‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 5 sur 112 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DE L’ARCHITECTURE CHRÉTIENNE EN ITALIE, DEPUIS CONSTANTIN JUSQU’A LA CHUTE DE L'EMPIRE ROMAIN

Pour étudier l’origine du style roma no-byzantin el son développement au nord de l’Italie, sous le nom de style lombard, il convient d’analyser d’abord les caractères principaux des deux systèmes d'architecture qui ont contribué à sa formation, et qui sont l’architecture chrétienne primitive et l’architecture byzantine. Ce préliminaire est d autant plus indispensable que le style romano-byzantin nous est connu surtout par des monuments religieux, et qu’à ce titre il se rattache étroitement, non seule-

ment par ses formes architecturales, mais encore par l’origine traditionnelle ou symbolique de ses dispositions, aux deux styles d'arc!) itecture qui lui ont servi de point de départ.

Origine de l’architecture religieuse chrétienne. — C’est seulement du règne de Constantin que date, à proprement parler, l’architecture religieuse chrétienne. Jusque-là les persécutions n’avaient guère permis aux chrétiens délever des monuments vastes et durables pour l’exercice public de leur culte : mais à peine lurent-ils devenus libres, qu’ils s’empressèrent de construire des églises sui tous les points de l’empire. C’était le meilleur moyen de proclamer leur culte.

En fait d’art, les chrétiens n’avaient aucune raison d’être novateurs; et quand même ils eussent aspiré à le devenir, ils n’auraient pu, de prime saut, improviser un type pour leurs églises. Il leur fallait d’abord se servir de l’un des types de l’architecture romaine, sauf à l’approprier aux besoins de leur culte et à le transformer ensuite à mesure que des exigences nouvelles se feraient sentir. Ce fut ainsi qu’ils procédèrent, et leur choix se porta naturellement sur la basilique, qui convenait mieux qu’aucune autre espèce d’édifice, soit au but qu'ils voulaient atteindre, soit aux moyens dont ils disposaient.

Chez les Romains, la basilique servait de tribunal et de lieu de réunion pour la discussion des affaires. 11 ne s’y rattachait, par conséquent, aucune idée religieuse qui pût empêcher les chrétiens de donner la même forme à leurs églises. C’était aussi, de tous les édifices publics alors en usage, le plus simple, le plus économique et le plus facile à construire; autres conditions indispensables, attendu qu’on était très pressé de bâtir les églises, et que l’appauvrissement de l’empire, joint aux discordes continuelles qui l’agitaient, rendait difficile, en général, l’exécution de travaux longs et dispendieux. Enfin, et c’était le point essentiel, la basilique présentait une disposition très favorable à la célébration du culte, et offrait à l’assemblée des fidèles un local commode et spacieux.

Tels furent les avantages qui décidèrent sans doute le choix des chrétiens1; et l’expérience des siècles suivants l’a -justifié si pleinement, que, jusqu’à nos jours,

' Les grandes salles allongées et voûtées des Thermes offraient pour les églises un type plus monumental que celui des basiliques, et. capable de satisfaire, comme ce dernier, aux exigences du culte chrétien ; mais la difficulté de leur construcfion et la dépense qu’elles entraînaient empêchèrent sans doute qu’on ne les imitât. — L Rcyunid, Traité «’ architecture) tome If, p. 219.

la forme basilieale a été généralement adoptée pour les églises. L’importance du rôle qu’a ainsi joué la basilique, nous impose l’obligation de consacrer quelques pages à son étude.

Basiliques romaines. — Vitruve nous apprend que les basiliques publiques (il y en avait de privées dans les palais et les habitations les plus considérables ’) étaient contiguës à un forum sur lequel elles s’ouvraient. 11 ressort de la description qu’il a laissée de ces monuments et aussi des vestiges encore subsistants de quelques-uns d’entre eux, qu’une basilique romaine avait en plan la forme d’un rectangle fermé par des murs sur ses quatre côtés et divisé par deux files de colonnes en trois parties allongées, c’est-à-dire en trois nefs. La largeur totale de l’édifice était, autant que possible, comprise entre la moitié et le tiers de la longueur, et la largeur de la nef principale devait être triple de celle de chacune des nefs latérales. Trois portes, correspondant aux nefs, étaient ouvertes dans la façade. A l’extrémité de la nef principale se trouvait un hémicycle, saillant au dehors, que l’on appelait tribune, parce qu’il servait de tribunal aux magistrats. La tribune était précédée d’une enceinte fermée, réservée aux plaideurs et aux avocats,

Chalcidiques. — Lorsque la longueur d’une basilique est excessive par rapport à sa largeur, on dispose-, dit Vitruve, des chalcidiques à ses extrémités. On ne sait rien de plus sur les chalcidiques. L’étymologie de ce mot, non plus que les passages d’auteurs anciens où on le trouve employé ne fournissent aucune donnée positive, ni sur la forme, ni sur la destination de la partie de l’édifice qu’il désigne. Heureusement, l’enchaînement logique du texte de Vitruve permet de suppléer d’une manière suffisante à ce défaut de renseignements. Voici dans quels termes cet auteur parle des chalcidiques : Earumque latitudines ( basilicarum ) ne minus quam ex tertia parte, ne plus esc dimidia longitudinis constituantur, nisi loci natura impedierit et aliter coegerit symmetriam eommutari. Sin autem locus erit amplior in longitudine, chalcidica in extremis constituantur, utisuntin Julia Aquiliana. (Vilruv., v. I, 11.)

1 II est probable qu’en se réunissant, comme c’était leur habitude, dans les spacieuses habilations des plus riches d’entre eux, les chrétiens célébraient leur culte dans les basiliques privées que renfermaient ces habilations, et que l’habitude ainsi prise par eux de ce genre d’édifice ne contribua pas peu à leur faire adopter la basilique aussitôt qu’ils furent devenus libres.

De ce qu’il n’y avait de chalcidiques que dans les basiliques exceptionnellement longues par rapport à leur largeur, il résulte qu’elles ne constituaient pas une dépendance obligée de ce genre d’édifices, mais qu’elles étaient motivées par la forme particulière du plan. S’il en eût été autrement, Yitruve n’aurait pas fait dépendre

leur emploi d’une certaine relation entre les dimensions de ce plan. La règle qu’il

pose. pour le rapport à observer entre la longueur des basiliques et leur largeur a pour but évident d’assurer aux nefs, et surtout à la nef principale, d’heureuses proportions: cette nef devait avoir l’aspect d’une salle et non d’une galerie. Lors donc que le terrain dont on disposait était excessivement allongé, il fallait, pour conserver aux nefs des proportions convenables, ne pas les étendre sur toute la longueur de ce terrain. Les espaces libres qui restaient alors aux deux bouts formaient nécessairement des nefs transversales, puisque les nefs longitudinales devaient s’y arrêter. Il suit de là qu’il faut considérer les chalcidiques , tels que les entend Yitruve, comme des nefs transversales disposées aux extrémités de certaines basiliques. Le texte cité plus haut ne comporte raisonnablement pas d’autre solution1.

Une remarque qui se présente à l’esprit à propos de cette définition des chalcidiques, est qu’il devait s’en trouver également aux extrémités des basiliques d’une grandeur exceptionnelle. En effet, les fermes en charpente de la nef principale ne pouvaient avoir tout au plus que vingt à vingt-quatre mètres de portée ; en sorte que la largeur de cette nef, et par suite aussi sa longueur, étaient limitées d’une manière absolue. Si donc on voulait donner à une basilique des dimensions supérieures à ces limites extrêmes, il fallait élargir l’enceinte par l’addition de nefs longitudinales, et l’allonger par des nefs transversales.

