‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 48 sur 112 · HOC OPÜS F. F. LUCAS ABBAS A · texte numérisé non relu

HOC OPÜS F. F. LUCAS ABBAS A

SAIS T-L ANFRANC NIÉS PAVIK l'iiic directement sur la voûte avec addition de décombres pour régler la pente. En découvrant le sommet, nous avons pu mesurer l’épaisseur de la maçonnerie, qui est de 0m,40 en ce point. Les berceaux des croisillons devaient aussi supporter immédiatement la couverture en tuiles, et c’est ainsi que nous les avons représentés sur la coupe de la planche 70, où ne paraissent point les changements modernes apportés à ces combles. L’examen des circonstances locales et l’exemple de Saint-Michel de I'avie ne laissaient aucun doute sur la disposition primitive.

La couverture actuelle de la nef, donnée telle quelle sur notre coupe transversale, est évidemment beaucoup plus haute que l’ancienne, car elle masque à peu près complètement la face occidentale du tambour de la coupole, dont les arcatures devaient être visibles dans le principe. On peut d’ailleurs retrouver, presque sans incertitude, la position de la toiture primitive, grâce à la conservation des petites consoles appartenant à l’ancienne corniche. Ces consoles portaient sans doute plusieurs rangs de briques en encorbellement les uns sur les autres, et la hauteur de ce couronnement devait atteindre tout au plus 50 à 40 centimètres. Cette considération, jointe au fait que les consoles sont au niveau du sommet des arcs formercts, montre que la couverture avait son point de départ immédiatement au-dessus de la voûte ; d’où il résulte qu’il ne restait point de place pour des charpentes, à moins qu’elles ne fussent composées de pannes appuyées sur les voûtes, tantôt directement, tantôt par l’intermédiaire de courts poteaux. Mais, dans ces conditions, l’on pourrait admettre aussi bien que le système suivi pour la coupole fut appliqué dans la nef, c’est-à-dire quelestuiles étaient posées le plus près possible des voûtes, sur des remblais dressés en pente.

Cette disposition, qui supprime l’usage du bois et assure aux édifices l’avantage de ne pas donner prise à l’incendie, fut peut-être, à l’époque du haut moyen âge, plus fréquente qu’on n’est tenté de le croire. En effet, dans plusieurs églises lombardes, les anciennes corniches sont placées très-bas comme à Sainl-Lanfranc, et l’installation postérieure des combles en charpente, qui abritent aujourd’hui les voûtes, a nécessité le surhaussement des murailles au-dessus de ces anciennes corniches. Mais ce n’est point ici le lieu de traiter à fond cette question, dont l’examen viendra mieux à sa place quand nous étudierons Saint-Fidèle de Côme. Disons cependant qu’un tel système de couverture, s’il offre de sûres garanties contre le feu, présente aussi le grave inconvénient de surcharger les voûtes et d’accroître beaucoup leur poussée.

Précisément, l’église de Saint-Lanfranc porte la trace très-bien marquée, plus nette peut-être et [dus significative que dans toute autre église lombarde, des désordres

amenés par la charge excessive des voûtes. Ces désordres s’observent surtout aux voûtes d’arète de la nef, qui cependant prennent appui sur de robustes contreforts d’une saillie de 1",18. Malgré ces étais, les voûtes s’affaissèrent en repoussant au dehors leurs soutiens; et les déformations furent considérables, car le surplomb des piliers vers l’extérieur est d’environ 20 centimètres, ce qui représente un accroissement d’environ 10 centimètres pour le diamètre des arcs doubleaux, lesquels, établis d’abord en plein cintre, présentent aujourd’hui la forme de demi-ellipses fortement aplaties. Les portions de mur comprises entre les appuis furent entraînées par ceux-ci dans leur mouvement, si bien que toutes les parois latérales de la nef s’inclinèrent en dehors.

Pour remédier à cet état de choses, on arma les arcs doubleaux de tirants, et l’on refit le parement externe des murs et des éperons en élargissant les maçonneries à mesure qu’on se rapprochait du sol, de manière à remplacer le surplomb par une pente en sens inverse, avantageuse pour la stabilité1. I)e ces deux moyens de consolidation, le premier arrêta le mouvement des voûtes, et le second corrigea extérieurement l’inclinaison défectueuse des parois.

