‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 58 sur 112 · SAINT-JEAN-BAPTISTE A VERTEMATE · texte numérisé non relu

SAINT-JEAN-BAPTISTE A VERTEMATE

Le plan reproduit sur la page suivante, et tous les renseignements que nous donnons sur l’église de Saint-Jean-Baptiste à Vertemate, viennent de M. le chanoine Barelli, qui raconte en ces termes, d’après l’annaliste Tatti , l’histoire de l’église1.

« L’église de Saint-Jean-Baptiste, avec le couvent de Cisterciens qui lui était uni, fut bâtie en 1084 par un moine milanais, nommé Gérard, qui revenait de Cluny. Elle s’élevait sur un promontoire, où existaient les ruines d’un ancien château, et qui se trouvait environné de bois et do marais, plus tard transformés par les moines en champs fertiles. Cette église fut consacrée en 1107 par Odon, évêque d’Imola, à la demande de l’évcque de Côme, Guido. Le cloître dura peu, ayant été brûlé en 1 288 par les Comasques, commandés par Loterio Busca, capitaine du peuple, parce que, dans les précédentes guerres, les moines s’étaient mis du côté des Milanais ; mais la basilique resta sauve et continua d’être oflîciée. »

Ce monument tire un grand intérêt de ce qu’il est daté avec certitude, d’autant plus qu’on y trouve associées diverses dispositions, appartenant soit aux églises comasques, soit à celles de Milan ou de Pavie. Comme à Saint-Fidèle, tout l’édifice est voûté, sauf la grande nef, qui est couverte en charpente. Comme dans cette église aussi, une travée se trouve interposée entre le transsept et les absides. A l’église de Saint-Abondio fut emprunté le système de support des murs élevés de la maîtresse nef. Ce sont de grosses colonnes cylindriques, bâties par assises de petits moellons et surmontées de chapiteaux cubiques. En même temps, la forme générale de l’enceinte ; la disposition du chevet avec ses petites absides au contour extérieur semi-circulaire ; celle du transsept, où la coupole centrale est accompagnée de deux berceaux; enfin les

1 Rivista archcologica délia provincia di Como. Fasc. 9, juillet 1870. Barelli. Notizie archeologiche, etc., p. 22 et suiv. — L’église de Saint-Jean-Baptiste est située dans la commune de Vertemate, à cinq kilomètres environ au sud de Côme, prés de la station de Cucciago.

voûtes d’arête sur plan carré des bas-côtés, séparées les unes des autres par des arcs doubleaux, reproduisent divers traits essentiels du type ordinaire des églises lombardes voûtées, type dont les églises pavésanes'de Saint-Jean in borgo, Saint-Pierre in ciel d’oro et Saint-Théodore peuvent être citées comme exemples. Remarquons aussi la forme simple et rationnelle des piliers de la coupole: des supports pareils existent à l’église comasque de Saint-Jacques.

Nous ne saurions étendre davantage cette étude, laute d’avoir nous-même visité le monument. Observons, pour finir, que le fait d’avoir été fondé par un moine revenant de Cluny paraît être demeuré sans influence sur la disposition et les formes architecturales. Sans doute le moine Gérard, bornant son rôle à subvenir aux dépenses, fil construire l'église par un architecte du pays, auquel fut laissée toute liberté.

SAINT-JACQUES A COME

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L’église de Saint-Jacques, située près de la Cathédrale, est la plus grande église lombarde' de Corne, sa longueur dans œuvre atteignant G4m,10, le porche non compris, au lieu que Saint-Abondio et Saint-Fidèle mesurent seulement 49'", 90 et 43", 40. Nous donnons à la page suivante le plan de Saint-Jacques. La teinte claire y représente des Iravées démolies, complètement rasées, qui étaient au nombre de six si on leur attribue même amplitude qu’aux travées encore debout. Une façade neuve ferme l’église raccourcie. Le porche échappa aux démolisseurs, sans doute parce que l’ancien hôtel de ville s’y trouve adossé en partie; mais il est aujourd’hui si mutilé, si souillé, qu’on a peine à reconnaître, dans cette masure, le vestibule d’une grande église.

Non-seulement nous avons représenté l’ancienne disposition de l’édifice, prise dans son ensemble, mais nous avons encore rétabli , autant que possible, dans leur forme primitive, ses diverses parties, en supprimant des adjonctions faites sans doute vers la An du seizième siècle. C’est ainsi que nous avons débarrassé les colonnes des maçonneries supplémentaires qui les transforment en piliers cantonnés de pilastres. Cette restauration n’offrait aucune incertitude1. On peut aussi rétablir. sûrement la partie centrale du porche ; mais il n’en est pas de même pour les collatéraux. Là s’élevaient deux tours, dont les bases au lieu d’être fermées sur trois faces, comme l’indique notre plan, pourraient bien avoir été ouvertes sur plus d’un côté. Il serait possible

1 La forme circulaire des anciens appuis n’élait guère douteuse. Elle est certaine à présent, grâce à la fouille pratiquée en mars 1877 par M. le chanoine Barelli. Les anciennes colonnes ont un mètre environ de diamètre et sont bâties, comme celles de Saint-Abondio et Saint-Jean de Vertemate, par assises minces do moellons calcaires. Comme à Saint-Abondio les bases sont énormes : celle qu’on a mise à découvert (première colonne à gauche dans l'église actuelle) mesure 0-.8C de hauteur, non compris le socle, et 0",5G de saillie. Elle est construite en moellons avec un profil attique très-grossier .-entre la plinthe et le tore inférieur se trouve interposée une assise de briques; il n'y a point de griffes. Le dessus de la plinthe est enfoncé de 1-.G0 au-dessous du pavé actuel. Ces derniers renseignements m’ont été transmis au moyen d’un croquis coté, que je dois à l'inépuisable obligeance de M. le chanoine Barelli.

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Pour en Unir avec les altérations subies par l’édifice, signalons ce fait très-facile a constater, que toutes les voûtes sont modernes à l’exception des culs de four des absides et des voûtes qui abritent les croisillons, fies toitures en charpente couvraient donc presque toute l’église et notamment la croisée, où s’élève à présent une coupole octogonale appuyée sur des trompes. Ces dernières sont modernes, mais il n est pas douteux qu’un tambour saillant au-deliors ait surmonté la croisée dès le principe; et l’on a même sujet de croire, d’après la position d’une rangée d’ouvertures circulaires anciennes, que ce tambour était carré sur toute sa hauteur, contrairement à 1 usage habituel qui était de passer du carré à l’octogone à partir du faîte delà grande nef.