C est ce qu on fit aux basiliques du Latrau et de Saint-Pierre de Rome qui, dès le principe, avaient chacune cinq nefs longitudinales et une nef transversale interposée entre celles-ci et l’abside. Ces basiliques sont les plus vastes de celles que fit elever Constantin; et comme elles furent bâties immédiatement après l’affranchissement du christianisme, il est probable qu’on les copia sur le modèle des basiliques

‘ Vo,r’ a taPPul de celle explication, les opinions de quelques-uns des auteurs cités dans les notes do l'édition de Y.trure publiée en 1827 par les frères Mattiuzzi, t. Il, p. 11, p. r, et suivantes. - 11 peut se faire, suivant Poléni, que les chalcidiques placés aux exlrémités des basiliques aienl aussi rempli l'office de vestibules. Le vestibule du monument élevé à Pompé! par la prêtresse Jiumachia porte le nom de cllalcidicum inscrit sur une table de marbre fixée à la muraille. Voir a ce sujet le Dictionnaire des antiquités romaines et grecques d'Antony Rich, p. 142 do la traduction française, au

manière.

j...». uvao in u i o |id’ces de portes. Rien ne le contredit cependant en aucune

romaines. La basilique de Sainl-Paul-liors-les-Murs, reconstruite sous Tiiéodose (voir sur la pl. 1 le plan de cet édifice), offre aussi la même disposition. Il est à remarquer que les nefs transversales de Saint-Paul font saillie sur les murs latéraux ; mais ces saillies, qui sont très faibles, ne font qu’accuser à l’extérieur l’ordonnance du plan. Plus tard, on les a considérablement augmentées ; et, grâce au développement simultané de la (ribune et du chalcidique, l’église, qui était primitivement rectangulaire, a pris la forme d’une croix, dont la branche transversale, ou transsept, s’est trouvée formée par le chalcidique.

Galeries supérieures. — Pluteum. — Souvent, dans les basiliques romaines, il y avait des galeries au-dessus des nefs latérales. Ces galeries étaient limitées du côté de la grande nef par un deuxième ordre de colonnes, superposé à l’entablement de l’ordre inférieur. D’après Yitruve, les colonnes du deuxième ordre étaient d’un quart moins hautes que celles du premier. Les galeries hautes se trouvaient séparées de la nef par une cloison appelée pluteum, interposée entre leurs colonnes, et dont Vitruve règle la hauteur aux trois quarts de celle des colonnes *. Cette cloison devait produire un assez mauvais effet, à cause de son élévation considérable; mais elle était nécessaire pour isoler suffisamment les galeries hautes, où l’on ne devait pas, suivant Vitruve, être exposé à la vue des marchands placés en has : uti supra basilicæ contignationem ambulantes cib negociutorïbus ne conspiciantur.

Un attique, décoré de pilastres, s’élevait au-dessus de l’entablement des colonnes de l’ordre supérieur et supportait la toiture de la nef principale. Cette nef était directement éclairée par des jours ménagés dans les intervalles des pilastres: quant aux galeries hautes et basses, elles recevaient la lumière par des fenêtres ouvertes dans les murs latéraux.

Divers types de basiliques. — Les basiliques romaines ne furent pas toutes construites conformément au type qui vient d’être décrit. Quelques-unes, les plus vastes, comme la basilique Ulpienne, élevée par Trajan, avaient cinq nefs. Les plus petites n’en avaient qu’une. Celles de la Grèce et des contrées méridionales, au lieu d’être fer-

1 La plupart des éditions de Vitruve portent : pluteum quod fuerit inter svperiores et inferiores columnas. D’après cette version, le pluteum au lieu de former clôture entre les colonnes du second rang s'interposerait entre les deux ordres en manière de plinthe. Quelques architectes ont admis à la lettre celle dernière explication; mais l’autre s’appuie également sur de bonnes raisons et de bons auteurs. En pratique, elle paraît beaucoup plus acceptable, comme le montre fort bien M. Reynaud, Traité (V architecture , t. Il, p. 157 et 138.

niées par une enceinte de murailles, paraissent plulol avoir été entourées de colonnes, de manière à former de vastes portiques *. D’autres, comme le temple de la Paix, bâti à Rome par Maxence, étaient voûtées et partagées en nefs, non plus par des colonnes, mais par de vigoureux piliers, où venaient s’appuyer les voûtes. I outes ces variétés rentrent dans le même type, excepté pourtantcelle dont le temple de la Paix offre un exemple si grandiose. L’emploi des voûtes imprime aux basiliques de cette espèce un caractère spécial et plus monumental.

Appropriation de la. basilique romaine au culte chrétien !. — 11 fut très facile d’approprier les dispositions des basiliques romaines aux besoins du culte chrétien. L’évêque prit place au fond de la tribune, sur le siège du magistrat qui présidait. Ce siège fut appelé cathedra. Les prêtres assistants se rangèrent de chaque côté sur le banc circulaire moins élevé où siégeaient les assesseurs. Les clercs occupèrent l’enceinte réservée aux avocats et aux plaideurs. Cette enceinte reçut un développement plus considérable, et prit le nom de chœur. Deux chaires ou ambons furent élevées de chaque côté du chœur, celle de gauche pour la lecture de l’évangile, et celle de droite pour la lecture de l’épître. On disposa l’autel entre le chœur et la tribune. Le peuple occupa les nefs ; et comme la séparation des sexes était alors observée autant que possible, le côté droit fut affecté aux hommes elle côté gauche aux femmes. Lorsqu’il y avait des galeries hautes, on y plaçait de préférence ces dernières; d’où le nom de gynécée donné parles Grecs aux galeries supérieures.

Les additions les plus importantes consistèrent dans 1 enarthex et dans Y atrium. Le uartliex était un vestibule destiné aux catéchumènes, qui fut adossé contre la façade, parfois à l’intérieur, mais plus généralement à l’extérieur de l’édifice. C’est un véritable chalcidique antérieur, séparé des nefs par un mur percé de portes.

L’atrium, placé au-devant dunarthex, était une cour rectangulaire entourée de portiques et disposée à peu près comme le forum des basiliques romaines. Souvent il n’y avait de portiques que sur trois côtés de l’atrium. Le côté qui longeait le narthex en était alors dépourvu. Quand ce quatrième portique existait, on le séparait parfois de la cour par des cloisons, de manière à former un vestibule extérieur ou exonarthex.

1 L. Reynaud, Traité d' architecture, t. Il, p. 137 et 13S.

- Je ne puis traiter ce sujet que très sommairement. Pour plus de détails consulter l’article inséré par M. l’abbé C. Cahier dans les Annales de philosophie chrétienne (nov. et déc. 1859), sous le titre : Idée d'une basilique chrétienne des premiers siècles.

C’esl dans l’exonartbex, elàson défaut sous les portiques de l'atrium, que se tenaient les pénitents. Au milieu de l’atrium, on établit une fontaine pour les ablutions, et quelquefois le baptistère.

Le baptême par immersion était exclusivement en usage à cette époque ; et comme l'évêque seul l’administrait, il n’existait qu’un baptistère dans chaque ville. C’était donc'uu édifice important : on lui donnait la forme circulaire ou polygonale, et on le construisait généralement à côté de l’église principale.

Les persécutions obligèrent souvent les chrétieus de Rome à chercher un refuge dans les galeries souterraines deleurs cimetières ou catacombes. Dans les autres villes de l’empire, les cimetières chrétiens étaient aussi en dehors des murs. Les reliques des martyrs y reposaient, et la vénération dont elles devinrent l’objet fut si profonde que, malgré l’éloignement, les premières basiliques furent bâties aux lieux mêmes où on les avait ensevelies. C’esl ainsi qu’à Milan, sur les onze principales églises qui existaient au commencement du douzième siècle, huit se trouvaient eu dehors de l’enceinte des murs. La même remarque s’applique aux basiliques de Rome et à celles des autres villes de l’Italie, Lucques, Parme, Vérone, etc.

