églises lombardes. A Saint-Michel, la croix en question et la fenêtre placée au-dessous avaient été remplacées par une grande ouverture circulaire, que la restauration de l’église a fait disparaître en ramenant la disposition primitive *.

Les arcatures rampantes, avec leurs colonnettes en marbre de Vérone, appuyées suides gradins, et leurs linteaux terminés par des têtes d’une forte saillie, composent à présent tout le couronnement. 11 est probable qu’une corniche, formée d’une ou de plusieurs dalles soutenues par des consoles, occupait autrefois le sommet du mur, et que, comme autour de l’abside, les nervures des contre-forts se terminaient par des chapiteaux plus ou moins bien reliés à cette corniche.

Notre étude de la façade resterait incomplète si nous omettions de parler des

1 Les dessins deM. Reynaud, qui donnent l’état de l’église avant la restauration, montrent cette ouverture circulaire. L. Reynaud. Traité d’ Architecture. Y ol. II, pl. 56.

majoliques encastrées dans la muraille. Il ne reste plus que des fragments de ces ornements, si bien qu’on peut seulement, par les trous qui les contenaient, juger de leurs dimensions et de leur disposition. C’est surtout dans le compartiment du milieu qu’on avait placé ces poteries aux brillantes couleurs qui, sans doute, furent ajoutées après coup.

Coté méridional. (Voy. pl. 52). — Le long du bas-côté il n’y a guère à signaler, pour le mur d’enceinte, que l’extrême largeur des contre-forts et la décoration trèsriche de la porte méridionale. La corniche se réduit à une dalle, portée par des consoles en pierre fort écartées l’une de l’autre ét très-irrégulièrement espacées.

Le couronnement du mur de la grande nef offre plus d’intérêt. Sur la première moitié de sa longueur, c’est une simple corniche en briques; mais, dans la seconde moitié, se trouve une file d’arcatures portées sur des colonnettes, qui composent, malgré la grossièreté du travail, une élégante décoration. Pourquoi ces arcatures ne couronnent-elles que l’espace correspondant à la seconde travée de la grande nef? Ont-elles échappé à quelque désastre qui aurait ruiné celles de la première travée, ou bien leur construction, commencée depuis la coupole, a-t-elle été, pour une cause inconnue, brusquement arrêtée, puis abandonnée. C’est ce qu’il paraît impossible de décider en connaissance de cause. Toutefois, comme sur le côté nord il n’y a point d’arcatures du tout, on est tenté d’attribuer à la conservation partielle de l’ancienne muraille le maintien de celles qui restent sur le côté sud.

Le mur pignon du transsept méridional est ornée de colonnettes engagées, qui montent jusqu’à la corniche rampante et la soutiennent avec leurs chapiteaux. Le faible espacement de ces longues tiges, leur hauteur et leur sveltesse donnent à cette façade quelque chose d’élancé dans l’aspect. En même temps, l’inégale répartition des colonnettes de part et d’autre de Taxe et la largeur très-différente des contre-forts qui limitent la façade, annoncent un ouvrage mal projeté ou modifié en cours d’exécution. Les deux fenêtres du premier rang, disposées régulièrement par rapport aux colonnettes, n’occupent pas des positions symétriques de chaque côté de l'axe du pignon : ce défaut paraît surtout à l’intérieur de l’édifice (voy. pl. 50). La fenêtre géminée, ouverte dans l’axe, vers le haut de la muraille, est une restitution récente et qui se justifie, bien que faite arbitrairement, par la présence d’une ouverture pareille sur le pignon opposé. Une grande baie circulaire de construction moderne

avait supprimé, dans la place qu’occupe maintenant la fenêtre géminée, tout vestige de l’ancienne disposition'.

Signalons seulement, quant à présent, les sculptures encastrées dans la muraille, parmi les assises inférieures en calcaire noirâtre.