Le plan de l’édifice est simple, régulier, bien ordonné et bien lié dans toutes ses parties. Les mêmes qualités apparaissent dans la structure du monument. A chaque travée correspondent quatre fenêtres percées dans les murs qui la limitent et la subdivisent, fenêtres assez spacieuses et analogues, quant aux proportions, à celles du chœur de Saint- Abondio. Les toitures de la grande nef et des bas-côtés se poursuivent au-delà du transsept avec le même niveau : celle de la grande nef, retournée d equerre, couvre les deux bras du transsept, depuis le tambour central jusqu aux croisillons abrités par des voûtes. Vu d’en haut, le comble supérieur forme une croix, renfermee dans la croix plus large que dessine l’enceinte du monument.

Les voûtes des croisillons et, de l’abside occupent un niveau intermédiaire entre les appentis collatéraux et la toiture de la nef principale. Chacune des premières offre exactement la disposition d’une demi-coupole octogonale appuyée sur deux trompes dans les coins du rectangle de base : cet agencement présente, par rapport à 1 emploi du berceau, l’avantage de répartir la poussée sur toute l’enceinte. C’est, à notre connaissance, le seul exemple d’une demi-coupole octogonale lombarde servant à couvrir une moitié de carré.

fie l’abside principale il n’y a rien à dire, si ce n’est que son épaisse muraille contient au-deliors, sous un couronnement d’areatures fermées, une galerie profonde, composée d’arcatures sur colonnettes plus vastes que celles qu’on voit en general dans les églises lombardes. La hauteur sous clef y est de 5m,80, au lieu que, aSaint-I idele, la galerie de l’abside, déjà fort spacieuse, n’a que 5m,00 d’élévation totale.

Signalons l’agencement des petites absides, qui, logées dans l’épaisseur du mur n’apparaissent point au dehors. La même disposition existe à Saint-Abondio, Sai.it- Carpophore, Saint-Fidèle et Sainte-Marie del Tiglio près Gravedona. C’est un trait particulier aux principaux monuments lombards de la province de Côme.

La partie la plus remarquable de l’édifice est certainement le porche. Dans le compartiment du milieu, trois arcades, ouvertes vis-à-vis les portes de l’église et appuyées sur des colonnes, sont enveloppées par un grand arc, à double archivolte, de même largeur que la nef principale. De part et d’autre sont assis deux clochers ; et peu importe, au point de vue de la conception architecturale, que l’un d’eux peut-être, comme à Saint-Àbondio, n’ait pas été monté plus haut que la façade. Tels sont les seuls renseignements que fournisse, sur la disposition primitive du porche, l’état actuel de l’édifice. Aussi, jusqu’à meilleure information, plusieurs points essentiels restent-ils indéterminés, entre autres la terminaison centrale de la façade et l’agencement des baies qui éclairaient, par-dessus le grand arc de l’entrée, la tribune superposée au vestibule. Toutefois, malgré de si graves lacunes, ce qui subsiste des parties antérieures du monument offre encore un vif intérêt.

Dans l’église de Saint-Abondio, les clochers sont liés à l’édifice, mais le porche fut après coup bâti contre la façade. A Saint-Jacques, fait unique chez les monuments lombards, porche et clochers tiennent ensemble et sont incorporés avec l’église, il faut aller dans les pays d’outre-mont, comme disent les Italiens, pour trouver des exemples d’une pareille disposition, remontant à l’époque romano-bysantine. Ces exemples s’y présentent en assez grand nombre ; mais, sans nous arrêter aux spacieux vestibules des grandes églises clunisiennes, où la maîtresse porte s’ouvre en général entre les bases de deux clochers, contentons-nous de citer deux monuments, (pii offrent, avec celui que nous étudions, des analogies particulières. La cathédrale d’Autun est précédée d’un porche à trois nefs, fermé par côtés, dont les collatéraux sont surmontés de tours par devant, tandis que l’avenue centrale s’ouvre par un grand arc plein cintre, qui embrasse toute sa largeur*. Le charmant porche de l’église de Marmoutier, en Alsace’, est dépourvu de ce vaste berceau, seulement indiqué à Saint- Jacques, qui donne un aspect si grandiose à l’entrée de la cathédrale d’Autun; mais il possède dans sa partie centrale, également comprise entre deux clochers, les trois arcades séparées par des colonnes qui existent à Saint-Jacques:

Les rapprochements que nous venons de faire ne s’appliquent qu’aux formes considérées en elles-mêmes, et nous n’avons pas la prétention d’y rattacher l’idée d’une filiation quelconque entre les églises de Côme, Autun et Marmoutier: cependant il

1 On peut voir le dessin de ce porche dans le Dictionnaire cl' Architecture de M. Viollet le Duc, à l’art. « Porche. »

2 Les dessins du porche de Marmoutier, dûs à M. Bœswilwald, qui a si bien restauré l’édifice, sont donnés tréscomplétement dans le 2e volume des « Monuments anciens et modernes » de M. Gailhabaud.

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faut convenir que la disposition suivie au porche de Saint-Jacques, disposition étran- ^èxe aux usages de 1 architecture lombarde, paraît empruntée, dans son principe, aux monuments de France ou d’Allemagne. On pourrait, il est vrai, trouver son origine à Saint-Vital de Ravenne, dont le porche, compris entre deux tours circulaires, devait s’ouvrir au dehors par des arcades ; mais ce premier exemple, ce type primitif du porche accompagné de tours, n’ayant pas fait école en Lombardie, il est peu vraisemblable que l’architecte de Saint-Jacques s’en soit inspiré au douzième siècle ; d’autanl plus que son œuvre n’offre, du reste, aucune analogie avec Saint-Vital; que le porche même, vu la forme carrée des tours, se rapproche beaucoup plus de certains vestibules occidentaux que du narthex de Saint-Vital; et enfin que la ville de Côme, en raison de sa position géographique, devait avoir, pendant qu’on bâtissait Saint-Jacques, plus de relations avec la Bourgogne et les pays rhénans qu’avec la ville de Ravenne.