Au-dessous de l’autel on disposa les reliques des saints sous l’invocation desquels l’église était placée. Et pour les rendre accessibles, on logea le sarcophage qui les contenait dans un caveau, nommé crypte ou confession, au fond duquel on descendait par un escalier. Les souvenirs pieux qui se rattachaient aux catacombes romaines ont pu contribuer à répandre cet usage. Les confessions des basiliques les plus anciennes 11e sont guère que des souterrains étroits et obscurs, tandis que plus tard on développa souvent les cryptes au point d’en faire de véritables églises '.

Construction des premières basiliques chrétiennes. — Constantin éleva les premières grandes basiliques chrétiennes, entre autres celles du Lalran , de Sainte-Agnès, Saint- Pierre, Saint-Laurent et Saint-Paul. Dès le règne de cet empereur, on s’était mis .à dépouiller les monuments anciens pour décorer plus aisément les nouveaux ; et Constantin lui-même donna l’exemple de cette spoliation en faisant transporter à Byzance une grande quantité de statues, de colonnes et de marbres précieux enlevés aux édifices de Rome et des autres villes de l’empire. Lorsque le paganisme eut été aboli par Théodose, ses temples furent presque tous fermés et leurs biens confisqués, le

1 Par exemple» tas cryptes de Saint-Zenon de Vérone et des cathédrales de l'aimo et de Modènei

plus souvent, au profil de l’empereur, de l’Église et de l’armée. Les chrétiens en profitèrent pour détruire un grand nombre de ces monuments. Ils trouvaient à cela le double avantage d’anéantir les signes encore redoutables de l’ancienne religion et de faciliter singulièrement la construction de leurs basiliques \ Ils se procurèrent ainsi des colonnes, des frises, des architraves; mais, comme les basiliques étaient habituellement plus vastes que les temples, il fallait d’ordinaire, pour en construire une seule, recourir à des fragments de diverse provenance. La décadence de l’art était déjà si avancée que l’on ne craignit pas d’associer ces débris, quoique différents de style eide dimension : on se Contenta de les rajuster le mieux qu’il fut possible.

Avec cela rien de plus simple que la construction d’une basilique. Une fois les colonnes rassemblées en nombre suffisant, on les alignait en longues files et on les réunissait par de grands blocs de marbre provenant des entablements ou bien, suivant un nouvel usage, par des arcades. Il ne restait plus qu’à bâtir par-dessus et à élever latéralement des murs en briques ou en moellons et à recouvrir le tout d’une toiture en charpente.

Églises de forme cruciale ou circulaire. — Le type de la basilique romaine fut généralement adopté aux quatrième et cinquième siècles pour les églises chrétiennes d’Orienl et d’Occident, mais il ne fut pas le seul en usage. On construisit aussi quelques églises en forme de croix, et d’autres, plus nombreuses, circulaires. Citons parmi les premières deux monuments qui seront étudiés plus loin : la basilique des Sainls-Pierre-et-Paul, fondée près de Corne au plus tard dans les premières années du cinquième siècle et rebâtie au onzième sous l’invocation de saint Abondio (voy. deuxième partie, p. 512 à 510 et pl. 75 et 79); et la basilique des Saints-Apôtres, maintenant Saint-Nazaire Majeur, fondée à Milan par saint Ambroise vers la fin du quatrième siècle (voy. deuxième partie, p. 199 à 203). La même disposition cruciale fut encore appliquée à une autre église des Saint-Apôtres, élevée au sixièmesiecle par Justinien dans la ville de Constantinople, et que la description deProeope fait assez bien connaître1.

1 Cependant un certain nombre de temples païens ont été convertis en églises. — Voir Trader, Architecture byzantine.

- Le savant architecte badois, Henri Hübsch, a publié une restitution de cet édifice, faite d’après le texte de Procope, dans son bel ouvrage : Les Monuments de l' architecture chrétienne primitive. Traduction française, Paris, 180(1, p. 71,

Les églises rondes appartiennent à deux types distincts, suivant qu’elles se composent d’une salle centrale entourée d’une galerie de circulation et séparée de celle-ci par des supports isolés, ou qu’elles consistent en une simple salle circulaire. Nous appellerons les premières rotondes annulaires et les secondes rotondes simples; et nous étendrons le nom de rotonde aux édifices de contour polygonal. Les monuments de celte famille sont généralement voûtés. Dans les rotondes annulaires, il y a quelquefois deux étages superposés de galeries, et la voûte centrale s’élève assez haut pour qu’il y ait 'des jours entre sa naissance et le toit des galeries.

Les rotondes simples, telles que Saint-Marcellin et Saint-Pierre de Rome1 et Saint-George de Thessalonique8, édifices tous deux attribués à Constantin, sont disposées comme les salles circulaires des Thermes, avec des parois épaisses, évidées par des niches. Le type des rotondes annulaires en dérive naturellement. 11 fut appliqué dès les premiers temps, témoin le baptistère du Latran et l’église de Sainte-Constance, bâtis sous Constantin. Citons encore la curieuse rotonde de Nocera, près Salerne, que l’on croit être du sixième siècle, et la rotonde du Mont Cœlius à Rome (Saint-Etienne-le-Rond), qui, selon quelques auteurs, eût été primitivement un marché antique, et, suivant d’autres écrivains, serait une église du cinquième siècle5.

A la catégorie des églises circulaires se rattachent certaines rotondes hypètres, d un usage tout à fait exceptionnel, ayant pour objet d’enfermer dans une espèce de cour sacrée, entourée d’un portique, quelque insigne monument religieux, que des motifs particuliers interdisaient d’abriter sous un toit. Des églises accompagnaient ces sanctuaires commémoratifs. Telles étaient la rotonde incomplète servant d’abside a la basilique du Saint-Sépulcre, bâtie sous Constantin*, et la rotonde octogone de Kalat-Sema’n, au centre de laquelle s’élevait la colonne de saint Siméon Stylite5. A celte dernière rotonde sont annexées quatre basiliques, disposées suivant les branches d une croix ; disposition ingénieuse et grandiose dont il n’existe pas d’autre exemple.

1 Cet édifice est maintenant détruit; mais son plan se trouve conservé dans l’ouvrage de Ciampini, de Ædificiis constantinianis .

- Texiér et Pullan, Architecture byzantine. Londres, 1864, p. ns et suiv., pl. 28 cl suiv.

Ces quatre dernières rotondes annulaires sont dessinées et décrites dans le consciencieux ouvrage d’Isabelle, Les édifices circulaires et les dômes. Paris, 1855. Elles sont aussi reproduites dans l'Histoire de l'art par les monuments, de Séioux d Agincourt et dans les Monuments de l'architecture chrétienne primitive de 11. Hiibsch.

De Vogüé, Les églises de la Terre sainte. Paris, 1860, p. 118 et suiv., pl. 6.

l)c Vogüé, La Syrie centrale. Architecture civile et religieuse du ier au vnc siècle. Paris, 1865-1877, p. 141 et suiv. pl. 159 et suiv. Selon M* de Vogüé, le monument de Kalat-Sema’n daterait du cinquième siècle.

L’absence de toiture s’explique d’ailleurs, au Saint-Sépulcre, par le souvenir delà Résurrection; et quant à la colonne de saint Simeon, il était juste de la laisser à découvert en mémoire des vingt-deux années que le saint avait passées sans abri sur la plate-forme de son chapiteau.

Les rotondes se prêtent moins bien que les basiliques à la célébration du culte, et la séparation des sexes y est diflicile à établir. Si, malgré ces inconvénients, quelques églises furent ainsi disposées dès les premiers temps de l’affranchissement du christianisme, cela pourrait provenir de ce que les Chrétiens, n’ayant pas encore, faute d’expérience et de traditions, fixé la forme des églises, imitèrent parfois les rotondes de l’antiquité. Celte explication paraît préférable, en général, à celle qui attribue la construction des églises circulaires à une cause purement morale ou symbolique, et voudrait les faire passer pour des édifices élevés à la mémoire du triomphe du christianisme et consacrés au culte spécial de la croix, plutôt que destinés à l’accomplissement régulier du service religieux1.

