‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 54 sur 112 · SAINT-ÉTIENNE ET SAIN T E-MARIE-MEL -POPOLO A PAVIE · texte numérisé non relu

SAINT-ÉTIENNE ET SAIN T E-MARIE-MEL -POPOLO A PAVIE

encore la même épaisseur, qui est de 0m,075, il n’y a point de raison, à notre avis, pour trouver dans les dimensions inégales de ces échantillons de briques un motit d attribuer des dates très-différentes aux édifices où ils sont employés.

L.es variations d’épaisseur des lits de mortier, toujours compris entre dix et quinze millimètres, ne méritent pas davantage, croyons-nous, d’ctre prises en considération, car dans la coupole de Saint-Lanfranc ces lits mesurent 0,'"015 de hauteur, tandis que partout ailleurs, dans le même édifice, ils ont seulement un centimètre. Donc, à Saint-Lanfranc, les joints les plus larges sont les moins anciens, ce qui vient à l’encontre de la marche générale des faits et de l’opinion communément admise.

L’emploi dans les couvertures de grandes tuiles plates n’est pas chose très-rare. On le constate non-seulement à Saint-Aquilin de Milan et Sainte-Marie delle caccic, édifices sûrement antérieurs au huitième siècle, et à la Rotonde de Brescia qui remonte à cette dernière époque, mais encore à Sainte-Marie de Lomello, à l’église et au baptistère d’Àgliate (voy. pl. 74), dont l’ancienneté est moindre. Aussi peut-on se demander si l’usage de ces tuiles à la romaine ne s’est pas maintenu longtemps en Lombardie, et si leur conservation n’est limitée à un petit nombre d’édifices que parce que des réfections ou reprises de toitures les auraient, en général, fait disparaître. Nous ne sommes point en mesure, avouons-le, de trancher cette question, et devons nous contenter de l’avoir posée.

L’appréciation fort étendue, à laquelle nous venons de nous livrer sur les matériaux en terre cuite employés à Sainte-Marie del popolo, avait aussi pour but de coordonner les informations de même nature relatives aux autres églises de Pavie. II convenait de présenter une vue d’ensemble sur ce sujet, et la discussion ouverte par M. Brambilla nous eu offrait l’occasion.

Un dernier point reste à traiter pour éclaircir l’origine de Sainte-Marie del popolo: c’est la structure des voûtes. Comme à Saint-Pierre in ciel d’oro, elles sont disposées par travées égales sur les trois nefs, avec des compartiments barrelongs sur le vaisseau principal et à peu près carrés sur les collatéraux. Pareille distribution des appuis pourrait exister, il est vrai, dans une église même très-ancienne, à condition que la grande nef fut couverte en bois ou par une voûte en berceau; mais associée à des voûtes d’arête à nervures saillantes, comme celles dont les amorces subsistent encore, elle annonce certainement une période avancée du style lombard. L’alternance, sur les bas-côtés, de voûtes d’arête plus basses avec des berceaux plus élevés ne paraît pas de nature à infirmer la précédente conclusion; car, si pareille disposition

fut appliquée ici de parti pris, ou doit reconnaître qu’elle offre le caractère d’une méthode perfectionnée plutôt que celui d’une tentative de début. En effet, cette disposition permet de résoudre le problème, si ardu pour les architectes du haut moyen âge, de soutenir efficacement les voûtes de la grande nef, sans sacrifier l’éclairage du vaisseau central. Et môme, on y pourrait voir peut-être une ingénieuse extension du système qui, généralement adopté pour les voûtes du transsept, fut appliqué par exception à la première travée de Saint-Pierre in ciel d’oro.

En définitive, le système de construction de Sainte-Marie del popolo, qu’on l’envisage dans ses traits principaux ou dans les détails de forme et d’emploi des matériaux, nous paraît annoncer le douzième siècle. Ni la mosaïque du pavé, ni la position des bases dans la dernière travée ne fournissent, à notre avis, des arguments capables d’infirmer cette conclusion. Gardons-nous, toutefois, de la. présenter avec une assurance téméraire. Imitons plutôt la sage et courtoise réserve de M. Brambilla, qui, acceptant d’avance la contradiction, se déclare prêt à suivre toute opinion mieux fondée que la sienne.

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