‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 56 sur 112 · SAINTE-JULIE DE BONATE · texte numérisé non relu

SAINTE-JULIE DE BONATE

trompes appuyées sur des colonnettes. A peiné est-il besoin d’avertir que la couverture surhaussée de la grande abside est de construction moderne. Ici, comme dans beaucoup d autres cas, l’on releva cette couverture afin d’éviter qu’elle reposât directement sur la voûte.

Les maçonneries anciennes sont faites de cette pierre grossière, appelée dans le pays ceppo grosso et de cailloux roulés du Brernbo, disposés par assises régulières avec une orientation uniforme. La pierre fut employée aux parties les plus importantes, œuvres basses, absides, piliers, contre-forts, aux bandeaux des arcs et même à leurs tympans, aux encadrements des fenêtres et moulures du couronnement. Les galets apparaissent surtout dans les œuvres hautes, et composent en outre les remplissages intérieurs. On voit, par les dessins de la planche 75, que les assises de pierre sont de hauteur fort inégale. Les cordons ou colonnettes des piliers et des absides se composent de longs blocs, posés en délit, entre lesquels sont intercalées des assises basses de liaison. Malgré l'irrégularité de l’appareil, la construction est très-soignée : le mortier est fort dur et les joints sont encore en excellent état. La démolition a du être pénible, si l’on en juge par les arrachements des contre-forts. Murs et piliers portent sur de larges assises en pierres grossièrement taillées et nivelées.

On rencontre peu de sculptures aussi rudement façonnées que celles de Sainte-Julie de Bonatc. Les fîg. I à V de la pl. 72 représentent les plus intéressants des chapiteaux conservés; l’exécution en est très-grossière. Disposition des ornements, inclinaison des laces, profil et saillies des moulures; tout est plein d’irrégularité. Le chapiteau est en général composé de deux pierres, dont la plus élevée, qui forme le tailloir, mesure en épaisseur le tiers ou le quart delà hauteur totale. Une bande, habituellement ornée de tresses, sculptée sur la hauteur du chapiteau, accompagne le tailloir et compte avec lui pour former un couronnement d’une vigueur parfois exagérée. Le profil de l'astragale est partout rectangulaire.

Dans le type le plus simple, représenté par la fig. 111, la corbeille, toute nue, de forme cubique, est grossièrement échancrée dans les angles pour se lier avec le fût. La fig. I montre une lourde et pauvre imitation du chapiteau corinthien. Quelques réminiscences byzantines apparaissent sur les fîg. IV et V, dans la disposition et le caractère des ornements. Les images d’hommes et d’animaux furent réservées aux deux groupes de chapiteaux placés aux naissances de l’abside principale ; mais la qualité de la sculpture ne répond guère au choix de l’emplacement. Des animaux informes, à longue crinière, affrontés dans les coins et soudés ensemble par le milieu du corps

(voy. fig. Il), que Lupo à pris pour des chevaux, mais que les ongles des pattes font reconnaître pour des lions, dévorent les têtes d’hommes ou de boucs, dont les corps bizarres s’allongent par terre au-dessous d’eux. Entre les encolures des monstres apparaissent encore des têtes, dont l'une, celle qui occupe l’axe du support, compose, avec deux jambes pendantes sous les lions, une créature singulièrement difforme et hideuse.

Sans doute l’aspect sauvage de ces sculptures est pour beaucoup dans la réputation de haute ancienneté qu’on a faite au monument; mais il ne faudrait point attacher trop de valeur, pour la fixation des dates, au plus ou moins d’incorrection des ornements sculptés, surtout lorsqu’il s’agit d’églises bâties à la campagne. Des artisans arriérés ou novices ont pu être chargés du travail, et l’on pourrait citer plusieurs églises, plus importantes que Sainte-Julie, où la grossièreté des sculptures fait contraste avec le mérite relatif des formes architecturales1. Tel est le cas de l’édifice que nous étudions. L’arrangement des supports et la disposition, sinon réalisée, du moins projetée pour les voûtes, le contour très-découpé et l’appareil des piliers, sont autant de caractères qui obligent à fixer à la seconde moitié du onzième siècle ou même au douzième, la construction de Sainte-Julie de Bonate.

1 Par exemple, l’église abbatiale de Payerne dans la Suisse romande.

EGLISE D'AGLIATE

ÉGLISE D’AGLIATE

La construction des églises voûtées à piliers cantonnés de colonnes ne fit point disparaître, il s’en faut de beaucoup, l’usage des édifices plus simples, abrités par des toitures en charpente et pourvus de supports isolés en forme de colonnes ou de piedsdroits. En d’autres termes, le type de la basilique latine se maintint au nord de l’Italie à côté du type nouveau de la basilique lombarde voûtée. Un fait analogue s’était produit en Orient où la basilique latine et la basilique bysantine voûtées vécurent longtemps côte à côte. Le type primitif offrait de grands avantages au point de vue de la facilité d’exécution et de l’économie. Aussi l’usage en a-t-il surtout persisté poulies églises les plus modestes, celles notamment qui furent bâties à la campagne dans les bourgades ou les villages.

Beaucoup de ces édifices sont encore debout, à Baggio, Àgliate, Arsago, Galliano, Sesto-Calende, etc., pour ne citer que des localités comprises entre le Tessin etl’Adda. Habituellement les trois nefs se terminent chacune par une abside. Elles sont séparées l’une de l’autre, tantôt par des colonnes, tantôt par des pilastres ou pieds-droits carrés ou rectangulaires, souvent par des soutiens de différente nature, qui alternent ensemble plus ou moins régulièrement. Presque toujours les colonnes sont de provenance diverse et de grosseur inégale. Elles portent quelquefois des chapiteaux antiques, parfois des bases retournées ou de simples tablettes, et sont pourvues fréquemment d’un sommier indépendant, qui devient nécessaire quand l’épaisseur de la muraille excède la largeur du sommet de l’appui. En général, l’espacement des supports est considérable relativement à leur hauteur. Des fenêtres étroites à double ébrasement, percées dans les murs d’enceinte et les murailles élevées de la grande nef, au-dessus des appentis collatéraux, éclairent directement les nefs sur leur longueur : ces fenêtres font quelquefois défaut dans les murs qui regardent le nord.

Les absides, voûtées en cul-de-four, ont des murailles plus épaisses que celles des

nefs. Elles sont précédées parfois d’un compartiment voûté. Le plus souvent, il existe une crypte, qui s’étend, dans la nef principale, sous la dernière travée et l’abside : deux files de colonnettes la partagent en trois nefs, qui sont couvertes par des voûtes d arête sur plan carré. D’habitude la crypte, à moitié enterrée, à moitié hors de terre, détermine un relèvement considérable de la tribune.

La décoration intérieure est réduite ordinairement aux sculptures des chapiteaux ; quelquefois des peintures ornaient les parois. A l’extérieur, des corniches à petites arcatures couronnent fréquemment les murailles et se lient parfois à des bandes murales régulièrement espacées. Cette décoration n’existe souvent qu’autour des absides, où d’ailleurs les arcatures de la corniche sont en général profondes et plus vastes que dans les autres parties de l’édifice.

Les dispositions précédemment décrites s’observent à l’église d’Agliate, dont la planche 74 donne les dessins d’ensemble et de détail. Cette église servira de spécimen pour la classe nombreuse des monuments analogues. Nous avons fixé sa place dans la série des planches de telle sorte qu’elle précède immédiatement la basilique de Saint- Abondio et d’autres églises comasques, qui appartiennent également, avec des dimensions plus grandes et des formes plus originales, au type de la basilique latine.

