SAINTE-JULIE DE BONATE
SAINTE-JULIE DE lîONATE
Les dessins de Sainte-Julie de Bonate ont été publiés, dès la fin du siècle dernier, avec une exactitude remarquable pour l’époque, dans l’important ouvrage du chanoine Mario Lupo1. Cet auteur attribue la fondation de l’église à la reine Théodelinde sur la foi d’une inscription que, suivant Pérégrinus, on aurait découverte au seizième siècle et presque aussitôt perdue. Grâce à l’ouvrage de Lupo, Sainte-Julie de Bonate, quoique ruinée aux trois quarts, prit une grande notoriété. Séroux d’Agincourt en reproduisit les dessins à côté de ceux de Saint-Michel de Pavie et Saint-Thomas in limine (cette dernière église également publiée par Lupo), et acceptant sans difficulté les dates très-reculées qu’on assignait communément à ces trois édifices, il les présenta comme types de l’architecture longobarde *. D. et G. Saechi se rangèrent à cette opinion, sans hésiter5. Nous ne saurions suivre le même avis, car l’étude du monument annonce une période avancée du style lombard.
L’église de Sainte-Julie fut ruinée à deux reprises par les habitants de Bonate. Lu 1745, ils la démolirent en très-grande partie pour se procurer les matériaux du clocher de l’église paroissiale. Les absides et la travée contiguë restèrent seules debout avec les parties inférieures des piliers et des murs d’enceinte. C’est dans cet état que l’édifice est représenté par les gravures de Lupo. En 1814, les habitants de Bonate ayant à construire un nouveau campanile, revinrent à la charge, rasèrent les piliers déjà entamés et abaissèrent encore les murailles du pourtour. Si l’église n’avait pas été un lieu de pèlerinage, on l’eùtjans doute anéantie. L’enceinte, sauf les parties conservées, sert à présent de cimetière.
Tout ce qui subsiste du monument est représenté par une teinte foncée sur notre
1 Mario Lupo. Codex diplomaticus civitatis et ecclesiæ bergomatis. Bergame 1784.
2 Séroux d’Agincourt. Histoire de l'art par les monuments. Paris, 1823. t. I, Architecture, p. 39. Les dessins sont donnés dans let. IV, à la pl. 25, fig. 1 à 5.
5 Sacchi. Antichità romantiche d'Italia. Milan 1828, p. 35 et suiv.
plan de la planche 72. La teinte claire désigne les parties détruites, qu’il a été facile de restituer en disposant les piliers disparus au droit des éperons et donnant à ces piliers, conformément au plan de Lupo, la même section qu’à ceux qui existenl encore. Cette parité de forme serait d’ailleurs suffisamment établie par l’observation des supports engagés.
Le vaisseau rectangulaire, long de 55”, 50 et large de 1 7m, 00, qui s’étend du mur de façade jusqu’aux absides, était divisé par huit piliers en trois nefs et cinq travées. Les deux premières travées sont plus étroites que les autres ; le compartiment central y est barrelong, tandis que les compartiments des collatéraux sont à peu près carrés. L’inverse a lieu pour les travées suivantes, où les subdivisions carrées sont établies sur la grande nef. Ainsi, l’on trouve associés, dans la structure de Sainte-Julie de Bonate, le système de Saint-Pierre in ciel d’oro et celui de Saint-Théodore, systèmes qui appartiennent tous deux à une période avancée du style lombard.
Les piliers, hérissés de colonnettes, très-compliqués dans leur contour, furent évidemment conçus pour porter des voûtes d’arête, et leur forme annonce que tous les arcs longitudinaux devaient être à double archivolte, comme celui qui existe encore du côté droit, entre les piliers I et II. Mais, au cours des travaux, l'on simplifia plus ou moins la construction de ces arcs, ainsi que le prouve l’archivolte unique de celui qui subsiste du côté gauche.
Il ne reste aucune trace des voûtes, qui peut-être n'ont jamais été bâties. La couverture moderne à deux pentes peul avoir remplacé une couverture à ressauts, permettant d’éclairer directement la grande nef. Ni la coupe transversale, qui maintenant forme la façade (voy. pl. 73), ni la coupe longitudinale de la partie conservée, ne donnent sur ce sujet d’indications certaines.
Les portes étaient au moins au nombre de six, dont trois sur la façade. Les fenêtres sont petites et étroites, à la façon de meurtrières, avec un double ébrasement plus ouvert à l’extérieur qu’à l’intérieur.
La décoration des absides (voy. pl. 73), composée de minces colonnettes reliées avec une corniche à petites arcatures, ne manque pas d’élégance. Ces arcatures et leurs tympans, exécutés en briques, reposent sur des consoles en pierre. Signalons aussi, sur la face extérieure du chevet, un détail de construction traité avec une assez grande recherche de formes. Les contre-forts, d'une utilité plus que douteuse, adossés au mur de fond, à la naissance del’abside principale, au lieu de se prolonger d’aplomb jusqu’à terre, sont à mi-hauteur environ, portés en encorbellement par de petites