Coupole. — La coupole de Saint-Michel* comme celles de presque toutes les églises lombardes, a pour principal motif de décoration une galerie d'arcatures portées par des colonnettes. On compte cinq arcatures sur chaque face principale de l’octogone, et trois seulement sur les faces obliques. 11 n’v a point de communications entre les galeries particulières à chaque face, ce qui montre qu’on ne leur attribua qu’un rôle décoratif. Le couronnement, composé d’une corniche à consoles et d’une rangée de petites arcatures, doit aux proportions très-fermes ainsi qu’à la notable profondeur de celles-ci son aspect sobre et vigoureux. On y remarque l’heureux emploi des briques posées en dents de scie, qui apparaît surtout dans le cordon situé entre les deux étages d’arcatures. Non-seulement ce cordon forme un trait de séparation bien marqué entre les deux principaux motifs de décoration de la coupole, mais il accuse aussi, et avec moins de sécheresse qu’un simple bandeau saillant, la ligne horizontale du pied des. petites arcatures, où commence le couronnement proprement dit.

Nous avons déjà vu que, à partir de cette ligne, les briques deviennent plus régulières et plus belles, que l’épaisseur des lits de mortier diminue, et que ces changements paraissent être le résultat d’une reconstruction. Ajoutons que les petites consoles de la corniche, avec leurs profils très-variés et d’une forme souvent recherchée, ressemblent beaucoup à celles de Saint-Théodore et de Saint-Lazare (voy. pl. 09 et 71).

Des fenêtres géminées sont ouvertes sur les quatre faces principales du tambour qui soutient la voûte : mais, comme les deux faces transversales, c’est-à-dire parallèles au portail, sont notablement plus larges que les deux autres dirigées suivant l’axe longitudinal, elles contiennent chacune deux fenêtres, tandis que ces dernières n’en possèdent qu’une. Les deux fenêtres tournées au couchant devaient être, comme l’indique la planche 49, presque entièrement cachées sous le toit de la grande nef, à moins qu'il n’y ait pas eu d’abord de toiture en charpente, les grandes voûtes portant directement la couverture en tuiles. Cela ne serait point impossible, puisque toutes

1 La planche 56 (2" vol.) du Traité d' Architecture de 51. L. Eeynaud montre quel était l’état du mur avant sa restauration.

les autres parties de l’édifice, y compris les bas-côtés, se trouvaient ainsi couverts avant la restauration commencée en 1860. Les grandes voûtes d’arête du vaisseau principal auraient alors paru à l’extérieur avec la forme de coupoles.

Abside. — De robustes contre-forts, à section rectangulaire, séparent l’abside de la travée qui la précède. Quant aux contre-forts particuliers à l’abside, qui sont au nombre de deux, leur section, de forme triangulaire, est dentelée par des nervures. Dans les intervalles très-inégaux que laissent entre eux ces divers éperons, sont réparties, en nombre variable, des colonnettes engagées. La plupart d’entre elles montent jusqu’au faîte; mais il en est deux qui s’arrêtent chacune à l’appui d’une grande fenêtre et se sont toujours terminées à ce niveau, ainsi qu’il résulte des positions de leurs chapiteaux (voy. pl. 52 et 55). Sur l’abside donc, comme sur le pignon du transsept méridional, on observe des irrégularités de forme qui, pour l’abside en particulier, paraissent tenir à une modification du projet primitif, faite à partir d’un certain niveau, plutôt qu’à une faute quelconque qu’auraient commise les constructeurs. Cette observation vient à l’appui de celles qu’à faites M. Reynaud, en se fondant sur la nature différente des pierres employées au parement.

Tout autour de la tribune, règne extérieurement un socle orné de moulures, ayant le même profil que les bases attiques des colonnettes.

Trois grandes fenêtres sont ouvertes dans les intervalles que laissent entre eux les contre-forts. Elles avaient été agrandies et mutilées, comme l’indique le dessin de la planche -53 ; mais la restauration du monument leur a rendu la forme lombarde. L'ancien appui n’ayant pas été changé, on a pu retrouver à sa surface le contour des anciennes fenêtres, dont la hauteur seule restait indécise entre certaines limites1.