L’église d’Agliate est accompagnée, comme plusieurs édifices du même genre, d’un baptistère qui est placé au midi, à dix mètres environ du mur d’enceinte, tandis qu’en d’autres cas, par exemple à Arsago, on le trouve installé devant la façade. Le baptistère d’Agliate offre cette singulière particularité d’avoir pour contour, à partir d’une certaine hauteur, un polygone de neuf côtés assez régulièrement tracé. Dans le bas, deux côtés du polygone, ceux tournés au Levant, sont remplacés par une abside.

Remarquons, dans la basilique, l’ouverture beaucoup plus grande de la dernière arcade de chaque file, ainsi que la notable étendue du sanctuaire, formé des absides et des spacieux compartiments voûtés qui les précèdent. Les murs, construits en matériaux grossiers, sont épais et solides. La décoration extérieure se réduit aux bandes murales et aux arcatures profondes de la grande abside (voy. fig. IV). Notons encore les archivoltes des fenêtres, formées de pierres alternant avec des briques et enveloppées d’un rouleau de briques à plat. Le couronnement du baptistère (fig. V) se compose d’un rang de petites arcatures surmontées d’arcatures profondes : habituellement ces deux sortes d’arcatures se succèdent dans l’ordre inverse quand elles sont associées. Les ienêtres du baptistère sont très-étroites, avec un fort ébrasement. De grandes tuiles plates à la romaine subsistent dans les toitures.

ÉGLISE D'AGLIATE.

Dans l’église, les chapiteaux, surmontés d’un grand tailloir, sont tous, à l’exception du dernier de la file gauche, formés de plateaux plus ou moins ornés de moulures, à la façon de bases retournées. On s’est évidemment contenté de ce qu’on avait sous la main, sans se préoccuper de la décoration. Les deux chapiteaux voisins du chœur (fig. 1), en beau marbre blanc, sont antiques. Le mérite de la sculpture annonce une belle époque de l’art, telle que le premier ou le deuxième siècle, et la nature des emblèmes, dauphins, tridents, coquilles, indique pour provenance quelque temple de Neptune ou d’une autre divinité marine1. Pour juger du talent des artistes employés à la construction de l’église, il faut descendre dans la crypte où d’informes et enfantines sculptures (fig. 11 et 111), ne laissent aucun doute sur leur extrême rusticité.

L’Eglise d’Agliate n’est point datée; et pour un monument d’une forme si peu significative et d’une décoration si rudimentaire, il n’y a guère moyen de suppléer au silence de l’histoire. Des édifices de ce genre peuvent avoir été bâtis au dixième siècle aussi bien qu’au onzième ou au douzième. Toutefois, le relèvement considérable de la tribune et les dispositions larges et robustes du chevet paraissent indiquer une date postérieure à l’an 1000.

1 L un des chapiteaux de l’ancienne crypte de Jouarre reproduit grossièrement ce motif. Le dessin en est donné par Gailhabaud dans le 5" volume de « l’ Architecture du v" aux tu" siècle. »

SAINT-ABONDIO PRÈS COME

L’église de Saint-Abondio est située près de Côme, au pied des collines escarpées qui ceignent la ville à l’ouest. Elle domine le lac et la cité, montrant au loin sa haute abside accompagnée de deux tours. Cette église vient d’être restaurée d’une façon irréprochable; et non-seulement restaurée, mais encore complétée, car elle n’avait jusqu’à ces derniers temps qu’une seule tour, celle du midi, au lieu qu’elle en possède deux aujourd’hui, conformément au projet primitif. C’est à M. l’abbé Balestra qu’est due la belle restauration de Saint-Abondio, commencée en juin 1865 et activement poursuivie dans les années suivantes. Il ne reste plus qu’à dégager un peu l’église du côté du nord et à la décorer de peintures à l’intérieur : ces travaux seront exécutés, sans doute, aussitôt qu’on aura réuni les fonds nécessaires pour subvenir à la dépense.

La restauration de Saint-Abondio était à peine achevée dans ce qu’elle a d’essentiel, qu’une excellente notice faisait connaître au public l’histoire du monument et mettait en lumière, avec toutes les ressources d’une délicate et savante critique, les traits originaux de son architecture. M. le professeur Boito est l’auteur de ce remarquable écrit, qui complète si heureusement pour les archéologues et les artistes l’œuvre de M. l’abbé Balestra. Grâce à lui, notre tâche est rendue facile : elle consistera dans un simple récit et une description sommaire. Le lecteur curieux d’approfondir ne pourra que nous être reconnaissant de l’avoir renvoyé à l’ouvrage de M. Boito1.

Ancienne basilique. — La fondation primitive de l’église remonte loin dans le passé. Dès les premières années du cinquième siècle, et peut-être plus anciennement encore, l’emplacement de l’édifice actuel était occupé par une basilique dédiée aux saints Apôtres Pierre et Paul. Celle-ci avait déjà, vers le temps de saint Abondio, quatrième

• Boito. La chiesa di Saut' Abondio e la basilica di sotlo. Milan, 1808.

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évoque de Corne, succédé à Saint-Carpophore dans la dignité de cathédrale : elle conseiva ce titre jusqu au neuvième siècle ; et, dans l’intervalle, changea son premier nom en celui de Saint-Abondio.

Le plan de cette ancienne basilique, désigné par une teinte gris pâle sur la pl. 75, vient d’être retrouvé sous le sol de l’église actuelle. La différence de niveau des deux pavés est d’environ 0m,55 ; et, comme l’on ne rasa les murs de la basilique qu’autant qu’il fut nécessaire pour les tenir cachés sous le dallage du monument postérieur, le pied de ces murs subsiste encore. On a même retrouvé toutes les ouvertures anciennes, nettement marquées par les interruptions de la maçonnerie. L’église se compose d'une seule nef, de deux bras transversaux très-développés et d’une abside semi-circulaire. Deux salles longues, situées par côté et sans ouverture vers le chevet, étaient affectées, sans doute, aux catéchumènes ou aux pénitents. Quoique la nef fut unique, on y entrait par trois portes frontales, tandis que deux autres portes donnaient accès aux salles latérales. Il y avait ainsi cinq portes sur la façade : un vestibule ou narthex les précédait suivant l’usage.

L’antiquité de la basilique n’est pas douteuse: des pierres portant des inscriptions du cinquième siècle étaient enchâssées dans son pavé. Le plan, si nettement tracé, avec la forme d’une croix dite immissa, offre d’autant plus d’intérêt que pareille disposition est inaccoutumée pour l’époque. En le mettant au jour, M. Balestra a fait une importante découverte. Des bandes en pierre noire, placées par ses soins, marquent aujourd’hui, sur le pavé de Saint-Abondio, les murs de la basilique des saints Pierre et Paul. On peut même, en soulevant des trappes, voiries seuils des anciennes portes, seuils eu marbre ou en granit, usés par le passage répété des fidèles. Bien peu de villes ont gardé des premiers siècles du christianisme des monuments aussi authentiques et plus intéressants.