La poussée du berceau produisit au croisillon nord un effet semblable à celui qu’avait déterminé dans la nef la poussée des voûtes d’arète. Mais ici, l’on ne fit point usage de tirants, dont l’emploi ne convient guère pour une voûte comme le berceau, qui exerce une poussée uniformément répartie sur sa longueur. Un solide renfort à parement incliné, dont l’épaisseur est de 0,m80 au pied du mur et qui vient mourir un peu audessous de la corniche, assure la stabilité de celle des murailles qui n’est point maintenue par la charge du campanile. Le plan et la coupe de l’église montrent que ce renfort n’a pas été continué jusqu’au bout. 11 est brusquement interrompu à 2"’, 90 du mur latéral des nefs, parce que la poussée n’était plus à craindre dans ce court intervalle compris entre deux points solidement contrebutés.

En somme, toutes les voûtes poussèrent leurs appuis, sauf la coupole, dont les quatre arcs de soutien, alignés avec les murailles de la nef et du transsept, trouvaient dans ces maçonneries des culées plus que suffisantes.

La façade, beaucoup plus haute que la nef, a des proportions élancées que font valoir les lignes montantes des contreforts d’angle et des fines colonnett.es intermédiaires. La porte et son encadrement sont bâtis en pierre, tandis que tout le reste de la façade, à l'exception d’une ou deux assises de soubassement, est exécuté en briques. A l’archi-

1 La coupe transversale montre seulement les renforts inclinés des parois. Les tirants n’ont pas été figurés parce que la position de la coupe M N P Q R n’eût permis de représenter que la moitié d’une de ces barres de fer.

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volte extérieure apparaissent, exemple unique chez les monuments lombards de Parie, des claveaux alternativement clairs et foncés. Une grande baie circulaire, percée après coup dans le compartiment du milieu, a fait disparaître l’ouverture ancienne, qui était probablement une fenêtre géminée : elle est accompagnée de deux petites ouvertures rondes appartenant à la construction primitive. Le couronnement, trèsferme et très-élégant, orné de majoliques, contient, comme à Saint-Jean in borgo et Saint-Pierre in ciel d’oro, des petites arcatures entrecroisées. Evidemment on a voulu donner même longueur aux deux rampants du toit, malgré la dissymétrie causée par les largeurs très-inégales des contreforts angulaires. C’est pour cela que l’axe du couronnement ne coïncide point avec celui des autres parties du 'portail, colonncttes, portes et fenêtres.

La façade est la seule partie de l’édifice qu’on se soit appliqué à décorer. A l’intérieur, les chapiteaux des demi-colonnes, de forme cubique, sont extrêmement simples. Seules, les fenêtres percées dans les murs latéraux témoignent d’une certaine recherche par le nombre des nervures. Au dehors, le couronnement de la coupole, qui aurait pu fournir matière à l’ornementation, ne contient ni sculptures, ni moulures.

Le campanile, dont nous montrons un étage et demi, reproduit le type ordinaire des clochers lombards du douzième siècle. On reconnaît aisément que cette, tour fut bâtie après coup, car les maçonneries qui la composent sont nettement séparées d’avec celles du contre-fort appartenant au croisillon, sur lequel elles s’appuient.

Le pavé primitif est enfoncé, paraît-il, à O”, 90 environ sous le sol actuel du transsept. Il se composait de cette espèce de béton de briques, de couleur rose, qu’on a retrouvé dans plusieurs églises lombardes et qui, sous le nom de calcestruzzo , est encore en usage aujourd’hui.

A l’extérieur, les parements anciens sont exécutés en belles briques, dont les dimensions varient un peu dans les diverses parties de l’édifice : elles mesurent de 0,26 à 0,52 en longueur, de 0,12 à 0,14 en largeur et de 0,005 à 0,075 en épaisseur1. Au contraire, les renforts extérieurs des murs et éperons furent grossièrement exécutés avec des briques de dimensions irrégulières. Le campanile aussi fut construit en matériaux assez grossiers’, sauf les petites arcatures qui sont faites avec des briques bien cintrées et très-régulières. Remarquons enfin que la façade semble avoir été bâtie

