‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 6 sur 112 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DE LA CHUTE DE L’EMPIRE ROMAIN A L’INVASION DES LONGOBARDS DOMINATION DES GOTHS — STYLE BYZANTIN

La ruine de l’empire d’Occident ne changea presque rien à la situation de l’Italie. Odoacre, son nouveau maître, s’était servi de l’armée, composée de mercenaires barbares, pour faire celle révolution. Il récompensa les soldats en leur distribuant le tiers des biens des Italiens. Du reste, l’organisation civile et administrative resta la même. L’empereur de Constantinople et le sénat romain continuèrent à jouir des vaines prérogatives d’une autorité purement nominale. Ravenne demeura la capitale de l’Italie.

Domination des Ostrogoths. — Le pouvoir fondé par Odoacre n’était pas enraciné assez solidement pour qu’il pût se maintenir au milieu des bouleversements d’une époque si tourmentée. Aussi fut-il bientôt renversé par l’invasion des Ostrogoths. La conquête et la domination de ce peuple présentent un caractère de modération et de respect pour le passé qui les distingue de celles de presque tous les autres barbares envahisseurs de l’empire. Théodoric, qui conduisit les Ostrogoths en Italie, avait été élevé à la cour de Constantinople. Il y avait pris un goût très vif pour la civilisation romaine qu’il appréciait avec une élévation et une délicatesse d’esprit très remarquables chez un barbare. Amalasonthe, sa fille, qui régna après lui, se montra

admiratrice encore plus passionnée de cette civilisation. Mais les Goths n’étaient pas encore capables de s’accoutumer à une vie calme et policée; et quant aux Romains, non seulement leur culture très avancée, mais encore l’orgueil de leur grandeur passée les éloignaient des barbares. Habitués à changer souvent de maîtres, ils regardaient la domination des Goths comme passagère, et ils attendaient leur délivrance de l’empereur de Constantinople avec lequel ils entretenaient de fréquentes relations.

En outre, les Ostrogoths étaient ariens, et Théodoric, quoique très tolérant pour les orthodoxes, fut pendant toute la durée de son règne le soutien le plus puissant et le plus zélé de l’arianisme. La différence des croyances formait un obstacle presque insurmontable à la fusion des deux races dans un pays essentiellement orthodoxe, comme l’était déjà l’Italie à cette époque.

Néanmoins, si les Ostrogoths avaient accompli leur conquête comme firent plus tard les Longobards ; si, comme ce peuple, ils avaient imposé un joug de fer aux populations vaincues, et extirpé tous les principes de l’organisation romaine pour y substituer leurs coutumes nationales, peut-être eussent-ils réussi, à force de violence, à fonder une puissance durable. Mais telle ne fut pas leur conduite. 11 semble, au contraire, que les Ostrogoths aient montré trop de modération et d’humanité, et que leur ruine puisse être imputée en partie aux ménagements qu’ils gardèrent.

Influence exercée par les Ostrogoths sur l’architecture. — L’influence exercée par les Ostrogoths sur l’architecture italienne correspond au caractère politique de leur domination. Ils ne firent point d’innovations et se bornèrent à suivre les voies précédemment ouvertes.

Théodoric signala son règne par la protection éclairée qu’il donna aux arts. Il arrêta la destruction des monuments anciens, institua une commission chargée de veiller à leur conservation, et lui-même contribua de ses propres deniers à leur entretien. A Rome, le théâtre de Marcellus fut confié aux soins de Symmaque, les cloaques furent réparés et les aqueducs remis en état de servir. « Nous sommes, disait Théodoric, débiteurs de ces beaux monuments aux anciens, mais nous en payerons le prix en les restaurant et les rajeunissant. » Ce qu’il lit à Rome, Théodoric l’accomplit également dans les autres villes de son royaume. Il voulait que les monuments fussent scrupuleusement restaurés dans leur style primitif; preuve de goût bien remarquable chez un barbare, et que trop souvent des hommes beaucoup plus policés n’ont pas su donner. Théodoric ne se borna point à conserver les monuments anciens ; il en fit

bâtir un grand nombre de nouveaux, palais, thermes, aqueducs, surtout à Ravenne et à Vérone, ses résidences, et aussi à Pavie dont l’importance date de cette époque. Plusieurs forteresses furent construites pour garder les défilés des Alpes et des Apennins. Les murs de Rome furent mis en état de défense.

Malheureusement, il ne reste presque rien de tous ces monuments. Si quelquesuns subsistent encore, il est impossible, faute de documents, et seulement d’après le caractère de leur architecture, de les distinguer de ceux de la décadence romaine. Le seul monument authentique et complet qui nous reste des Ostrogoths, est le mausolée de Théodoric, bâti à Ravenne au commencement du sixième siècle'. Son architecture, dont la reconstitution, en ce qui concerne certains membres extérieurs et accessoires du premier étage, n’a pas encore été faite d’une manière définitive, ne paraît vraiment originale que par la vigueur du caractère. La gigantesque coupole monolithe, du poids d’environ cent quatre-vingt tonnes, qui couvre l’édifice, prouve une recherche de grandiose, une persévérance de travail et une habileté mécanique qui font le plus grand honneur au règne de Théodoric. Les ruines du palais de ce prince à Ravenne, et le baptistère de Florence, dont on attribue avec assez de vraisemblance les parties anciennes à l’époque des Goths*, ne révèlent, comme le mausolée de Théodoric, aucun style particulier. L’architecture du palais de Ravenne procède de celle du palais de Spalatro.

On a prétendu, cependant, que les Goths avaient apporté des rives du Danube les éléments d’une architecture originale, qu’ils auraient ensuite développée en Italie et au midi de la Gaule5. Cette opinion ne repose que sur des textes fort vagues : aucune preuve matérielle n’existe à son appui. On vient de voir, au contraire, que les rares monuments laissés par les Goths paraissent la démentir.

Le principal argument que l’on invoque en faveur de cette prétendue architecture, c’est que les Goths étaient ariens très zélés et que, comme tels, ils durent adopter pour leurs églises un type différent de celui des orthodoxes1. Mais si l’on en juge par l’exemple des sectes chrétiennes postérieures à celle d’Arius, et dont il reste des temples, comme aucune d’elles n’a produit une architecture religieuse qui lui appartînt en propre, il serait surprenant que la secte arienne se fût, par exception, montrée

' Voyez les dessins du mausolée de Théodoric dans les ouvrages déjà cités d'Isabelle et de Hübsch.

San Quintino, Dell' Italiana architettura durante Ici dominazione longobarda, p. 291 et suivantes. Ricci, Storia

dell' architettura in ltalia, t. I, p. 123.

3 Troya. Codice diplomatico longobardo, part. IV, p. 23 et suivantes.

4 Idem, p. 47 , 48, 50 , 51, etc

DOMINATION DES GOTIIS.

créatrice. L’histoire cite d’ailleurs un certain nombre d’églises ariennes qu’une simple dédicace a suffi pour rendre au culte orthodoxe*. On ne voit pas qu’à la chute de l’arianisme les églises de ce culte aient été transformées ou détruites; et pourtant les mêmes motifs qui auraient porté les ariens à bâtir des églises différentes de celles des orthodoxes devaient ensuite déterminer ceux-ci à transformer ou à détruire les églises ariennes1. Leur conservation à Ravenne, à Pavie, et même à Rome, prouve qu’elles ne différaient pas des églises orthodoxes.

Conquête des Grecs. — Style byzantin. — Si les Gotlis n’exercèrent pas d’influence sur l’architecture italienne, il en fut autrement des Grecs, qui, durant leur lutte contre les Ostrogoths, et après s’être rendus maîtres de l’Italie, y propagèrent le style byzantin.

Ce style venait à peine de se constituer. Son introduction, loin de rencontrer aucune difficulté, répondait aux nouvelles tendances artistiques, qui, depuis la fin du troisième siècle, s’étaient manifestées en Italie, principalement dans la région septentrionale. L’architecture byzantine avait étendu ses racines jusque dans ce pays; et nous avons vu, dans le chapitre précédent, par l’exemple du Baptistère de Ravenne et du Mausolée de Placidie, que, dès le milieu du cinquième siècle, elle s’y trouvait en voie de formation. Devancée par l’empire grec dans l’accomplissement de cette évolution artistique, l’Italie était prêle à profiter des progrès plus rapides réalisés dans la contrée voisine.

L’architecture byzantine passe à juste titre pour s’être organisée à Constantinople. Parmi les causes qui amenèrent ce résultat, il faut citer d’abord la création même de la nouvelle capitale, qui bientôt fit perdre à Rome, trop menacée par les Barbares, la suprématie politique et intellectuelle. Constantinople devint le foyer de la civilisation gréco-romaine. Là se produisit le mouvement d’idées le plus actif, se rassemblèrent les meilleurs artistes et s’accumulèrent les ressources de toute sorte. Aussi l’architecture byzantine a-t-elle dû s’y constituer dans Sainte-Sophie de même que l’architecture purement romaine avait, dans la ville de Rome, marqué son avènement par le Panthéon, que, plus lard, le style ogival s’est manifesté à Notre-Dame de Paris,

1 Ricci. Storia delV architettura inltalia, t. I, p. 101 et suivantes

* La destruction des églises ariennes ne prouverait pas non plus que ces églises aient offert les caractères d’un style particulier; car elle aurait eu naturellement pour cause, soit la violence des passions religieuses, soit l’existence de dispositions par trop spéciales à la secte arienne. Or une différence de disposition est loin d’impliquer une différence de style.

et même, pouvons-nous ajouter, que l’architecture lombarde a pris sa forme, dans l’église milanaise de Saint-Ambroise. Le type primitif d’un style se rencontre presque toujours dans la métropole du pays d’origine.

Les innovations dans les formes architecturales, et notamment les applications plus étendues et plus variées de l’arcade, ont pu s’introduire et se développer à Constantinople encore plus aisément qu’en Italie. De même, les nouvelles formes et les nouveaux procédés de construction des voûtes trouvèrent toute facilité pour se répandre dans la capitale du Bas-Empire. Il ne serait même pas impossible que Constantinople eût, à cet égard, pris de bonne heure la direction du mouvement de transformation et de progrès ‘.

La métamorphose d’une ville de médiocre importance en une grande capitale nécessita d’énormes travaux qui absorbèrent une immense quantité de matériaux. Or la nature même du terrain sur lequel est bâti Constantinople en rend les environs assez pauvres en pierres de taille, tandis qu’ils fournissent facilement des moellons et des briques'. On fut donc conduit à employer surtout les maçonneries en petits matériaux, qui étaient le mieux en rapport avec les ressources locales, et donnaient aussi le moyen d’achever plus rapidement des travaux considérables.

