SAINT-JEAN IN BORGO A RAVIE
Quoi qu’il en soit, l’église offrait beaucoup d’analogies avec Saint-Michel-Majeur (voy. le plan pl. 64). La disposition des nefs, depuis la façade jusqu’au transsept, est exactement pareille clans les deux édifices ; de même pour la coupole et la tribune. La différence la plus notable existe dans les transsepts : celui de Saint-Michel dépasse beaucoup en largeur les nefs, tandis que, à Saint-Jean, la saillie était nulle ou trèsfaible. En outre, cette dernière église avait deux absides secondaires, au lieu des simples niches qu’on voit à Saint-Michel.
Sous la tribune s’étendait une crypte, qui ne paraît pas sur notre dessin, faute d’avoir été marquée sur le plan original du collège Borromée. Cette crypte, dont l’existence est attestée par MM. Sacchi, avait, selon les mêmes auteurs, des colonnettes de forme variée. Elle ressemblait par là aux cryptes des autres églises lombardes de Pavie ; et, comme celles-ci, déterminait un relèvement très-prononcé du sol de la tribune audessus du pavé de l’église \
L’ouvrage de MM. Sacchi nous apprend encore qu’il y avait des galeries au-dessus des bas-côtés; et le fait que ces galeries étaient murées du côté de la grande nef ne doit pas nous engager, avec Robolini, ! à les tenir pour autrement disposées que les galeries hautes de Saint-Michel-Majeur. On les aura sans doute fermées après coup, comme l’on ferma, dans cette dernière église, les arcades attenantà la façade”.
Les escaliers qui conduisaient à l’étage supérieur se trouvaient logés, de part et d’autre de la principale porte, dans les massifs de maçonnerie formant éperons. Ils aboutissaient au passage pratiqué dans le mur de façade pour réunir ces galeries hautes. Trois fenêtres géminées étaient ouvertes sur le passage en question. Tous ces arrangements, sauf le point de départ et la forme des escaliers, reproduisent ceux qu’on observe à Saint-Michel.
Les façades des deux églises se ressemblent beaucoup (voy. les pl. 51 et 65). Portes et fenêtres y sont pareillement disposées avec les mêmes formes. Deux contreforts de Saint-Jean, ceux qui avoisinent la maîtresse porte, sont, dans leur pied, cantonnés de colonnes, à l’instar des contreforts de. Saint-Michel. Enfin, des arcatures profondes, portées sur des colonnettes, suivent les rampants du toit dans les deux édifices.
En même temps que par ses principales dispositions la façade de Saint-Jean in borgn
1 Sacchi. Ant. rom. d’Italia, p. 69.
2 Robolini. Not. stor. di Pavii. Vol. IV, p. I, p. 27.
5 On peut voir cette clôture, ajourée par une fenêtre et maintenant démolie, sur la coupe longitudinale de Saint- Michel donnée par M. Reynaud. Traité d' Architecture, 2me partie, pl. 35,
reproduit celle de Saint-Michel-Majeur, elle offre aussi plusieurs points de ressemblance avec le portail d’une autre grande église lombarde de Pavie, Saint-Pierre in ciel d’oro. Les deux façades, représentées ensemble sur la planche 65, ont pour traits communs : l’application contre le mur, à l’étage inférieur du portail et dans chacun des compartiments correspondant aux trois nefs, d’arcs cintrés motivés, sans doute, par l’existence d’un porche ; l’analogie de formes des eolonnettes et bandeaux d’encadrement des portes principales; la subdivision par de très-fines eolonnettes des trois compartiments du portail, à l’étage supérieur; l’emploi de petites arcatures entrelacées dans les corniches rampantes du couronnement.
Remarquons à propos de ces arcatures qui, à Saint-Jean, sont tracées en forme d’ogive, que l'acuité des arcs n’est pas très-nettement marquée sur le dessin original. Aussi devons-nous prévenir qu’il ne faudrait point, à notre avis, attacher beaucoup d’importance à ce détail de forme. 11 se peut néanmoins que les arcatures en question aient été réellement pointues, car les parties hautes de la façade furent peut-être refaites. Une reconstruction expliquerait en effet l’emploi de la brique succédant, par échelons très-irréguliers, à celui de la pierre, et surtout la brusque interruption, par les gradins servant de socle aux arcatures, des eolonnettes qui, dans les compartiments extrêmes- du portail, accostent les fenêtres géminées.
Quoi qu’il en soit de ces suppositions, la façade de Saint-Jean in borgo offre de notables traits de ressemblance, d’une part, avec celle de Saint-Michel-Majeur, et d’autre part, avec celle de Saint-Pierre in ciel d'oro ; et cela, indépendamment des œuvres hautes qui peuvent avoir été renouvelées. D’où l’on tire cette conclusion que la façade de Saint-Jean fut bâtie probablement à une époque intermédiaire entre les époques de construction des deux autres portails.
Le même ordre de succession chronologique doit-il être admis pour l’ensemble des bâtiments qui composent chacune des trois églises; en d’autres termes, la date de Saint-Jean in borgo doit-elle être fixée entre celles de Saint-Michel-Majeur et de Saint- Pierre in ciel d'oro? L’examen du plan de Saint-Jean, seul document qui nous reste sur les formes du corps de l’église, ne suffit point à résoudre la question ; car, si le plan susdit annonce une construction plus ancienne que Saint-Pierre in ciel d'oro , il n’offre aucune particularité qui doive le faire tenir pour postérieur à celui de Saint-Michel. En effet, à part la saillie des transsepts, il est entièrement disposé comme ce dernier.
Il est vrai qu une similitude de plans ne prouve pas que des églises soient du même âge. Et, comme rien ne parait indiquer que la façade de Saint-Jean in borgo ne soit