On construisit encore des églises circulaires après le règne de Constantin, mais ce ne fut jamais que par exception. La continuation de cet usage, motivé dans certains cas par des circonstances particulières, tient sans doute pour beaucoup à ce que l’on imita, soit par caprice artistique, soit à cause d’une tradition spéciale, tantôt les premières rotondes chrétiennes8, tantôt certaines églises rondes ou polygonales de style byzantin’, tantôt même des rotondes païennes*.

Baptistères. — Nous avons déjà dit que les baptistères se construisaient à côté de l’église principale de chaque ville et qu’ils recevaient la forme circulaire ou polygonale, forme très convenable pour des édifices destinés à contenir une piscine, et qui fut presque constamment adoptée pendant tout le temps que l’usage de l’immersion rendit nécessaire d’administrer le baptême dans un local séparé de l’église.

Les baptistères étaient construits en général d’après le type des rotondes simples. Rarement on leur donna la forme de rotondes annulaires, parce que, à moins de

1 Celle dernière opinion est soutenue par M. Ricci, Sloria deiï archUellum in ltalia, t. I.p. 90 et suiv.

Les Templiers donnèrent souvent à leurs églises la forme de rotonde, en mémoire de l'église du Temple, qui s’élevait sur 1 emplacement du Temple de Jérusalem et n’était autre chose que la mosquée d'El-Sakhra convertie en église. La plupart do leurs chapelles étaient circulaires, quelques-unes étaient polygonales. Voy. Albert Lenoir, Architecture monastique. Paris, 1852. 1 vol., p. 369.

’ La rotonde d’An-la-Chapelle est regardée il juste titre comme une imitation de Saint- Vital de Ravcnne.

* Suivant M. Texier, le baptistère de Fréjus, bâti en 810, et celui de Saint-Maurice à Aix, bâti en 1 101, ont été copiés sur la rotonde do Riez. — Texier, Architecture byzantine.

circonstances exceptionnelles, cette disposition plus compliquée n’était suffisamment motivée ni par la destination, ni par l’importance du monument.

Parmi les baptistères primitifs les plus remarquables, il convient de citer ceux de Latran et de Sainte-Constance à Rome, celui de Saint-Jean-les-Fonts à Ravenne et celui de l’église Laurentiennc à Milan. Le premier, attribué .à Constantin, est octogonal avec une galerie de circulation1. Nous avons déjà parlé du second. Quant aux deux autres, qui datent du cinquième siècle, ils sont aussi disposés en forme d’octogone, mais sans galeries. (Voy. pour le baptistère de Ravenne les plans de la plancbe 'l et la coupe donnée plus loin dans le texte du présent chapitre, et pour celui de Milan, le plan de la planche 4 et les dessins de la planche 5.)

Décadence et transformation de l’architecture romaine. — L’architecture religieuse chrétienne, dont nous venons d’étudier les débuts, s’est formée à une époque où déjà l’architecture romaine était en pleine décadence. Naturellement elle a subi en se développant toutes les phases de celte décadence, qui s’aggravait avec l’épuisement et la dislocation de l’empire. Toutefois, une influence d’une autre nature conduisait en même temps l’architecture romaine dans une voie nouvelle. Cette action rénovatrice se manifeste déjà d’une manière sensible à la fin du troisième siècle ; mais ce n’est que plus tard, quelque temps après la translation du siège de l’empire de Rome à Constantinople, qu’elle amena des changements décisifs. C’est seulement lorsque le centre du monde civilisé européen se trouva reporté aux frontières de l’Asie, et que la fondation d’une nouvelle capitale loin de Rome et de ses traditions permit à l’architecture de se transformer plus librement, c’est seulement alors que l’art romain successivement modifié ou changé dans plusieurs de ses principes, fil place à l’art byzantin. Nous parlerons plus loin de ce style nouveau. Quant à présent, nous devons nous borner à signaler, pour la période comprise entre le règne de Dioclétien et la chute de l’empire romain, les innovations introduites dans l’architecture italienne.

Les Thermes de Dioclétien à Rome, et surtout le palais bâti par le même empereur à Spalatro’, témoignent d’une transformation considérable dans l’art de construire et décorer les édifices. L’arcade sur colonnes, qui apparaît dans les Thermes, est employée couramment à Spalatro. On l’y rencontre même évidant un fronton,

1 Isabelle, Les édifices circulaires elles dômes. PI. 28 et suiv

2 Cassas et Lavallée, Voyage historique et pittoresque de l'Islrie et de la Dalmatie, Paris, 1802.

dont l’entablement courbé en plein cintre lui sert d’archivolte. Au-dessus de la porte principale du palais, règne une suite d’arcalures aveugles, qui prennent appui sur des colonnettes portées en encorbellement par des consoles. La colonnade du long portique tourné vers la nier surplombe aussi partiellement le mur d appui. On remarque des griffes à la base d’une colonne1.

Il y a loin de ces formes, qui semblent apparaître alors en Europe pour la première fois, à celles de l’art classique. L’arcade sur colonnes®, innovation d’une importance capitale, bien vite adoptée pour la construction des basiliques, la raideur du profil des moulures, et l’aspect souvent lourd de l'architecture, font déjà pressentir le style byzantin.

Lesystème de construction des voûtes en petits matériaux, si largement appliqué par les Romains aux monuments de l’ère impériale, est aujourd’hui bien connu, grâce aux études de M. Choisy2 3 4. La méthode, pratiquée spécialement en Italie, consistait le plus souvent à bâtir d’abord une ossature formée d’arcs en briques plus ou moins espacés, puis à noyer ces « cintres permanents » dans un épais massif de maçonnerie de blocage, exécuté par couches horizontales. Au lieu d’un réseau de nervures, on se contentait parfois d'un simple platelage, nyantune ou deux épaisseurs de briques, sur lequel on maçonnait ensuite le corps de la voûte. Par suite de la cohésion mutuelle de toutes leurs parties et de l’épaisseur considérable qu’elles recevaient, les voûtes de celte espèce, véritables monolithes, n’exercaient point de poussée sur leurs appuis. Si, dans , es grands édifices, les principales d’entre elles sont pourvues néanmoins de robustes culées, il ne faut voir dans celles-ci qu’une précaution, d’ailleurs très sage, contre les effets des tassements ou même des tremblements de terre.

Introduit sans doute à l’époque d’Auguste, le procédé spécial, dont nous venons de résumer les traits principaux, n’a guère survécu au règne de Constantin. Les Thermes de Dioclétien et la basilique de Maxence en montrent encore de grandioses applications, mais ce sont presque les dernières, du moins en Italie. A partir du quatrième siècle, le système de la voûte romaine épaisse et monolithe tombe en désuétude dans ce pays, en même temps que cesse la construction des grands monuments voûtés *.

* Je dois ce renseignement à M . Choisy, ingénieur des ponts et chaussées, qui a dessiné et mesuré la base on question.

2 « L'arcade sur colonnes, dit très justement M. Reynaud, est devenue caractér'sCque de l'art moderne, comme l'en- « tablement l’était de l’art antique. »

J Choisy, L'art de bâtir chez 1rs Romains. Paris, 1875.

4 Id., ibid., p. 179 et 180.

Il resle en Italie peu devoûles authentiques des quatrième et cinquième siècles, de telle sorte que la transformation des méthodes de construction est difficile à suivre. Une voûte très curieuse couvre la salle octogone qui, dans les Thermes de Dioclétien, occupait l’angle ouest de l’édifice central. La surface d’intrados présente à son pied, à partir du sommet du prisme octogonal, des arêtes saillantes entre lesquelles se développent des surfaces concaves très creuses à l’origine. Ces espèces de cannelures s’ef¬

facent peu à peu eu même temps que les arêtes, de manière à disparaître avec elles à mi-hauteur environ de la voûte. Plusieurs coupoles byzantines, à base octogone, sont entièrement cannelées, depuis la base jusqu’au sommet, suivant la disposition adoptée pour la seule partie inférieure dans cette curieuse voûte d’arêtes octogonale des Thermes de Dioclétien 1 2 .