* Les voûtes de deux citernes existant à Constantinople et qui remontent peut-être à l’époque de Constantin sont des calottes sphériques sur pendentifs. — Ce renseignement m’a été donné par M. Choisy.

2 Je dois ce renseignement à M. Béral, ingénieur des mines, en mission à Constantinople. L’intérêt qu’il présente m’engage -à le donner avec plus de détails, tel qu’il m’a été adressé.

La ville de Constantinople se trouve placée à la rencontre des terrains tertiaire et dévonien, qui s’étendent, le premier du côté de l’ouest vers la mer de Marmara et le détroit des Dardannelles, et le second du côté de l’est, vers le Bosphore et la mer Noire. Le terrain tertiaire donne quelques Bonnes pierres à bâtir, entre autres celles que l’on tire des carrières de Makri-Kéni ; mais le terrain dévonien ne fournit guère que des moellons calcaires et des marbres de prix provenant les uns des collines qui longent le Bosphore, et les autres des carrières de Pandcrma, dans le golfe d’Ismid, ou de celles des îles de Marmara. Ces matériaux delà formation dévonienne sont très durs, très compacts et d’une exploitation fort difficile. En somme, les environs de Constantinople offrent assez peu de ressources en pierres de taille: on n’y trouve pas, comme dans ceux de la plupart des grandes villes devenues célèbres par leurs monuments, des gisements abondants et facilement exploitables d’une bonne pierre à bâtir.

Si les Turcs ont employé la pierre pour leurs édifices publics, cela tient sans doute aux deux causes suivantes : d’abord, ils n’ont jamais été grands constructeurs de monuments; en second lieu, les ressources locales leur ont suffi d'autant plus aisément que les meilleures carrières, celles de Makri-Kéni, inutiles aux particuliers qui ne bâtissent qu’en bois et en matériaux légers, ont été presque entièrement accaparées par le gouvernement.

Un fait qui prouve mieux qu aucun autre la rareté des pierres de taille aux environs de Constantinople, c’est qu’aujour— dhui, la plupart des pierres employées dans cette ville, principalement à Péra, proviennent des îles de l’archipel grec.

Les argiles propres à la fabrication des briques sont au contraire très communes. On en trouve, soit dans les terrains tertiaires, soit sur les rives du Bosphore dans les terrains d’alluvion des vallées dévoniennes, soit à Constantinople même au fond du port de la Corne d’or.

Il est en Europe une autre capitale qui offre avec Constantinople de grandes analogies sous le rapport de la rapidité de la construction et de la nature des matériaux employés. C’est la ville de Saint-Pétersbourg où, non seulement les maisons particulières, mais aussi les établissements de la couronne sont bâtis en briques, faute de pierres d’un usage courant.

STYLE BYZANTIN

Il eût etc trop long et trop dispendieux de chercher an loin les blocs de pierre nécessaires à la masse des édifices. D’ailleurs la détresse et l’inertie des populations des campagnes ne permettaient presque plus de se les procurer. La prospérité de l’empire était, à cette époque, concentrée dans la capitale ou dans quelques métropoles; et la plupart des provinces, accablées d’impôts, ravagées de temps à autre par les barbares, végétaient misérablement. L’exploitation des carrières était à ce point abandonnée qu’à Rome et dans beaucoup d’autres villes de l’empire, on démolissait les constructions anciennes pour élever les nouvelles1.

On ne pouvait pas, de cette manière, trouver à Byzance des ressources suffisantes. Et l’idée de prendre ailleurs des matériaux tout préparés et de les transporter par mer jusqu’à Constantinople n'était guère réalisable, excepté pour certains matériaux de luxe, tels que les colonnes et les marbres précieux. Ainsi, non seulement la nature particulière du terrain sur lequel est bâti Constantinople, mais encore le besoin de construire vite, joint à la difficulté de tirer la pierre de taille soit des contrées voisines, soit de provinces maritimes plus éloignées, sont des circonstances qui justifient la préférence accordée aux maçonneries en petits matériaux.

Au reste, dans le même but, c’est-à-dire pour élever très vite et solidemenl des édifices considérables, on avait déjà, dans une époque de puissance et de richesse extraordinaires, construit, en petits matériaux, les colossales bâtisses des Thermes. Il n’y avait, par suite, qu’à continuer sous ce rapport la tradition romaine ; et, conséquence obligée d’un pareil système de construction, les revêtements et les placages jouèrent aussi le rôle essentiel dans la décoration intérieure des édifices byzantins. Ce que nous avons dit à ce propos dans le chapitre précédent nous dispense de nous arrêter ici sur le même sujet, d’autant plus que nous rencontrerons bientôt l’occasion d’y revenir avec de nouveaux développements.

Après avoir indiqué les causes principales qui amenèrent la formation du style byzantin, il nous faut apprécier les caractères distinctifs de ce style. Le meilleur moyen d’y parvenir est d’étudier ses plus notables monuments, à commencer par Sainte-Sophie de Constantinople, où l’architecture byzantine s’est manifestée de la manière la plus complète et la plus grandiose. Nous dirons ensuite quelques mots des églises bâties dans les provinces orientales, soit à l’époque

1 Ce fait est attesté, non seulement par l’exemple d’édifices connus, tels que l’arc de Constantin, mais encore par les lois que dût faire l’empereur Majorien pour assurer la conservation des monuments anciens.

de Justinien1 2, soit depuis, et nous terminerons par l’étude des églises byzantines construites pendant le sixième siècle au nord de l’Italie, ce qui nous ramènera à notre sujet.

En traitant de ces divers monuments du style byzantin, nous n’entreprendrons pas de les décrire complètement. Il nous importe seulement d’examiner leurs traits distinctifs, c’est-à-dire les particularités de la disposition, de la construction et de la décoration qui leur impriment une physionomie spéciale. Pour le reste, nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer aux ouvrages qui donnent les dessins de ces monuments en même temps que leur description détaillée.

Sainte-Sophie de Constantinople*. — Disposition. — (Voy. sur la planche 1 le plan pris au rez-de-chaussée.) Tout l’édifice est couvert par des voûtes*. Une vaste coupole, portée sur des pendentifs, s’élève au milieu de la nef principale. Le carré qu’elle surmonte est allongé par deux hémicycles de même diamètre, dont les demivoûles hémisphériques contre-bouteut la coupole à l’est et à l’ouest. Quatre niches semi-circulaires, ouvertes sur les côtés de ces deux hémicycles, achèvent de dessiner à peu près le rectangle allongé qui compose la grande nef. Les portes d’un côté et l’abside de l’autre occupent le fond des hémicycles. Quant aux bas-côtés, ils sont compris entre la nef centrale et le mur d’enceinte rectangulaire, presque carré, circonscrit aux supports des voûtes principales. Les gros contreforts qui soutiennent la coupole au nord et au midi les partagent chacun en trois compartiments ; mais, grâce à de larges ouvertures percées dans l’épaisseur des contreforts, ces trois compartiments forment une seule galerie, que des colonnes achèvent de séparer de la grande nef. Les deux narthex et l’atrium n’offrent rien de particulier dans leur arrangement.

Quoique la disposition de Sainte-Sophie, considérée en détail, semble fort compli-

1 Justinien donna une grande impulsion à la construction des monuments religieux. La longueur de son règne qui dura quarante-deux ans, de 519 à 561, les richesses et la puissance que lui procurèrent plusieurs guerres heureuses, lui permirent de bâtir des églises dans presque toutes les villes de son empire, et particulièrement à Constantinople où il en fit élever un grand nombre. Procope donne la description de la plupart de ces monuments.

C’estsousle règne de Justinien, que, grâce à des circonstances si favorables, l’architecture byzantine parait s’ètre constituée, et qu’elle réalisa en même temps ses types les plus achevés.

2 Voirpour la description de Sainte-Sophie: Salzenberg, Altchristliche Baudenkmaler von Constantinopel, Berlin, 1854, et le Traité d' architecture de M. L. Reynaud, t. II, p. 233 et suivantes. L’église de Sainte-Sophie, fondée en 552, a été consacrée une première fois le 26 décembre 557, et une seconde fois vers 559, après l'achèvement de tous les travaux. — Anthémius de Trailes et Isidore de Milet ont été les architectes de ce monument.

r> La crainte des incendies qui, dès cette époque, étaient très fréquents à Constantinople, parait avoir été une des causes qui le firent voûter dans toutes ses parties.

STYLE BYZANTIN

quée, elle produit un effet d’ensemble saisissant. Les éléments si divers qui la composent, coupole, demi-voùles sphériques, voûtes d’arête, colonnes, piliers, contreforts, sont combinés de la manière la plus heureuse et la plus originale; et, en même temps, la forme basilicale reste parfaitement marquée.

Mais, si le plan appartient au type de la basilique, il n’en est pas de même en ce qui concerne l’aspect général du monument. La partie dominante, celle qui captive les regards et absorbe l’attention est la grande coupole centrale, très largement éclairée et magnifiquement décorée. L’abside n’est mise en évidence ni par sa dimension, ni par la richesse plus grande de ses ornements. Elle ne produit guère plus d’effet que l’une des quatre niches qui flanquent les hémicycles. Les bas-côtés, largement ouverts sur la coupole, le sont fort peu vers le sanctuaire. Tout l’intérêt se rapporte donc à la coupole, et l’abside, réduite à faire pendant à l’entrée principale, ne joue qu’un rôle secondaire.

Dans les basiliques latines, au contraire, les trois nefs forment comme trois avenues dont l’ordonnance uniforme conduit le regard et la pensée jusqu’à l’abside. L’effet grandiose de l’arc triomphal, les mosaïques qui décorent ses tympans et celles qui ornent la voûte du sanctuaire , désignent celui-ci comme la partie essentielle de l’édifice. Il y a harmonie parfaite entre le caractère de l’architecture et la pensée religieuse qu’il doit interpréter.

Si l’expression morale est différente à Sainte-Sophie, il faut l’attribuer au changement radical apporté dans la structure de l’édifice, à la coupole centrale, à l’amplitude des divisions établies dans la nef, à la vaste étendue des voûtes qui correspondent à ces divisions, en un mot, à la substitution de l’organisme des grandes salles voûtées des Thermes à celui de la basilique à colonnes. Ce dernier type s’était imposé dans la période de début, mais on revint à l’emploi des grandes voûtes quand les ressources le permirent. Les Grecs aimaient le luxe et la pompe. Une ordonnance aussi simple que celle des basiliques latines ne leur eut guère convenu pour un édifice dont la beauté et la magnificence devaient être sans égales.

Construction. — A part la portion des piliers de la coupole qui porte directement cette voûte, à part aussi une assise générale de soubassement et une autre assise placée à la naissance de la coupole, qui sont en pierre, tout le gros œuvre de l’édifice parait être en briques.