Anciennes teintures1. — «Les murs de l’ancienne basilique étaient complètement décorés do peintures, dont il reste beaucoup de fragments, visages humains, pieds, mains, vêtements ornés de croix, morceaux d’inscriptions en caractères latins, bandes rouges, vertes, jaunes, violettes, avec de gros points blancs diversement disposés. Les mieux conservées de ces peintures, qui appartiennent à la paroi extérieure de l’abside et aux parements internes des croisillons, représentent des compartiments rectan-

Ce paragraphe el le suivant, consacré à l’ancien pavé, sont textuellement empruntés à la notice de M. Boito, p. 1 i et 15.

gui. ‘lires ou d’autre forme, dont les cadres sont ornés d’imitations de marbres. L’enduit est épais; la peinture est lisse, propre, brillante. D’un style grossier, elle annonce par le ferme contour des tètes, par les draperies et l’ornementation, un pinceau rude et naïf à la fois, en même temps qu’une grande facilité de main. Ainsi les parois de la basilique comasque étaient tapissées, comme celles de la basilique de Nola, de scènes peintes expliquées par des légendes. Les couleurs attiraient le regard, les images des saints et les inscriptions populaires occupaient l’esprit des fidèles durant les longues heures qu’ils passaient à l’église. Mieux qu’un sermon, ces murailles peintes faisaient l’éducation du cœur, élevaient l’intelligence, apprenaient l’Évangile aux ignorants ».

Ancien pavé. — « La majeure partie du pavé de la basilique se composait de dalles portant des inscriptions funéraires, détériorées par le temps et le battement des pieds, il s’en est retrouvé une quarantaine, dont plusieurs sont illisibles ; celles qu’on a pu déchiffrer datent des cinquième et sixième siècles. Plus tard, faute de place, on cessa probablement d’enterrer dans l’église pour ensevelir au dehors. Les salles disposées le long de la nef paraissent avoir été pavées de briques liées par du ciment. Quant au sol du chœur et de l’abside, il était certainement orné d’une mosaïque, car on a retrouvé plusieurs centaines d’hexagones noirs en marbre de Varenna et de triangles blancs en marbre de Musso; il y avait aussi des losanges et des rectangles, mais en plus petit nombre. Cette mosaïque était donc analogue à celles qui existaient dans beaucoup d’autres basiliques chrétiennes, telles que Saint-Vincent, à Galliano, Saint-Fidèle et Saint-Carpophore, à Côme, fouillées aussi par M. l’abbé Balestra, et plusieurs autres églises du territoire comasque ; mais ce qui est moins commun, sont des morceaux de porphyre égyptien, de serpentine, de paonazetto, et d’une pierre appelée majolique dans le pays, taillés en forme d’éventails, demi-lunes et autres figures diverses, au milieu desquels se rencontre parfois un cœur gravé en creux et rempli de stuc rouge. 11 est bien regrettable que ces pièces se soient trouvées éparses et qu’il ne soit pas possible de rétablir le riche et élégant ornement qu’elles composaient ensemble. »

Anciennes sculptures. — Après ces renseignements sur la peinture des murailles et la structure du pavé, renseignements que nous avons reproduits tout au long parce qu’on a peu d’occasions d’en avoir de semblables, il ne reste plus à parler, touchant la basilique des saints Pierre et Paul, que des sculptures mises au jour par les fouilles. Ces sculptures sont rangées provisoirement derrière le chevet de l’église. Plusieurs datent

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(le 1 époque romaine, entre autres deux morceaux d’une frise en marbre, qui étaient employés, comme matériaux de construction, aux angles du croisillon méridional. On y voit, sculptés en bas-relief, un homme combattant un lion, un autre homme saisissant par les cornes une espèce de chamois, un lutteur et un cavalier. D’autres morceaux de la même frise existent à Côme. Ces ouvrages appartiennent encore à la belle époque de l’art romain, et l’on a quelque droit de supposer qu’ils proviennent du portique érigé par l’illustre comasque Calpurnius Fabatus, dont le fds fut beau-père de Pline.

Mais la majeure partie des sculptures porte le cachet de l’art bvsantin. On remarque surtout beaucoup de dalles (pl. 79, fig. I à IV) et de montants, plus étroits et plus épais que les dalles, pourvus de rainures pour recevoir celles-ci (fig. V à Vil). Une vingtaine de pièces semblables sont conservées chez un particulier, et d’autres, dispersées çà et là, furent employées à divers usages, notamment à la construction de l’église actuelle. Ce sont évidemment les débris d’fin parapet, et la supposition la plus naturelle est d’y voir les débris de la clôture du chœur. Mais cc chœur, dont on a retrouvé les fondations au milieu de la nef, en avant du premier autel, n’offrait pas assez d’étendue, à beaucoup près, pour que toutes les dalles aient pu trouver place sur son périmètre. Une partie d’entre elles au moins devait avoir quelque autre emploi, comme peut-être celui de former parapet le long de galeries hautes qui auraient surmonté les salles des Caté chumènes. Cette explication, donnée sous toute réserve, par M. Boito, reste d’ailleurs fort douteuse, car les traces d’escalier montant, qu’on a cru reconnaître dans l’une des salles d’en bas, sont trop incertaines pour ne pas laisser en question l’existence d’un étage supérieur. La fig. VIII montre la section d’un montant d’angle. La fig. IX donne le dessin d’un devant d’autel portant une inscription sur la tranche supérieure. Les fig. X à XIII représentent un morceau d’archivolte, un bandeau, le chapiteau et la base d’une colonnette, enfin le chapiteau et la base d’un petit pilier engagé.

Ces derniers fragments pourraient bien provenir d’un édicule qui exista dans l’église actuelle jusqu’à la fin du seizième siècle. Suivant le témoignage de l’évêque Klnguarda1, l’édicule en question abritait l’autel dédié à saint Benoît (marqué 1 sur le plan). C’était une sorte de loge surmontée d’une plate-forme qu’entouraient des marbres sculptés. Il s’y trouvait un emplacement, sans doute un pupitre en marbre, dis-

1 Descrizione délia chiesa antichissima di S. Abondio e sua riforma fatta dall' illustrissimo e reverendissimo signor Cardinale di Como , il signor Tolomeo Gallio, ciltadino comasco, écrite de la main de l'évêque Félicien Ninguarda en l’année 1590. Celle description, faite avec beaucoup d’ordre et de clarté, donne des renseignements très-importants sur l’état ancien de l’église.

posé tout exprès pour chanter l’Évangile selon la coutume antique. Tels sont les renseignements, assez précis comme l’on voit, que donne l’évêque Ninguarda sur cette espèce de jubé ou d’ambon qui servait aussi de ciborium pour le principal autel. Les dernières fouilles ont mis au jour ses fondations; l’on accédait à la plate-forme par un escalier situé par derrière, du côté de l’abside. La restitution del’ambon, que nous avons essayée sur la coupe transversale de la pl. 76, a été faite avec l’aide de ces diverses sources d’information, fournies, les unes par les documents écrits, les autres par les débris certains ou probables du monument.

11 n’est guère possible de savoir si cet ambon existait déjà dans l’ancienne basilique, ou s’il fut bâti dans l'église actuelle avec des matériaux provenant en général du monument primitif. Quant à ces nombreuses pièces de marbre sculptées, dalles et montants, qui formaient clôture dans l’ancienne église, il parait difficile, vu le caractère des ornements, d’en faire remonter l’exécution jusqu’à l’origine de la basilique. Elles dateraient plutôt du sixième, septième ou huitième siècle, et se rapporteraient alors à des travaux d’embellissement qu’on aurait faits dans l’édifice pendant le temps qu’il servit de cathédrale.