Le couronnement se compose d’une corniche supérieure et d’un étage d’arcatures retombant alternativement sur de minces colonnettes et sur des piles massives. Des passages ménagés derrière les piles permettent de circuler tout autour de l’abside ; et cette galerie tournante complète le circuit qui, vers la hauteur du triforium, enveloppe le vaisseau central. La corniche supérieure est bâtie tout en pierres : la saillie des dalles du premier rang porte sur les colonnettes soit isolées, soit groupées, et sur des consoles qui alternent en général avec ces nervures montant de fond. L’emploi des consoles immédiatement sous les dalles des corniches est général, à Saint-

1 La fenêtre, figurée sur la pl. 55, qui éclaire la crypte à la naissance de l’abside, n’existait pas dans la disposition ancienne du monument.

Michel ; nulle part on n’a interposé les petits arcs qui se rencontrent presque partout à Saint-Ambroise et dans beaucoup d’autres églises lombardes.

Les nervures des contre-forts se terminent par des chapiteaux fort simples, qui se raccordent assez bien avec le bandeau de la corniche. Toutefois la demi-colonne centrale de chaque éperon s’éloigne trop du mur pour que son chapiteau soutienne aucune moulure.

Coté septentrional. — Ce que nous avons dit du côté méridional nous laisse seulement à parler de la façade du transsept nord, dont la disposition n’offre point de ressemblance avec celle de la façade opposée. On y voit (vov. pl. 51) une fort belle porte, la mieux encadrée et la plus élégamment ornée de toutes celles qui existent à Saint-Michel. De chaque côté monte une colonnette polygonale, interrompue, audessus de la porte, par un vigoureux bandeau, et qui se prolonge ensuite jusqu’au rampant du pignon. Une grande fenêtre à redans multiples, puis une fenêtre géminée sont comprises dans le compartiment central, limité par ces colonnettes ; et, de part et d’autre, mais en dehors, se trouvent deux petites baies circulaires. Ces quatre ouvertures, loin d’être gauchement agencées, comme celles de la façade principale, sont au contraire fort bien disposées. Les puissants contre-forts des angles rétrécissent le portail et lui donnent de l’élancement, tout en imprimant à l’ensemble de la façade un remarquable cachet de force et de grandeur. En somme, cette façade peut être donnée pour l’un des bons morceaux d’architecture qu’ait laissés le style lombard,

Intérieur de l’église. (Voy. pl. 49 et 50). — On est frappé tout d’abord, quand on arrive sous les grandes voûtes de l’église, de la hauteur du vaisseau principal. Ce vaisseau, comme du reste aussi le transsept, est, à peu de chose près, deux fois plus haut que large; et rarement les églises lombardes offrent des proportions aussi sveltes ; l’élancement, la hardiesse des principales lignes, unies à beaucoup de franchise et de vigueur dans les formes, sont les traits caractéristiques de l’aspeet intérieur de Saint-Michel. Le récent abaissement du pavé contribue sensiblement à les faire valoir.

Les arcatures, appuyées sur de fines colonnettes, dont nous avons signalé la présence sur les murs des transsepts et de l’abside, sont purement décoratives, car les surfaces lisses des voûtes en berceau et de la voûte en cul de four ne motivent pas l’emploi d’arcs et de nervures pareils. Sans doute, on ne les appliqua contre les

murailles, sous prétexte de porter un simple bandeau, qu’afîn d’éviter la nudité de parements lisses trop étendus.

Signalons, en passant, le robuste bandeau sculpté, soutenu par de puissantes consoles, également sculptées, qui affleure le pavé des galeries hautes.