Nous venons de dire en passant que l’église de Saint-Jacques date du douzième siècle. Cette date n’est attestée ou seulement indiquée, à notre connaissance, par aucun document historique. On ne sait qu’une chose, c’est que l’édifice est antérieur à l’Hôtel de ville, fondé au commencement du treizième siècle. Non-seulement l’histoire ne dit rien, mais encore le monument lui-même est en partie muet, car il ne laisse paraître, dans l’état actuel, ni sculpture, ni décoration d’aucune sorte qui puisse renseigner sur l’époque de sa construction. Il faut donc se guider uniquement d’après la structure.

Les nefs sont établies comme celles de Saint-Abondio, à cela près qu’il n’y a en a que trois au lieu de cinq. Quant au chevet, il offre avec celui de Saint-Fidèle (voy. pi. 82) plusieurs points de ressemblance. Dans les deux églises, en effet, les trois nefs se continuent au delà du transsept, les petites absides sont logées dans l’épaisseur d’un mur droit placé à la naissance de l’abside principale, et les croisillons sont voûtés en demicoupole octogonale. Que l’on vienne, dans l’église de Saint-Jacques, à substituer au contour rectangulaire des croisillons une enceinte terminée en demi-octogone el évidée'par des arcades, que l’on y retourne et prolonge les collatéraux autour des croisillons ainsi modifiés, et l’on aura reproduit exactement la disposition du chcvel de Saint-Fidèle. Malgré l’absence, à Saint-Jacques, de ces galeries tournantes qui donnent à l’église de Saint-Fidèle une physionomie si originale, on est cependant frappé du grand air de famille que présentent les deux édifices.

Aussi pensons-nous qu’on peut les tenir pour à peu près contemporains sans courir le risque de se tromper beaucoup. Afin d’aller plus vite dans la construction d’une si

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vaste église, on aura choisi pour les nefs la structure simple et expéditive dont Saint- Abondio montrait l’exemple. La préoccupation de bâtir rapidement et à peu de frais semble, d’ailleurs, avoir été grande chez les constructeurs de Saint-Jacques : en établissant presque partout des couvertures en charpente, ils ont pu élever des murs plus minces, dépourvus de piliers engagés et de contreforts. Au lieu de pierre de taille, ils n’ont mis en parement, si l'on en juge par les parties anciennes laissées à découvert, que des moellons grossièrement équarris.

La recherche d’une exécution rapide et économique n’a cependant pas nui à la solidité : murailles et piliers sont assez épais pour garantir une longue durée, et la maçonnerie, quoique grossière, est bien faite. En même temps, la construction présente une remarquable régularité : on n’y trouve point ces défauts d’alignement, ces erreurs de tracé si fréquents dans les églises lombardes. Évidemment les architectes de Saint- Jacques étaient gens experts en l’art de bâtir. Déjà nous avons signalé la belle ordonnance du plan, sa simplicité, son ampleur, et nous avons fait observer que les mêmes qualités n’apparaissent pas moins dans la charpente de l’édifice. Certes, la nef principale, très-allongée, très-élevée aussi par rapport à sa largeur, devait produire un bd effet, vue de l’entrée, avec les nombreuses fenêtres qui l’éclairaient sous le comble et les deux longues files de puissantes colonnes qui la bordaient jusqu’au transsept.

En définitive, l’église de Saint-Jacques nous semble porter nettement l’empreinte d’un art avancé. Ce monument lut composé, comme il fut bâti, d’un seul jet, par un architecte qui savait bien son métier ; et ce mérite, rare à l’époque lombarde, était si fortement marqué qu’il frappe les yeux encore aujourd’hui, malgré la misérable condition de l’édifice. Tel est le principal motif qui nous engage à tenir Saint-Jacques pour un ouvrage du douzième siècle. Les analogies qu’il présente avec Saint-Fidèle donnent à cette opinion l’appui d’un témoignage local, tandis que la disposition du vestibule, empruntée sans doute à des monuments étrangers, qui datent tout au plus du onzième siècle, fournit une autre présomption tirée d’une vue d’ensemble sur l’architecture rom ano-byzan line.

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Parmi les anciennes églises de Côme, Saint-Fidèle est, sans aucun doute, celle dont l’architecture offre le plus d’intérêt, ha disposition en est originale et belle dans l’ensemble, ingénieuse dans le détail; la structure, celle des voûtes surtout, révèle une habileté remarquable; enfin, la décoration, principalement réservée pour l’abside, se recommande par des qualités de premier ordre, sûreté de goût, fermeté et franchise d’expression, qui ne sont surpassées, ni peut-être égalées, dans aucun autre monument lombard.

Malheureusement, pour juger ainsi l’église de Saint-Fidèle, il faut se la représenter telle qu’elle fut primitivement, et non telle qu’on la voit aujourd’hui. La petite abside de droite et la partie voisine n’existent plus : on les a rasées pour faire place à une sacristie moderne. Les principaux escaliers des galeries hautes ont également disparu (une teinte moins foncée désigne ces parties anciennes démolies, sur le plan de la pl. 82). Mais le plus fâcheux pour l’aspect intérieur de l’édifice, c’est, qu’on a bouché, dans les transsepts, par une décoration moderne, la plupart des arcades ouvertes sur les deux étages de galeries : aucun changement ne pouvait davantage mutiler l’architecture.

A l’extérieur, le monument a presque autant souffert. Vers l’ouest, un simple mur peint en blanc et noir lui sert de façade. Des constructions privées l’enveloppent et le masquent au Aord et au Midi. Ileste la face orientale, où, par bonheur, l’abside et la curieuse porte à linteaux arc-boutés sont encore presque intacts. Mais l’on ne voit guère autre chose, tant la rue est étroite. Les toitures étagées des transsepts, dominées par la coupole, s’offrent aux regards- tellement en raccourci, qu’il est impos-

sible d’apprécier leurs formes, ni de juger en rien de l’effet original et pittoresque qu’elles produiraient, vues à bonne distance.