Église de Saint-Abondio. — • Par une exception aussi rare que heureuse, on connaît bien l’origine de l’église actuelle. On sait, en effet, d’une part, que l’évêque de Côme, Albéric, institua, en 1013, un monastère de bénédictins à Saint-Abondio, et d’autre part que le pape Urbain II consacra solennellement, en 1095, l’église de Saint-Abondio. La cérémonie dura deux jours : le premier jour eut lieu la consécration de l'église, cl le second jour celle des autels, au nombre de quatre, dédiés aux saints Adalber.t, Rubianus, Eupilius et Eusèbe. Comme le monument, tel qu’il existe, est construit d’une seule pièce, force est d’admettre qu’il fut complètement bâti pendant le cours du onzième siècle. Ici, comme dans beaucoup d’autres cas, à Saint-Ambroise et Saint-Cclse de Milan, par exemple, ainsi qu’à Saint-Pierre in ciel d'oro , de Pavie, l’installation des moines fut le signal de la reconstruction de l’église. Et nous verrons plus loin que l’influence bénédictine apparaît très-nettement dans la structure de Saint-Abondio ; elle y est môme beaucoup mieux marquée que dans aucune autre église de Lombardie. M. Boito a bien mis ce fait en lumière.

Description de l’église. — (Voy. pl. 75). Les nefs sont au nombre de cinq, séparées les unes des autres par quatre files de supports. Tandis que la grande nef se prolonge

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par un chœur très-développé, les bas-côtés se terminent par de petites absides qui, logées dans l’épaisseur du mur de fond, n’apparaissent point au dehors. Deux voûtes d’arête sur plan carré couvrent le chœur jusqu’à son abside : d’autres voûtes d’arête surmontent les compartiments rectangulaires qui précèdent les petites absides. L’ensemble de ces parties voûtées, constituant le chevet de l’édifice, est séparé des nefs proprement dites par quatre gros piliers à redans, rangés sur une même ligne transversale. Les nefs mesurent 27"', 15 de longueur sur 25“, 86 de largeur totale : le chœur a 19”, 75 de longueur et 7“,16 de largeur.

Une porte unique, très-spacieuse, est ouverte sur la façade, dans l’axe de l’édifice. Une autre porte existe au midi : du côté du nord, il n’y avait que des ouvertures secondaires destinées sans doute à l’usage du clergé : on en comptait deux sur la longueur des nefs, et une ou deux le long du chœur.

Outre l’autel, marqué I, et voué à Saint-Benoit qui, placé à l’entrée du chœur, servait aux offices publics, il existait, dans le chœur même, deux autels désignés sur le plan par les chiffres II et III. Le premier, dédié à Saint-Abondio, était l’autel des reliques. 11 occupait la place de l’autel primitif, appartenant à l’ancienne basilique, sous lequel étaient déposées les reliques des Saints. C’est là que furent trouvées par le cardinal Tolomeo Gallio, à la fin du seizième siècle, les tombes de Saint-Abondio et des deux saints évêques Consul et Esupérantius. Le dernier autel, situé au fond de l’abside et dédié aux saints Apôtres Pierre et Paul, servait aux offices ordinaires des moines.

Tiugüne a l'entrée de la grande nef. — Les nefs sont couvertes en charpente, sauf la première travée de la grande nef qui présente, sur sa hauteur, deux étages de voûtes d’arête (Voy. le fragment de coupe longitudinale sur la pl. 76).. La voûte supérieure est logée immédiatement sous le toit: la voûte basse supporte une plate-forme ou tribune située à mi-hauteur environ entre le pavé et le comble. On accède à cette tribune par un escalier étroit, raide et sombre, pratiqué dans l’épaisseur du mur de façade, et dont l’origine se trouve à l’angle nord-ouest de l’édifice. Un passage aérien, désigné sur le plan par la lettre K, permettait aux moines de rejoindre l’escalier sans mettre le pied dans l’église : ou voit en partie, sur le fragment de coupe longitudinale, la petite porte, élevée à 2”, 40 au-dessus du sol, qui conduisait à ce passage.

Sur la tribune était un autel dédié aux Saints Rubianus et Adalbert, dont les reliques paraissent avoir été l’objet d’une grande vénération, car, avec le temps, la

A R C 1 1 1 T E C T U R E 1, 0 M B A R 1) lî

plate-forme de cette tribune ainsi que l’escalier d’accès, logé dans le mur de façade, devinrent insuffisants. On construisit alors deux larges escaliers disposés dans les collatéraux, parallèlement à l’axe de l’édifice, et aboutissant à la plate-forme par des ouvertures latérales. En même temps, l’on exhaussait d’un étage le porche, à présenl détruit, qui précédait l’église; si bien que la tribune avec son autel devenait le chœur d’une église aérienne, dont les nefs étaient formées par l’étage supérieur du porche. La communication s’établissait à travers le mur de façade au moyen de la haie qu’on voit au-dessus de la maîtresse-porte (Voy. pl. 70 et 77).

Toutes ces dispositions sont décrites avec beaucoup de clarté par l’évêque Ninguarda, qui relate à la suite les restaurations et embellissements faits dans l’église par le cardinal Gallio à partir de 1580. Pour donner plus de jour aux nefs et les désobstruer, ce bienfaiteur trop zélé jeta par terre porche, tribune, escaliers; puis il perça la façade d’une grande ouverture circulaire, suivant la coutume de l’époque. Tel était l’état de l’église quand nous la vîmes pour la première fois en 1801. Mais T œuvre destructrice du cardinal Gallio vient d’être effacée, du moins en partie. La tribune est maintenant rétablie dans sa forme primitive, qu’on a pu retrouver avec certitude. L’on y accède, comme dans les premiers temps, par le seul escalier du mur de façade. Quant au porche, il en restait trop peu de chose pour qu’il fût possible de le reconstruire sans laisser beaucoup de part à l’arbitraire. D’ailleurs, ainsi que nous verrons plus loin, cette portion de l’édifice fut bâtie après coup, et à deux reprises, en sorte qu'il n’y avait pas lieu de la remettre sur pied si l’on voulait revenir strictement aux dispositions primitives.

Piliers. Couverture. — Reprenons la description des nefs interrompue par cette longue digression sur la tribune. Les deux gros piliers voisins de la maîtresse-porte sont cantonnés de redans et de demi-colonnes motivés par les nervures de la voûte d’arêle qui soutient cette tribune. Tous les autres supports sont de simples colonnes; les unes, massives et bâties en. petits moellons, disposées, au nombre de huit, de part et d’autre de la grande nef; les autres, sveltes et d’un seul bloc, séparant les petites nefs jumelles qui accompagnent, à droite et à gauche, le vaisseau central. Des arcs plein-cintre réunissent entre elles, dans le sens de la longueur de l’église, les colonnes de chaque file et portent les murailles auxquelles s’appuient les toitures.

Chaque nef a son toit particulier, à double pente sur la grande nef, en appentis sur les bas-côtés; et ces toitures sont échelonnés en gradins de telle sorte que, entre is

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laite de 1 une et l’égoût de la suivante, paraisse à l’extérieur une portion de muraille ajourée par des fenêtres (Voy. pl. 70 et 78). Chacune des nefs est ainsi directement éclairée sur sa longueur. Les charpentes en appentis des collatéraux furent sans doute laissées apparentes, tandis qu’un plancher masquait le comble de la grande nef. Mais le cardinal Gallio changea cette disposition. Il lit couvrir les cinq nefs de voûtes en brique qui obstruèrent toutes les fenêtres, excepté celles des murs d’enceinte. Malgré leur légèreté, ces voûtes auraient pu compromettre la solidité d’un édifice qui n’était pas fait pour les porter. Fort heureusement, la récente restauration vient de les faire disparaître.