1 Les dimensions des briques de parement sont : aux murs latéraux, 0,26 à 0,51 de longueur, 0,12 à 0,14 de largeur et 0,065 à 0,07 d’épaisseur, avec des joints de 0,01 ; if la coupole, 0,27, 0,12 et 0,07 avec des joints de 0,015

2 Les briques du campanile mesurent 0,2 i, 0,12 et 0,07.

en deux fois. Jusqu’à 5'", 50 d’élévation sur les deux contre-forts, et jusqu’au sommet de l’encadrement de la porte dans le mur compris entre eux, la muraille est parementée en briques de 0,005 d’épaisseur, tandis que, au-dessus de ces œuvres basses, les briques mesurent 0,075 d’épaisseur. Outre cette différence de hauteur d’assise, on observe (pie les deux parties de la construction sont liées ensemble par une assise de raccordement deux fois plus épaisse au-dessus de la porte qu’auprès des contre-forts; ce qui parait indiquer un tassement inégal de la partie basse, suivi d’une correction destinée à mettre de niveau les assises plus élevées.

Si l’on rapproche cette circonstance du fait que le campanile est postérieur à l’église, comme l’indiquent la séparation des maçonneries et la qualité différente des briques, on se trouve en mesure, à ce qu’il semble, de concilier, d’une façon plausible, les deux témoignages contradictoires qui se rapportent à l’âge du monument. Le premier, qui lixe la fondation de l’église à la lin du onzième siècle, est corroboré par une donation de biens faite en 1110. L’autre témoignage, qui assigne les dates de 1257 et 1257 à l’érection du clocher et à celle de la façade, trouverait sa justification dans la structure même de l’édifice. On pourrait ainsi attribuer la construction du corps de l’église aux environs de l’an 1100 ou, si l’on voulait se donner plus de lattitude, à la première moitié du douzième siècle, tout en acceptant pour l’érection du clocher et la restauration de la laçade des dates qui seraient d’au moins cent ans postérieures. La consécration de 1256 se rattacherait alors au complet achèvement de l’église.

SAINT-LAZARE PRÈS PAVIE

SAINT-LAZARE PRÈS PAVIE

Une donation du 29 décembre 1157 nous apprend positivement que la petite église do Saint-Lazare, située près de Pavie, à 1500 mètres environ de la porte Sainte-Justine, lut construite au milieu du douzième siècle. En effet, les donateurs Girinzonus ou Gislenzonus Saglibene et ses deux fils Sirus et Malastreva rappellent, dans l'acte de donation, qu’ils ont précédemment bâti l’église et l’hôpital de Saint-Lazare '.

L’église (voy. le plan sur la pl. 68) est une simple salle rectangulaire de 19"' 05 de longueur sur 7m57 de largeur, pourvue d’une abside semi-circulaire. Cette salle, couverte par un berceau elliptique moderne, maintenu par des tirants, s’ouvre au dehors par deux portes de largeur à peu près égale.

Si l’intérieur de l’édifice n’offre point d’intérêt, il en est autrement des parties extérieures, façade, faces latérales, abside, qui toutes, comme le montrent les dessins de la planche 71, sont disposées avec beaucoup d’élégance. On remarquera, sur la façade, la fenêtre triforée dont l’encadrement se termine en haut par deux arcs très-applatis, appuyés à leur rencontre sur une large console. Ce gracieux motif de décoration ne se rencontre, à notre connaissance, dans aucune autre église du style lombard. Le cadre des fenêtres continue celui de la porte de manière à réunir toutes les ouvertures dans un motif central, subdivisant la façade en trois compartiments, ce qui la fait paraître plus élancée. Le couronnement se compose d’arcatures profondes

1 « Ideo nos qui supra Pater et filius donamus et offerimus a presenti die pro animarum nostrarum mercede idesl noslram inlegram portionem de Iota ilia terra quant habere , et tenere visi sumus ibi in valle Saglibenorum juxta suprascriptam Caxam suprascriptorum Infirmorum antea et rétro versus statam, et versus ticinum juxta vernabulam.... Illam terrant super quam suprascripla Ecclesia Sancli Lazari per nos quos supra patrent et filios est hedificata juris nostri cum accesssibus et ingressibus, et omnibus honoribus.... quant autem suprascriplam terrant tolam et terram super quam superscripta Ecclesia Sancli Lazari est hedificata.... in integrum in eosdem Infirmos universalité)' et Caxam et Ecclesiam eorum ab hoc die donumus et offerimus pro animarum nostrarum mercede.... » Robolini. Not. stor. di Pavia. t. llf, p. 284 et suiv.

portées sur des colonnettes et d’un très-ferme bandeau soutenu par des consoles : on y voit des majoliques dans les tympans des arcatures.