Ce ne serait donc pas assez, pour faire revivre l’église, de la restaurer : il faudrait encore la dégager complètement, au moins d’un côté. Puisse la Commission provinciale pour la restauration des monuments trouver les ressources nécessaires pour mener à bien cette intéressante entreprise, déjà commencée, il y a quelques années, sous l’habile direction de M. l’abbé Balestra,1 2. Quand les travaux seront achevés, les Cômasques seront les premiers surpris et touchés d’admiration à l’aspect des spacieux portiques intérieurs à double étage, pourtournant les transsepts, et des voûtes apparentes au dehors, en forme de coupole, qui donnent à l’édifice une physionomie byzantine si frappante et si curieuse. Et peu de villes du nord de l’Italie pourront alors rivaliser avec Côme pour l’importance et la variété de leurs monuments lombards.

Saint-Fidèle occupe l’emplacement d’une ancienne basilique, dédiée à Sainte- Euphémie, dont le pavé, retrouvé en diverses places, était d’environ 0”,50 plus profond que le dallage actuel. Celui-ci date de 1868. Le sol de l'église fut alors, par un abaissement de 0”,20, remis au niveau qu’il occupait primitivement dans l’édifice lombard.

Dès les premières années du onzième siècle, la basilique de Sainte-Euphémie avait changé de nom. Ce changement fut amené par la déposition des reliques du martyr saint Fidèle, transportées en 964 du village de Samolaco dans la ville de Côme’. Le même événement occasionna sans doute aussi la reconstruction de l’église ; mais il ne semble pas, d’après le style de l’édifice, qu’elle ait eu lieu immédiatement. En effet, l’architecture de Saint-Fidèle comparée à celle d’autres monuments datés, dont les uns, comme Saint-Abondio, remontent au onzième siècle, et les autres, comme l’ancien hôtel de ville de Côme et le cloître de Piona, sont de la première moitié du treizième, annonce clairement une époque intermédiaire, c’est-à-dire le douzième siècle. Préciser davantage paraît difficile; car si, d’un côté, les recherches de la structure et l’exécution très soignée des maçonneries tendent à rapprocher du

1 Dès l’année 1869, M. Cléricelti signalait l’importance de cette restauration. Cléricetti, Ricerche sulV architellura lombârda, Milano, 1869, p. 57.

2 Barelli. Stalo delle panochie e del clero délia citlà e diocesi di Como per Vanno 1858. Como, [1858, p. 7. Aux pages 8 et 9 de l’opuscule précité, M. Barelli donne des renseignements sur le collège de chanoines qui desservait l’église. Il en donne aussi sur le rôle de cette église, qui, dès le septième siècle, servit peut-être de cathédrale, et remplit certainement cet office pendant le quatorzième siècle, avant h instruction de la Cathédrale actuelle.

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treizième siècle la date du monument; d’un autre côté, le défaut d’adresse avec lequel on décora, par des alternances de pierres noires et blanches, le couronnement de 1 abside, reculerait plutôt cette date vers la fin du onzième. La structure bien homogène de l’édifice paraît exclure d’ailleurs la supposilion de travaux conduits avec lenteur ou longuement retardés par des interruptions.

On a lieu de s’étonner qu’il n’existe aucun renseignement sur la reconstruction de l'église, alors qu’on possède les pièces originales d’un grand nombre d’actes anciens relatifs au chapitre de Saint-Fidèle. Quatre de ces pièces remontent au onzième siècle, vingt et une sont du douzième et, trente-cinq du treizième*. L’atrium y est mentionné en liai et 1 157. En 1215, les chanoines empruntèrent de l’argent pour les travaux du baptistère : causa expendendi in labore Ecclesiæ Sancti Johaimis de Atrio. En 1271, il est question de la restauration du clocher terminée l’année précédente. Mais nulle part on ne parle de l’église, qui cependant ne saurait remonter plus haut que le douzième siècle, d’après le témoignage irrécusable de son architecture. Au reste, on a souvent rebâti de grandes églises sans que l’histoire en dise rien, tandis qu’elle nous transmet à tout propos des faits insignifiants avec une aveugle ponctualité.

Atrium et Baptistère. — L’atrium consistait en un portique soutenu par des colonnes. Il fut détruit, ainsi qu’une partie de la nef, par la chute de la moitié supérieure du campanile, de ce clocher, dont en 1271, nous l’avons dit précédemment, la restauration venait de s’achever. Mais on ne reconstruisit point l’atrium, où se trouvait, paraît-il, le baptistère, ainsi qu’un autel dédié à saint Jean-Baptiste. Autel et piscine furent installés dans un nouveau local, pour la décoration duquel on employa huit belles colonnes en marbre provenant de l’ancien porche. Une neuvième colonne subsistait encore dans son ancienne place au commencement du seizième siècle *.

Le nouveau baptistère était en construction dès les premières années du treizième

1 Je dois ces renseignements à M. le chanoine Barelli.

s L’acte de la visite faite à Saint-Fidèle, en 1592, par l’évêque Ninguarda, contient sur l’atrium et le baptistère les informations suivantes : « Habebat hoc templum a f conte porticum sive atrium pulcherrimis columnis marmorcis adhibilis. In hoc atrio fuit erectum pro cateclmmenis allure sub Divi Jo. Baptistæ tiiulo , et dicebatur S. Joannis in Atrio. Verum, cum postea iurris campanana decidisset, et portions liæc iacta corruisset, fuit e regione foro frumentario interjeclo rotunda forma œdifcala Ecclesia divi Joannis Baptistæ quœ adhuc retinet nomen S. Joannis in atrio , et columnas exeo ablatas.

Les commentaires de Benedelto Giovio (né en 1471 et mort en 1544) donnent sur l’église de Saint-Fidèle des renseignements assez étendus. Le passage suivant, relatif au baptistère, complète les informations laissées par l’évêque

siècle, en sorte que l’effondrement partiel du clocher et la ruine des parties antérieures de l’église, qui en fut la conséquence, datent apparemment des environs de l’an 1200. Ce baptistère existe encore en avant de l’église, de l’autre côté de la halle au blé. Enlevé au culte et vendu en 1788, il est maintenant caché sous des constructions particulières, et de plus obstrué à l’intérieur. Les huit colonnes qui le décoraient ornent le portique du lycée.