Façade. — La silhouette de la façade reproduit exactement le profil transversal de l’édifice. Ce fait mérite d’être remarqué, car on ne l’observe, aux environs de Milan, Saint-Carpophore, près Côme, excepté, dans aucune autre église lombarde de quelque importance. La règle suivie dans cette région était de monter la façade sur toute sa largeur, jusqu’à deux rampants ininterrompus. Ainsi disposé, le mur de front masque l’édifice, au lieu d’en exprimer la forme. 11 faut aller à Modène et à Vérone pour voir des façades à pente brisée, dont le contour soit modelé sur le profil de l’édilice. Signalons encore les colonnettes engagées qui ornent le pignon central dans sa partie haute. D’autres colonnettes sont disposées le long des parements extérieurs du chevet ; mais celles-ci partent du socle de l’édifice, selon l’usage habituel.

Clochers. — Le toit de la grande nef se poursuit, au-dessus du chœur, jusqu’à l'abside terminale. De part et d’autre s’élèvent les clochers, assis à l’entrée du chœur sur de robustes appuis. On monte à chacun d’eux par un escalier à vis qui prend son départ au fond d un passage coudé contenu dans l’épaisseur des maçonneries. L’intime union des clochers avec les autres parties de l’édifice, et leur position à l’entrée du chœur, sont aussi, plus encore que l’ordonnance de la façade, des particularités remarquables chez un monument de style lombard. Toutefois, la province de Côme possède plusieurs églises où l’on s’est affranchi du fâcheux usage de n’établir aucun lien entre le corps de l’édifice et le campanile. Saint-Jacques, dans la ville de Côme, et Sainte-Marie del Tiglio, près de Gravedona, nous en offriront des exemples, La hauteur totale des clochers, mesurée depuis le sol de l’église, est d’environ trente-cinq mètres. Les murailles montent verticalement, lisses, nues et privées d’ouvertures, au moins sur trois côtés, jusqu’aux deux étages percés de baies qui, non sans élégance, couron-

nent chacune des tours. Il y a surhaussement des collatéraux extrêmes au droit des clochers. Ces relèvements forment deux petites chambres où aboutissent les escaliers venant du bas et d’où partent ceux qui mènent au sommet des campaniles.

Porche. — Du porche à double étage qui précédait l’église, il ne subsiste que les fondations, marquées sur le plan par des traits interrompus, et quelques amorces de piliers et de voûtes restées apparentes sur la façade. Mais ces vestiges et la description de l’évêque Ninguarda suffisent à la rigueur pour donner l’idée de ce qu’était l’édifice. Le rez-de-chaussée, surmonté de voûtes, etlargement ouvert, devait avoir trois arcades sur le front occidental, et trois autres sur chacune des faces latérales, offrant ainsi trois nefs et trois travées. L’étage supérieur devait aussi se diviser en trois nefs; mais il manquait de voûtes : une toiture à deux pentes l’abritait tout entier.

Les deux étages furent bâtis à des époques différentes : le rez-de-chaussée forma d’abord un édifice complet, qu’on n’avait point l’intention d’exhausser lorsqu’on le construisit. En effet, s’il eût été projeté avec deux étages, ne semble-t-il pas, suivant la remarque de M. Boito, qu’on eût pris le parti d’établir tout de suite, entre ces deux étages, une communication directe, plutôt que d’installer dans les collatéraux, ainsi qu’on l’a fait, des escaliers qui encombrèrent l’église. Le monument offre d’ailleurs à ce sujet un témoignage positif. Tandis que le rez-de-chaussée du porche était construit, comme l’église tout entière, avec des moellons en calcaire noirâtre de Moltrasio, les débris authentiques de l’étage supérieur, impostes d’arcs encastrés dans la façade et marches des grands escaliers d’accès, sont en pierre d’une autre espèce.

Les quatre colonnes engagées, provenant du porche, qu’on voit au pied de la façade, n’ont point de liaison avec les maçonneries qu’elles couvrent ; elles furent appliquées après coup, d’où résulte que le porche tout entier est postérieur à l’église ; et, connue d’autre part, un personnage de turbulente mémoire, Simon de Locarno, mort en 1285, y avait son tombeau, l’on est assuré que l’étage inférieur fut construit entre le milieu du douzième siècle et la dernière moitié du treizième. Effectivement, le style des chapiteaux conservés sur la façade se rapporte bien aux environs de l’an 1200.

Quant à l’étage supérieur, il semble, d’après certaines particularités observées sur le monument, qu’on ne l’ait bâti que longtemps plus tard vers la fin du quatorzième siècle.

Les renseignements qui précèdent nous ont guidé pour tracer à traits interrompus, sur les pl. 70 et 78, un essai de restauration du porche. Les fenêtres de l’étage y ont reçu la forme ogivale à cause de la date probable de cette partie de l’édifice.

SAINT-ABONDIO PRÈS COME

appareil. Les maçonneries, remarquablement homogènes, se composent presque entièrement de moellons d’un faible échantillon, qui, sur les parements, sont posés par assises assez mal nivelées, de 0m,07 à 0”,25 de hauteur. Ce sont des pierres calcaires, à cassure esquilieuse, dont le ton noirâtre devient gris cendré par l’effet du temps: elles proviennent des carrières de Moltrasio. Les grosses colonnes des nefs sont aussi construites dans ce système, ainsi que la majeure partie des colonnettes engagées. Le marbre, le granit et le grès ne paraissent employés qu’à titre de matériaux d’occasion, trouvés sur place ou dans le voisinage parmi les ruines d’édifices antérieurs. Quelquesuns de ces blocs trahissent leur origine plus ancienne par des sculptures ou des inscriptions restées apparentes. On réserva surtout le marbre pour la corniche de l’abside, l’encadrement de la maîtresse porte et celui des fenêtres du chœur. Les grandes pierres qu’on voit au dehors, disséminées dans les parties basses des murailles, sont des dalles de granit posées sur champ en manière de revêtement. Signalons enfin l’emploi de la brique dans les tympans et les cintres des petites arcatures appartenant à la corniche de la grande nef.

Décoration. — La décoration de Saint-Abondio consistait en sculptures, peintures et même, parait-il, en vitraux de couleur. Ces derniers ont laissé des débris au pied de quelques-unes des fenêtres du chœur, murées sans doute à la fin du seizième siècle. Les verres étaient de faible dimension, bleus et blancs, taillés en forme de triangle. Sans prétendre assigner une date à de pareils vitraux, on peut les tenir pour très-anciens. Ils ont servi de modèle pour les verrières nouvellement placées.

L’intérieur de l'église avec ses murailles et ses principales colonnes parementées en petits moellons, ne pouvait guère se passer, sinon de peintures, au moins d’un enduit. Il existait, en effet, des peintures, dont plusieurs fragments viennent de reparaître au jour. Des imitations de claveaux bordaient les arcs et les ébrasements des fenêtres; une large frise courait sous le plafond, tout en haut de la grande nef. Cette décoration, qui pouvait se compléter par d’autres ornements, est indiquée sur le fragment de coupe longitudinale (pi. 76). Les fresques de l’abside sont du milieu du quinzième siècle *.