Les voûtes consistent surtout en voûtes sphériques de diverses sortes : coupole

ARCHITECTURE LOMRARDE.

sur pendentifs, demi-voûtes sphériques ou culs-de-four, calottes sphériques sur pendentifs et en voûtes d’arête, dites dômicales, surhaussées et arrondies au sommet. Dans ces dernières, les arêtes, bien marquées aux naissances, s’effacent peu à peu de manière à se perdre au sommet. Ainsi furent disposées, au rez-de-chaussée, les voûtes collatérales. Celles du gynécée, surhaussées davantage, sont des calottes sphériques sur pendentifs.

Bien différentes des voûtes romaines, quant aux conditions de stabilité, celles de Sainte-Sophie, bâties en briques avec une faible épaisseur, ne se maintiennent point en équilibre à la façon d’un bloc de forme invariable, simplement posé sur ses appuis. Faute d’une épaisseur suffisante, elles tendent à s’effondrer en renversant au dehors leurs appuis ; et ceux-ci, soumis à l’action d’une poussée oblique, remplissent la double fonction de porter la voûte et de la eontre-bouter. Cette dernière sujétion complique singulièrement la détermination de la forme et des dimensions des piliers. Le problème de l’équilibre des voûtes se pose alors avec toutes ses difficultés ; et la voûte moderne, légère, appareillée, poussant au vide, formant en quelque sorte, avec son support, un système articulé, supplante à jamais, depuis l’avènement du style byzantin, les massives concrétions monolithes de l’architecture romaine.

Excepté dans la galerie supérieure du narthex, les berceaux ne jouent guère, à Sainte-Sophie, qu’un rôle auxiliaire : ils accompagnent par côtés les voûtes sphériques à pendentifs et les voûtes d’arête dômicales. Par suite de leur surhaussement et de leur forme, ces deux espèces de voûtes exercent des poussées dans toutes les directions; et c’est pour résister à ces actions rayonnantes qu’on les a cantonnées de berceaux qui les maintiennent latéralement. Ceux-ci reportent les pressions qu’ils reçoivent sur les supports angulaires, auxquels, en définitive, s’applique forcément toute la poussée. (Voyez à ce sujet les explications données aux pages 135 à 10s de la seconde partie de l’ouvrage).

La coupole centrale est élevée sur quatre immenses pendentifs. De petits contreforts extérieurs, placés à son pied, sont fort bien disposés pour lui donner de l’assiette et laisser, en même temps, passer la lumière par les fenêtres pratiquées dans leurs intervalles. Coupole et pendentifs s’appuient de deux côtés, au nord et au midi, sur de robustes arcs plein cintre, qui joignent ensemble les piliers principaux. A l’est et à l’ouest, les têtes des grandes demi-voûtes sphériques jouent le même rôle que ces berceaux. Outre les principaux appuis, situés aux angles du carré qu’abrite la coupole, il existe encore quatre gros piliers, disposés deux par deux de chaque côté de l’abside

STYLE BYZANTIN

et du passage qui conduit aux portes. Ces derniers soutiens et les appuis de la coupole, unis entre eux par des berceaux ou des culs-de-four, reçoivent les retombées des grandes demi-voûtes sphériques. Huit piliers portent ainsi toute la couverture maçonnée de la maîtresse nef. Leurs intervalles sont occupés par des cloisons percées d’arcades et de fenêtres.

Les supports des voûtes collatérales hautes et basses sont disposés avec beaucoup d’art et d’originalité. Chacun d’eux comprend deux parties, à savoir : une colonne placée à l’angle, qui porte le poids du quart de la voûte, et une portion de mur, située à quelque distance, qui fait oflice de contrefort et résiste à la poussée. Ces appuis soutiennent en même temps les retombées des berceaux construits sur les côtés de la voûte. La colonne est reliée à la muraille, c’est-à-dire aux pilastres ou éperons de cette muraille, par deux arcs plein cintre, véritables arcs-boutants, qui font pénétration dans les naissances des berceaux. Et ces derniers sont eux-mêmes contre-boutés aux encoignures par les mêmes moyens que la voûte centrale.

On voit, par les détails qui précèdent, que le système de construction de Sainte- Sophie, analogue dans ses traits principaux à celui des grandes salles voûtées des Thermes, consiste à recevoir sur un petit nombre de supports très robustes le poids et la poussée des voûtes. Les dispositions prises pour soutenir les Voûtes des bascôtés, révèlent une habileté de construction et une science de calcul remarquables. On y trouve le principe des arcs-boutants et des contreforts appliqué avec mesure et intelligence, car les uns et les autres sont agencés de manière à accroître la surface couverte et à introduire de la vaiiété dans les formes intérieures de l’édifice.

Pour terminer ce qui concerne le mode de construction de Sainte-Sophie, il reste à parler des fenêtres, dont les unes sont percées au pied des voûtes de la nef principale, et les autres dans les cloisons placées entre les différents supports des voûtes. Les bandeaux de ces fenêtres sont à plein cintre ou en arc de cercle, et des meneaux en marbre partagent les plus grandes en plusieurs compartiments. La multiplicité des fenêtres et la petitesse relative de leurs divisions donnent de l’échelle aux vastes baies où elles sont logées et de la grandeur au monument.

Décoration. — La décoration de Sainte-Sophie, exclusivement réservée pour l’intérieur, n’est pas moins originale que le système de construction. L’ensemble en est grandiose et largement entendu. Dans la nef principale, une corniche en marbre règne sur toute la longueur, à la naissance des voûtes : au-dessous, la décoration est

en marbre; au-dessus elle est en mosaïque : les parties qui supportent se distinguent nettement ainsi de celles qui sont portées. Il en est de même aux deux étages de galeries.

Les Grecs ont excellé dans l’appropriation des mosaïques en petits cubes de verre de couleur à la décoration des grandes surfaces lisses et particulièrement à celle des voûtes. Ils paraissent avoir inauguré l’usage des fonds d’or, dont l’éclat métallique et changeant produit des effets si intenses et si variés. Sur le fond se détachent des bandes vivement coloriées, tracées suivant des lignes de division simples et régulières. Les compartiments qu’elles dessinent sont occupés, soit par des rinceaux, soit par des figures traitées dans un style très calme et sans la moindre apparence de relief. La mosaïque ainsi entendue, loin de dissimuler les formes des voûtes, les fait au contraire ressortir davantage. A Sainte-Sophie, la décoration la plus riche est réservée pour la coupole, pour ses pendentifs et pour la surlace des grands arcs cintrés du nord et du midi. On voit que c’est toujours sur la coupole qu’est concentré l’effet.

Au-dessous de la corniche de couronnement, les parois sont revêtues de placages en marbre. 11 yen a de deux espèces : de grandes dalles unies ou veinées sur les parements des supports, et des mosaïques en marbre de couleur dans les tympans des arcs et dans les frises. Ici encore, le parti de la décoration se rapporte parfaitement à celui de la construction. Les mosaïques en marbre représentent d’élégantes arabesques et des enroulements de feuillages finement découpés : elles sont encadrées dans les tympans par des archivoltes à moulures très fines ou des bordures en mosaïque, qui se détachent peu du motif central. Il en résulte une apparence comparable à celle d’un riche et ample vêtement qui indiquerait seulement, sans les accuser, les formes qu’il enveloppe. Toute la décoration de Sainte-Sophie offre ce même caractère. Partout les lignes sont réduites presque à des contours pour ne rien ôter à l’effet des surfaces.

Les sculptures des chapiteaux et des corniches sont en harmonie parfaite avec l’ensemble de la décoration. Ces sculptures, fines et délicates, n’offrent ni reliefs prononcés, ni motifs accentués. Comme les revêtements en marbre et en mosaïque, elles sont purement superficielles.

Les chapiteaux méritent de fixer l’attention par l’originalité de leur type. Leur corps présente la forme d’une corbeille évasée, presque aussi haute que large, circulaire à la base et carrée au sommet, avec de petites volutes très peu saillantes aux angles du carré. Il repose sur le fût de la colonne par une épaisse astragale, et il

STYLE BYZANTIN’

est surmonté d’un tailloir rigoureusement accusé dont la saillie augmente la surface d’appui des arcs qui viennent y retomber. La forme massive de ce chapiteau convient au genre de construction qu’il supporte : son évasement considérable relie bien la maçonnerie grossière des arcs avec le fût de la colonne. Le tailloir surtout joue un rôle spécial au point de vue de la stabilité. Aussi verrons-nous que, dans les constructions byzantines, on l’a séparé en général du corps du chapiteau, il forme alors un membre particulier de la colonne que l’on appelle sommier ou dosseret.

Églises byzantines de l’Orient. — Les églises byzantines encore subsistantes en Orient sont nombreuses et intéressantes. Nous n’avons guère à parler que de leurs dispositions, car ce qui a été dit de la construction et de la décoration de Sainte- Sophie nous dispense d’entrer dans de nouveaux détails sur des sujets analogues.

Les monuments dont nous avons à nous occuper peuvent se partager en trois classes suivant qu’ils ont pour types : en premier lieu, l’église de Sainte-Sophie, c’est-à-dire la basilique byzantine voûtée, caractérisée par la coupole centrale; en second lieu, la rotonde simple ou annulaire également voûtée ; et enfin la basilique latine recouverte par une toiture en charpente. Nous allons passer en revue quelquesunes des principales églises appartenant à chacune de ces trois classes.

Basiliques byzantines voûtées. — Parmi ce genre d’édifices, nous citerons en première ligne Sainte-Sophie de Thessalonique *, dont les dispositions dérivent assez simplement de celles de Sainte-Sophie de Constantinople.

Comme dans ce dernier monument, la coupole centrale repose par des pendentifs sur une base carrée : seulement les deux hémicycles de l’est et de l’ouest sont remplacés par des espaces rectangulaires voûtés en berceau, et les cloisons qui ferment au nord et au midi les intervalles des piliers de la coupole, au lieu d’être placées immédiatement contre le carré circonscrit à la base de celle-ci, sont reculées jusqu’aux extrémités des piliers. Il résulte de là que le vaisseau principal offre la figure d’une croix à courtes branches, et que la coupole s’élève entre quatre voûtes en berceau qui maintiennent vigoureusement sa base. C’est là une disposition très convenable et très judicieuse. On peut même dire qu’elle est pleinement satisfaisante, car la structure de l’édifice se trouve en harmonie parfaite avec les conditions de

1 Voir lexier, Architecture byzantine. Suivant cet auteur, Sainte-Sopliie de Thessulouique pourrait être attribuée aux dernières années du règne de Justinien. Le plan donné ci-dessous est une réduction de celui qu’a publié M. Texier.

slabilité de la coupole qui en esl le motif dominant et caractéristique. Les bas-côtés sont compris entre les murs de l’enceinte extérieure et les côtés du rectangle circonscrit aux piliers des voûtes centrales. Ils se retournent du côté de l’ouest pour former le narthex.