Des innovations plus importantes, à cause du rôle considérable qu’elles ont joué plus tard, apparaissent au milieu du cinquième siècle dans les voûtes de deux monuments ravennais. L’un est le baptistère de Saint-Jean-les-Fonts, orné de mosaïques par l’évêque Néon 3 (449-452) ; l’autre est la chapelle de Saint-Nazaire et Saint-Cclse, ou mausolée de Galla Placidia, que lit bâtir avant sa mort, survenue en 450, l’impératrice Placidie, pour contenir son tombeau et ceux des membres de sa famille.

Nous avons donné, sur la planche 1, les plans du baptistère de Ravenne, dont nous montrons ici la coupe verticale. L’édifice ayant été décoré par l’évêque Néon, il est sinon certain, du moins très probable que la voûte, bâtie avec une extrême légèreté, comme si elle n’avait pas d’autre objet que de porter son revêtement en mosaïque,

1 Citons particulièrement l’église des Saints -Serge-el-Bacchus, bâtie à Constantinople par Justinien antérieurement à Sainte-Sophie. — Salzenberg, Alt. ckristliche Baudenkmale von Conslantinopel. Berlin, 1854, pl. 5.

2 h Fontes ursianæ Ecclesiæ pulcherrime decoravit ; Musivo, et auratis tessellis Apostolorum imagines, et nomina

cameræ circumpinxit paricles promiscuis lapidibus cinxit ». Agnellus, Liber pontificalis. In Neone.

date aussi de la même époque. Nous venons de signaler la légèreté de cette voûte ; elle n’a que 0'",19 d’épaisseur pour une portée de 10"', 70. Ce caractère la sépare radicalement des voûtes romaines non appareillées, dont elle diffère encore par la forme et le système de construction. C’est une calotte sphérique raccordée par des pendentifs de même courbure avec le prisme octogonal du tambour. Le procédé

de construction est très original '. La voûte se compose de deux couches de tubes creux en terre cuite, striés à la surface, emboîtés les uns dans les autres et formant, dans chaque couche, une suite d’anneaux ou plutôt de spires qui se continuent sans interruption depuis le sommet des pendentifs jusqu’au faite. Les pendentifs sont exécutés avec les mêmes matériaux. Ces dispositions permettent d’obtenir une grande solidité avec beaucoup de légèreté. Moyennant l’étroite liaison produite par le mortier dans les stries et dans l’emboîtement, les anneaux de la spire sont rendus solidaires cl inextensibles et la voûte ne pousse pas. Aussi repose-t-elle impunément sur des murs 1res minces.

Le mausolée deGalla Placidia est à peu près contemporain du baptistère de Néon. C’est un petit édifice disposé en forme de croix’, voûté en berceau sur les quaire branches et couvert, dans l’étendue de la croisée, par une calotte sphérique sur pendentifs, dont le tambour carré fait à l’extérieur une forte saillie. Nous trouvons ici le premier exemple sûrement daté d’une voûte sphérique à pendentifs établie sur plan carré; et le fait a de l’importance à cause du rôle considérable que jouent les voûtes de celle espèce dans l’architecture byzantine.

Leurs pendentifs, très développés en superficie avec un porte à faux considérable, ne sauraient être établis que par des architectes expérimentés, ayant dos idées nettes sur la construction géométrique de la surface courbe à laquelle appartiennent ces rac-

1 Oïi restaurait précisément la mosaïque de la voûte lorsque, en septembre 1861, j’ai relevé les dessins du Baptistère. Je dois à cette circonstance d’avoir vu la voûte à nu et d’être ainsi parfaitement renseigné sur sa structure que ne font connaître ni l’ouvrage d’Isabelle, ni celui de llübscb.

2 Les tombeaux souterrains offrent souvent un plan cruciforme, qui provient de 1 usage d’ouvrir des nicbcs sépulcrales sur les faces d’une chambre carrée. Celte disposition, fréquente dans les catacombes romaines, convenait bien au mausolée de Placidic qui devait renfermer plusieurs sarcophages*

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cords d’encoignure. La difficulté est bien moindre quand la voûte sphérique prend' appui sur un tambour octogonal. Dans ce cas, les pendentifs, très restreints en amplitude et en surplomb, peuvent être facilement exécutés sans définition rigoureuse au moyen d’encorbellements à pente plus ou moins raide et d’une courbure plus ou moins prononcée. Il en est de même, à plus forte raison, quand la base polygonale a

plus de huit côtés ; et tel est le cas de la rotonde, dite temple de MinerVa medica , qui S’élève à Rome non loin de la porte Majeure. La voûte hémisphérique y repose sur un tambour décagonal par l’intermédiaire de petits pendentifs grossièrement dégauchis, dont le mode de génération paraît fort incertain. Cet édifice remonte probablement au quatrième siècle. 11 est remarquable par la légèreté de sa grande voûte, ainsi que par la structure et le système d’appui de celle voûte

Citons aussi la rotonde de Saint-Aquilin, dont la construction est attribuée à Galla Placidia, et la petite rotonde de Saint-Sixte, qui s’élèvent à Milan de part et d’autre de l’église laurentienne (voy. pl. 4 et 5). Ces édifices montrent l’exemple, aussi rare dans les constructions romaines que fréquent dans celles du moyen âge, d’une coupole octogonale appuyée sur un tambour de même forme La voûte en briques de Saint- Aquilin, épaisse de 0”,45, avec une ouverture de près de 13 mètres n’appartient pas à la classe des voûtes monolithes de l’architecture romaine.

Outre la nouveauté des formes et du système de construction des voûtes, le baptistère de Ravenne, la chapelle funéraire de Galla Placidia et la rotonde de Saint-Aquilin

offrent dans leurs membres extérieurs des innovations très intéressantes. Ce sont : au baptistère de Ravenne, une corniche composée de petites arcatures qui prennent appui alternativement sur des bandes murales et des consoles1 2; au mausolée de Placidie, des arcatures aveugles retombant sur des bandes murales; enfin, à la rotonde de Saint-Aquilin, une galerie de couronnement et de circulation, limitée au dehors par des arcatures sur piédroits (voy. pl. 5). On trouve ainsi, dans ces monuments du

1 Dans 1 arc quadrifrons de Lattaquieh (Laodicée), dont M. de Vogüé donne les dessins [Architecture de la Syrie centrale, pl. 29), une voûte hémisphérique prend appui sur un socle octogonal. Cet octogone procède lui-même d’une base carrée par l'intermédiaire de quatre pendentifs à faces planes inclinées.

2 H. Uübsch a déjà remarqué [Mon. de l'Arch. chrét. primitive , p. 27) que « c’est très probablement le plus ancien exemple de la frise à petites arcatures. »

architecture lombarde.

cinquième siècle, les principaux motifs de décoration extérieure de l'architecture lombarde, à savoir : corniches à petites arcatures, bandes murales, arcatures plaquées contre les murs, galeries d’arcatures profondes soutenues par des supports moles.

La décoration intérieure du Baptistère de Revenue, décoration luxueuse, traitée avec beaucoup de soin et de recherche (voy. p. «), témoigne aussi d une notable transformation de l’architecture romaine et d’un acheminement très marque vers art byzantin. Les deux étages superposés d’arcatures sur colonnes, dont les plus elevees

Vue extérieure du Mausolée de Placidie.

embrassent chacune trois arcades plus petites et inégales, sont un motif de décoration qui se rattache immédiatement à l’art du moyen âge.