Campanile. — 11 n’est pas admissible qu’on ait démoli le coin nord-ouest de l’édifice pour y faire pénétrer le campanile et boucher ainsi l’entrée du collatéral gauche. Comme, en outre, ce clocher est disposé de travers par rapport à l’église, on peut tenir pour assuré qu’il existait, déjà quand on reconstruisit l’ancienne basilique. La maçonnerie en est plus grossière que celle de l’église. Le campanile penche très fort d’un côté par suite de tassements inégaux dans le sol, et l’écroulement survenu vers l’an 1200 doit être attribué à ce vice des fondations.

Chacun des angles extérieurs de la tour offre, disposition unique dans les clochers lombards, trois ressauts, établis sans doute dans un but décoratif, qui se prolongent depuis la base jusqu’au sommet. Signalons aussi la structure de l’escalier, dont les volées' s’appuient sur des arceaux en maçonnerie. Des contreforts montant de fond, assis dans les angles du vide intérieur, soutiennent ces voûtes; ils sont percés d’ouvertures qui font communiquer ensemble les volées successives.

Église. — Disposition nu plan. — Aux nefs, séparées l’une de l’autre par des arcades et composées de quatre travées (voy. pl. 82), succède un vaste transsept, dont la forme et le développement inusités constituent l’un des traits les plus originaux de l’architecture de Saint-Fidèle. Les croisillons de la grande nef, terminés en demi-octogone, sont enveloppés par des galeries tournantes, également percées d’arcades, qui continuent les bas-côtés jusqu’au chevet. Le mur d’enceinte de ces galeries tournantes forme un demi-polygone de seize côtés. Sur la croisée s’élève une coupole. Entre cette

Ninguarda : : « Divi Joannis Baptislœ ecclesia rotunda est et columnis odo suffulta, quœ de antediclo atrio sumpta fnerunt, quod ma compar ostendit apud ipsum divi Fidelis templum adlwc sinus, scd primta quadam dominicain, quœ sita est à sinistris basilicam ipsum ingredientibus , occupala ». Giovio ajoute que ces colonnes de provenance antique, son! en marbre étranger, ce qui est contestable, car elles pourraient venir parait-il, des carrières de tlusso. Peut-être, dit le même auteur, appartenaient-elles primitivement au portique de Calpurnius Fabatus : celte supposition^ a trouvé faveur auprès des écrivains comasques.

Les éléments de la présente note m’ont été fournis par M. le chanoine Barelli.

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croisée et l’abside principale s’interpose une travée à laquelle aboutissent les extrémités des galeries tournantes. Deux absides latérales, situées dans le prolongement des bas-côtés, leur sont rattachées, à travers les croisillons, par les larges percées des arcades.

Telle est, prise dans son ensemble, la disposition de Saint-Fidèle, disposition ingénieuse, très brillante et sans précédent parmi les monuments lombards. Pour trouver l’édifice qui se rapproche le plus de notre église comasque, il faut aller jusqu’aux bords du Rhin, dans la ville de Cologne. Là se rencontre, en effet, à Sainte-Marie du Capitole, un transsept semblable; et la seule différence essentielle tient à ce que les bas-côlés y enveloppent aussi la maîtresse abside; d’où provient, dans le monument rhénan, la suppression des absides secondaires, auxquelles, à Saint-Fidèle, se terminent les collatéraux. L’absence de galeries tournantes autour du chœur constitue d’ailleurs un trait fondamental commun à toutes les églises lombardes. Sans la rigoureuse observation de cet usage, l’on eût sans doute, à Saint-Fidèle, enveloppé de bascôtés le chœur comme les bras du transsept, ainsi qu’on l’avait fait à Sainte-Marie du Capitole.

Les niches qui évident le pied de l’abside et les escaliers tournants situés à son origine offrent de frappantes analogies avec les membres pareils, qu’on observe, dans la même ville de Cologne, aux églises de Saint-Martin et des Saints-Apôtres, dont les chevets dérivent, pour la forme générale du type plus ancien et plus complet de Sainte-Marie du Capitole. Signalons encore l’entière similitude de la section verticale du mur enveloppant l’abside dans les églises de Saint-Fidèle, Saint-Martin et les Saints-Apôtres. La coupe AA de la planche 82 montre cette section à Saint-Fidèle. Si notables sont les traits de ressemblance du monument cômasque avec les églises rhénanes précitées, qu’il nous a paru à propos de les signaler de suite pour mieux fixer l’attention sur des rapprochements d’un si haut intérêt.

Une autre disposition remarquable et originale de l’église de Saint-Fidèle est la répétition, dans un étage supérieur, des galeries basses qui accompagnent la grande nef et les croisillons. Le système de ces galeries hautes est ici très complètement développé, beaucoup mieux qu’il 11e l’a été dans tout autre monument lombard, voire même à Saint-Ambroise de Milan, Saint-Michel de Pavie ou la cathédrale de Parme. A Saint-Fidèle, en effet, la circulation devait être continue tout autour de l’église, grâce, d’une part, aux deux passages intérieur et extérieur ménagés dans le mur de l’abside (vov. sur la pl. 82 les demi-coupes CC et DU), et, d’autre part, à la communi-

cation qui 11e pouvait guère manquer d'exister, sur le front de l’église, au-dessus de l’ancien porche, entre les galeries hautes des collatéraux. De plus, le circuit était d’un parcours facile, en même temps que d’un accès commode, moyennant les quatre escaliers qui montaient du rez-de-chaussée. Parmi ces escaliers, ceux que l’on voit, sur le plan, à la rencontre des nefs et du transsept, sont à présent détruits ; mais nous avons pu les rétablir sûrement en position, et même en grandeur, grâce à la conservation, du côté droit, des portes du rez-de-chaussée et de l’étage, ainsi que d’une notable portion de la paroi circulaire appartenant à la cage de l’escalier.

Non seulement il faut remarquer, à Saint-Fidèle, la multiplicité, la situation bien choisie et la largeur exceptionnelle des escaliers, mais encore ce fait que les deux principaux d’entre eux sont logés dans des cages bâties en saillie sur l’enceinte. Ils apparaissent ainsi comme des organes essentiels de l’édifice, tandis que, dans les autres églises lombardes, 011 les a dissimulés en les installant à l’intérieur des murs ou des contreforts. Sur ce point encore, Saint-Fidèle se rapproche des monuments de l’architecture rhénane.

