A I ! C III T E C T U R E LO SI B A R D E
Les autres dessins de la planche 81 représentent le plan de la crypte et les coupes restituées, longitudinale et transversale, du monument. On a fait disparaître le mur, qui raccourcit l’église, et les voûtes modernes construites sur les parties conservées des nefs ; et l’on a rétabli, dans sa hauteur primitive, le croisillon méridional, maintenant rasé à partir de la toiture du bas-côté, il a sufti, pour ce dernier objet, de reproduire la disposition du croisillon septentrional.
Nefs. — Les croisillons, au lieu d’appartenir, comme d’habitude, à la dernière travée des nefs, à celle qui précède immédiatement le chœur, sont plus rapprochés de la façade que du chevet, disposition singulière qu’on est tenté d’expliquer ici par des nécessités locales. L’église, en effet, creusée dans le roc, du côté de l’ouest, à cause de la pente du terrain, s’adosse à la montagne sur plus de 5 mètres de hauteur. On ne pouvait donc y entrer que par les longs côtés, et le front méridional du transsept, faisant office sans doute de façade principale, dut recevoir à son pied la maitresse-porte. Or il est, sinon probable, du moins possible que la situation de cette porte, et par suite celle du transsept, aient été strictement commandées par la disposition des abords. En tout cas, il était convenable que la grande porte fût assez éloignée du chœur pour que la célébration des offices ne fût pas troublée par les mouvements d’entrée et de sortie.
Le transsept est limité, comme la grande nef, par deux files d’arcs appuyés sur des supports rectangulaires. La largeur des deux vaisseaux est sensiblement la même, si bien que les files transversales et longitudinales se coupent mutuellement suivant les côtés d’un carré. Les quatre grands arcs qui limitent cette croisée sont plus larges et plus hauts que les autres ; et les piliers auxquels ils s’appuient sont cantonnés de pilastres, à cause des retombées qu’ils reçoivent suivant deux directions rectangulaires. Les autres soutiens isolés, au nombre de quatre, n’avant à porter que des arcs longitudinaux, sont d’une forme plus simple. Par suite de la longueur très-inégale des tronçons de nefs séparés par le transsept, les arcs voisins du chevet surpassent de beaucoup en largeur ceux qui existent dans la partie antérieure de l’édifice.
Les nefs devaient être complètement couvertes en charpente, même sur la croisée, où rien ne permet de supposer qu’il y ait eu jadis un tamboür apparent au dehors, ce
rapport de M. l’ingénieur Talti, chargé d’apprécier, au point de vue technique, la solidité de l’édifice et d’indiquer les mesures à prendre pour en assurer la conservation. Jusqu’ici l’on n’a rien fait, quoiqu’il y ait urgence à démolir les voûtes modernes qui surchargent des appuis trop faibles pour les porter.
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tambour fut-il simplement rectangulaire. Les charpentes figurées sur les coupes sont celles qui existent à présent, soit dans la nef principale, au-dessus des voûtes modernes, soit dans la portion des bas-côtés retranchée de l’église.
Les fenêtres qui éclairaient la grande nef au-dessus des collatéraux subsistent encore, bouchées en partie. On en compte trois de chaque côté, entre le chœur et le transsep t, et deux seulement sur les parois plus courtes comprises entre 'le transsept et la façade. La moitié droite du plan exprime la disposition do ces fenêtres, en même temps qu’elle montre la section cruciforme des nefs au-dessus des collatéraux. Sur la façade s’ouvrent trois fenêtres, deux grandes et une petite, cette dernière placée tout en haut, sous la pointe du pignon. La disposition de ces trois baies est pareille à celle des ouvertures qui, sur la façade de Saint-Abondio, occupent le sommet du compartiment central. Les murailles d’enceinte, refaites en grande partie, ne laissent paraître aucun vestige de leurs anciennes fenêtres, que nous avons rétablies en prenant pour exemple celles de l’étage supérieur. A la porte actuelle nous avons substitué celle qui devait exister autrefois.
La décoration se réduit à fort peu de chose: moulures d’impostes et corniche de couronnement à petites arcatures. La coupe transversale montre la disposition de la corniche, où chaque arcature est taillée dans une seule pierre. Les moulures d’impostes, si l’on en juge par celles qui restent apparentes, représentées ci-contre, sont coupées droit par côtés.
Il paraît bien difficile de se faire une opinion quelque peu précise sur la date d’une construction aussi pauvre de formes, aussi dénuée d’ornements que les nefs de Saint-Carpophore. On la tient, en général, pour fort ancienne. M. Clericetti estime qu’elle remonte au moins au huitième siècle1 2 * *. Tel est aussi l’avis de M. Barelli*. Mais, par contre, M. Boito la juge contemporaine de Saint-Abondio ou île peu d’années antérieure à cette église5. Cette dernière opinion nous paraît la mieux fondée. Dans les deux édifices, la façade, profilée de même, suit le contour de la section transversale; la structure des maçonneries est identique, et le double ébrasement des fenêtres se
1 Clericetti. Ricerche sull' architeltura rclkjiosa in Lombardia. Milan, 1862, et Ricerche mW architetlura lombarda. Milan, 1869. Pour expliquer la forme singulière de l’église, M. Clericelli fait une hypothèse que l’exploration des maçonneries a plus lard infirmée.