Le fond des arcatures basses était garni de placages et de mosaïques en marbres précieux, dont la pl. 52 reproduit un fragment. Ce qui reste de ces ouvrages, exécutés avec une remarquable perfection, montre qu’ils étaient d’un goût déjà franchement byzantin. Cette dernière observation s’applique également aux belles mosaïques en petits cubes de verre émaillé qui tapissent les tympans des arcatures basses et la voûte sphérique à pendentifs. Leur distribution par zones, la nature des sujets : Prophètes, Évangélistes, Apôtres, Baptême de Jésus-Christ, les formes des feuillages et des autres ornements, sont autant de caractères qui rattachent les mosaïques en

question à la nouvelle ère artistique inaugurée par l’architecture byzantine. Pour mesurer le chemin parcouru, il n’y a qu’à les comparer avec les mosaïques conslantiniennes de la rotonde de Sainte-Constance près Rome1.

En définitive, tandis que les Thermes de Dioclétien et surtout le palais de Spalatro annoncent de loin la formation de l’architecture byzantine, première manifestation de l’art du moyen âge, ou plutôt trait d’union entre l’architecture romaine et celle du moyen âge, le Baptistère de Ravenne et le Mausolée de Placidie, bâtis un siècle et demi plus tard, nous montrent cet art nouveau en partie constitué.

Influence exercée par l’art des provinces asiatiques de l’empire sur la transformation de l’architecture italienne. — D’où partît l’impulsion qui amena de telles transformations? Le fait qu’en Italie ces changements se sont manifestés surtout à Ravenne et dans la région avoisinante, c’est-à-dire dans la contrée qui, à celte époque, était le plus en relation, par voie maritime, avec les provinces orientales de l’Empire; et celte autre circonstance que l’épanouissement du nouveau style s’est produit à Constantinople, aux frontières de l’Asie, paraissent indiquer un courant artistique de source orientale. Quel art d’ailleurs, si ce n’est celui de l’Asie, aurait pu, à celle époque, réagir sur l’architecture romaine, qui régnait sans partage sur toute l’Europe civilisée. Voyons jusqu’à quel point les faits justifient une pareille conjecture.

Les monuments romains deBalbeck, Damas, Palmyre, Petra et surtout les édifices de la Syrie centrale, publiés par M. de Vogué !, laissent voir, entre autres combinaisons de formes, étrangères à l’art classique occidental, celles dont les Thermes de Dioclétien et le palais de Spalatro révèlent l’introduction dans la région de l’Adriatique. Mais la plupart de ces formes particulières se rencontrent en Syrie comme motifs habituels, couramment employés, plutôt qu’à l’état de dispositions exceptionnelles ; témoin le fronton sur colonnes, percé d’une arcade en son milieu, dont un exemple subsiste encore à Damas, et qui, d’après les médailles frappées en ces contrées, aurait été, depuis le règne d’Hadrien, le type ordinaire des entrées monumentales de temples ou de portiques 3. Ces constructions syriennes, parfois

1 Isabelle. Les édifices circulaires et les dômes, pl. 57.

2 De Vogüé. Architecture de la Syrie centrale. Paris, 1865-1877.

5 Telle était, d’après une médaille d’Hadrien (qui régna de 117 à 158), la disposition du temple de Jupiter Capitolin, érigé par cet empereur sur l’emplacement du Temple de Jérusalem (De Vogüé. Le Temple de Jémsalem, Paris, 1864, p. 62). M. de Vogüé s’exprime ailleurs sur ce sujet dans les termes suivants : « Celte forme était devenue en Syrie le type

20 architecture lombarde.

colossales, toujours bien bâties en grands quartiers de pierre, sont fréquemment traitées avec une fantaisie dans la composition, une liberté de dessin et une abondance de ressources décoratives, qui témoignent dun art plein de puissance et d’originalité. Et comme certaines d’entre elles paraissent remonter jusqu au deuxième siècle, il n’est guère douteux que les nouveautés architecturales des Thermes de Dioclétien et du palais de Spalatrô, qui semblent apparaître en Italie et dans la Damaltie brusquement, sans préparation, ne soient une imitation de formes devenues habituelles à l’art romain oriental.

Les coupoles syriennes des Kalybés d’Omm-ez-Zeitoun (282) et de Chaqqa (antérieur à l’affranchissement du christianisme) abritent des salles carrées ; mais le passage de celte forme au cercle se fait par un ou plusieurs rangs de dalles, posées à plat dans les encoignures. Le même système fut encore employé plus tard à l’église d’Ezra, terminée en 515 ‘ ; et cependant la forme octogone du tambour permettait d’obtenir aisément, dans ce cas, une transition moins brutale. Il semble résulter de ces exemples que, dans les provinces de l’extrême Orient, Ion aurait ignoré, jusqu’au sixième siècle au moins, l’usage du pendentif; et comme cet usage fut certainement pratiqué en Italie dès le milieu du siècle précèdent, on serait tenté de conclure qu’il est d’origine romaine et que l’architecture orientale fut étrangère à son institution. Telle est du moins la conclusion à laquelle aboutirait le parallèle des monuments aujourd’hui sûrement datés de l’une et de l’autre contrée. Mais il existe à Jérusalem et dans les villes ioniennes de Philadelphie et de Sardes des coupoles sur pendentifs d’une haute ancienneté, dont il faut tenir grand compte, bien que leurs dates soient incertaines.

Deux des portes pratiquées dans l’enceinte du Temple de Jérusalem, la Porte dorée et la Porte double, sont divisées chacune par une fde de supports isolés en deux passages couverts par des calottes sphériques sur pendentifs. M . de Vogüé, qui a

de toutes les façades. Les monnaies des empereurs romains, frappées dans les villes de Palestine, de Phénicie, de Syrie, et qui représentent les temples des Divinités locales, fournissent de très nombreux exemples de cette combinaison architecturale, mais les monuments eux-mêmes ont généralement disparu. » (De Vogüé. Architecture de la Syrie centrale, p. 7i et 75). Cependant à l’Arc de Damas, M. de Vogüé ajoute quelques autres exemples. Citons le porche du prétoire de Mousmieh (pl. 7), les niches qui ornent la façade de la basilique de Chaqqa (pl. 15 et 16) et le porche de la basilique de Qennaouat (pl. 19 et 20).

L’idée d’ouvrir une arcade dans un fronton pourrait provenir de l’établissement d’une voûte en berceau sur l’avenue centrale du portique, disposition qu’on observe déjà au Panthéon de Rome. Après avoir tenu d’abord la voûte cachée derrière le fronton, on se serait avisé plus tard de la faire paraître au dehors en perçant celui-ci.

1 De Vogüé. Archit. de la Sijrie centrale , p. 41 et suiv., pl. 6.

2 Id., p. 61, pl. 21.

donné les dessins de ces portes dans son excellente Étude sur le Temple de Jérusalem estime que les parties de la construction auxquelles se rattachent les voûtes remontent au moins au sixième siècle, qu’elles datent probablement du règne de Justinien et sont même peut-être plus anciennes. Il serait donc possible qu’elles fussent contemporaines des premières voûtes à pendentifs bâties à Ravenne. Notons d’ailleurs qu’il s’agit ici de voûtes en pierres de taille, soigneusement dressées et appareillées, dont un constructeur novice ne saurait avoir dirigé l’exécution.