L’église Saint-Nicolas de Myra 1 offre aussi la division en trois nefs avec la coupole centrale et une enceinte à peu près carrée. On y trouve une des dispositions favorites, de l’architecture byzantine : à savoir la coupole centrale flanquée de quatre petites coupoles placées aux extrémités des bas-côtés. Chacun de ceux-ci se termine par une abside. Le narthex et l’cxonarthex sont très largement développés et se trouvent accompagnés de dépendances considérables.

Saint-Bardias de Thessalonique’, l’église des Saints-Apôtres également à Thessalo-

1 Voir Texier, Architecture byzantine. — Le plan que nous donnons est emprunté à cet ouvrage.

2 Église du dixième siècle. — Texier, Architecture byzantine.

STYLE BYZANTIN

nique et les églises de la Mère-de-Dieu et du Dieu-Tout-Puissant à Constantinople1 sont bâties sur le même type que Saint-Nicolas de Myra. Ils n’en diffèrent que par l’arrangement des parties accessoires et par des dispositions de détail peu importantes. A Saint-Clément d’Ancyre, il n’y a, outre la coupole centrale, que deux petites coupoles placées aux extrémités des bas-côtés, en avant des absides. Il en est de même à une église située entre Smyrne et Sardes, près d’une ville ruinée dont on ignore le nom*.

Les églises byzantines de la Grèce, quoique extrêmement petites5, sont pour la plupart divisées en trois nefs comme celles dont nous venons de parler. Elles ont également la coupole centrale appuyée par des pendentifs sur une base carrée, et leur enceinte forme un rectangle à côtés presque égaux. Chacune des nefs se termine par une abside, et il y a constamment un ou deux narthex. Nous citerons comme exemples de cette disposition l’ancienne église métropolitaine d’Athènes, les églises des Incorporels, de Saint-Théodore, de Kapnikarea et de Saint-Taxiarque à Athènes, celles de la Vierge à Mistra et de Samari en Morée. A Saint-Nicodème d’Athènes et à l’église du monastère de Daphni, le vaisseau principal consiste simplement dans l’espace carré que surmonte la coupole, et les trois absides viennent s’ouvrir sur le côté oriental de ce carré.

Quelques-uns des monuments qui viennent d’être cités offrent un intérêt particulier, à cause du rôle décoratif qu’y jouent les procédés de construction. Les parements extérieurs des murailles et les archivoltes des baies y sont formés par des assises en pierre alternées avec plusieurs assises de briques. Les archivoltes se multiplient et se profilent en saillie les unes sur les autres. Enfin des briques variées de formes et de couleurs dessinent sur les murs des frises souvent fort élégantes. Ces divers caractères n apparaissent que dans les constructions byzantines d’une époque avancée. Nulle part on ne les trouve plus nettement accusés qu’aux églises de la Mère-de-Dieu à Constantinople et des Saints-Apôtres à Thessalonique.

Nous venons de grouper autour de Sainte-Sophie rie Constantinople un grand nombre d églises byzantines qui ne paraissent pas, à première vue, lui ressembler beaucoup; mais comment serait-il possible que, par exemple, l’ancienne église

L église delà Mèie-de-Dieu (Theolocos) construite à la fin du neuvième siècle a été rebâtie au douzième. Les deux églises jumelles du Dieu-Tout-Puissant (Pantokrator) sont de la première moitié du douzième siècle. — Voir Salzenbcrg, Alt'christ. Bandenkm. von Const.

Celle dernière église et celle de Saint-Clément d’Ancyre ont été relevées par M. Texier. Leurs plans se trouvent dans l'ouvrage de Salzenberg.

Voir Couchaud, Choix cl' églises byzantines eh Grèce, Paris, 1842.

métropolitaine d’Athènes, dont la coupole n’a pas trois mètres de diamètre intérieur, fût exactement la miniature de Sainte-Sophie, dont la coupole en a plus de trente. En changeant d’échelle, le type d’un monument se modifie forcément : si l’on augmente les dimensions, les formes se compliquent; et elles se simplifient, au contraire, d’autant plus qu’on fait plus petit. Il faut donc, pour comparer des édifices de grandeur et d’importance très différenles, négliger les accessoires et ne s’attacher qu’aux éléments essentiels. Or, si l’on recherche quels sont les caractères communs aux églises dont il vient d’être question, on reconnaît de suite qu’elles offrent toutes une coupole cenlrale, appuyée par des pendentifs sur une base carrée, qu’elles sont divisées en trois nefs et voûtées dans toutes leurs parties, enfin que leur enceinte forme un rectangle à côtés presque égaux sur lequel l’abside seulement fait saillie. Ces caractères suffisent pour constituer un type, car ils déterminent parfaitement, non seulement la disposition, mais encore la physionomie générale des édifices où ils se trouvent réunis. C’est donc à bon droit que nous avons rattaché ceux-ci à Sainte- Sophie, et que nous leur avons donné la dénomination générique de Basiliques byzantines voûtées.

Peu importe que, dans les nefs, la voûte en berceau remplace plus ou moins les voûtes sphériques ou la voûte d’arête, qu’au lieu d’une seule abside, il y en ait trois, que des coupoles secondaires soient élevées aux encoignures de l’enceinte et même sur le narthex, que celui-ci soit simple ou double, que la coupole centrale porte sur des piliers ou sur des colonnes, etc.; toutes ces dispositions particulières ne constituent pas des différences essentielles : elles ne peuvent déterminer que des variétés ou des sous-divisions parmi les monuments du même genre.

Rotondes byzantines. — L’une des rotondes byzantines les plus intéressantes est Saint-Vital de Ravenne dont nous ne parlerons que plus loin. Parmi celles qui furent bâties dans les contrées orientales, la plus remarquable est l’église des Saints-Sergect-Bacchus, élevée à Constantinople sous le règne de Justinien1, antérieurement à Sainte-Sophie,

La coupole octogonale de ce monument est flanquée de quatre niches dont les axes sont à 45° sur ceux de l’édifice. Les renflements ainsi produits font la transition entre l’octogone central et le carré de l’enceinte extérieure ; des niches placées aux coins de

balzenberg, Alt, christ . Büudcnkmule von Constantinopcl . Le plan donné ci-dessous est une réduction de celui

qu’a publié Salzenberg.

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celle-ci achèvent de compléter cette disposition. La coupole, d’un type fort original, présente, nous l’avons déjà dit, huit arêtes saillantes, qui séparent les uns des autres autant de fuseaux concaves. Malgré la forme carrée de son mur d’enceinte, l’église des

Saints-Serge-et-Bacchus appartient nettement au type des rotondes, parce que toutes ses parties sont groupées symétriquement autour d’une coupole à base octogonale.

Ace litre, Saint-Hélie de Thessalonique1, disposée. en forme de croix, avec des hémicycles aux extrémités delà branche du fond et des deux branches latérales, et un vaste narthex par-devant, peut aussi, jusqu’à un certain point, être considérée comme une rotonde.

La petite église de Saint-Hélie deBroussa2 ressemble entièrement, sauf le narthex, aux rotondes simples de l’époque romaine ou des premiers temps du christianisme.

Basiliques couvertes ex charpente. — Les dispositions nouvelles adoptées en Orient pour la construction des églises, dispositions que nous venons d’analyser sommairement, n'ont pas empêché les Grecs, surtout dans les commencements, de continuer à bâtir des basiliques couvertes en charpente. 11 paraît, d’après les descriptions laissées parProcope, que Justinien eu fit élever plusieurs, tant à Constantinople que dans les autres parties de son empire. Ces édifices étaient disposés comme les basiliques romaines. Leur décoration seule était byzantine, ainsi que nous verrons plus loin quand nous étudierons la basilique de Classe près de Ravenne.

Églises de style byzantin construites au sixième siècle dans l’Italie du Nord. — Le

1 Monument du commencement du onzième siècle. — Les églises dédiées à saint Hélie recevaient en Orient la forme de rotonde, et on les bâtissait habituellement sur des pitons de montagne ou des lieux élevés. — Texier, Architecture byzantine.

- Eglise du milieu du treizième siècle. — Texier, Architecture byzantine.

style byzantin, complètement constitué, se manifesta en Italie sous la domination même des Ostrogoths, vers l’époque de la construction de Sainte-Sophie. A ce moment, comme on l’a déjà dit, les Italiens, jusque-là ménagés par leurs maîtres étrangers, n’étaient pas encore tout à fait asservis. Ils pouvaient se flatter den’être qu’aecidentellement séparés de l’empire, et conservaient l’espoir de s’y rattacher, pour vivre de nouveau sous le régime des institutions purement romaines. Aussi entretenaientils avec la cour d’Orient, surtout depuis les dernières années du règne deThéodoric, des rapports secrets et suivis. Les évêques et les papes eux-mêmes se rendirent fréquemment à Constantinople, soit comme ambassadeurs des rois golhs, soit pour prendre part à des conciles. Ces relations multipliées, qui amenèrent la chute du royaume ostrogoth, eurent en même temps pour effet de faire pénétrer en Italie le style byzantin, tel qu’il s’était formé dans la capitale du Bas-Empire.

En l’année 525, l’évêque de Ravenne, saint Ecclesius, se rendit à Constantinople avec le pape Jean 1er. Il revint l’année suivante, et c’est à la suite de ce voyage que, avec l’assistance d’un personnage nommé Julianus Argentarius, il entreprit la construction de Saint-Vital La fondation de celte église peut donc avoir précédé de six ans celle de Sainte-Sophie ; mais le fait du voyage à Constantinople de saint Ecclesius confirme la présomption, déduite de l’observation du caractère artistique, que l’architecture du monument est d’origine orientale.

Saint-Vital a été terminé et consacré sous le pontificat de saint Maximien !, qui occupa le siège de Ravenne de 546 à 556 \ Justinien paraît avoir contribué à l’achèvement et à l’embellissement de cette église : on montre encore sur la mosaïque du fond de la tribune son image et celle de l’impératrice Théodora.