2 Barelli. Notizie storiche su le chiese di Como. Corne, 1858, et Rivista archeoloyica délia provincia di Como. Août
1872 et décembre 1875.
5 Boito. La cliiesa di SanC Abondio. Milan, 1868, p. 7.
profile pareillement en biseau, forme qui paraît incompatible avec une date aussi reculée que le huitième siècle. Nous laisserons de côté la corniche à petites arealures. parce qu’elle pourrait être une adjonction postérieure. Quant au profil des impostes, il offre beaucoup d’analogie avec divers profils de Saint-Fidèle. Enfin, la forme rectangulaire des piliers ne fournit d’arguments ni dans un sens ni dans l’autre, car le piédroit fut ‘en usage de tout temps pour les édifices très-simplement disposés. C’est ainsi, par exemple, qu’on le trouve employé, près d’Almenno, dans deux petites églises voisines l’une de l’autre, la Madonna-del-Castello et Saint-Georges, dont la première, très-grossièrement bâtie, remonte au moins au dixième siècle (voy. plus haut, p. 05 et 04), tandis que la seconde, construite avec grand soin, pourvue d’une élégante abside*, appartient certainement à la période finale du style lombard.
En définitive, nous assignerions volontiers pour date aux nefs de Saint-Carpophore le commencement du onzième siècle. On pourrait même admettre comme chose probable qu’une consécration, célébrée, paraît-il, en 1010', se rapporte à l’édifice dont faisaient partie les nefs en question.
Clocher. — Le clocher, planté de travers, fut bâti séparément. Ce campanile, trèsélevé par rapport à l’église — il est presque deux fois aussi haut — offre beaucoup d’analogie avec les clochers de Saint-Ahondio. Ou y voit sur chaque face, comme dans ceux-ci, une fenêtre triforée sous la corniche.de couronnement. S’il y avait à marquer entre ces ouvrages, qui paraissent contemporains, quelque différence de date, peutêtre conviendrait-il d’accorder la priorité aux tours de Saint-Ahondio, où l'on n’observe point, sur la plus grande partie de la hauteur, ces bandes à petites arealures qui subdivisent en étages, de la base au sommet, le clocher de Saint-Carpophore. En somme, ce clocher, bâti postérieurement aux nefs, peut être tenu pour une construction de la seconde moitié du onzième siècle. Le rez-de-chaussée, ouvert sur l’église et séparé par une voûte du restant de la tour, prolonge le collatéral droit jusqu’à la face orientale du campanile.
Chœur et crypte. — Les constructions du chevet, dirigées quelque peu obliquement
1 Osten. Die Bauwerkc in (1er Lombardci. pl. 47 et 48.
2 Dans une noie manuscrite de l’évêque Ninguarda, où se trouvent consignés des renseignements pris à des sources très-anciennes, il est dit que l’église de Saint-Carpophore fut consacrée par l’évêque Liligerius le 28 juin 1040. Encore aujourd’hui, l’anniversaire de la consécration se célèbre à celte date. Je tiens ces renseignements de M. le chanoine Bareüi.
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par rapport au vaisseau antérieur, sont voûtées dans toutes leurs parties; elles contrastent par la beauté de l’exécution et la recherche des formes avec l’architecture des nefs, si simple dans la disposition, si pauvre dans les ornements. Déjà nous avons signalé les particularités les plus intéressantes de leur structure interne ; la position centrale de l'escalier descendant à la crypte, la hauteur de cette chapelle souterraine, les niches qui décorent son hémicycle, et l’escalier à vis, établi du côté gauche, vers la naissance de l’abside principale. Cet escalier, très-commode pour le service, mel en communication directe la crypte, la tribune et les combles avec 1 extrémité du collatéral gauche1, où sans doute une porte s’ouvrait sur le monastère. Il est exactement disposé comme les deux escaliers qui accompagnent l’abside principale de Saint-Fidèle , et, comme pour ceux-ci, la cage qui le renferme apparaît au dehors, au dessus du bas-côté. L’abside de la crypte, aux parois évidées par des niches, offre une frappante analogie avec les absides de Saint-Fidèle et Sainte-Marie del tûjlio, près Gravedona.
Il y a peu de chose à dire de l’ornementation sculptée existant à l’intérieur. En dehors de la crypte, elle se réduit à quelques moulures, où le quart de rond, fréquemment employé, vers la fin du douzième siècle, dans les abaques et les bandeaux, tient une place importante. Dans la crypte, les chapiteaux des supports engagés paraissent avoir été mutilés par une retaille : ceux des colonnettes sont décorés de feuillages assez grossiers en général.