Les amorces des grandes voûtes qui couvraient un édifice en forme de basilique, situé dans la ville d’Ala-Shehr, l’ancienne Philadelphie, seront publiées prochainement par M. Clioisy dans le livre qu’il prépare sur al' Art de bâtir chez les Byzantins », suite de « l'Art de bâtir chez les Romains ». Nous devons à sa généreuse obligeance de pouvoir dès à présent citer ce monument inédit. Ce devait être un édifice analogue aux grandes salles rectangulaires des Thermes, à cela près que des calottes sphériques sur pendentifs y remplaçaient les voûtes d’arête et lui donnaient ainsi même disposition intérieure qu’à l’église parisienne do la Madeleine. Les voûtes sphériques d’environ quatorze mètres d’ouverture, parementées en briques, s’appuyent sur des piliers de plus de six mètres d’épaisseur, revêtus en pierres de taille. A Sardes subsistent encore les restes de deux grands édifices, voûtés comme la basilique de Philadelphie et qui paraissent contemporains de cette basilique. Ils seront avec elle publiés par M. Clioisy, à qui nous devons de les connaître.

L’ampleur des dimensions et l’épaisseur extraordinaire des massifs de maçonnerie portent hautement témoignage en faveur de l’ancienneté de ces trois monuments. Si ceux-ci existaient en Italie, on ne pourrait pas les faire remonter moins haut que le milieu du quatrième siècle. Mais, situés dans les provinces orientales de l’Empire, où l'appauvrissement et la décadence commencèrent plus tard, ils pourraient être d’une époque plus récente. Toutefois, comme les édifices en question sont nécessairement, eu égard à leur structure, plus anciens que Sainte-Sophie de Constantinople, dont la date est postérieure de 80 ans seulement à celles du Baptistère de Ravenne et du Mausolée dePlacidie; et comme, par cette structure, ils tiennent à l’art romain des beaux temps de l’empire de beaucoup plus près qu’aucun de ces derniers monuments, il ne serait nullement improbable qu’ils fussent contemporains des primitives coupoles ravennaises, ou même qu’ils leur fussent antérieurs.

1 De Vngüé. Le Temjjle de Jérusalem. Taris, 1864, pl. 4 à 15.

Dans celte incertitude, il paraît prudent, en ce qui concerne la coupole sur pendentifs, de laisser en suspens la question de primauté, et d attendre, pour se prononcer en faveur de l’Italie ou des provinces asiatiques del Empire, que 1 architecture de ces dernières contrées soit plus complètement connue.

Donc à présent, et jusqu’à meilleure information, la seule chose qui dans les anciennes coupoles de la Cisalpine paraisse sûrement originale, est le système de construction par tubes creux emboîtés les uns dans les autres.

11 reste à examiner quelle influence a pu exercer l’architecture des provinces orientales sur la décoration des monuments italiens des quatrième et cinquième siècles. Certains membres d’architecture, jouant un rôle particulier, nettement défini, offrent autant d’intérêt pour la décoration que d’importance par rapport à la construction. Tels sont les colonnes, pilastres, arcades, entablements, arcatures, corniches, en un mot tous les membres isolés, évidés ou saillants des édifices. Nous avons vu précédemment que plusieurs d’entre eux avaient été disposés, dans les monuments des provinces asiatiques de l’Empire, de manière à produire de nouvelles combinaisons de formes, et que, dès l’époque de Dioclétien, la plupart de ces formes nouvelles s’acclimatèrent en Italie. Nous ne reviendrons sur ce sujet que pour faire une observation relative à la décoration par arcatures, dont les principaux motifs apparaissent déjà, nous l’avons dit plus haut, dans le Baptistère de Ravenne, le Mausolée de Placidie, la Chapelle de Saint-Aquilin et même le palais de Spalatro.

Or l’on n’observe, dans les anciens monuments de la Syrie ni corniches à petits arcs1, ni arcatures profondes soutenues par des eolonnettes, et l’on n’y trouve guère, en fait d’arcatures aveugles, que des encadrements de niches. Cette extrême parcimonie dans Tusage des arcatures plaquées sur les murailles s’explique, d’ailleurs, naturellement, par la circonstance que les édifices en question sont bâtis en très grandes pierres de taille; et que l’arcature, en tant qu’ élément principal d’un système décoratif, n’est bien motivée que par l’emploi des petits matériaux. Mais on demeure surpris en constatant que les membres décoratifs, dont il s’agit, ne se rencontrent pas davantage dans les plus anciens monuments byzantins de l’empire

1 Au lieu de corniches à petits arcs on rencontre dans quelques monuments de la Syrie centrale des corniches à petites niches. Celles-ci, en forme de culs de four, décorés de coquilles, sont taillées dans de grandes pierres portées en surplomb par des eolonnettes alternant avec des consoles. C'est la disposition de la corniche lombarde, à cela près que le cul de four remplace 1 arcature. Voyez : De Vogüé. Archit. de la Syrie centrale. Corniche de l’abside à l'église de Tourmanin (pl. 156, fig. 4) et h 1 église de Kalat-Sema’n (pl. 142 et 145). Ce genre de corniches reparaît dans T Architecture de la Renaissance française, notamment au château de Chambord.

grec, qui pourtant sont bàlis en briques, alors que, dès le milieu du cinquième siècle, ils sont mis en œuvre à Ravenne et à Milan

Nous avons signalé le rôle très considérable attribué aux placages et à la mosaïque dans la décoration intérieure du Baptistère de Ravenne et du Mausolée de Placidie. Dans ce dernier édifice, il n’y a que des surfaces lisses tapissées de revêtements. Le Baptistère contient deux étages d’arcatures sur colonnes ; mais les colonnes seules laissent voir à nu les matériaux de la construction, et les arcs sont revetus comme le restant des parois. Ce système décoratif est celui de Sainte-Sophie de Constantinople et des édifices byzantins postérieurs. 11 n’a rien de commun avec la décoration de l’architecture romaine dans l’extrême Orient, laquelle, accommodée aux conditions d’emploi de matériaux tout différents, est exlusivement fondée sur les saillies, moulures ou ornements sculptés des œuvres vives de la construction.

C’est dans l’architecture italienne du haut empire romain qu’il faut chercher, relativement à la période artistique que nous éludions, l’origine immédiate de la décoration par placages. Le Panthéon de Rome nous en offre un très ancien et remarquable exemple, et les ruines de Pompeï témoignent que, dès le premier siècle, on exécutait couramment en Italie toutes les variétés de mosaïques et d enduits. L usage de ces décorations superficielles fui la conséquence obligée du système de construction en maçonnerie de blocage, dont le Panthéon d’ Agrippa, les Thermes de Caracalla et de Dioclétien, la basilique de Maxence et tant d’autres monuments attestent le prodigieux développement à partir du principal d’Auguste. Toutefois, dans ces édifices grandioses, concrétions énormes de briques, pierrailles et mortier, une part assez importante, presque toute, il est vrai, deluxe et d’apparat, revient encore aux membres d’architecture à formes expressives, détachés ou saillants par rapport à la masse du blocage, et construits en grands quartiers de pierre, de marbre ou de granit. Mais, après les beaux temps de l’Empire, ces derniers éléments décoratifs furent employés avec moins d’abondance; et leur usage se restreignit à mesure que la décadence fit des progrès; car l’exploitation des carrières, le transport et la mise en œuvre des gros blocs devinrent alors de plus en plus difficiles. Par compensation, l’emploi des revêtements de diverse nature prit une importance croissante, et la décoration inté-

1 Cela paraît d'autant plus surprenant que la décoration extérieure des palais sassanides (bâtis entre le Iroisièmé siècle et le septième) était fondée principalement sur l’emploi des arcatures et des bandes murales, si 1 on en juge par la façade du palais de Ctésiphon et par les ruines du palais de Firouz-Abad. — Flandin et Cosle : Voyage en Perse, p 215 à 218 et pl. 58 à 42.

rieure se fit presque exclusivement superficielle. A la vérité, le système de décoration fondé sur l’emploi des placages et des enduits, dominait aussi dans l’architecture de l’ancienne Assyrie, dont les monuments sont bâtis en briques. Mais l’action immédiate exercée par l’architecture romaine sur l’architecture byzantine a nécessairement primé toute influence plus lointaine.

