SAINT-THÉODORE A PA VIE
Les contreforts qui butent immédiatement les maîtresses voûtes, au-dessus des collatéraux, font autant de saillie que les éperons de l'enceinte. On les fit sortir de la projection plane des piliers ce qui obligea de les asseoir en partie sur les arcs doubleaux des bas-côtés. En même temps se trouvaient observées les précautions suivantes, déjà prises dans des monuments plus anciens. La différence de hauteur entre les grandes voûtes et les petites est réduite autant que possible eu égard aux exigences de l’éclairage *. Des murs rampants, bâtis sur les arcs doubleaux des nefs latérales, en liaison avec les contreforts supérieurs, reportent sur les massifs de l’enceinte les poussées des grandes voûtes. Enfin ces massifs de soutien sont eux-mêmes assez développés pour égaler presque en profondeur l’ouverture des petits arcs doubleaux. Si les voûtes principales, épaisses d’une longueur de brique, soit environ 0m,50, avaient été plus légères, la structure de l’édifice n’eût laissé, sans doute, rien à désirer.
A l’exception de la porte, qui a conservé ses anciennes sculptures, la façade, dans laquelle on a percé plus tard une grande rose, n’offre pas d’intérêt. 11 en est autrement des parties extérieures du chevet, dont la planche 69 représente l’élévation. Ce côté de l’édifice a beaucoup d’élégance, grâce surtout aux deux lanternes étagées qui surmontent la coupole, édicules purement décoratifs d’ailleurs, car la voûte n’est point ouverte à son sommet. Ces lanternes furent sans doute ajoutées plus tard, et rien n’empêche d’y voir, soit l’idée première, soit peut-être une imitation du gracieux couronnement bâti sur la coupole de la Chartreuse de Pavie. Le rang inférieur des fenêtres absidales montre bien au dehors l’étendue de la crypte et le relèvement de la tribune.
Tout l’édifice est construit en briques, à l’exception de la plupart des chapiteaux, des colonnettes de la crypte et des arcatures externes, enfin de quelques claveaux en pierre disséminés dans les archivoltes des petits arcs. Ces briques d’une régularité et d’une beauté remarquables, ont environ sept centimètres d’épaisseur8. La fig. II de la planche 69 montre que les bases des colonnes engagées dans les piliers se composent de très-grandes briques moulées exprès, de manière à offrir à peu près le profil
1 Dès 1862, SI. Clerieetti en avait fait la remarque dans ses < Ricerclie sull' architetlura religiosa in Lombardia dal secolo V ail ’ XI » insérées dans le recueil « Il Politecnico », fasc. 74, à la p. 168.
2 Les briques de l’abside mesurent 0,56 de. longueur sur 0,1 4 de largeur et 0,075 d’épaisseur. Celles du mur d’enceinte septentrional ont 0,52 de longueur, 0,14 de largeur et 0,075 d’épaisseur. Aux murs élevés de la grande net les dimensions des briques sont 0,27, 0,15 et 0,065. A la coupole on trouve 0,27, 0,15 et 0,07. L’épaisseur des lits de mortier varie de 0,01 à 0,015. Dans chaque assise, à deux ou trois briques posées en carreau, c’est-à-dire, montrant leur long côté en parement, succède une brique formant boulisse, dont la longueur est dirigée suivant l’épaisseur du mur.
de la base attique. Dans la crypte, on a construit avec des matériaux analogues, nonseulement les bases des colonnettes engagées, mais encore leurs chapiteaux de forme cubique. Enfin les petites consoles des corniches extérieures, aux profils si accidentés et si variés (Voy. pi. 09, fig. VI), sont également en terre cuite. Cette habileté dans l'art de façonner et de cuire la brique apparaît en Lombardie dans les monuments du douzième siècle. Saint-Théodore offre, à cet égard, de frappantes analogies avec la petite église de Saint-Lazare près Pavie, construite vers le milieu de ce siècle. La décoration est d’une grande simplicité. Aux piliers, les chapiteaux des demi-colonnes, de forme cubique, sont nus pour la plupart. Quelques-uns portent des écussons (Voy. pl. 69, fig. I), dont les sculptures, partout martelées, ne sont plus reconnaissables. A peine la porte principale offre-t-elle, en haut, des montants, quelques maigres rinceaux. L’autre porte fut un peu mieux soignée. Ses ornements (fig. 111) présentent, quant aux sujets, beaucoup d’analogie avec ceux qu’on observe sur quelques chapiteaux des portes frontales de Saint-Michel-Majeur ; mais l’exécution en est plus sèche. La même sécheresse de forme se remarque dans les chapiteaux de la crypte (fig. IV et V). En somme, la sculpture est extrêmement pauvre.
Les corniches sont les parties de la construction le mieux ornées. Celles des absides se composent de petites arcatures, tandis que celles des nefs et du transsept consistent en plusieurs rangées de briques à plat. Les unes et les autres s’appuient sur des consoles dont nous avons déjà signalé les moulures, remarquables par la variété et la recherche de leurs formes.
Enfin, de nombreuses majoliques décorent, à son sommet le tambour de la coupole. Elles sont de grandeurs inégales et bien conservées pour la plupart. Les fig. Vil et VIII représentent deux de ces belles faïences à reflets métalliques, malheureusement trop haut placées pour qu’il soit possible, depuis le sol, d’apprécier leurs charmantes arabesques.
