SAINT-ÉTIENNE ET SAINTE-MARIE- DEL -POPOLO A PAVIE
et les pieds, line main déjà détachée est saisie par un quadrupède (LVPVS), tandis qu’un oiseau (CORVVS) tient un pied dans son bec. A côté de cette scène, on voit île nouveau la Discorde, couronne en tête, renversée par une figure dont il ne restait qu’un pied, et qui, d’après les deux premières lettres de son nom, serait encore la foi.
Cette mosaïque, très-grossièrement dessinée, était exécutée avec grand soin. Elle s’appuyait sur trois couches de fondation superposées, dont l’ensemble atteignait O", 14 d’épaisseur1 2. Les petits cubes, hauts d’un centimètre, mesuraient en moyenne un peu plus d’un centimètre carré : ils avaient été sciés en forme de rectangle avec des dimensions à peu près uniformes. Quinze espèces différentes de marbre ou de pierre ont été retrouvées dans les débris .
En partant du principe, accepté par plusieurs écrivains compétents, que les mosaïques du haut moyen âge sont d’autant plus anciennes qu’elles sont exécutées avec plus de soin, M. Brambilla, tenant compte aussi de la grossièreté du dessin, juge que la mosaïque de Sainte-Marie del popolo doit remonter au huitième siècle, à l’époque même de la construction primitive de l’église. A l’appui de cette opinion il cite encore la forme des lettres composant les inscriptions, ainsi que la frappante ressemblance de la mosaïque de Sainte-Marie avec celle qu’on a retrouvée à Crémone, près de la cathédrale. Cette dernière, attribuée au neuvième siècle, est moins bien exécutée que celle de Sainte-Marie et serait par suite moins ancienne.
Mais la fixation des dates est encore, pour les mosaïques du haut moyen âge, un sujet de discussion fort embrouillé. M. Brambilla n’hésite point à le reconnaître. 11 cite même, au sujet de la mosaïque de Sainte-Marie del popolo, l’opinion de M. Ernst aus’m Weerth qui, dans une étude de la mosaïque de Saint-Géréon, à Cologne8, s’occupe de tous les ouvrages du même genre conservés dans l’Italie du nord. Le savant allemand tient ces mosaïques pour postérieures à l'an 1000 ; et, dans son opinion, celles de Crémone et de Sainte-Marie del popolo seraient de la seconde moitié du douzième siècle. Entre cette époque et celle admise par M. Brambilla, l’écart est d’environ quatre siècles et demi.
11 nous faut maintenant traiter la question de date pour le monument tout entier. Selon M. Brambilla, il remonterait à l’époque même de la fondation, c’est-à-dire au
1 La couche la plus profonde, épaisse de 0,06, était formée de grandes briques et de morceaux de bitume; puis venait un lit de 0,03 en excellente chaux, sur lequel était appliquée une couche de bitume de 0,04.
2 Ernst aus’ m Weerth. Der mosaikboden in S. Gereon zu Kôln.... Bonn, 1873.
noo
commencement du huitième siècle; et cela pour trois motifs principaux, qui sont: l’attribution de la mosaïque au huitième siècle, joint au fait que celle-ci affleurait exactement les bases des piliers; la construction de la tribune et de la crypte postérieurement à celle de l’église; enfin la qualité /les briques et la structure des maçonneries.
Relativement à l’âge de la mosaïque, nous n’ajouterons rien aux observations déjà faites. Malgré notre incompétence, nous avons le droit, sans doute, de tenir la question pour indécise. La construction de la crypte et de la tribune postérieurement à celle de l’église paraît attestée par ce fait que le dernier pilier de droite a sa hase en partie cachée dans la crypte. Cette base est tout entière au niveau du pavé delà nef, quoique les nervures du pilier viennent tomber les unes dans la nef et les autres sur la tribune. A Saint-Michel-Majeur, Saint-Pierre in ciel d'oro et Saint- Théodore, il n’en est pas ainsi : lorsqu’un pilier tombe à cheval sur la nef et la tribune, les cordons qui le composent ont leurs bases à deux hauteurs différentes. 11 y a donc lieu d’admettre à première vue que la tribune de Sainte-Marie delpopoln est postérieure à l’église, ce qui peut entraîner à conclure, avec M. Brambilla, que celle-ci surpasse en ancienneté les autres églises de Pavie, où la tribune également très-élevée fait corps avec l’édifice.
Mais un tel argument ne saurait déterminer la conviction que s’il est confirmé par les caractères architectoniques; car on aurait pu, à la rigueur, rebâtir l’église, môme au douzième siècle, sans ce conformer de suite, pour la crypte et la tribune, à la disposition suivie ordinairement à cette époque. 11 ne serait pas non plus absolument impossible que, en opérant une reconstruction, l’on eût conservé pendant un certain temps la crypte plus ancienne, où l’évêque Jean III avait, au commencement du dixième siècle, déposé les reliques d’un de ses prédécesseurs1. Ce sont là de pures conjectures, que l’on n’aurait à prendre en considération que si l’architecture de l’édifice démentait la haute ancienneté qu’on lui attribue. Mais dans ce cas, l’on serait obligé d’admettre une explication de ce genre, car les enseignements tirés des formes significatives de la construction ont une valeur supérieure à tous les autres, et les conclusions qu’ils entraînent s’imposent forcément, malgré les difficultés qui peuvent en résulter à d’autres points de vue. Voyons donc quelles leçons donne la structure de l’édifice, et cherchons les éléments d’une appréciation
1 Brambilla. La basilica (li Santa Maria del popolo , p. 15.