La vue perspective, prise du côté du chevet (voy. pl. 71), montre qu’un couronnement analogue règne autour de l'abside et se poursuit avec le même niveau tout le long des faces latérales. Les arcatures en sont très-élégantes. Elles reposent par l'intermédiaire de traverses hautes et minces, profilées en forme de consoles, sur de courtes et fines colonnettes. Tout ce couronnement, d’un dessin large et précis dans les traits principaux, très-fin dans les détails, est d’un style excellent. L’architecture lombarde n’a rien produit en ce genre de mieux réussi.

Il est probable que les contre-forts ne furent pas établis pour servir de culées même à de simples arcs doubleaux, et que leur destination était seulement de renforcer les murailles aux points d’appui des fermes.

C’est à peine si l’on a fait usage de la pierre dans la construction. Les colonnettes en marbre de la façade et les chapiteaux, bases et lintaux des portes sont presque les seules parties de l’édifice qui ne soient pas en briques. La fig. I de la planche 71 montre un chapiteau de la porte principale : dans les fig. 11 et 111, prises sur la porte latérale, l’un des chapiteaux consiste simplement en une base retournée. Les feuillages ainsi que les moulures semblent annoncer par le tracé des profils, la hardiesse et l’clégance du dessin, le passage de l’architecture romano-bysautine à celle du bas moyen âge.

Cette dernière observation s’applique également aux moulures des briques. Les plus intéressantes appartiennent aux traverses d’appui des arcatures qui couronnent le chevet et les longs côtés : leurs profils sont très-variés comme le montrent les six exemples donnés sur la planche 71 ; et, chose remarquable, les colonnettes qui les soutiennent sont aussi en brique. Ces ouvrages ne laissent rien à désirer pour la régularité des formes, la netteté des profils et la qualité de la matière. Ils donnent une haute idée de l’état d’avancement où se trouvait, au douzième siècle, l’industrie pavésane. Les autres matériaux en terre cuite ne sont pas moins soignés. Ainsi, les archivoltes des arcatures dessinent des courbes irréprochables. Et même les briques courantes sont d’une beauté et d’une régularité exceptionnelles. Elles mesurent 0"’,27 de longueur sur 0“',15 de largeur et 0"',07 d’épaisseur, et sont séparées par des lits de mortier de 0"' , 0 1 . A deux ou trois briques posées en carreau, c’est-à-dire montrant un long côté en parement, succède une brique boutisse, dont il ne paraît qu'un petit côté. Si l’on en juge par le pied d’un contre-fort, où les ravages du

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temps ont mis à découvert l’intérieur des maçonneries, celles-ci seraient complètement exécutées en briques d’appareil.

En somme, l’intérêt que présente la petite église de Saint-Lazare est dans l’élégance de la décoration et la beauté des matériaux. A ce dernier point de vue surtout, elle surpasse en mérite tous les autres monuments lombards dePavie, si bien qu’on pourrait se demander si l’édifice bâti au milieu du douzième siècle n’aurait pas été reconstruit, tel que nous le voyons, une centaine d’années après sa fondation. Mais la similitude de l’archivolte des fenêtres du chevet (voy. pl. 71) avec celle des fenêtres de Saint-Pierre in ciel d’oro (voy. pl. 60, fig. K), et d’autres particularités, telles que les profils des petites consoles, la qualité, la dimension et l’arrangement des briques ordinaires, particularités qui rapprochent étroitement l’église de Saint-Lazare des autres monuments lombards de Pavie, ne permettent guère de s’arrêter à pareille supposition. Les qualités qui distinguent Saint-Lazare tiennent sans doute à ce que l’édifice fut bâti d’un jet avec des matériaux d’une provenance unique, et à cette heureuse circonstance que les matériaux en question, fabriqués par un habile artisan, furent commandés et mis en œuvre par un architecte d’un goût très-délicat. Ainsi peut et doit s’expliquer, à notre avis, le mérite exceptionnel du petit monument que nous venons d’étudier.

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