Les absides secondaires étaient à double étage, comme les collatéraux, avec un autel à chaque étage, disposition peut-être unique dans les églises romano-byzantines à triple nef (voy. la coupe transversale de la pl. 85 et la coupe DR de la pl. 82). Au dix-septième siècle, on avait converti en une seule chapelle fermée les petites absides superposées de gauche et les compartiments qui les précèdent en démolissant la voûte de séparation et bouchant les arcades du pourtour. Quelques sondages, pratiqués en 1874 dans les maçonneries en surcharge, firent retrouver les amorces de la voûte détruite et permirent de rétablir les lieux dans leur état primitif.

D’après l’acte de visite de l’évêque Ninguarda, Saint-Fidèle avait, à la fin du seizième siècle, six portes principales, savoir : deux sur la façade, deux au levant, de part et d’autre du chœur, et deux par côtés, dont une, à droite, ouverte sur le presbytère, et l’autre, à gauche, murée après coup à cause des maisons qu’on adossa contre l’église. Les mêmes portes existent encore aujourd’hui dans le même état, excepté celle qui avoisinait le chœur, à droite. Cette porte fut démolie avec l’abside attenante pour faire place à la sacristie actuelle, et nous avons dû, sur la pl. 82, restituer, sans donnée positive, cette portion rasée de l’enceinte. Mais des fouilles récentes, postérieures à la gravure du plan, ont confirmé notre restitution dans tous ses traits essentiels1.

1 Le résultat de ces fouilles, faites en septembre 1878, me fut communiqué par M. le chanoine Barelli. La seule diffé-

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Vestibule intérieur. — Les abords, à l’intérieur de l’église, de la très large porte situee a gauche du chevet, présentent des dispositions anormales et fort irrégulières, qui consistent surtout dans l’interruption du collatéral par un mur oblique, dirigé de la porte vers 1 un des piliers du transsept. Cette muraille est percée de deux petites fenêtres en forme de meurtrières. Nous l’avons marquée en noir sur notre plan, parce que, a la suite de recherches très minutieuses et de discussions approfondies, l’on s’est, en fin de compte, décidé à la maintenir, après avoir d’abord, à l’issue d’un premier examen, proposé de la jeter par terre. La question était fort délicate, car

certains indices, tels que la forme de la voûte, disposée comme si le mur biais n existait pas, semblaient annoncer l'exécution postérieure de cette muraille, tandis que la liaison des maçonneries qui la composent avec celles du mur d’enceinte et du pilier indiquaient une construction simultanée. De nouvelles observations faites par M. l’abbé Balestra ont heureusement permis de lever l’incertitude provenant de ces témoignages contradictoires, incertitude qui avait encouragé d’abord le désir très naturel de rendre au plan, par la suppression du mur biais, sa forme régulière et normale.

Les petites fenêtres de la muraille susdite avaient été successivement bouchées sur les deux faces, d abord vers l’intérieur de l’église, et ensuite du côté opposé. D’anciennes peintures, remontant aux quatorzième et quinzième siècles, indiquaient les dates de ces fermetures. De l’une à l’autre cloison restait un espace vide, où l’on découvrit, dans l’une des fenêtres, divers jouets d’enfant : balles, flèches en bois, petite boite faite en cartes de tarot, etc., qui nécessairement s’y trouvèrent égarés entre le moment où fut bouchée l’ouverture interne et celui où l’on mura l’orifice externe. Ainsi, dans l’intervalle de ces deux époques, les enfants jouaient librement auprès du mur biais; et précisément les jambages de la large porte voisine ne laissent apercevoir ni feuillure, ni trace de gonds; d’où résulte que cette porte était une baie toujours ouverte. La vraie porte de l’église se trouvait donc plus loin, et devait exister entre le pilier auquel s’arrête le mur biais et l’un des éperons intérieurs de l’enceinte qui correspondent à ce pilier. Là furent découvertes, en effet, sous le pavé, les fondations d’une muraille représentée sur notre plan par deux lignes parallèles à traits interrompus; muraille qui formait ainsi le fond d’un local retranché de l’église et

rence entre le dessin qu’il m’envoya et le plan gravé est que, sur le dessin, l’ébrasèment extérieur de la porto s'évase davantage avec des ressauts d’une moindre saillie et d'un profil plus mou, analogues à ceux qu’on observe à la porto symétriquement placée, de l’autre côté du chevet (Voy. pl. 86).

librement ouvert au dehors. Ce local était un porche, dont la construction fut sans doute motivée par le grand nombre des personnes qui accédaient à l’église de ce côté, et par la convenance de préserver le sanctuaire du tumulte occasionné par les mouvements d’entrée et de sortie1.

Cette attribution, donnée à la partie de l’édifice que nous étudions, explique très bien, non seulement la présence du mur biais et celle de 1 autre mur, dirigé transversalement, dont il ne reste que les fondations, mais encore la forme irrégulière de l’enceinte entre les points d’attache de ces deux murailles. Il existe, en efiet, dans cet intervalle, une altération très sensible du contour régulièrement polygonal qu’on observe à l’autre bras du transsept ; et le résultat amené par cette altération fut précisément de régulariser le porche. Comme d’ailleurs la porte et les parties attenantes de l’enceinte appartiennent certainement à la construction primitive du monument actuel, il n’est pas douteux qu’il en fut de même pour le porche. C’est donc avec raison qu’on a décidé, d’une manière definitive, la conservation du mur biais ; car, s’il est vrai que cette muraille déforme beaucoup l’église, il est également certain qu’elle compose, avec la porte voisine, un tout inséparable, intimement lié au restant de l’édifice.

Voûtes. — Coupole. — On sait par Bencdetto Ciovio que 1 église de Saint-fidèle était, au commencement du seizième siècle, complètement voûtée et possédait une coupole ouverte au sommet”. Tel est encore son état actuel, qui ne sécaite de la construction primitive que par les voûtes de la grande nef et de la coupole, faites ou refaites après coup. La voûte en berceau, qui couvre la nef principale jusqu’à la croisée, bouche en dedans les fenêtres hautes de cette nef, demeurées apparentes à l’extérieur. Elle a remplacé certainement une toiture en charpente, que portaient, soit des arcs doubleaux, soit de simples fermes, appuyés sur les pilastres montant de fond. Notre restitution (voy. pl. 85) suppose qu’il y eut des arcs doubleaux.

