‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 42 sur 112 · SAINT-PIERRE IN CIEL D’OIIO A PAVIE · texte numérisé non relu

SAINT-PIERRE IN CIEL D’OIIO A PAVIE

était de doubler le nombre des compartiments de la grande nef, ce qui rendit tous les piliers égaux.

Les deux coupes de la pl. 60 représentent la disposition actuelle de la couverture. On voit qu’il n’v avait pas de galeries hautes sur les collatéraux, et que l’intervalle compris entre les loitures des bas-côtés et celle de la grande nef permettait d’éclairer directement celle-ci par d’assez hautes fenêtres. Les voûtes des bas-côtés se rapportent bien au style de l’édifice et paraissent dater du temps de sa construction. Quant à celles de la grande nef, on reconnaît de suite, au contour ogival de leur insertion dans les murs longitudinaux, ainsi qu’à l’exiguité des nervures diagonales, trop maigres pour leurs colonnettes de soutien, qu’elles furent bâties après coup. Pour s’en assurer tout à fait, il suffit de monter jusqu’aux combles, où l’on découvre, au-dessus des voûtes actuelles, d’anciens formerets à plein cintre.

Mais ces formerets, à part ceux de la dernière travée, ne sont enveloppés d’aucune amorce de maçonnerie. Il s’ensuit qu’ils n’ont jamais porté de voûtes, bien qu’on eût projeté d’en bâtir. Pourquoi la dernière travée fit-elle exception? Est-ce par suite ou par crainte d’accident que la construction, commencée dans ce compartiment, fui ensuite abandonnée. Il paraît difficile de s’en rendre compte aujourd’hui. En tout cas, l’édifice semble mal agencé pour soutenir des voûtes au-dessus de la grande nef. Les contreforts des murs élevés de cette nef sont trop grêles pour exercer une butée suffisante. Faute de murs de refend bâtis sur les arcs doubleaux des bas-côtcs, les poussées ne pourraient pas se transmettre aux éperons de l’enceinte; et même ces derniers, faiblement construits, seraient incapables de porter un tel surcroît de charge.

Ainsi l’édifice n’est point disposé de façon que les collatéraux contrebutent les maîtresses voûtes, ou, en termes plus rigoureux, que les poussées supérieures viennent s’appliquer aux appuis de l’enceinte. Chaque mur, soit de la grande nef, soit des bascôtés, se maintient presque par lui-même, et le seul aspect du plan révèle cette mutuelle indépendance par la maigreur des pleins de l’enceinte relativement à ceux des piliers.

Au lieu de voir dans cette disposition, très-franchement exprimée à Saint-Pierre, le témoignage d’une insigne maladresse, il nous semble plus juste d’admettre que les voûtes projetées devaient être, comme celles d’aujourd’hui, maintenues par des tirants en fer. Tout s’expliquerait bien alors, puisque, dans ce système, la poussée des grandes voûtes, détruite par les tirants, ne se reporte point aux appuis de l’enceinte. Une telle supposition ne nous paraît d’ailleurs nullement téméraire. Déjà, dans notre étude sur

Saint-Ambroise de Milan, nous avons exprimé l’avis que des liens en fer ou en bois avaient dû maintenir dès l’origine les voûtes du porche. L’usage de pareils liens, si général dans les monuments du bas moyen-âge italien, ne s’est pas, selon toute apparence, brusquement introduit. Il est probable qu’au treizième siècle on le suivait déjà depuis un certain temps, et, comme la structure de Saint-Pierre in ciel d’oro répond exactement à ses exigences particulières, on peut, sans doute, tenir pour bien fondée notre interprétation. L’église de Saint-Pierre y gagnerait un grand surcroît d’intérêt.

Au delà des nefs, et compris entre le prolongement des murailles qui les enferment, s’étend le transsept, auquel une petite porte, ouverte au nord, donne un accès direct. Il se distingue des précédentes travées tant par sa plus grande largeur que par les formes et les hauteurs de ses voûtes. Suivant l’usage ordinaire, usage qui ne souffre pas d’exception dans les églises lombardes de Pavie, le compartiment du milieu est surmonté d’une coupole octogonale, saillante à l’extérieur, tandis que des voûtes en berceau, dirigées transversalement, couvrent les croisillons. Ces berceaux prenant leur naissance au-dessus des voûtes collatérales, il en résulte que la grande nef, prolongée par l’abside, compose avec le transsept un vaisseau cruciforme, qui se dessine andessus de la toiture des bas-côtés, dans l’enceinte rectangulaire de l’édifice.

L’abside principale s’ouvre immédiatement sur le transsept, sans l’interposition de cette travée que l’on observe dans presque toutes les églises lombardes, à commencer par Saint-Ambroise de Milan.

Deux petites absides correspondaient sans doute aux collatéraux ; mais la construction postérieure d’un clocher, du côté droit, et d’une chapelle rectangulaire, du côté gauche, les auront fait disparaître.

Ces absides ne sont pas les seules parties de l’église qu’on ait détruites. Le bas-côté de droite est complètement démoli à l’exception de sa première travée. Nous l’avons indiqué sur le plan en supprimant les hachures dans cette partie restituée de l’édifice.

Disposition exceptionnelle des voûtes dans la travée contiguë a la façade. — Il nous faut à présent revenir sur la description des nefs pour signaler les formes particulières données aux voûtes de la première travée; car ce que nous avons dit précédemment ne s’applique point à cette travée. Les trois compartiments qui la composent sont, en effet, abrités par des berceaux, qui se trouvent dirigés suivant l'axe longitudinal de l’édifice, dans le compartiment du milieu, et suivant l’axe transversal, comme

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au transsep t, dans les compartiments latéraux. Les berceaux en question sont, en outre, notablement plus élevés que les voûtes d’arête des travées suivantes (voy. les deux coupes de la pl. (10), d’où résultent, pour les bas-côtés les surhaussements de la toiture qui apparaissent sur la coupe M N.