La planche 80 montre les principaux détails de la décoration sculptée, intérieure et extérieure ; cette dernière est beaucoup plus simple dans les nefs que au chœur et

1 Je dois ce dernier renseignement à M. le chanoine Barelli, qui a bien voulu me faire part des recherches qu’il avait faites sur ce sujet.

surtout à l’abside. La comparaison des corniches à petites arcatures fait bien ressortir cette différence, qui d’ailleurs est fréquente, pour ne pas dire habituelle, chez les églises lombardes. La corniche 1 couronne le mur d’enceinte, le long des bas-côtés. La corniche II, où les cintres et les tympans des arcatures sont en briques, surmonte les murs de la grande nef ; toutes deux sont extrêmement simples, au lieu que la corniche de l’abside (fig. III), sculptée dans le marbre, se fait remarquer par la recherche des formes et le fini de l’exécution. Chaque arcature, encadrée par une double archivolte, est taillée dans un même bloc avec son cintre et ses demi-tympans. Cette disposition ne s’observe guère que chez les ouvrages d’un style avancé, et l’on peut appliquer la même remarque à la tresse qui sépare les deux rangées de dents de scie. Aussi admettrons-nous volontiers que l’ensemble de ce bel ouvrage fût exécuté vers la fin des travaux.

La figure IV représente l’une des fenêtres de l’abside. Le large et riche bandeau de l’archivolte descend le long des montants, jusqu’à leur pied. On y voit une guirlande de vigne avec des oiseaux becquetant les grappes ; ailleurs sont des ornements aux formes géométriques ou des animaux entrelacés avec des feuillages. Ces sculptures, d’un aspect très-décoratif, furent exécutées de la façon la plus élémentaire; on se contenta presque d’une mise au point. Après avoir tracé le contour des ornements sur la paroi bien dressée du claveau ou du jambage, on refouilla la pierre dans tous les vides du dessin ; puis, sur les saillies méplates laissées telles quelles, sans retaille d’aucune sorte, on grava par de simples traits les détails des objets. Dans cet état, les contours étaient vifs, et la sculpture se voyait bien à distance, sans que les fonds eussent beaucoup de creux. Ce procédé avait aussi l’avantage d’être expéditif ; toutefois il ne le fut point assez, car l’on mit en place quelques pierres dont la sculpture est seulement ébauchée.

L’aspect des fenêtres du second étage, où les jambages seuls sont ornementés sur une partie de leur hauteur, pourrait donner à croire que les sculptures en question proviennent de quelque édifice antérieur, ce qui s’accorderait assez bien avec leur mode d’exécution; mais la décoration très-complète et bien ordonnée en général des fenêtres basses, vient à l’encontre d’une telle supposition. Aussi paraît-il probable que, après avoir eu l’intention d’encadrer de sculptures toutes les baies du chœur, l’on abandonna ce projet pour un motif quelconque, en se bornant à faire usage des pierres déjà préparées.

Les mêmes fenêtres sont décorées, dans toutes les parties où la sculpture fait défaut,

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par des alternances de tons résultant de l’association de pierres foncées, marbre noir ou schiste, avec des pierres claires, marbre blanc ou grès. La distribution de ces matériaux est d’ailleurs fort irrégulière. Il semble qu’on ait aussi cherché à produire le même effet avec les simples moellons qui encadrent les fenêtres des nefs (voy.pl. 78). l'ius tard, ce système de décoration fut largement pratiqué dans la province de Corne, où l’ abondance et la variété des matériaux de construction rendait son usage facile. Les absides de Saint-Fidèle et de Saint-Carpophore, et surtout la jolie église de Sainte-Marie del Tiglio, près Gravedona, nous en fourniront d’intéressants exemples; mais Saint- Abondio nous montre ses débuts.

La décoration des chapiteaux est relativement très-simple, surtout chez les grosses colonnes où la forme cubique fut uniformément employée (voy. iîg. V) ; elle y est traitée du reste avec peu de bonheur. Eulre un tailloir trop mince et une astragale trop épaisse, le corps du chapiteau, malgré sa forme pesante, paraît maigre, faute de surplomber le fût. La base, au contraire, énorme en hauteur et en surface, offre un développement exagéré. Les fig. VI et VII montrent deux chapiteaux appartenant aux colonnes des bas-côtés. La figure Vill représente le chapiteau d’une des quatre demi-colonnes, faisant partie du porche, qui sont encore appliquées contre le front de 1 église, La face antérieure à doux écussons, du type qu’on pourrait appeler tétracubique, reproduit une disposition fréquente sur les bords du Rhin, mais très-rare en Lombardie ; elle n’existe à notre connaissance que chez les monuments de la période finale du style lombard1, parmi lesquels doit se ranger, comme nous l’avons vu, l’étage inférieur du porche.

Caractères particuliers de l’architecture. — La nef appartient au type d’église le plus ancien : basilique à colonnes avec toiture en charpente, qui, pendant toute la période lombarde, resta d’un usage fréquent au nord de 1 Italie. Habituellement, dans les constructions de ce genre, la colonne reçoit à peu près les proportions qu’on lui donnait à l’époque romaine. Qu’elle provienne de quelque édifice antique ou qu’on l’ait taillée exprès, c’est un support de forme élancée, dont le fût, presque toujours monolithe, s’amincit de la base au sommet. Telles sont, dans l’église même de Saint-Abondio, les

1 Nous en avons remarqué un autre exemple dans la petite église* de Saint-Georges, près d Almenno, dont Fr . Üsten a publié les dessins, sans y comprendre cependant le chapiteau en question. Ce chapiteau, beaucoup plus élégant que celui de Saint-Abondio, surmonte une colonne engagée dans le mur de façade, à 1 intérieur de 1 église et à droite de la porte d’entrée.

colonnes des deux files latérales. Mais les grosses colonnes des files centrales, très-massives, cylindriques, bâties en petits matériaux, offrent un aspect et une structure tout autres. 11 ne faudrait pas les considérer cependant comme des piliers circulaires, pareils à ceux qu’on observe dans quelques monuments bâtis après le milieu du douzième siècle, et qui, maigrement couronnés d’un simple bandeau, appuyés sur une base trop mince, ne sont en définitive qu’une forme tout à fait simplifiée du pilier cantonné de nervures.

A Saint-Abondio, les dimensions des chapiteaux et des bases en font foi , nous avons affaire à de vraies colonnes. Il les fallait hautes à cause de l’élévation de la grande nef, dont le toit surmonte deux étages d’appentis, il les fallait grosses, en même temps, pour garantir la stabilité des murs qu’elles soutiennent; d’autant plus que ceux-ci, par le fait qu’il y a cinq nefs, ne sont pas, comme à l’ordinaire, directement liés par les charpentes du comble aux solides murailles de l’enceinte. Faire d’un seul morceau les fûts de pareilles colonnes eût été difficile, dispendieux, et sans doute au-dessus des ressources de l’époque. On adopta le parti très-simple de les bâtir en moellons. Ce fui peut-être une innovation, car il n’existe, à notre connaissance, de colonnes semblables dans aucune des constructions lombardes plus anciennes que Saint-Abondio. En tout cas, l’exemple donné par cette église paraît avoir eu de l’influence sur quelques monuments des alentours, témoins les églises de Saint-Jacques, à Corne, et de Saint-Jean-Baptiste, à Vertemate, où de grosses colonnes, bâties en moellons, séparent aussi la nef des bas-côtés.