Pendant que l’on bâtissait Saint-Vital, l’évêque saint ürsicin (555-538) entreprit la construction de la basilique de Saint-Apollinaire in Classe *. Le même Julianus

1 Agnellus, chroniqueur ravennais du neuvième siècle, qui a écrit les vies des évêques de Ravenne, donne sur l’érection de Saint-Vital les renseignements suivants. « Ipsins temporibus Ecclesia B. Vitalis Martyris a Juliano Argentario , una cum ipso Prœsule fundata est... Inchoatio vero œdificationis Ecclesiœ parata est ab Juliano postquam reversus est prœdictus Ecclesius Pontifex cum Johanne Papa Romam de Constantinopoli cum cœteris Episcopis, missis a Tlieodorico in legationem sicut superius audistis... Sed sicut superius dixi in tempore ipsius Ecclesia B. Vitalis Martyris a Juliano Argentario construda est. Nulla in Ilalia Ecclesia similis est in œdificiis et in mechanicis operibus. » Muratori, Rerum Italicarum Scriptores. Mediolano, 1723. Tom. Il, part. I. In Agnello, Vila sancti Ecclesii, p. 95

2 « Consccravit Ecclesiam B. Apollinaris Pontifiais in Classe siturn et B. Vitalis Marty ris in Ravenna... Et in tribuna B. Vitalis ejusdem Màximiani effigies, atque Augusti et Augustœ tessellis valde compulatæ sunt.y> Muratori, Rer. Ital. Script. In Agnello, Vita sancti Maximiatii, p. 107.

3 Dates de la chronologie d’Amadési. Voir Tarlazzi, Memorie sacre di Ravenna , p. 503.

4 « Jussitque et ammonuit hic sanctus vir , ut Ecclesia B. Apollinaris ab Juliano Argentario fundata , et consummata

STYLE BYZANTIN

ib

Argentarius contribua à l’érection de cette basilique, qui fut consacrée par saint Maximien.

On voit, par les dates qui précèdent, que la construction de Saint-Vital et de Saint- Apollinaire s’est poursuivie pendant les luttes de Bélisaire et de Narsès contre les Ostrogoths : ce fait prouve mieux qu’aucun autre la modération et la tolérance de ces derniers. Il prouve aussi l’importance considérable et la puissance des évêques a cette époque, puisque ceux de Ravenne réussirent à elever des editices si remarquables au milieu de guerres continuelles et de malheurs de toute espèce.

Le style byzantin ne paraît pas avoir limité son action à la seule ville de Ravenne : ainsi l’on voit encore à Milan les fondations d’une magnifique rotonde byzantine, dédiée à saint Laurent. Comme la description et l’élude de cet édifice se trouvent au commencement de la deuxième partie de notre ouvrage, nous n’en parlerons ici que pour mémoire et nous nous occuperons seulement de Saint-Vital et de Saint-Apollinaire in Classe. Ces deux monuments, les plus authentiques, les mieux conservés et les plus importants, sans contredit, de tous ceux que le style byzantin ait laisses au sixième siècle dans l’Italie du Nord, méritent à beaucoup d’égards de fixer notre attention. Nous suivrons dans leur étude le même ordre que pour Sainte-Sophie, c’est-à-dire que nous traiterons successivement de leur disposition, de leur construction et de leur décoration.

Saint-Vital de Ravenne. — Disposition. (Voy. pl. 2.) — Une vaste coupole centrale dominant le reste de l’édifice recouvre le vaisseau principal ; elle repose sur huit piliers, dont les intervalles sont occupés, sauf celui qui correspond à la tribune, par de grandes niches comprenant sur leur hauteur deux rangées de colonnes. L’espace qui reste entre l’enceinte étoilée dessinée par ces niches et la muraille extérieure forme les galeries de circulation, superposées, au nombre de deux, et recouvertes par des voûtes d’arête. La tribune est très allongée; elle s ouvre de chaque côte sur les galeries par trois enlre-colonnements, qui permettent de circuler, à l’étage inférieur, tout autour du vaisseau central . Un narthex à deux étages, ouvert sur chacune des galeries par trois enlre-colonnements, occupe le côté de 1 enceinte extérieure opposé à la tribune1.

fuisset. Qui jussa mox adimplens, Deo volente, structa ab eo Sancto est viro in lapidibus Italien partibus pretiosis. »

Muratori, Rer. Italie. Script An Agnello, Vita sancti Ursicini, p. 101.

1 J’ai adopté pour le narthex, maintenant détruit, la disposition que lui attribuent les plans de Gailhabaud (. Monuments

Le plan de Saint-Vital offre un exemple très intéressant de l’application du style byzantin au type des rotondes annulaires. L’influence byzantine s’y manifeste surtout par la forme compliquée des piliers de la coupole, 1 par les grandes niches pratiquées entre ces piliers et par les inégalités de largeur de la galerie de circulation, que rétrécissent les appendices saillants du vaisseau central.

Il était particulièrement difficile de raccorder d’une manière satisfaisante le narthex et les escaliers du gynécée avec l’enceinte octogonale de l’édifice. La solution adoptée à Saint-Vital est aussi ingénieuse qu’originale. Les tours disposées de part et d’autre de l’entrée satisfont bien aux exigences de leur destination, sans altérer la forme générale de l’édifice2.

La tribune se distingue nettement, par son ouverture, sa profondeur et la forme accidentée de sa coupe, des niches du vaisseau central. Elle n’est pas réduite, comme à Sainte-Sophie, à l’état de pendant de l’entrée principale.

En somme, Saint-Vital mérite d’être cité comme un des monuments les mieux ordonnés et les plus complets qu’ait produits le style byzantin. C’est le type le plus achevé que l’on connaisse de la rotonde annulaire byzantine.

Construction. La rotonde de Saint-Vital est entièrement bâtie en briques, avec des lits de mortier de la même épaisseur que les briques (environ 3 centimètres et demi). Le système de construction de cet édifice offre surtout beaucoup d’intérêt par les procédés d exécution des voûtes et par l’usage des contreforts extérieurs.

La voûte principale est faite comme celle du baptistère de Ravenne, avec des poteries creuses enroulées en spirale et réunies par du mortier \ Sa faible épaisseur et sa légèreté ont permis de donner peu de grosseur au mur qui lui sert de base. Cette

anciens et modernes. Paris, 1850. Tome R, pl. 46), d'Isabelle (Les édifices circulaires et les dômes. Paris, 1855, pl. 45) eide L. Reynaud (Traité d‘ Architecture, Tome II, pl. 25). D’autres auteurs el notamment H. Hubsch (Monuments de l’architecture chrétienne primitive, pl. 21) admettent une forme différente. Ils développent le narthex sur deux côtés de l’octogone, obliquement à l’axe de l’édifice.

• Il faut remarquer cependant que des appuis analogues existent déjà dans l’enceinte de la rotonde de Minerva rnedica, qui remonte probablement au quatrième siècle.

* L’entrée du narthex flanquée par deux tours rondes rappelle la disposition des portes de ville romaines. Saint-Vital offre, avec Saint-Laurent de Milan, le premier exemple de l’usage des tours dans l’architecture religieuse. Les plus anciens campaniles do Ravenne, ceux de Saint-Apollinaire in Classe, de Saint-Apollinaire in Città.etde Sainte-Marie-Majeure, ont reçu la forme circulaire, peut-être en imitation des tours de Saint- Vital.

5 Cette ciiconstimce est positivement attestée par Isabelle, qui en a vérifié sur place l’exactitude. Isabelle. Les édifices circulaires et les dômes , p. 99.

STÏL-E BYZANTIN.

voûte hémisphérique, se raccorde avec son tambour octogonal par des pendentifs d’une forme indécise.

Des voûtes d’arête plus ou moins compliquées abritent les deux étages de la galerie de circulation. Peut-être la couverture de l’étage supérieur fut-elle d’abord un simple toit en charpente. Eu tout cas les plus compliquées des voûtes d’arête pa-

j to n.

raissent avoir été refaites : l’on y aura multiplié les divisions pour obtenir une répartition plus uniforme des pressions sur le mur d’enceinte.

Les voûtes sont recouvertes par des toitures.

Les contreforts placés aux angles de l’enceinte octogonale sont franchement accusés, surtout à l’extérieur. Deux séries d’arcs en plein cintre, une à chaque étage de galeries, les relient aux piliers de la coupole, qu’ils servent à contre-bouter. Ces éperons n’ont pas tous offert une force suffisante, car sur les trois qui restent apparents

dans l’état actuel, il en est deux qu’il a fallu étayer après coup par des arcs-boutants. Quant aux petits éperons intermédiaires, ce sont des bandes murales décoratives plutôt que des contreforts. L’usage des éperons et des bandes murales extérieures, qui n’a point reçu d’application dans les anciennes constructions byzantines de l’Orient, apparaît de très bonne heure dans l’architecture occidentale.

Décoratiox. — L’unique décoration extérieure de Saint-Vital consiste dans les corniches en briques qui couronnent les différentes parties de l’édifice. Ces corniches sont formées par des assises en saillie les unes sur les autres et composées alternativement de briques simples et de briques posées en dents de scie. On retrouve le même motif de corniche dans presque tous les monuments du style lombard.

La décoration intérieure est malheureusement fort mutilée. Il n’en reste plus que les mosaïques de la tribune, les colonnes des deux étages de la galerie, quelques bandeaux sculptés et des fragments de revêtements en marbre.

Les colonnes surtout méritent de fixer l’attention par l’originalité de leur caractère. Celles de l’étage inférieur sont les plus remarquables (voy. planche 2). Le chapiteau s’évase extrêmement, au point d’avoir au sommet le double de la largeur du fût. Il n’y a point d’astragale. Le fût présente à son extrémité deux rendements successifs dont le dernier se raccorde avec la base du chapiteau, de telle sorte que celuici n’a pas l’apparence d’une pièce séparée, mais qu’il produit l’effet d’un épanouissement de la colonne. Le parement se trouve découpé par un réseau de sculptures refouillées par dessous, véritable dentelle qui enveloppe la masse du chapiteau et qui semble indiquer, jusque dans une matière dure et homogène, le caractère essentiellement superficiel de la décoration byzantine. La plate-forme n’est chargée qu’au milieu; les bords ne portent rien: aussi les sculptures des parements

vont-elles jusqu’au sommet sans qu’il y ait aucune moulure de couronne¬

ment.

La pression des arcs est transmise à la colonne par un grand sommier

d’un profil très ferme, qui repose sur le dessus du chapiteau par une base

carrée à peu près de même largeur que le diamètre de la colonne. Les quatre fii ces du sommier sont inclinées, de manière à élargir la surface d'appui supérieure ; mais leur inclinaison est inégale, afin que cette surface, au lieu d’être caiiee, se trouve allongée, comme il convient, dans le sens de l’épaisseur du

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mur. Le sommier n’est décoré que par quelques moulures à la partie supérieure et par un monogramme, sculpté en saillie, sur la face de devant. Ses parois lisses et scs formes accentuées lui donnent le caractère vigoureux qui convient à sa destination.