Les observations que nous avons faites sur la disposition de l’église et de la crypte, sur l’agencement et le contrebutage des voûtes, sur les formes et la qualité des briques, concordent bien ensemble pour appuyer l’opinion, émise au début de cette étude sur l’âge de Saint-Théodore. Cette église doit appartenir à la période finale du style lombard, c’est-a dire au milieu ou même à la seconde moitié du douzième siècle. La forme des chapiteaux correspondrait bien à cette date, car on trouve la pareille dans les restes encore subsistants d’un portique bâti en 1190 pour l'ancien hôtel de ville de Pavie.
SAINT-LANFRANC PRÈS PA VIE
SAINT-LANF1UNC PRÈS PAVIE
L’église de Saint-Lanfranc, située à 2500 mètres environ des murs de Pavie, hors de la porte Borgorato, fut bâtie par des moines vallombrosains et vouée d’abord au Saint- Sépulcre. D’après une chronique manuscrite, la fondation de l’église et du monastère remonteraient à 1090 1 ; et ce témoignage serait confirmé par une donation de biens faite en i l IG aux moines du Saint-Sépulcre de Vallombreuse’. Mais un autre manuscrit reporte à l’année 1190, c’est-à-dire à cent ans plus tard, la venue des moines s. Ce document, auquel Robolini donne la préférence, contient sur la construction de l’église des renseignements très-circonstanciés, dont voici les principaux :
Consécration . 1236
Erection du clocher . 1237
Construction de la façade . 1257
Les deux derniers ouvrages seraient dus à la munificence d’un archiprêtre de la cathédrale, dont le nom commençant par W, ne peut avoir été que Wilielmus (Guillaume). Or, il existait, en 1229, un archiprêtre ainsi nommé; et c’est le seul Guillaume que mentionne l’histoire avant 1257.
L’évêque saint Lanfranc (1180-1198) mourut dans le monastère du Saint-Sépulcre peu de temps après s’y être retiré. On l’enterra dans l’église attenante, ce qui amena
' Itobolini. Nol. stor. diPavia, t. lit, p. 69 et 70. « mit’ an. 1000 alcuni monaci vallombrosam venuti da Toscana fitbricarono un tempio in lionor del Sepolcro di Christo coi i monastero, net luogo poco lontano da Pavia, ora delto S. Lanfranco. (Bossi, M S. Chiese, fol. 79, ove cita Pompilio Lupi abbate vallombrosano, Cronaca M S.) »
- Robolini. IVot. stor., t. lit, p. 92, d'après ltossi, Chiese , M S. fol. 459.
a Robolini. Not. stor., t. IV, part. I, p. 428 et 429. Ce manuscrit, intitulé : Funus monasticum, provenait des archives de Saint-Lanfranc. line noie, écrite en 1784 par l’archiprêtre Bertolasi, nous a transmis les renseignemenls qu'il donnait sur la construction de l’église et du monastère.
ARCHITECTURE 1. 0 .VI B A II I) !i
plus tard le changement du titre de cette église Le mausolée de saint Lanfranc, placé derrière l’autel, fut érigé, vers la fin du quinzième siècle, par les soins du cardinal Pallavicini, premier abbé commendataire du couvent, qui fit aussi reconstruire avec sa forme actuelle, le chœur de l’église. Quelques années auparavant, l’abbé Luc avait fait bâtir le cloître adossé au flanc méridional de la nef 3. Ce charmant ouvrage, dont il ne reste que l’un des côtés, rappelle tout à fait, par l’élégance des formes et le style des ornements en terre cuite, les cloîtres si renommés de la Chartreuse de Pavie. C’est encore à l’abbé Luc que sont dues les stalles en bois sculpté qui ornent le chœur.
L’église de Saint-Lanfranc (Voy. le plan sur la pi. 68), bâtie en forme de croix latine, n’a qu’une seule nef, subdivisée par des piliers engagés en quatre compartiments ou travées. Les croisillons du transsept, à peu près carrés en plan, ressortent complètement en dehors du vaisseau central. La nef mesure 29", 55 de longueur, sur environ 8”, 50 de largeur. Les dimensions moyennes du transsept sont 24m,20 de longueur et 6m,90 de largeur. Il suffit de jeter un coup d’œil sur le plan pour être frappé de sa très-grande irrégularité. L’axe longitudinal s’infléchit à droite au delà de la nef : celle-ci rencontre obliquement le transsept, et le croisillon septentrional est fermé par un mur dont le biais est très-prononcé.
La couverture voûtée offre les dispositions constamment suivies dans leséglises lombardes de Pavie : sur la croisée, une coupole octogonale appuyée sur des trompes; des berceaux sur les croisillons et des voûtes d’arête sur les travéesjde la nef. Ni la croisée, ni les compartiments des nefs ne sont carrés. Ces diverses travées, et surtout celle de la coupole, sont sensiblement plus développées dans le sens de la largeur que dans celui de la longueur de l’édifice. Des arcs doubleaux à double archivolte les séparent les unes des autres au-dessus des piliers.
Les voûtes d’arête, épaisses d’environ 50 centimètres (à ce qu’on nous a dit), n’ont point de nervures et présentent la forme domicale si généralement usitée dans les églises de style lombard : leurs rencontres avec les murs d’enceinte sont accompagnées d’arcs formerets. A la coupole, les arêtes s’effacent aussi dans le voisinage du sommet. La couverture en tuiles, n’y est pas soutenue par une charpente. Elle s’ap-
1 Robolini. Nol stor., t. III, p. 207 et suiv.
s Ce fait est rapporté par l’inscription suivante gravée sur un cul-de-lampe du cloître :