SAINT-PIERRE IN CIEL D'ORO A PAVIE
Crypte — La crypte est complètement détruite; mais son plan, gravé dans l'ouvrage de Fontanini, nous a permis d’en reproduire les dispositions. Elle occupait, outre l’abside, tout l’espace couvert par la coupole, et se trouvait partagée, par vingtquatre colonnettes, en cinq galeries longitudinales et sept transversales. Si l'on en juge parla vue perspective que donne Fontanini, lessupports étaient réunis l’un àl’autre par des arcs saillants, entre lesquels s’élevaient de petites voûtes d’arète surhaussées. Cette crypte, comme celles des autres églises lombardes de Favie, était contemporaine de l’édifice auquel elle appartient. On peut encore le reconnaître à ce fait que, sous la coupole et dans l’abside, les bases des grands piliers s’élèvent au dessus du pavé d’environ F", 80. Les bases en question s’appuyaient donc, par dessus la crypte, sur le dallage de la tribune.
Un large escalier de dix marches, situé dans l’axe de la grande nef, conduisait à la tribune, tandis que deux escaliers de neuf marches, disposés de part et d’autre du premier, donnaient accès dans la crypte. Outre ces trois escaliers, il s’en trouvait encore quatre autres, distribués latéralement deux par deux, et réservés pour l’usage des moines augustins et des chanoines de Latran qui, au commencement du dix-huitième siècle, désservaient ensemble l’église. Ajoutons, pour compléter la description de la crypte, que le tombeau de saint Augustin s’y trouvait placé immédiatement derrière l’autel,
Principales dimensions du plan. — Avant d’abandonner l’intérieur de l’édifice pour nous occuper du dehors, faisons observer que l’église de Saint-Pierre in ciel d’oro, longue de 52 '".80 et large de 25'", 24, est la plus spacieuse de toutes celles de même style qui subsistent à Favie. Elle égale presque, en largeur, Saint-Ambroise de Milan et la Cathédrale de Parme. Les grands arcs doubleaux mesurent sous clef 16 mètres d’élévation.
Un caractère remarquable du plan, dont nous avons déjà expliqué la cause, consiste dans la faible étendue des pleins relativement aux vides. La régularité de ce plan mérite aussi d’être signalée. Piliers et murs sont bien alignés dans le sens de la longueur; et le contour du monument, abstration faite des absides, forme presque exactement un rectangle. La seule incorrection de quelque importance que laisse paraître le dessin, consiste dans l’obliquité des grands arcs doubleaux, qui tous penchent vers l’angle sud-ouest de l’édifice.
1 Justi Fontanini. De corporeS. Augustini Ticini reperto in confessione œdis S. Pétri in cœlo anreo. Romæ. 1728.
Façade et pononE — La façade (voy. pi. üo) présente les mêmes formes générales que celles de Saint-Michel-Majeur el Saint-Jean in borgo, à savoir : un faite à deux rampants; trois étages de fenêtres dans la région supérieure du compartiment central; enfin, comme principal motif de couronnement, une galerie d’arcatures portées sur des colonnettes. Le manque de fenêtres dans les compartiments latéraux tient à l’absence de galeries hautes sur les bas-cotés.
Déjà, en étudiant Saint-Jean in borgo, nous avons parlé des arcatures entrecroisées de la corniche rampante et des faisceaux de très-fines colonnettes qui subdivisent, à l'étage supérieur, les intervalles compris entre les contreforts. En même temps, nous avons apprécié, au point de vue de l’âge du portail, les caractères de son architecture. Ce portail doit être moins ancien que celui de Saint-Jean in borgo , lequel à son tour paraît postérieur à la façade de Saint-Micliel-Majeur.
Une singularité du portail de Saint-Pierre in ciel d’oro consiste dans la largeur et la saillie extraordinaires du premier contrefort à droite de la porte. Ces dimensions exceptionnelles tiennent à l’installation, dans l’éperon en question, d’un escalier qui mène d’abord a la galerie traversée par les fenêtres géminées, et monte ensuite jusqu’aux combles de l’édifice, où son issue apparaît au dessus de la toiture (voy. la coupe transversale). Dans d’autres monuments, l’épaisseur des murs ou des contreforts a permis de loger de pareils escaliers sans rien faire paraître au dehors; mais cela n’eut point été possible à Saint-Pierre in ciel d’oro.
Par suite de la grosseur exceptionnelle de cet éperon, l’axe de la maîtresse nef ne coïncide point avec celui du compartiment central de la façade. Loin de dissimuler le désaccord, on l’a brutalement laissé paraître en ouvrant la porte sur l’axe intérieur, celui de la nef, tandis que toutes les fenêtres, les faisceaux de colonnettes et même les pentes du toit furent symétriquement disposées par rapport à l’axe extérieur, celui du compartiment. Ce centrage différent de la porte et des autres ouvertures a pour effet que, du dehors, la porte semble placée de travers, et que, du dedans, ce sont les fenêtres qui paraissent mal percées. Au reste, de pareils maladresses ne sont point rares dans les églises lombardes : déjà le pignon méridional de Saint-Micliel- Majeur nous a donné l’occasion d’en citer un exemple.