Il fallait une base très ferme à une colonne aussi robuste. Celte condition a été parfaitement réalisée par une espèce de socle composé d’une série de gradins octogonaux ou circulaires, qui vont eu s’élargissant assez pour que le diamètre de celui qui pose sur le sol soit à peu près égal à la largeur du chapiteau. La forme arrondie de cette base facilite la circulation.

La colonne qui vient d’ètre décrite offre au plus haut degré les traits saillants et caractéristiques de la colonne byzantine. Celle de l’étage supérieur (voy. planche 2), quoique surmontée, elle aussi, d’un sommier, est bien moins originale, car son chapiteau imite le chapiteau corinthien romain, et sa base, la base attique. Les chapiteaux des deux étages d’areatures ouvertes sur les galeries, de chaque côté de la tribune, ont à peu près le même galbe que ceux du rez-de-chaussée des niches. Ils sont richement décorés de feuillages refouillés par dessous : ceux de l’arcature supérieure de gauche présentent sur leurs quatre faces des ondulations en forme de côtes arrondies.

Les chapiteaux de Saint-Vital doivent être l’ouvrage d’artistes byzantins. Les sculptures si fines et si délicates qui les décorent ressemblent d’une manière frappante à celles de Sainte-Sophie'.

Saint-Apollinaire in Classe près Ravenne. — Disposition. — Construction. — (Voy. pi. 3). La basilique de Saint-Apollinaire in Classe reproduit, quant aux dispositions générales et au système de construction, le type de la basilique latine dans toute sa pureté. Il faut remarquer seulement que la tribune se trouve relevée de la hauteur de douze marches au-dessus du pavé des nefs ; mais cette circonstance paraît tenir à la nature marécageuse du sol, qui ne permettait pas d’établir la confession en souterrain. La forme polygonale du contour extérieur de l’abside peut être citée comme un caractère emprunté à l’architecture byzantine. Le

1 Cette ressemblance n’est pas seulement dans le caractère des sculptures. On trouve à Sainte-Sophie un chapiteau dont ht partie inférieure représente une corbeille nattée, sculptée à jour (Voir Salzenherg). C’est le même motif que celui des chapiteaux inférieurs des niches de Saint -Vital. En outre, les sculptures des corniches offrent dans les deux monuments beaucoup de motifs pareils, traités de la même manière.

campanile circulaire, construit plus tard à côte de la basilique, mérite aussi d’être mentionné '.

Décoration. — Si la disposition et le système de construction n’offrent presque rien d’original, il n’en est pas de même pour la décoration, dont les différents détails, chapiteaux, fûts et bases de colonnes, frises, autels, mosaïques, appartiennent franchement au style byzantin.

Les chapiteaux, tous pareils (Voy. pl. 5), finement sculptés avec l’aide du trépan, sont garnis de lourdes feuilles, surmontées d’un pesant abaque. Ils diffèrent entièrement de ceux de Saint-Vital, qu’ils sont d’ailleurs bien loin de valoir. Cependant, la lînesse des sculptures et leur cachet byzantin très prononcé donnent à penser qu’ils furent exécutés, comme ceux de Saint-Vital, par des artistes grecs. Il semblerait même que les chapiteaux de Saint-Apollinaire eussent été sculptés à Constantinople, si l’on en jugeait par la frise en stuc des pieds-droits situés aux extrémités des deux files de colonnes (Voy. pl. 5). Cette frise, très grossière, faite sur place, paraît indiquer que les artistes italiens étaient alors incapables d’exécuter des sculptures aussi délicates et aussi refouillées que celles des chapiteaux en question. Le sommier, disposé comme à Saint-Vital, est beaucoup plus maigre. La base, aplatie au point d’avoir l’air écrasée, repose sur un socle carré assez élevé, orné de moulures sur les quatre faces. En somme, les colonnes de Saint-Apollinaire sont d’un aspect pesant et disgracieux. Elles n’ont rien de la fermeté ni de l’heureuse originalité qui donnent tant de mérite à celles de Saint-Vital.

La décoration extérieure de Saint-Apollinaire offre beaucoup d’intérêt, quoique très simple. Sur chacune des faces latérales il y a deux fenêtres par travée ou entrecolonnement des nefs, la plus basse éclairant le bas-côté, et la plus haute, la nef principale (Voy. pl. 3). Ces fenêtres sont à plein cintre et encadrées chacune par une arcature cintrée concentrique en saillie sur le mur. Les retombées des arcatures aboutissent à des pilastres de môme saillie, qui divisent la muraille en une série de compartiments correspondants aux cntrc-colonnements des nefs. Celle disposition, qu’on observe déjà au mausolée de Placidie, devint plus lard, nous l’avons déjà dit, un important motif de décoration de l’architecture italienne.

1 Voir au sujet des campaniles circulaires de Ravcnne, la note 2, p. 46.

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Caractères distinctifs du style byzantin. — Part l’influence qui revient a ce style dans la formation de l’arciiitecture lombarde. — L’élude des monuments que nous venons de passer en revue avait pour but de nous conduire à l’appréciation générale des caractères distinctifs du style byzantin. Nous résumerons ces caractères au triple point de vue de la disposition, du système de construction et de la décoration des édifices. En même temps, pour établir une liaison plus claire et plus intime entre les considérations développées dans ce chapitre et la matière de notre sujet, nous indiquerons la part d’influence qui revient à l’architecture byzantine dans la formation du style lombard.

Disposition. — Nous avons vu, par l’examen d’un grand nombre d’églises bâties en Orient depuis le milieu du sixième siècle, que, par leurs dispositions d’ensemble, ces monuments peuvent se rattacher à trois types distincts, savoir : la basilique couverte en charpente, la rotonde et la basilique byzantine voûtée1. De ces trois sortes d’édifices, la première tomba peu à peu en désuétude, la seconde ne fut employée que dans de rares occasions, et la troisième seulement devint d’un usage habituel et presque général. C’est donc elle qu’on doit regarder comme le type définitif des églises orientales.

11 ressort aussi do notre étude, qu’au point de vue de la disposition, ce dernier genre d’édifices est le seul qui présente un caractère original ; car la basilique byzantine couverte en charpente ressemble exactement à la basilique latine, et la rotonde byzantine n’offre de particulier que l’appropriation de quelques nouvelles formes de détail à un type déjà ancien. Au contraire, la basilique byzantine voûtée se distingue très nettement de tous les monuments des temps antérieurs par sa coupole sur pendentifs, élevée au milieu d’un vaisseau central plus ou moins allongé. 11 était naturel que celle disposition particulière, manifestée avec tant d’éclat par Sainte-Sophie de Constantinople, servît de type dans les contrées où elle avait pris naissance, L’usage s’en est même perpétué jusqu’à nos jours, non seulement dans

1 On ne trouve dans les ouvrages de MM. Goitchaud, Salzenberg elTcxier, aucun plan d’église qui fasse exception à celle règle. Le plan de Sainte-Irène de Constantinople, monument contemporain de Sainle-Sophie, considérablement restauré ou même rebâti après le commencement du huitième siècle, semble, à la vérité, indiquer deux coupoles sur le vaisseau central; la première, à base elliptique, et la seconde, à base circulaire; mais, si l’on examine la coupe longitudinale, on reconnaît que la dernière seule forme vraiment coupole. L’autre voûte, composée d’une calotte très aplatie appuyée sur des pendentifs, n’est pas percée de fenêtres et ne fait point de saillie au dehors. — Voir pour les dessins de Sainte Irène, Salzenberg. — Alt. Christ Baudenk. von Const.

les pays qui dépendaient de l’empire grec, mais encore en Russie1, grâce à la communauté de religion.

Par contre elle ne trouva point de faveur dans les contrées occidentales de l’Europe, où l’on ne cite même aucun exemple de son emploi. Les églises, à proprement parler byzantines, encore subsistantes en Italie et en France, présentent la forme, tantôt de basiliques latines comme Saint-Apollinaire in Classe, tantôt de rotondes, comme Saint-Vital de Ravenno et Saint-Laurent de Milan, tantôt enfin de vaisseaux cruciformes ou allongés, à séries de coupoles, comme Saint-Mare de Venise2, Saint-Front de Périgueux, Saint-Etienne de la même ville, la cathédrale de Cahors et quelques autres églises du sud-ouest de la France3 4. Aucun de ces monuments n’offre de coupole dominante élevée sur le milieu d’un vaisseau allongé.

Si cette disposition caractéristique des églises orientales n’a même pas été reproduite dans les édifices bâtis en Occident sous l’influence immédiate de l’art byzantin, à plus forte raison n’en trouve-t-on pas d'exemple parmi les églises de style lombard. Lorsque dans ces dernières il existe une coupole, elle est toujours placée, soit à la croisée de la nef principale et du transsept, soit, quand il n’y a pas de transsept, sur la travée de la nef principale qui précède immédiatement la tribune*. Mais cette coupole, quoique saillante au dehors, ne motive point une disposition spéciale du vaisseau de l’église.

Construction. — Les traits distinctifs du système de construction des églises byzantines peuvent se résumer ainsi qu’il suit : la brique est très généralement employée

1 « De Consiantinople, le style byzantin s’est répandu sur le littoral de la mer Noire, a envahi la Crimée et s’est ensuite propagé rapidement dans toute l’étendue de l’empire russe. 11 n’est pas, dans toutes ces contrées, une ancienne église qui ne s’annonce au dehors par un ou plusieurs dômes, dont le principal occupe le centre de l’édifice. La plupart de ces constructions ont été élevées par des artistes grecs. » L. Reynaud. — Traité d'architecture , 2* vol. p. 245.

2 L’église des Saints-Apôtres, bâtie à Constantinople sous le règne de Justinien et maintenant détruite, devait offrir à la vérité une disposition analogue à celle de Saint-Marc, car l’on y voyait, selon Procope, une coupole centrale à l'intersection de deux vaisseaux disposés en forme de croix, et couverts par quatre coupoles de même diamètre que celle du milieu. Ce type, qui convenait assez bien à l’architecture occidentale, fut en Orient complètement délaissé pour celui de Sainte-Sophie. Nous n’en avons pas fait mention dans notre étude sur les différents types deglises byzantines, parce qu’un exemple unique, remontant à une période de début, ne peut pas servir à formuler des principes généraux, surtout quand cet exemple n’est connu que par une description. Au reste, la coupole centrale des Saints-Apôtres, seule percée de fenêtres, devait dominer les autres coupoles.

3 Voir F. de Verneilh. — L'arch.byz. enFrance.

4 Cette disposition de la coupole se retrouve dans les églises romano-byzantines des bords du Rhin, à Sainte Marie du Capitole de Cologne, ’a la cathédrale de Worms, au dôme de Mayence, à la cathédrale de Strasbourg, etc.