Nous venons d’examiner quel rôle revient à l’art oriental dans la transformation qu’a éprouvée l’architecture italienne depuis l’époque de Dioclétien jusqu à la chute de l’empire romain. Les Thermes de Dioclétien et le palais de Spalatro d’une part, et d’autre part, le baptistère de Ravenne, le mausolée de Galla Placidia et quelques édifices moins intéressants de date incertaine, nous ont d’abord permis d’observer les caractères de cette transformation. Une fois les innovations constatées, nous avons recherché, en étudiant les monuments des provinces asiatiques de l’empire, jusqu’à quel point les changements de l’architecture italienne doivent être imputés à l’action de l’art oriental. Cette étude, faite sous différents aspects, nous a conduit aux conclusions suivantes.

L’architecture orientale paraît avoir, par l’exemple de ses monuments, contribué beaucoup à introduire et à répandre en Italie, depuis la fin du troisième siècle, le goût de plusieurs formes nouvelles, étrangères à l’art classique de l’Occident. La principale de ces innovations consiste dans les applications très étendues et très variées de l’arcade, soit comme élément essentiel de la construction, soit comme figure décorative. Quelques usages de l’arcade, relatifs à la décoration extérieure des édifices, paraissent cependant particuliers à l’Italie.

L’Italie et l’Asie possèdent des exemples de voûtes sphériques à pendentifs du type le plus avancé; et, dans les deux pays, existent quelques spécimens des solutions incomplètes qui ont préparé l’avènement de la forme définitive. Quoique les coupoles sur pendentifs italiennes soient les seules datées, celles d’Asie présentent des caractères d ancienneté assez significatifs pour qu’il soit à propos, jusqu’à meilleure information, de réserver tout jugement sur la question de primauté. En tout cas, chaque pays a eu ses méthodes de construction particulières.

La décoration intérieure par revêtements appliqués sur les parois est la conséquence obligée de 1 exécution des édifices en maçonnerie de blocage ou de briques. Ce système décoratif ne saurait donc se rattacher à l’architecture en pierres de taille des provinces îomaines de 1 extrême Orient. Il procède immédiatement de l’architecture des 1 hei mes ou autres monuments romains de pareille structure, et ne pourrait avoir que des rapports indirects et éloignés avec l’art asiatique.

Origines de l’art des provinces asiatiques de l’empire romain. — En parlant précédemment de l’art oriental, nous avons attribué à ce terme, si vague par lui-même, une signification restreinte et précise. Nous l’avons appliqué à l’art cultivé sous la domination romaine dans les provinces asiatiques de l’Empire. Cet art nous l’avons pris tel quel, sans rechercher ses origines, sans nous occuper des influences très multiples et très diverses qui ont contribué à sa formation. La Syrie notamment a subi dans l’antiquité bien des vicissitudes. Depuis les Egyptiens jusqu’aux Grecs et aux Romains, toutes les grandes races conquérantes, fondatrices d’empires sur les bords de la Méditerranée, l’ont subjuguée tour à tour. Telle fut la conséquence politique de sa situation géographique. Dn autre effet qui se rattache à la même cause fut qu’elle n’a jamais eu d’art qui lui appartint en propre, et que probablement, à toutes les époques, par suite d’habitudes antérieures ou d’influences limitrophes, ses monuments ont été d’un style plus ou moins mélangé.

La seule période architecturale bien connue est la période grecque, qui fut en réalité la dernière des temps anciens, car l’époque romaine n’en a été que la continuation ; période éminemment prospère et féconde si l’on en juge par le nombre et l’importance des monuments, mais qui n’a point échappé, malgré son éclat et sa longue durée, à l’influence des arts étrangers. C’est ainsi que dans certains édifices comptés parmi les plus anciens de cette période, tels que le tombeau d’Absalon et le palais d’Hyrcan*, la corniche égyptienne est associée aux ordres grecs. Plus tard, le grand temple de Balbeck montre dans ses immenses vestibules et ses colonnades de stature colossale, l’architecture gréco-syrienne encore animée du souffle puissant de l’art égyptien ou assyrien. Le chapiteau à consoles des édifices du Haouran n’est pas sans offrir quelque communauté de principe avec celui des anciens monumenls de la Perse ; et les coupoles syriennes trouvent une filiation naturelle dans les dômes ninitives" et ceux des palais sassanides. A l’architecture ninitive se rattachent encore les nierions à redans du tombeau phénicien d’Amrith et de plusieurs tombeaux de Pétra, nierions qui sont devenus plus tard le couronnement habituel des murs arabes. On pourrait même trouver, dans les ruines fantastiques de Pétra, quelque réminiscence des monuments hindous, telle que la multiplicité des bandes horizontales formées d’entablements, corniches et piédestaux, bizarrement accumulés les uns sur les autres,

1 De Vogué. Le Temple de Jérusalem.

2 On voit une suite de dômes sur un bas-relief du palais de Kujjundschik découvert et publié par M. Layard. The Monuments of Niniveh. London, 1849.

avec une hauteur totale qui dépasse de beaucoup celle des colonnes ou pilastres qui les soutiennent1. Et ce rapprochement n’aurait rien de forcé, puisque sous la domination romaine, « Palmyre au nord de la Syrie, Pétra au sud, étaient devenues les entrepôts du commerce de l’Europe avec l’Inde, la Chine et l’Arabie. A ces deux villes, en effet, aboutissaient les caravanes qui apportaient les parfums, les épices, les soieries, toutes ces productions de luxe que le monde romain demandait de plus en plus à l’industrie asiatique* ».

Ainsi, non seulement à cause de sa position géographique et de ses vicissitudes politiques, mais encore par suite de relations commerciales étendues et lointaines, la Syrie se trouvait exposée à des influences artistiques d’origines très diverses, influences dont l’action était favorisée aussi bien par la variété des races composant la population que par l’esprit alerte et délié de celle-ci et la facile tolérance de l’art grec. De là cette architecture pleine de verve, originale par sa fantaisie, qui, dans les monuments d’apparat, se montre riche et pompeuse au plus haut degré, tandis qu’on la voit, dans les édifices d’un usage courant, adroite, inventive, judicieuse, faire preuve d’excellentes qualités pratiques.

L’Asie Mineure paraît avoir également ressenti, jusque dans ses provinces grecques, riveraines de la mer Egée, quelque chose des influences artistiques qui apparaissent dans les monuments de la Syrie. C’est du moins ce que semblent annoncer les formes étrangères à l’art classique de la Grèce, que l’on a reconnues, non sans surprise, dans les débris récemment explorés du temple d’Apollon didymeen à Milel et du temple de Diane à Ephèse. Au reste, des monuments plus anciens, les tombeaux phrygiens et Iyciens, montrent que l’art primitif de l’Asie Mineure se rattachait par maint caractère aux architectures des autres régions de l’Asie occidentale.

Ces indications suffisent pour l’objet de notre élude : elles montrent que l’art de la Grèce, propagé en Asie par l’influence de la civilisation hellénique et par les conquêtes d Alexandre, se modifia au contact de l’art oriental, et que cette transformation s est continuée sous la domination romaine. Il en résulta, non seulement que l’architecluie gréco-romaine de la Syrie et des autres provinces asiatiques prit un caractère particulier, mais encore, grâce à l’unité d’organisation du monde romain, dont toutes

' dlsPosU,on dont 11 s’observe dans la grande façade située immédiatemenl à gauche de celle, bien connue qui porte en son milieu un édicule circulaire en forme de lanterne.

8 De Vogüé. Architecture de la Syrie centrale, p. 12.

les parties étaient solidaires l’une de l’autre, que cette école asiatique put à son tour exercer une action sur l’architecture des provinces européennes et notamment sur celle de l’Italie. Et par là se constituèrent peu à peu les éléments du style byzantin, dont nous étudierons dans le chapitre suivant la formation et les premiers développements.

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