C'est à l’extérieur, sur les parements do l’abside, que l’on s'est mis en frais de décoration3. Sur un soubassement polygonal, demi-prisme à seize pans d’une médiocre régularité, dont la hauteur correspond à celle de la crypte, s’élève une construction circulaire, où de fines colonnettes engagées, prenant leur départ aux angles du polygone, montent jusqu’à la corniche. Outre les trois fenêtres hautes de l’abside, et trois autres fenêtres percées dans le soubassement pour éclairer la crypte, on observe, dans les intervalles des baies de chaque étage et vers leur sommet, de petites ouvertures rondes, analogues à celles qui traversent, à Saint-Fidèle, le mur polygonal de 1 abside : elles sont maintenant bouchées et masquées par l’enduit a 1 intérieur de 1 église, et nous avons dû, pour ce motif, les omettre sur nos confies. Cependant 1 une d elles
1 Sur les plans de la pl. 81 , l’escalier à vis est représenté d'uné manière conventionnelle, de manière à montrer : sur le plan de l’église, la communication du collatéral gauche avec ta tribune, et : sur le plan de la crypte, la communication du même collatéral avec la crypte. Ce dernier plan donne aussi la coupe d’une armoire assez profonde, pratiquée dans le mur à l’origine de l'escalier, entre la première marche et l’entrée dans la crypte.
* La vue de l’abside, donnée sur la page suivante, a été faite d’après une photographie que je dois à 1 obligeance de SI. le chanoine Barelü.
tombée d’une voûte, position bizarre, mais presque obligée, si l’on tenait absolument à
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ccs ouvertures supplémentaires, attendu que tout l’intervalle de deux retombées consécutives est occupé par une niche percée d’une fenêtre en son milieu. Reste à savoir de quel usage pouvaient être de semblables conduits, évidemment trop étroits et trop profonds pour servir utilement à donner du jour. L’intention des constructeurs n’apparaît pas clairement. Peut-être leur prêterions-nous une délicatesse excessive pour l’époque, en supposant qu’ils voulurent assurer le renouvellement de l’air intérieur au moyen de ces petites ouvertures, fonctionnant comme bouches de ventilation, alors que les principales fenêtres étaient closes par des verrières. Au surplus, ne dédaignons pas trop nos devanciers, et si l’explication paraît bonne, ne la rejetons pas sous le seul prétexte qu’ils étaient trop grossiers pour prendre de telles précautions.
La corniche et le socle, ci-contre représentés en coupe, offrent quelques dispositions originales, particulières au monument que nous étudions. La base attique des colonnettes est prise, avec les parties attenantes du socle, dans un même bloc de pierre, et les moulures toriques viennent s’arrêter au chanfrein bombé de ce socle. Dans la corniche, on a su éviter un défaut ordinaire des couronnements lombards à petites arcatures, défaut qui tient à ce que les chapiteaux des colonnettes, plus saillants que les consoles, viennent trop en avant par rapport aux arcatures. L'architecte a fort bien remédié à cet inconvénient : au lieu d’aplatir ou d’amincir les colonnettes, ou d’accroître la saillie des consoles, tous remèdes pires que le mal à corriger, il a placé les consoles en encorbellement sur un bandeau qui enveloppe l’abside à la hauteur et dans les intervalles des chapiteaux. Celte disposition présente aussi l’avantage de marquer nettement, pailles lignes horizontales, le pied de la corniche, et d’accroître sans exagération l'importance du couronnement.
L’étage principal de l’abside est construit avec des pierres de deux couleurs. Des assises minces, blanches ou grises, alternent avec des assises brunes, en général assez
hautes, et ces rayures se poursuivent sur les murailles contiguës à l’abside. La corniche est aussi composée de matériaux clairs ou foncés qui en font bien ressortir le dessin. Déjà lions avons rencontré ce système de décoration à l'abside de Saint-Abondio, où il apparaît sous une forme rudimentaire. Nous le trouverons employé chez d’autres monuments de la province de Côme, dont l’exemple atteste qu’il s’est développé et perfectionné du onzième siècle au treizième.
En comparant à ces édifices le chevet de Saint-Carpophore, l’on reconnaît sans peine que celui-ci appartient à la période finale du style lombard. La structure des parements extérieurs, seuls visibles, et leur décoration polychrome ; la forme recherchée de la corniche ; le profil de la cymaise, ne laissent aucun doute à ce sujet. Toutes les indications données par le monument sont unanimes pour annoncer la seconde moitié du douzième siècle.
En définitive, les nefs remonteraient au commencement du onzième siècle ; le clocher daterait de la fin du même siècle, et le chevet serait un ouvrage de la seconde moitié du douzième.