1 Tous les renseignements que j'ai donnés sur ce porche et le mur biais qui le séparait de l’église, sont relatés dans un article très intéressant « Ristauri alla prepositurale di S Fedele in Como » publié en décembre 1871 pat Jt. le chanoine Barelli dans la : « Rivista archeologica délia promeut di Como ». Cet article a le mérite de donner aussi une très bonne leçon, en montrant dans quel esprit de prudence et de la sincérité il convient de restaurer les rnonuments.

s Hœc basilica Iota est concamcrala, et ad Immani corporis ef/igiem juxta YUnivii architecti prœmptum condita, pinaculum Imbens in summilale perlusum, quoi rnlgo tugurium noncupalur ». Ce passage de Commentaires de Giovio contient une curieuse allusion aux préceptes do Vitrnve, qu’on acceptait alors comme parole d’évangile. Il faut dire que, au temps de Giovio, Saint-Fidèle passait pour un édifice de haute ancienneté, qu’auraient bâti, sinon les païens, du moins les premiers chrétiens. Cette origine étant admise, on pouvait, à la rigueur, invoquer Vilruve.

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Ouant à la coupole, son surhaussement considérable, la légèreté relative de sa consti uction, et la structure du tambour qui l’enveloppe, ne laissent aucun doute sur sa reconstruction moderne. On s’assure, en la visitant, qu’elle fut autrefois ouverte au sommet : une lanterne la surmontait sans doute. Cette coupole a dû remplacer une voûte du même genre, mais notablement plus basse et plus massive, que nous avons essayé de restituer sur les planches 85 et 84. Une toiture en bois ne devait point exister d’abord en ce lieu, à raison des voûtes qui abritèrent, dès l’origine, la tribune et les bras du transsept, et de la fréquence des coupoles voûtées dans les églises lombardes. Remarquons, en outre, que la base carrée du tambour parait ancienne, du moins en majeure partie, et que le passage du carré à l’octogone s’y fait extérieulement à une hauteur assez grande pour ne laisser guère de doute sur l’existence d’une coupole plus ancienne, contemporaine de l’édifice lombard.

Les autres voûtes du vaisseau principal se composent de demi-coupoles octogonales sui les bras du transsept et, sur la tribune, d’un berceau suivi d’une demi-coupole décagonale. Elles portent directement sur l’extrados les dalles schisteuses de la couverture, et laissent voir au dehors, par leur forme caractéristique, cette intéressante particularité du système de construction.

Les collatéraux sont pareillement abrités par une couverture en pierres immédiatement posée sur les voûtes, si bien que, à part la toiture de la grande nef, il n’entrait pas un morceau de bois dans le gros œuvre de l’édifice. Évidemment, on voulut se passer de bois le plus possible, et cette intention qui détermina la construction des voûtes, eut aussi pour effet, comme à Sainte-Sophie de Constantinople, de faire paraître à l’extérieur les formes de ces voûtes. C’est là, peut-être, le trait le plus original de 1 architecture de Saint-Fidèle. D’autres églises lombardes furent probablement couvertes dans le même système; mais des changements faits après coup n’en laissent subsister que des exemples assez rares et toujours incomplets, sauf dans quelques rotondes de petites dimensions, telles que Saint-Thomas d’Almenno et le baptistère d’Arsago.

hes voûtes collatérales sont d’une structure particulièrement intéressante, surtout a l’étage supérieur. Celles du rez-de-chaussée consistent en voûtes d’arête à peine surhaussées, établies alternativement sur plans carrés et triangulaires dans les galeries tournantes du transsept, et seulement sur plan carré dans les bas-côtés de la nef. Elles se continuent l’une l’autre sans être séparées par des arcs doubleaux, toutes celles du même collatéral ayant une surface cylindrique commune, rectiligne dans la

oôi

petite nef, et pliée, dans le transsept, à la demande du mur polygonal de l’enceinte. Le défaut de surhaussement et l’absence d’arcs doubleaux font ressembler ces voûtes bien plus aux voûtes d’arête romaines qu’à celles du moyen âge ; mais ces dispositions exceptionnelles tiennent sans doute à l’obligation où l’on était, vu le peu de hauteur disponible, de ne rien perdre de cette hauteur.

Au premier étage, des arcs doubleaux joignent les supports isolés aux contreforts intérieurs de l’enceinte. Les compartiments carrés sont couverts par des voûtes d’arête rampantes, et des voûtes analogues abritent les compartiments triangulaires des transsepts. La couverture en dalles schisteuses est directement appuyée sur les surfaces d’extrados, dont l’inclinaison détermine la pente du toit. Grâce à cette inclinaison, au choix du système de voûtes et à leur minime exhaussement, l’on a très bien résolu le problème de couvrir en maçonnerie les appentis des collatéraux, tout en réduisant à un faible volume les remplissages nécessaires pour régler la pente. Il n’y a guère matière à critique que sur un point, savoir : l’amincissement du mur d enceinte à l’étage supérieur des galeries tournantes, et la moindre saillie donnée aux éperons intérieurs du même local comparativement à celle des éperons du rez-dechaussée. Ces amaigrissements ont pour effet de reporter vers l’extérieur, aux dépens de la stabilité, l’effort de renversement exercé par les voûtes rampantes du premier étage; mais ce n'est là qu’un défaut dans l’exécution, qui n’ôte rien au mérite du système adopté pour l’établissement des voûtes. Toutefois, il ne faudrait point attribuer aux architectes de Saint-Fidèle l’honneur d’avoir inauguré cette ingénieuse disposition, car on la trouve complètement appliquée longtemps auparavant dans la Rotonde carlovingienne d’Aix-la-Chapelle, à cela près que les voûtes rampantes de l’étage y sont des berceaux et non des voûtes d’arête comme dans l’église cômasque (voy. aux p. tu et us de la première partie, les plans et la coupe de la Rotonde d Aixla-Chapelle). Si donc le chevet de Saint-Fidèle se rattache, par sa forme générale, au type de Sainte-Marie du Capitole, il procède de la Rotonde de Charlemagne par l’agencement des voûtes et de leurs appuis.