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pour loules les maçonneries*. La coupole, toujours saillante à l’extérieur, porle sur des piles isolées par l’intermédiaire de pendentifs ; elle est évidée à sa base par des fenêtres et maintenue sur les quatre côtés par de robustes arcs appuyés sur les piliers. Les voûtes d’arête, qui recouvrent parfois les bas-côtés ou le narlhex, sont habituellement surhaussées et arrondies à leur sommet en forme de dômes. Des murs, faisant office de cloison, ferment, partout où il est nécessaire, les grandes arcades comprises entre les piles de soutien; et les murailles d’enceinte sont reculées jusqu’à la paroi extérieure des supports extrêmes, de manière à utiliser comme surface couverte tout l’espace occupé par les constructions. L’arc remplace définitivement l’architrave. Enfin, la colonne est presque toujours surmontée d’un sommier destiné à élargir la surface d’appui des arcs qui viennent y retomber.

Ces divers caractères apparaissent surtout dans les basiliques byzantines voûtées. Le type de la rotonde se prêle moins à les mettre en évidence ; et ils se réduisent, dans la basilique byzantine couverte en charpente, à l’usage des arcs et à celui du sommier. 11 faut observer aussi que, suivant l’importance du monument, ou lès trouve plus ou moins bien accusés. C’est ainsi qu’à Sainte-Sophie de Constantinople, leur expression est complète2, tandis que dans les autres églises construites sur ce type, mais avec des dimensions beaucoup moindres, plusieurs d’entre eux se laissent à peine remarquer ou même s’effacent entièrement. Dans les petites églises, par exemple, il n’y a plus, ni voûtes d’arête sur les bas-côtés, ni murailles d’enceinte composées de cloisons établies entre des piles de soutien : une simple voûte en berceau prend appui sur un mur d’une épaisseur uniforme. Ce changement, et d’autres encore, résultent, comme nous l’avons déjà fait observer, d’une réduction dans l’échelle du monument.

Le caractère le plus intéressant des églises byzantines, au point de vue du système de construction, consiste dans le mode d’agencement de la coupole, c’est-à-dire dans son installation sur des pendentifs au-dessus du vide laissé entre quatre piliers. One disposition analogue se rencontre dans beaucoup d’églises lombardes; seulement la coupole, au lieu d’avoir une base circulaire, est constamment octogonale ; et au lieu de porter sur des pendentifs à courbure sphérique, elle est appuyée sur des trompes

1 « Dans les pays même les plus abondants en pierre de taille, nous voyons les architectes préférer la brique à tous les autres matériaux. » — Texier. — Arch. bijz., p. 25. — « L’église de Saint-Nicolas (à Myra enLycie) est bâtie en briques, malgré l'abondance de pierres de taille qui existe dans la localité. » — Texier, Arch. byz.,y. 185.

* Cependant les chapiteaux de Sainte-Sophie ne sont pas surmontés de sommiers, mais on y a suppléé en leur donnant une forme à la fois massive et évasée. (Voir précédemment, p. 57 et 58.)

bi

A ItCll 1TECTURE LOMBARDE.

coniques souvent profilées en gradins. Malgré ces différences dans les détails de l’exécution, la coupole lombarde, prise dans son ensemble, offre une ressemblance frappante avec la coupole byzantine. Presque toujours, comme cclte'dernière, elle est accompagnée, du moins sur trois côtés (les deux branches du transsept et la tribune), par des voûtes en berceau. Il est donc très vraisemblable que les architectes lombards ont emprunté la coupole de leurs églises aux monuments byzantins. Ils avaient sous les yeux, notamment à Ravenne et à Milan, plusieurs exemples de ce genre de voûte; et s’ils ne les ont qu’imparfailement imités, cela tient sans doute à la rudesse de leur culture artistique, qui les conduisit à simplifier la construction *. L’usage très général, dans l'architecture lombarde, des voûtes d’arête surhaussées en dôme, ne peut être attribué, comme celui de la coupole, qu’à une influence directement exercée par l’architecture byzantine, qui fut la première à les emplover. Le caractère distinctif de ces voûtes, quant au tracé géométrique, est que les sections diagonales, au lieu de se profiler en ellipse, sont à courbure circulaire. Quand la hauteur disponible le permettait, on les disposait en plein cintre, ou peu s’en faut, ce qui, pour des voûtes sur plan carré, détermine un surhaussement considérable.

Si, dans les deux systèmes d’architecture que nous mettons en parallèle, la forme 'générale et les principes de construction des voûtes d’arête sont pareils, il existe cependant entre eux une différence essentielle, qui lient aux nervures saillantes particulières aux voûtes lombardes. Des arcs doubleaux , longitudinaux ou formerais limitent par côtés ces dernières voûtes, et sont accompagnés, le plus souvent, dans les plus grandes d’entre elles, d’arcs diagonaux qui se croisent au sommet. Celte armature en relief, construite à l’avance, servait à soutenir le corps de la voûte. Elle en fixait aussi les formes apparentes, qui consistent dans les contours des nervures, en sorte que, après avoir soigneusement eonslruitet profilé celles-ci, on pouvait bâtir sans beaucoup d’attention la couverture maçonnée qui fermait leurs intervalles. Ainsi les nervures remplissent la double fonction de porter la voûte et d’en exprimer et assurer la forme.

Les voûtes byzantines sont privées rie ces organes, dont l’usage pourrait se rattacher, en ce qui concerne les voûtes d’arête, aux méthodes de construction pratiquées en Italie par les Romains pour l’établissement des voûtes en petits n alériaux. Entre autres

* Les coupoles sassanides sont pareillement appuyées sur des trompes. Peut-être les trompes des coupolës oclogonales dérivent-elles des niches ouvertes dans certains cas sur quatre côtc’s u’un tambour octogone : lorsque ces niches sont spacieuses, l’aire de la salle devient sensiblement carrée.

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exemples de ces dernières constructions, citons les grandes voûtes d’arête des Thermes, de Dioclétien, où des arcs doubleaux, formerets et diagonaux, bâtis en briques, sont noyés dans le blocage l. Que Ton pose la voûte sur ces arcs, au lieu de les incorporer avec elle, et Ton aura réalisé, aux conditions de stabilité et au surhaussement près, la voûte d’arêle lombarde dans sa structure la plus complète8. Du moins, l’aspect sera sensiblement le môme. La voûte d’arête lombarde dériverait donc, par sa forme cl son tracé, de la voûte dômicale byzantine et, peut-être, de la voûte d’arêle romaine, par son armature latérale et diagonale.

Faisons remarquer, à propos des nervures saillantes de cette armature, que l’architecture lombarde leur doit un de ses traits caractéristiques, à savoir: le pilier cantonné de colonnes. 11 était logique, en effet, que les dentelures déterminées, à la naissance de la voûte, par les saillies des différents arcs, fussent continuées dans le support par des ressauts correspondants. En toutes circonstances, la forme de l’appui doit s’adapter à celle de la construction qu’il soutient. C’est pour la même raison que les voûtes lisses de l’architecture byzantine reposent sur des piles à parements plats.

Outre la coupole et la voûte d’arête dômicale à section diagonale circulaire, on retrouve encore, dans les monuments lombards, plusieurs autres caractères essentiels du système de construction des églises byzantines, tels que : l’usage très répandu de la brique; la substitution de Tare à l’architrave; l’emploi des voûtes appareillées, poussant leurs appuis, et l’application de ces poussées à des piles isolées, réunies sur le pourtour de l'édifice par des murs généralement assez minces pour ne faire que l’office de cloisons. Le sommier détaché se rencontre plus rarement ; mais un tailloir très robuste, souvent pris dans un bloc distinct du corps du chapiteau, joue le même rôle que ce membre particulier de la colonne byzantine.

Toutefois, les différentes analogies que nous venons d’énumérer en dernier lieu ne paraissent pas, comme celles qui existent pour la coupole et la voûte d’arête dômicale, provenir directement de l’action du style byzantin sur l’architecture lombarde. En effet, l’usage habituel de la brique dans Tune et l’autre architecture se rattache, pour chacune d’elles, au fond commun de traditions et d’exemples laissés par l’art romain. 11 en est de même pour la substitution des arcs aux plates-bandes, commencée en Italie dès la fin du troisième siècle. Quant au tailloir lombard, il ressemble au moins autant ,à l’abaque alourdi du chapiteau romain de la décadence qu’au sommier by-

1 Choisy. L'art de bâtir chez les Romains, p. 76 et suiv. pl. IX.

* IJ. p. 79 et 80. Vio’let le Duc. Dictionnaire d'architecture, à l’art. Voûte. Tome IX, p. 499 et suiv.

zanlin si énorme et si franchement isolé. On ne le prit souvent dans un bloc distinct du corps du chapiteau que parce qu’on manqua d’une pierre assez grande pour les contenir tous deux à la fois.

S’il est vrai que l’architecture byzantine ait, la première, employé systématiquement la voûte mince, appareillée, produisant des poussées sur ses appuis, ou doit reconnaître que des tâtonnements préliminaires, relatifs à cette innovation, avaient été faits en Italie, en sorte que la substitution, dans ce pays, de la voûte équilibrée à la voûte monolithe, ne paraît point imputable à l’action directe du style byzantin pleinement constitué. La même observation s’applique à l’usage des contreforts, puisque cet usage est la conséquence obligée de celui des voûtes qui poussent leurs piliers. La méthode pratiquée dans l’architecture lombarde pour établir les éperons de soutien est d’ailleurs différente de celle qu’on a suivie dans les édifices byzantins des contrées orientales. Tandis que, dans ces derniers, les contreforts sont enveloppés par le mur d’enceinte, dans les édifices lombards, ils font saillie à l’extérieur. Et comme cette proéminence externe des éperons existe même à Saint-Vital, c’est-à-dire dans un édifice élevé sous l’influence immédiate du style byzantin, il faut y reconnaître une disposition particulière à l’architecture italienne, et par conséquent un témoignage du développement original de cette architecture.

Les divers rapprochements que nous venons de faire conduisent à cette conclusion que, à part l’emploi de la coupole et celui de la voûte d’arête dômieale, l’architecture lombarde ne paraît directement redevable à l’architecture byzantine d’aucun trait saillant de sa méthode de construction. Si les deux systèmes se ressemblent en quelques autres points, on doit l’attribuer à ce qu’ils sont fondés sur un certain nombre de principes communs, déjà pratiqués antérieurement. C’est donc à une influence partielle que s’est limitée, quant à la construction, l’action du style byzantin sur l’architecture lombarde.