Les chapiteaux cubiques et les énormes bases de Saint-Abondio méritent encore, à d’autres égards, de fixer l’attention. Nous trouvons ici le chapiteau cubique dans un monument d’une date certaine. Et nulle part ailleurs, en Lombardie, ce chapiteau n’apparaît, à ce que nous croyons, dans une église dont la construction ou la restauration puisse être sûrement reportée plus haut que le onzième siècle. C’est donc une question, selon nous, encore douteuse, que de savoir s’il est originaire de la Haute Italie, où son rôle fut secondaire, plutôt que des bords du Rhin, où l’architecture romane en a fait si grand usage1. Quant aux bases, elles s’éloignent beaucoup par leur énormité des proportions suivies dans les autres églises lombardes ; pour en trouver d’analogues, il faut aller jusqu’aux bords du Rhin, où celles de l’église de Rosheim les surpassent encore en amplitude. Hâtons-nous d'ajouter, pour ne pas donner à ce rap-

1 M. Vitet semble avoir admis que le chapiteau cubique est originaire de la Haute-Italie. — Vitet. Études sur l'histoire de l'art. Paris, 1864, 1er vol. p. 561 .

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prochement plus de portée qu’il ne mérite, que l’église de Rosheim date seulement du milieu du douzième siècle, et que les bases des colonnes y sont pourvues de griffes colossales, alors que cet ornement fait défaut à Saint-Abondio.

Le développement très-considérable du chœur, développement qui, poussé jusqu’à ce point, ne s’observe guère en Lombardie, même dans les églises conventuelles, semble indiquer une influence étrangère, qui serait ici plutôt bourguignonne qu’allemande.

Les clochers, liés au corps de l’église, donnent lieu à une remarque analogue. M. Roito fait observer très-justement qu’ils sont disposés pour être le mieux possible à la portée des moines, dans la même situation qu’occupaient, à l’église abbatiale de Saint -Germain-des-Prés, à Paris, les deux clochers jumeaux démolis au commencement de ce siècle.

La façade, nous l’avons déjà dit, s’éloigne du type adopté dans les églises lombardes du Milanais. Mais ici, l’intervention d’une influence extérieure ne paraît point nécessaire pour expliquer la dérogation aux pratiques du pays, car l’usage de donner à la façade le contour du profil transversal des nefs fut suivi, à l’époque lombarde, dans plusieurs contrées de l'Italie.

La tribune, portée par une voûte qui couvre, à l’entrée de la nef principale, toute l’étendue de la première travée, offre l’exemple d’une disposition très-usitée, depuis la Renaissance, pour installer les orgues ; mais qui, fort rare à l’époque dont il s’agit, avait certainement pour objet l’établissement d’un autel au-dessus de la maîtresse porte. Iles autels pareillement situés se trouvaient dans l’église de Saint-Vincent près Gravedona , et dans le baptistère d’une autre église de Saint-Vincent, qui existe à Galliano, près Cantù, baptistère dont nous donnerons plus loin la desription avec dessins intercalés dans le texte. Ces monuments appartiennent tous deux au diocèse de Côme.

Le porche, construction faite après coup, et dont les deux étages furent bâtis successivement, à long intervalle, est, de toutes les parties de l’église, celle qui annonce le plus clairement l’action d’une influence étrangère. C’est un grand porche clunisien

» J’ai trouvé ce renseignement dans la « Rivista archcoloyica délia provincia di Como » (fasc. 5, p. 3), où M. le chanoine Barelli, Inspecteur des fouilles et monuments de la province de Côme, publie une suite de notices trèsintéressantes sur les anciens monuments de sa province. Cette excellente source d’informations m’a été fort utile. — Je dois aussi remercier ici la Commission archéologique de Côme, qui non-seulement m’a fait l’honneur de m’inscrire parmi ses membres, mais de plus veut bien m’envoyer très-gracieusement un exemplaire de sa revue bi- annuelle.

qui, par la disposition de l’étage supérieur, se rattache, comme le fait observer M. Boito, plus au type de Tournus qu’à celui de Yézelai, la Charité-sur-Loire et Cluny1. Et précisément, le type de Tournus, plus ancien que l’autre, se retrouve à l’église abbatiale de Romainmotier, dans la Suisse romande2. À Romainmotier, comme à Tournus, comme aussi, du reste, à Cluny, un autel existait à l’étage supérieur du porche, au-dessus de la principale porte de communication entre le vestibule et l’église. Mais, dans les édifices précités, l’autel en question, placé au-devant du mur qui séparait le porche d’avec le vaisseau des nefs, était extérieur à l’église, tandis que, à Saint-Abondio, il se trouvait à l’intérieur, sur la tribune de la première travée.

Une différence essentielle sépare cependant le porche de Saint-Abondio des constructions analogues auxquelles nous venons de le comparer. Ces dernières, enveloppées de murs sur toutes les faces, ne sont ouvertes au dehors que par des portes frontales. Au contraire, le porche de Saint-Abondio, si l’on en juge par le peu qui subsiste, avait son enceinte évidée par une suite d’arcades. Il appartenait donc à la catégorie des porches complètement ouverts, dont les églises françaises de Chatel-Montagne, Paray-le-Monial et Saint-Renoit-sur-Loire montrent diverses formes3. La ressemblance était surtout grande avec le porche de Saint-Benoit-sur-Loire*, à ce point que les rezde-chaussée des deux monuments présentaient exactement la même disposition. Une seule porte de communication avec l’église; trois arcades par devant, trois autres sur chaque face latérale, et par suite trois nefs à trois travées, dont les neuf compartiments étaient couverts par des voûtes d’arête; tels sont les traits communs qui conduisent à rattacher, en définitive, le porche de Saint-Abondio au type dont le vestibule grandiose de Saint-Benoit-sur-Loire offre l’exemple le mieux conservé et peut-être le plus ancien “•

Il existait sans doute, en Lombardie, des porches du haut moyen-âge plus anciens que celui de Saint-Abondio. Sans parler des vestibules extérieurs de Saint-Ambroise de

! Voir pour ces porches : Viollet le Duc. Dictionnaire raisonne de V architecture du moyen-tige, a 1 art. Porche .

2 Blavignac. Histoire de V architecture sacrée, du iv° au v siècle, dans les anciens évêchés de Genève, Lausanne et Sion. Paris, 1853, p. 77 et suiv. Eu citant cet intéressant et consciencieux ouvrage, je dois dire que, en général, je ne saurais accepter les dates proposées par M. Blavignac pour les monuments de la Suisse romande.

5 Voir pour ces porches : Viollet le Duc, Dictionnaire d’architecture, à l'art . Porche.

4 Outre Viollet le Duc, consulter, pour le porche de Saint-Benoit-sur-Loire: Gailhabaud, L architecture du' v” au xvn" siècle, tome I, et Bocher (l'abbé). Histoire de l’abbaye royale de Saint-Benoit-sur-Loire, Orléans, 1865.

5 Selon II. l’abbé Rocher, le porche de Saint-Benoit-sur-Loire daterait de la première moitié du onzième siècle.

SAINT-ABONDIO PRÈS COME

Milan, des cathédrales de Novarre et de Casale1 et de Saint-Jacques à Côme, qui sonl tout autrement disposés, nous avons à citer le porche bien conservé de Saint-Donat à Sesto-Calende et, dans la seule ville de Pavie, les porches détruits de Saint-Jean in borrjo, de la double cathédrale et de Saint-Pierre in ciel d’oro. Les trois derniers, dont on ne connaît ni la profondeur, ni le nombre de travées, ont laissé, sur les façades auxquelles ils s’appliquaient, les mêmes amorces d’arcs et de voûtes que l’on observe à Saint-Abondio. Quant à celui de Sesto-Calende, que nous étudierons plus loin (voy. les dessins sur la pl. 01), il ressemble beaucoup au porche de notre église.