Parmi les niches des transsepts, il en estime, située au midi, qui, plus ornée que les autres, attire surtout l’attention (voy. pl. 50). La tête de sa voûte en plein cintre est formée par un gros boudin couvert de sculptures, et ses pieds droits sont garnis de colonnettes isolées, disposition que l’on n’observe guère, dans le style romano-bysantin, que chez les monuments d’une époque avancée. La partie inférieure du mur dans laquelle est pratiquée cette niche, s’arrête court, un peu au-dessus de l’arc cintré, à une plate-forme horizontale qui coupe ses divers ressauts : la muraille se poursuit plus haut avec un parement lisse et une moindre épaisseur. Suivant Robolini, la niche dont nous parlons pourrait bien avoir été faite pour contenir le trône des rois d’Italie1, qui furent, comme l’on sait, plusieurs fois couronnés à Saint-Michel. La supposition ne paraît point déraisonnable, si l’on réfléchit que cette niche si ornée occupait une place d’honneur, que d’anciennes traditions permettent précisément d’attribuer au souverain.

Ornements sculptés. — Nous nous occuperons successivement des sculptures extérieures et des sculptures intérieùres de l’édifice. Les premières sont particulièrement remarquables à cause de leur extraordinaire abondance et de la façon très-originale dont elles décorent la façade. Aussi les avons-nous, à peu d’exceptions près, toutes reproduites sur nos planches (pl. 54 à 61), complétant ainsi, par la gravure, la description écrite cju’en avaient, dès l’année 1828, donnée MM. Sacchi2 3. Ces planches nous dispenseront de les décrire en détail; nous nous contenterons de signaler les plus curieuses, et de noter les particularités qui offrent le plus d’intérêt. Nous commencerons l’étude des sculptures extérieures par celle des portes. Ce sont les parties de l’édifice qu’on a le plus restaurées; mais nous en parlerons comme si l’état ancien subsistait encore s.

1 Robolini, IV, I, p. 29.

2 D. e G. Sacchi. Antichith romantiche d'ilalia, p. 46 à 56.

3 J’avais dessiné les portes avant leur restauration, et j’ai eu soin de graver plus tard mes dessins tels quels, sans tenir compte des sculptures faites à nouveau pour remplacer celles que le temps avait détruites. A ce sujet M. Carlo deir Acqua s’étonne ( San-Michele maggiore. Pavia 1875, page 80, en note) que, sur le dessin de la façade, j’aie conservé aux portes leur ancien aspect, alors que je donnais la restitution des fenêtres, et qu’ainsi le dessin en question

Sculptures extérieures, tortes. — Les ébrasements des cinq portes principales, représentées sur les planches 54, 56, 58, 60 et 61, sont entièrement couverts de sculptures, non-seulement sur les chapiteaux et les archivoltes, mais encore sur les montants. Des bas-reliefs décorent aussi les linteaux et les tympans des portes méridionale et septentrionale, qui ont gardé complètement leurs anciennes formes ; mais, dans les portes de la façade, ces pièces furent changées ou supprimées pour faire place à des jours qu’on pratiqua sous le cintre des archivoltes. Alin d’agrandir ces ouvertures, on retrancha même les deux archivoltes les plus enfoncées de chacune des portes latérales.

Les linteaux et les tympans des trois portes de la façade devaient être analogues à ceux des portes du nord et du midi. Comme dans celles-ci, un ange debout et nimbé, aux ailes ouvertes, occupait sans doute le milieu du tympan, car une figure pareille, encastrée dans la maçonnerie qui bouchait la porte latérale de gauche, a précisément la hauteur convenable pour s’ajuster dans l’ancien tympan de la même porte ; ce qui ne permet guère de douter que telle ne fut autrefois sa place '.

Les deux linteaux des portes du nord et du midi ont la même hauteur que les chapiteaux des montants, et se composent d’un bandeau et d’une dalle qui correspondent au tailloir et au corps des chapiteaux en question. Sur la dalle de la porte méridionale, on voit au milieu, dans un cadre circulaire, le buste du Sauveur, désigné par un nimbe crucifère, qui donne, de la main droite, un rouleau et, de la main gauche, des clefs à deux personnages nimbés et barbus, qui s’approchent dans une attitude pleine d’humilité. Cette scène n’a pas besoin de commentaires. L’inscription qui s’y rapporte, gravée en haut du bandeau, mérite cependant d’être remarquée. Le Seigneur y investit saint Pierre et saint Paul de la souveraineté du monde.

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