SAINT-PIERRE IN CIEL D’ORO A PA VIE
Les annales de Pavie mentionnent fréquemment l’église de Saint-Pierre in ciel d’oro, dont l’importance paraît avoir presque égalé celle de Saint-Michel-Majeur. La renommée de cette Église date du règne de Luitprand qui, en 725, y transporta les reliques de Saint-Augustin, précédemment déposées dans l’île de Sardaigne*. Selon Paul Diacre, le même roi fonda le monastère de Saint-Pierre in ciel d’oro : « Hic monasterium Beati Pétri, quod foras muros Ticinencis civitatis siturn est, et Cxlwrn Aureum appellatur instituât 2. » La qualification « cælum aureum » apparaît à ce moment pour la première fois, ce qui permet de supposer que l’église, dédiée à saint Pierre, qu’elle désigna depuis cette époque, fut alors, sinon fondée, du moins reconstruite ou fort embellie. La translation des reliques de saint Augustin était d’ailleurs un événement assez considérable pour motiver à la fois la restauration de l’église et l’installation du monastère.
Bientôt après, en 743, le pape Zacharie se rendant à Pavie célébrait, la veille de la Saint-Pierre, une messe solennelle dans l’église suburbaine de Saint-Pierre in ciel d’oro3. L’année suivante mourut le roi Luitprand. Son corps, d’abord enseveli dans la basilique de Saint-Adrien, fut transporté plus tard à Saint-Pierre in ciel d’oro, où il leposait à 1 entrée de la crypte, du côté droit, dans un sarcophage soutenu par quatre colonnettes de marbre. Mais ce mausolée fut détruit, paraît-il, en vertu d’une décision du concile de Trente, qui défend d’élever au-dessus du sol, dans les églises, d autres tombeaux que ceux des saints. Par suite, le corps fut enfoui, et ces simples mots « Hic jacent ossa regis Liutprandi», inscrits sur un pilastre, désignèrent l’emplacement de la sépulture '.
1 Robolini. Not. stor. di Pavia. Vol. I, p. 86.
* Paulus Diac. Lib. VI, cap. 58.
5 Robolini, I, p. 92.
4 Robolini, I, p. 95-94. La perte du mausolée de Luitprand ne paraît pas mériter de bien vifs regrets, car si l’on
SAINT-PIERRE IN CIEL D'ORO A PA VIE Sous la protection des reliques du grand évêque d’Hippone, le monastère de Saint-Pierre in ciel d’oro paraît avoir obtenu de brillantes destinées, C’est ainsi que Charlemagne ayant dépéché en Italie un savant moine bénédictin, originaire d’Ecosse ou d’Irlande, lui assigna pour tenir école le monastère de Saint-Augustin, autrement dit de Saint-Pierre in ciel d’oro \ Saint Odon, deuxième abbé de Cluny, fut logé dans ce monastère durant le séjour qu’il fit auprès du roi Hugues s. Saint Mayeul, qui vint plusieurs fois à Pavie, s’occupa particulièrement du même couvent, à la tête duquel il fit placer par le Pape un abbé de son choix 3. Ainsi, le monastère de Saint-Pierre in ciel d’oro se trouvait alors sous la dépendance de Cluny. En 998, Gerbert, archevêque de Ravenne, y présida un concile. Plusieurs diplômes de papes ou d’empereurs confirment les biens et les privilèges du monastère, qui relevait directement du souverain pontife.
Comme Saint-Michel-Majeur, Saint-Pierre in ciel d’oro était situé dans le voisinage immédiat d’un palais royal. Cela résulte formellement du passage suivant « monasterio Sancti Pétri quod dicitur cœlum aureum juxta nostrum papiense palalium..., » qu’on lit dans un diplôme délivré, en 1004, par l’empereur Henri II *. Une rixe qui s’était éle vée entre les Pavésans et les soldats de l’empereur, rixe qui se termina par l’incendie de la ville, avait alors obligé Henri II de prendre logis dans son palais suburbain3.
Mais, de tous les témoignages historiques relatifs à Saint-Pierre in ciel d’oro , le plus intéressant date de 1132. En cette année, le 9 mai, l’église fut solennellement consacrée par le pape Innocent II G. Comme l’édifice actuel appartient, ainsi que nous verrons plus loin, à une période avancée du style lombard, la consécration de 1132 marque sans doute l’époque de son achèvement. Cette présomption trouve un appui dans l’examen comparatif des églises bâties à Pavie pendant le cours du douzième siècle, et dès lors on peut la tenir pour bien fondée.
Nous possédons ainsi, quant à l’achèvement d’une des principales églises lombardes de Pavie, une date qui mérite confiance. La valeur d’un tel repère est encore accrue
en juge et par la description de ses formes architecturales et par le texte de l’inscription qu’il portait, ce mausolée ne devait pas être plus ancien que le douzième siècle.
1 Robolini, tome II, p. 20.
* Id. p. 65.
5 Id. p. 81-82.
* Id. p. 293 » Id. p. 92.
« Id ., t. III, p. 101.
par le manque de renseignements positifs sur Saint-Michel-Majeur et Saint-Jean in borgo. Aussi, le fait que Saint-Pierre in ciel d'oro fut consacré en 1152 doit il être considéré comme la base du classement chronologique des églises pavésanes de style lombard ; cela ressort déjà de nos appréciations sur les deux édifices précédemment étudiés.
A peine est-il besoin d’ajouter que l’opinion populaire, acceptée par MM. Sacchi, qui recule jusqu’au règne de Luitprand la fondation de l’actuel Saint-Pierre in ciel d’oro, ne mérite point d’être examinée. La même origine fut admise par Roboiini dans les premiers volumes de ses Annales ; mais plus tard, mieux instruit, cet historien consciencieux n’hésita point à se rétracter : il fut même le premier à émettre l’avis que Saint-Pierre in ciel d’oro, consacré en 1152, venait alors d’être rebâti '.
Description de l’église. — Dispositions générales du tlan et des voûtes. — Une porte unique, ouverte sur la façade, donne accès dans la grande nef. De part et d’autre de celle-ci, avec une largeur moitié moindre, se développent les bas-côlés, séparés chacun par cinq piliers du vaisseau principal. Tous ces appuis, sauf le dernier de chaque file, sont pareils les uns aux autres, à quelques différences près dans la forme des nervures. De grands arcs doubleaux les réunissent deux à deux, tandis que des arcs doubleaux plus petits et plus bas les joignent aux supports engagés dans les murs d’enceinte. Arcs doubleaux et piliers partagent ainsi tout le vaisseau des nefs, la partie centrale aussi bien que les bas-côtés, en cinq travées sensiblement égales. Et comme les compartiments des collatéraux sont à peu près carrés, ceux de la maîtresse nef, dont la largeur est double, se trouvent environ deux fois plus larges que longs. Ainsi, la nef principale de Saint-Pierre in ciel d’oro, au lieu d’être partagée, comme celles de Saint-Ambroise et de Saint-Celse à Milan, Saint-Michel-Majeur et Saint-Jean in borgo à Pavie, en grandes travées carrées, embrassant chacune deux compartiments par collatéral, offre une succession de travées étroites, de forme barrelongue, correspondant aux divisions des bas-côtés.
Cette modification est très-importante. Elle provient d’ailleurs d’un changement dans la disposition des voûtes ; car, dans un édifice couvert en maçonnerie, le régulateur des formes est la voûte. On devait se préoccuper de réduire les poussées au vide, d'autant plus dangereuses que les travées sont plus étendues. Le moyen le plus simple
* Roboiini. IV, P. I, p. 30.