A Saint-Pierre m ciel d’oro, comme à Saint-Jean in borgo, un porche devait exister contre la façade. Autrement, on ne s’expliquerait pas le but des arcs formerets encastiés dans le portail, ni d autres arcs, dont il 11e reste que les amorces, et qui s’appuyaient sur les contreforts a six mètres environ du sol. De tels arcs paraissent
SAIiNT-l’IERRE IN CIEL D'ÜRO A P A VIE
annoncer une construction voûtée, sur laquelle d’ailleurs nous n’avons aucun autre renseignement. Plus tard, en décrivant l’église de Saint-Abondio, près Corne, où des traces pareilles subsistaient contre la façade, nous pourrons donner quelques éclaircissements sur ces constructions basses qui précédaient les portails. L’église de Sainl- Donat, près Sexto-Calcndc, nous en offrira même un exemple bien conservé.
Adside. Coupole. — Le mur de l’abside, contrebuté par quatre éperons, était percé de trois fenêtres éclairant la crypte et de irois ou cinq fenêtres ouvertes sur la tribune. Dnc galerie de profondes arcaturcs à colonnettes, surmontée d’un rang de petites arcatures et d’un bandeau saillant soutenu par des consoles, formait à cette abside un ferme et beau couronnement.
La voûte de la coupole devait offrir les dispositions habituelles que, sans doute, on retrouvera plus ou moins intactes sous les modernes adjonctions qui les altèrent. Son couronnement extérieur se compose à présent d’une simple galerie d’arcatures à colonnettes.
Matéiuaux. Appareil. — L’édifice est principalement construit eu briques. La pierre ne fut employée qu’aux parements des piliers isolés, à ceux des contreforts du portail jusqu’à mi-hauteur, à l’encadrement delà porte et à celui des fenêtres de la façade. Tout le reste, murs, arcs, voûtes, piliers engagés, contreforts latéraux, est fait en briques. Ces dernières, épaisses d’environ sept centimètres et séparées par un joint de un centimètre, sont en général de forme régulière et d'une belle qualité. La longueur, mesurée sur l’arc, des briques courbes appartenant aux supports engagés atteint 0”, 55.
Les fenêtres ouvertes sur la grande nef, au-dessus des collatéraux, ont une archivolte extérieure composée de trois rouleaux de briques, les deux derniers posés à plat (Voy. la lig. K sur la pl. 00). L’un de ceux-ci porte une succession de petits losanges, moulés en reliefs. Le même système de construction et de décoration apparaît aux fenêtres absidales de Saint-Lazare près Pavie, petite église dont la fondation remonte au milieu du douzième siècle (Voy. pl. 71). Cette analogie confirme la date que nous avons assignée à Saint-Pierre in ciel cVoro en nous appuyant sur le fait historique de sa consécration par le pape Innocent II. Il faut remarquer aussi, dans la corniche à double rampant du croisillon sud, la recherche des formes et la finesse du détail.
L’appareil des piliers est pareil à celui qu’on observe à Saint-Michel-Majeur1. Cha-
1 L’appareil n’est représenté, sur les coupes de la pl. 00, que dans les parties où la ruine deTenduit moderne a laissé voir la pierre.
que nervure, en quelque sorte bâtie ù part, ne se lie que de loin en loin aux nervures voisines. Le noyau se compose d’une maçonnerie de blocage, où se rencontrent des galets avec des fragments de pierre et de brique.
Sculptures. — Les sculptures de la porte principale et do son encadrement et celles des chapiteaux placés sur les contreforts, en un mot les sculptures du portail, ressemblent à celles de Saint-Michel-Majeur. Plusieurs des figures taillées sur les chapiteaux ont leurs pareilles à Saint-Michel. 11 en est de même pour une partie des ornements qui tapissent les archivoltes et les montants. L’arc intérieur, en particulier, offre beaucoup d’analogie avec cette archivolte qui, trois fois répétée à Saint-Michel, peut passer, à la rigueur, pour une grossière réminiscence des signes du Zodiaque. Toutefois, les entrelacs de tresses ou de feuillages sont fréquemment d’une forme plus compliquée et d’un goût plus maniéré que les ornements analogues des portes de Saint- Michel. Il serait peut-être plus exact do les mettre en parallèle avec les sculptures, malheureusement fort dégradées, du portail lombard de la cathédrale. Dans le fronton qui surmonte la porte, on voit un ange accosté de deux personnages, un homme et une femme, qui l’implorent dans une attitude suppliante.
A l’intérieur de l’église, le caractère des sculptures change très-sensiblement. Elles consistent surtout en feuillages; et l’on peut juger, par les quatre exemples réunis sur la planche 67 (fig. I à TV) que ces feuillages sont lourds, et que les figures, trèsgrossièrement dessinées, paraissent comme semées au hasard, tant l’arrangement en est défectueux. Il y a loin de la misérable disposition des chapiteaux II et 111 à l’habile ajustement de ceux qu’on tailla pour Saint-Michel-Majeur ou Saint-Jean in borgo.
Les procédés d’exécution présentent aussi, dans les sculptures intérieures de Saint- Lierre in ciel d'oro, quelques caractères particuliers. Le chapiteau I, par exemple, révèle l'usage du trépan sous une forme inusitée dans les autres sculptures lombardes de Pavie. Si, pour ces dernières, l’outil en question servit à la mise au point, du moins lit-on disparaître, en terminant l’ouvrage, toute trace de son emploi. Au contraire, dans le chapiteau 1, le trépan concourt à la décoration par de petits trous ronds distribués, dans chaque feuille, sur la tige centrale et les nervures courbes qui l’avoisinent. Ce n’était pas une nouveauté, tant s’en faut. Beaucoup de chapiteaux bysantins, voire romains, sont de même travaillés au trépan ; mais le fait est rare chez les sculptures lombardes.
Les animaux ressemblant à des lions, qu’on voit sur le chapiteau II, portent sur