L’un ou l’autre de ces porches aurait-il, plutôt qu’un ouvrage étranger, servi de modèle pour le vestibule extérieur de Saint-Abondio. Cela n’est guère vra isemblable, car le porche de Saint-Donat, à Sesto-Calende, le seul d’entre eux qui soit debout, appartenait à un couvent de Bénédictins, et la même observation s’applique au porche de Saint-Pierre in ciel d’oro, qui a laissé des traces analogues à celles du porche de Saint-Abondio. Ainsi, en Italie comme en France, les églises monacales se font particulièrement remarquer par la présence de porches spacieux en avant de leurs façades ; d’où résulte que l’initiative de ces constructions doit sans doute revenir aux Bénédictins, et spécialement aux moines de Cluny, qui tenaient alors la tête de l’ordre el exerçaient au loin, le fait est positif pour le nord de l’Italie, leur action puissante et féconde. Le porche de Saint-Abondio peut donc être considéré comme un témoignage de l’influence architecturale exercée, à partir du onzième siècle, par les Bénédictins de la Bourgogne.

Nous venons de signaler un assez grand nombre de particularités, plus ou moins importantes et décisives, dont l’une ou l’autre, prise isolément, pourrait n’avoir qu’une portée contestable, mais dont l’ensemble annonce clairement, dans l’église de Saint-Abondio, l 'intervention d’influences étrangères. Ces influences furent surtout monacales et bourguignonnes. Les autres églises de Côme donneront lieu presque toutes à des remarques analogues, remarques très-intéressantes pour l’histoire de l’Architecture lombarde, et qui pourront peut-être apporter quelques éclaircissements sur le rôle probable de ces magistri comacini, expressément désignés dans les lois longobardes et, de nos jours, parfois considérés comme rénovateurs de l’art au nord de l’Italie.

' Consulter, pour les porches de ces deux cathédrales : Fr. Osten. Die Bauwerke in der Lombardei von dem lm'bis znrti 14rae Jahrhundert. Darmstadt. Le porche de la cathédrale de Novarre a été publié aussi par M. le comte Mella, qui a rendu d’éminents services aux artistes et archéologues en conservant les dessins d’édifices maintenant détruits et faisant connaître ceux de nombreux monuments, peu ou mal connus, situés dans le Piémont et la Lombardie.

SAINT- CARPOPHORE PRÈS COME

Entre Côme et Camerlata, sur le flanc du coteau couronné par le château fort de Baradello, s’élève l’église de Saint-Carpophore. Elle porte le nom d’un martyr qui, d’après la légende, serait un soldat de la légion thébaine, mis à mort près de Côme, avec plusieurs compagnons, par ordre de l’empereur Maximien. Beaucoup de débris antiques, payens et chrétiens, ont été, à diverses époques, trouvés dans cette église ou dans son voisinage. Ce sont des sarcophages, des autels, des inscriptions votives ou funéraires, dont plusieurs offrent un vif intérêt, notamment une inscription chrétienne en langue grecque découverte par M. l’abbé Balestra, au mois de mai 1864, sur la pierre qui servait de clef à l’un des grands arcs de l’église. Elle est de 401, ce qui confirme le fait, connu par simple tradition, que saint Félix vint à Côme vers 580 et fixa sa demeure à Saint-Carpophore h L’église qu’il y construisit, la plus ancienne de la cité, servit quelque temps de cathédrale, jusqu’à l’époque où l’un des proches successeurs du premier évêque de Côme transporta le siège épiscopal dans la basil ique des saints Pierre et Paul, dédiée plus tard à saint Abondio, et rebâtie au onzième siècle. Il est presque inutile de dire que l’église actuelle n’a rien de commun avec la basilique fondée par saint Félix, ni, à plus forte raison, avec le temple de Mercure qui exista peut-être au même endroit, à ce que permet de supposer la découverte de plusieurs inscriptions votives. Mais, avant d’examiner de près la question de date, décrivons d’abord l’édifice.

Celui-ci (voy. pl. 81) se compose de trois nefs, séparées les unes des autres par des piliers et terminées chacune par une abside. Les petites absides, logées dans l’épaisseur du mur, ne font point de saillie au dehors, suivant un usage dont l’architecture locale offre plusieurs exemples. Celle de droite est contenue dans le soubassement du

1 Rivisla archeologica délia provincia di Como. Déc. 1875. Balestra. Lapidi cmtiche scopertc nella basilica di S. Carpoforo e nei dintorni.

SA INT-C ARPOPIIÛRE PRÈS ROME

clocher. T.a grande abside et le compartiment carré qui la précède forment le chœur ou tribune, dont le pavé s’élève de 2m,45 au-dessus du sol actuel de l’église. On franchit cette dénivellation au moyen de deux escaliers, entre lesquels , dans l’axe du monument. descendent les gradins qui conduisent à la crypte. Cette disposition est rare, le parti inverse ayant été généralement adopté. Elle est d’ailleurs fort décorative et bien combinée pour donner de l’importance à la crypte, résultat qu’ici l’on paraît s’être proposé d’obtenir, à cause sans doute.de la présence dans l’église souterraine des reliques vénérées de saint Félix. I. 'importance de la crypte est encore attestée par sa hauteur plus (pie ordinaire et par la recherche décorative dont témoignent les trois niches ménagées dans le mur tournant du chevet. Un escalier à vis, logé dans le contre-fort de gauche, à la naissance delà grande abside, fait communiquer directement la crypte avec le bas-côté, puis monte à la tribune et s’élève enfin jusqu’aux combles de l’édifice.

Telles sont les principales dispositions que laisse paraître aujourd'hui le monument défiguré et mutilé. Pour en bien connaître les formes anciennes, il faut entreprendre une visite minutieuse, grimper sous les combles et sur les toits, se faire conduire dans le local, maintenant isolé de l’église par un mur, qui s’étend depuis le front occidental jusqu’aux deux premiers piliers cantonnés de pilastres ; et, dans ce local converti en pressoir, monter sur les voûtes modernes qui subdivisent en deux étages le tronçon de grande nef retranché de l’église. A condition de prendre cette peine et surtout d’avoir pour guide M. l'abbé Balestra, l’habile restaurateur de Saint-Àbondio, l’on parviendra à se rendre un compte exact de l’ancien état du monument. Quelques fouilles pratiquées en 1864 par M. Balestra, lors de la réfection du pavé, ont été d’un grand secours pour distinguer l’une de l’autre les constructions successives dont se Compose l’église.

Ces constructions, qui se classent par rang d’ancienneté dans l’ordre suivant: les nefs, le clocher, le chœur avec la crypte et la chapelle de gauche', sont désignées par des teintes d’une intensité décroissante sur le plan delà planche 81. Nous nous sommes conformés, pour la distribution des teintes, aux indications du plan publié par M. le chanoine Barelli, dans son excellente notice sur l’église de Saint-Carpophore s.

1 Rivisla archeologica etc. Déc. 1875. Balestra. Lapidi anliche, etc., p. 6.

2 Rivisla archeologica etc. Août 1872. Barelli. Il S. Carpoforo. Celte notice, accompagnée de plusieurs planches de dessins, complète, en les précisant et modifiant sur quelques points, les renseignements publiés en 1858 par le même auteur dans la brochure intitulée : Nolizie storiche su le chiese di Como. Elle contient de plus un intéressant

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