Décoration. — La décoration extérieure des églises byzantines des premiers temps se réduit à fort peu de chose. Aussi nous bornerons-nous à résumer les caractères de la décoration intérieure et à les mettre en parallèle avec ceux des églises lombardes.

Cette décoration, ainsi que nous l’a montré Sainte-Sophie de Constantinople, consiste surtout en revêtements de diverses natures, placages en marbre ou mosaïques, appliqués sur les piliers, les murailles et les voûtes. Les archivoltes et les arcs, appareillés en petits matériaux, sont décorés souvent de la même manière, en sorte

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que le rôle de la sculpture se réduit à orner les parties de la construction qu’une destination spéciale oblige à exécuter en blocs de pierre isolés ou saillants, telles que les bases, chapiteaux et sommiers des colonnes, les linteaux des portes et les meneaux des fenêtres, les bandeaux et les corniches, enfin les appuis ou parapets des galeries supérieures.

Par cela même qu’il est très amoindri, le rôle de la sculpture se trouve accommodé au caractère superficiel de l’ensemble de la décoration. En outre, son mode d’expression répond bien à ce caractère. C’est ainsi que le chapiteau, offrant habituellement la forme d’une corbeille, fut couvert en général d’un réseau d’ornements capricieux et délicats, qui paraissent envelopper ses massives parois de la même façon que les placages elles mosaïques tapissent les murailles et les voûtes. Parfois môme on refouilla ces ornements, au point de les détacher presque de la masse du chapiteau *.

Cette décoration, qui ne fait que revêtir les membres des édifices, convient sans doute parfaitement pour orner de grandes masses, dévastés surfaces lisses, formées de matériaux petits et grossiers’, mais elle n’exprime en rien le but utile de ces masses; et, faute de détails significatifs, ce but n’est indiqué qu’à grands traits par des proportions d’ensemble et des contours.

Tout autre est le parti adopté dans les monuments lombards, où des formes précises, des lignes nettement marquées, font ressortir d’une manière très claire et avec beaucoup de détail les fonctions de chacune des parties de la construction. Par cela même que les piliers se trouvent découpés par des saillies qui expriment leurs destinations variées et que les arcs qui les unissent sont vigoureusement accusés, le système de construction, mis en évidence, devient l’élément essentiel de la décoration. Et ce n’est pas seulement dans les membres principaux qu’on observe ce parti. Il apparaît jusque dans les détails, témoins les archivoltes multiples des portes et des fenêtres et les arcatures des couronnements.

Ainsi, la décoration des églises lombardes, marquée par ses traits dominants dans le gros œuvre de la construction, liée d’une manière intime à l’ossature des édifices,

1 On trouve à Saint-Marc de Venise des rcfouillemenls analogues à ceux des chapiteaux de Saint-Vital de Ravenne. Cette pratique est donc restée fort longtemps en usage.

2 « La décoration orientale est plutôt riche que réellement belle, mais il faut dire qu’elle se prête admirablement à l’ornementation dévastés surfaces comme celles qu’elle était appelée à traiter, et qu’en négligeant la forme pour s’emparer de la couleur, elle a obéi à une nécessité de position. A l’Orient la couleur, à l'Occident la forme; cette division est fondamentale; elle tient à l’état des esprits; elle subsiste encore dans toute sa force, et son origine se perd dans la nuit des temps. » L. Reynaud, Traité (T architecture , 2" vol., p. 255.

diffère complètement, par ce caractère fondamental, delà décoration toute superficielle, purement ornementale, des monuments byzantins.

A cette différence si profonde entre les principes des deux systèmes décoratifs, correspondent nécessairement des différences non moins tranchées dans l’usage des procédés d’ornementation. Tandis que, dans les églises byzantines, les revêtements composent presque toute la décoration et que la sculpture joue un rôle accessoire, dans les églises lombardes, c’est l'inverse qui a lieu. On peut môme dire que, dans ces dernières, les revêtements deviennent un objet de luxe, attendu que les membres principaux de la construction se trouvent décorés par le fait de leur structure, et que, par suite, les parois à revêtir se réduisent à des surfaces de remplissage. Or, ce sont là des parties secondaires que l'on peut se dispenser d’orner. La sculpture, au contraire, naturellement appelée à décorer les nombreux chapiteaux des piliers, les archivoltes multiples des baies, les consoles des arcatures, en un mot, toutes les pièces de 1 appareil sur lesquelles unefonelion spéciale réclame qu’on attire l’attention, devient un élément décoratif d’une importance capitale.

Après avoir examiné dans leur ensemble les systèmes décoratifs de l’architecture lombarde et de l’architecture byzantine, il nous reste à poursuivre la comparaison dans le détail des procédés d ornementation. Nous traiterons successivement des 1 evetements et des sculptures; mais, comme en étudiant Sainte-Sophie de Constantinople et Saint-Vital de Ravennc, nous avons déjà signalé les caractères distinctifs que présentent, dans les églises byzantines, ces deux modes do décoration, il n’y a plus qu’à leur comparer les ornements de même nature mis en œuvre dans les édifices lombards.

L’usage des placages en marbre et des mosaïques paraît avoir été très restreint eu Lombardie. Ces revêtements n’y servirent qu’exceptionnellement à la décoration des églises, où on les employa surtout a orner l’abside. Du reste, ils ressemblent tout à fait aux ouvrages byzantins, dont ils imitent non seulement le style, mais encore 1 ordonnance générale et les formes de détail1. Ce caractère, ainsique leur rareté, peuvent donner a croire qu’ils sont dus principalement à des artistes étrangers, venus du Bas-Empire ou des cités commerçantes riveraines de l’Adriatique.

Les difficultés d exécution qui, dans la haute Italie, contribuèrent sans doute à restreindre l’usage des revêtements en marbre ou en verre émaillé, n’existaient pas

* A Saint-Ambroise de Milan, plusieurs des inscriptions de la grande mosaïque qui tapisse la voûte en cul-de-four de l’abside, sont tracées avec des caractères grecs.

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au même degré pour la peinture, qui permet d’obtenir plus simplement des effets à peu près semblables. Aussi paraît-il probable qu’à l’exemple de ce qui fut pratiqué en Orient, on la substitua souvent aux placages et aux mosaïques. Ces peintures des églises lombardes, si l’on en juge par les rares vestiges conservés jusqu’à nous, ressemblaient complètement à celles des églises byzantines 1 ; mais il n’est guère possible aujourd’hui, faute de données suffisantes, de savoir au juste dans quelle mesure elles contribuèrent à l’ornementation intérieure des édifices.

Les sculptures byzantine et lombarde ont entre elles beaucoup de ressemblance et cela tient sans doute, pour une grande part, àeequo, dans l’une et dans l’autre, on revint à la méthode élémentaire, qui consiste à détacher les ornements, par des reliefs très bas, sur les faces d un simple épannelage. Ce fut peut-être, dans une certaine mesure, affaire dégoût pour l’art byzantin, au lieu que, pour la sculpture lombarde, celte méthode a du s imposer par necessilo. Toutefois, l’exemple des ouvrages byzantins exerça certainement, sur la sculpture italienne du haut moyen âge, une très sensible influence, qui apparaît surtout dans les plus anciens monuments de cette période. Les sculptures de l’autel de Pemmone et du Baptistère de Calistc (Voy.pl. 7 à 14), exécutées au huitième siècle, trahissent l’imitation directe des ouvrages grecs par la reproduction servile de motifs symboliques ou de pur ornement. Plus tard, à Saint- Ambroise, 1 action du style byzantin ne se laisse pas sentir seulement dans la forme, la disposition et les dentelures aiguës de certains feuillages ; elle se manifeste encore, d une manière tout a fait explicite, par des refouillemenls parfois très recherchés. Tout eu s affaiblissant, cette action paraît avoir persisté jusqu’à la fin de l’époque lombarde; témoins ces chapiteaux et bandeaux, appartenant au style le plus avancé, dont la décoration consiste en une ornementation capricieuse, souvent irrégulière, attachée pour ainsi dire à la surface du bloc, et très peu liée par sa disposition à la tonne du membre d architecture qu’elle enveloppe. Cependant la sculpture, au lieu d être alors, comme au début, maigre et plate, offrait en général un aspect large et robuste: les saillies, devenues très prononcées, avaient pris des contours arrondis: ornements et figures étaient dessines plus correctement . La conservation fréquente, malgré ce progrès, du caractère primitif dans le choix et l’arrangement des sujets n’en est que plus remarquable.

Voyez sur la PI. 52 le dessin des peintures décoratives de la Tribune de Saint-Ambroise. On sait d’ailleurs que les peintures italiennes conservèrent fidèlement le caractère byzantin quelque temps encore après que le style lombard eût cessé d’être en usage.

go ARCHITECTURE LOMBARDE.

Des rapprochements que nous venons de faire entre les systèmes décoratifs de l’architecture lombarde et de l’architecture byzantine, nous tirerons cette conséquence que ces deux systèmes, considérés au point de vue du parti d’ensemble, diffèrent radicalement l’un de l’autre, mais que, dans les détails des procédés d’ornementation, ils présentent des analogies très étendues. Par là du moins, l’art lombard tient de près à l’art byzantin ; et l’on doit observer, qu’à raison de la différence des méthodes de construction, celte relation était la seule qui pût exister entre les deux systèmes décoratifs. Remarquons, en outre, que les revêtements de diverse nature n’ayant ete employés que par exception dans les monuments lombards, leur usage, resté pour ainsi dire étranger à l’art qui produisit ces monuments, s’est borné à quelques reproductions d’ouvrages byzantins. La sculpture, au contraire, par cela même qu’elle devint l’ornement essentiel des églises lombardes, participa du caractère original de l’architecture de ces édifices ; et, tout en conservant la marque de l’influence byzantine, se modifia peu à peu en même temps que le style lombard se développait.

Conclusion. — En résumé, l’influence exercée par le style byzantin sur l’architecture lombarde a été nulle quant à la disposition du plan des édifices, considérable, quoique partielle, quant au système de construction, et enfin très fortement marquée dans la partie ornementale de la décoration. Pour apprécier la portée de cette influence, il a fallu passer en revue les caractères distinctifs du style lombard avant d’avoir traité de la formation et du développement de ce style ; mais, en intervertissant ainsi la suite naturelle des matières de notre sujet, nous avons obtenu l’avantage de réunir et de coordonner toutes les observations que nous avions à faire sur l’architecture byzantine. De plus, comme les questions dont nous venons de nous occupersont de la plus haute importance pour l’objet de notre travail, qui comprend à la fois l’élude de l’architecture lombarde et celle des origines du style romano-byzantin, il convenait de les examiner dès le principe, sauf à y revenir plus lard afin de les approfondir ou de les envisager sous de nouveaux aspects.

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