Pourquoi ces dispositions exceptionnelles de la première travée? L’amptitude de cette travée est à peu près la même que celle des suivantes, et sauf le gros appui contenant l’escalier, les piliers, soit isolés, soit engagés, qui la limitent et la subdivisent, sont en plan pareils aux autres soutiens. On y trouve les cordons destinés aux nervures diagonales, quoique, sous des berceaux, de tels cordons soient inutiles. De cette structure uniforme du plan on peut conclure, sans doute, que le compartiment voisin du portail n’avait point une destination spéciale, qu’on n’en voulut pas faire un vestibule intérieur.

Sa forme exceptionnelle parait tenir aux conditions particulières où se trouve la façade. Le pied de celle-ci s’élève à 1”, 60 au-dessus du pavé de l’église, ce qui remonte d’autant non-seulement la porte, mais encore le grand arc formeret qui l'encadre (voy. pl. 65). L’arc en question appartenait au porche, par lequel était masquée toute la moitié basse du portail ; et l’on ne pouvait éclairer de front la grande nef qu’au-dessus de cotte bâtisse. L’espace disponible se trouvait, par là, grandement restreint. Aussi, pour se donner le moyen d’ouvrir, sur la nef médiane, les trois étages de fenêtres, commandés par l’usage local, suivant la disposition adoptée à Saint-Michel-Majeur et Saint-Jean in borgo, devint-il indispensable de hausser les voûtes dans la première travée.

Reste à voir pour quel motif le pied de la façade fut autant relevé par rapport au pavage intérieur. Aurait-on reconstruit séparément, avec des vues différentes, la façade et le vaisseau de l’église, de telle sorte que, pour joindre ensemble ces deux parties de l’édifice, une travée de transition se fut trouvée nécessaire? L’examen des maçonneries montre que cette conjecture n’est pas fondée. Dès lors, il est naturel de supposer que, en reconstruisant l’église, on exhaussa son portail jusqu’au niveau du sol avoisinant, tandis que, dans l’intérieur, 011 conservait le pavé primitif. Saml- Ambroise de Milan, Saint-Michel de Pavic, Saint-Fidèle de Côme, toutes églises fort anciennes, mais rebâties, comme Saint-Pierre in ciel d’oro, pendant l’époque lombarde, nous offrent l’exemple de semblables dénivellations.

Au reste, quelque soit la cause première des altitudes différentes du portail et de la grande nef, il demeure incontestable, comme nous l’avons expliqué d’abord, que le

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système de couverture voûtée, choisi pour le premier compartiment de cette nef, fut motivé par les exigences architecturales de la façade. La voûte en berceau, dirigée suivant l’axe longitudinal, avait aussi l’avantage de 11e point exercer de butée contre le portail; mais elle poussait en revanche les hautes murailles delà maîtresse nef. C’est peut-être afin de soutenir ces murailles que furent construits, sur les has-côtés, d’autres berceaux dirigés transversalement et plus élevés que les voûtes d’arête des travées suivantes1. Leur faible ouverture les rendait inoffensifs pour la façade.

Piliers et contreforts. — Les sections à grande échelle des piliers A et B (voy. pi. 64) montrent clairement les dispositions de ces appuis. Dans le pilier A, quatre pilastres reçoivent les retombées des arcs doubleaux et longitudinaux : ailleurs, ils sont plus ou moins remplacés par des demi-colonnes. Ces changements dans le détail des formes furent considérés, sans doute, comme chose de peu d’importance, car on les fit tellement au hasard que deux piliers placés vis-à-vis l’un de l’autre ne sont jamais pareils. Quant aux nervures des arcs diagonaux, qui alternent avec les précédentes, on leur a donné constamment une section circulaire.

(|Lcs piliers de la coupole sont beaucoup plus développés que les autres, et leur contour est plus accidenté. «Comme dans la plupart des autres églises à coupole, on les a disposés symétriquement par rapport aux directions des axes principaux de l’édifice; et cela, malgré la diversité des voûtes qu’ils supportent.

Les piliers engagés présentent la section habituelle. Ils s’adaptent exactement au contour de la construction qu’ils soutiennent, c’est à dire que chaque nervure de la voûte se continue par un cordon de l’appui. 11 n’en est pas de même tout à fait poui les supports isolés, où, les gros piliers du transsept exceptés, les doubles archivoltes des arcs longitudinaux reposent sur un même pilastre. Les formes de ces soutiens furent ainsi simplifiées.

Les contreforts sont assez peu développés. Outre ceux qui apparaissent sur le plan, il en existe d’autres, appliqués contre les murs élevés de la grande nef. Ces derniers, dont la section est représentée par la fig. L (pl. 06), se terminent en pointe, ce qui leur permet de rester compris en projection horizontale dans le périmètre du pilier.

1 Les petits berceaux remplissaient effectivement cet office, car la chute de celui qui existait du côté gauche a déterminé la dislocation du berceau de la grande nef. On vient heureusement de prévenir l’aggravation du mal en étançonnant cette dernière voûte, et d’ailleurs on ne lardera point à la restaurer ainsi que l’église toute entière, a présent que l’Etat a remis celle-ci aux mains delà Société provinciale pour la conservation des monuments.

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