Piliers. — Contreforts. — Fenêtres. — La structure des piliers est, en général, extrêmement simple. Seuls parmi les supports indépendants, les quatre principaux appuis, ceux qui portent la coupole, sont pourvus de demi-colonnes et dentelés par des ressauts que motive la double archivolte des arcs doubleaux de la croisée. Les autres supports isolés sont absolument dépourvus de formes décoratives. Les éperons

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dont ils sont munis vers les collatéraux sont uniques dans les piliers de la nef et doubles dans ceux des galeries tournantes, afin de fournir partout une saillie correspondante à chacun des éperons intérieurs de l’enceinte. Les appuis à double éperon et les contreforts des transsepts reproduisent identiquement par leur disposition et leur forme les supports de la Rotonde d’Aix-la-Chapelle.

Les contreforts extérieurs sont très peu développés, sans doute parce qu’on chercha les garanties de stabilité dans l’épaisseur de la muraille. L’application commune de ce système constitue encore un trait de ressemblance entre Saint-Fidèle et les églises rhénanes.

Les fenêtres, assez petites, se composent simplement d’un tableau compris entre deux embrasures lisses symétriquement disposées.

Abside. — L'abside mérite une étude particulière, à cause de l’art très achevé qui apparaît dans sa structure et sa décoration. Notons d’abord son contour polygonal, dont il n’existe pas d’autre exemple, croyons-nous, parmi les monuments de même style bâtis en Lombardie1, tandis que cette forme se rencontre assez fréquemment, sur les bords du Rhin, dans les églises d’un style roman avancé. A l’intérieur se développe, au rez-de-chaussée, une ordonnance de cinq niches, creusées en demicercle, encadrées par des arcatures et percées de petits œils-de-bœuf à larges ébrasements. Elles sont surmontées d’arcades sur colonnes, derrière lesquelles se trouve le passage qui fait communiquer ensemble les galeries hautes des deux transsepts. A la même hauteur s’ouvrent, dans la cloison du fond, trois fenêtres modernes dont la restauration n’est pas encore faite (voy. l’état actuel sur la vue perspective de la pl. 85)!. Trois fentes étroites, en forme de meurtrières, apparaissént au-dessus de la galerie extérieure. Niches et arcades produisent, au fond de l’abside, un excellent effet. Ces membres décoratifs de l’architecture servent aussi d’échelle pour faire apprécier les dimensions de l’édifice, les nombreuses et petites divisions qu’ils déterminent dans l’abside donnant de la grandeur à celle-ci, et par suite au monument tout entier.

Aux deux étages intérieurs correspond un étage extérieur unique (voy. pl. 85),

1 A l’abside de Saint-Carpophore près Côme, le soubassement seul est polygonal; et encore s’approchc-t-il d'un contour circulaire, à cause du grand nombre de facettes.

* Un seul comparatif récemment fait entre trois formes de fenêtres a conduit la Commission provinciale d’archéologie h rétablir les fenêtres de l’abside conformément à la restitution figurée sur les planches 85 et 84.

dans lequel sont percés, sur les faces du polygone, entre les vigoureuses nervures qui séparent ces faces l’une de l’autre, les œils-de-bœuf du rez-de-chaussée et les fenêtres de la galerie de circulation interne. Par-dessus cetle robuste construction s’élève, en manière de second étage, ou plutôt d’attique, une haute et spacieuse galerie extérieure, composée d’arcatures appuyées sur des colonnettes : les étroites fenêtres du troisième rang s’ouvrent au fond de cette galerie. Chaque étage a sa corniche, formée d’un bandeau que soutiennent de petites arcatures sur consoles.

Les dispositions décoratives du parement extérieur offrent beaucoup de mérite et d’intérêt. On doit y remarquer d’abord le mode de liaison des deux étages. Parfois, dans les absides lombardes, cette liaison fait défaut ou n’existe qu’à peine. Il en est ainsi à la Cathédrale de Parme, où les arcades de l’étage inférieur se terminent audessous de la galerie de circulation. D’autres fois, comme à Saint-Michel de Pavie, l'abside est pourvue de contreforts qui montent jusqu’au sommet en interrompant la suile des arcatures. Mais alors, il n’y a point, à proprement parler, deux étages, la galerie se trouvant réunie au corps de l’abside par le prolongement des éperons. (1 en est de même lorsque, comme à la Cathédrale de Modène, ces éperons, au lieu de monter jusqu’au toit, soutiennent des arcades aveugles enveloppant les arcatures.

A Saint-Fidèle, les deux étages sont distincts, parce que les contreforts à nervures s’arrêtent au pavé de la galerie. Us se relient en même temps l’un à l’autre grâce à la prolongation immédiate de chaque éperon par une colonnette de l’attique. Cette solution mixte réunit les avantages des autres systèmes. Elle laisse de l’importance à l’attique tout en le rattachant bien au corps de l’abside. La même solution détermine aussi dans la membrure de l’édifice d’intéressantes combinaisons de formes. A de simples nervures franchissant d’un jet la hauteur de la muraille, nervures qu’on n’a guère réussi nulle part à bien lier au couronnement, quand on leur a donné de vigoureuses saillies, sont substituées deux tiges inégales superposées, pourvues de bases et de chapiteaux; puis, au-dessus du sommier de la colonnette apparaît l’arête vive du prisme polygonal. De là une diversité d’aspect attachante pour l’œil et très favorable à l’effet décoratif.

Les éperons de l’ctage inférieur font une saillie assez prononcée, de telle sorte que, en installant d’aplomb, comme il convenait, sur les chapiteaux des demi-colonnes appartenant à ces nervures, les colonnettes d’angle de la galerie haute, l’attique vint en surplomb et les colonnettes intermédiaires portèrent à faux (vov. la coupe AA de la pl. 82 et le détail à grande échelle de la pl. 87). Pour les soutenir, il fallut donner

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beaucoup.de relief aux petites arcatures de la corniche basse, surmonter celle-ci d’un robuste bandeau, et, de plus, faire ressauter ce bandeau, en manière de console, sous le pied des colonnettes. De cette corrélation entre les formes de la corniche inférieure et l'encorbellement de l’attique, il résulte, en définitive, que ces deux parties sont étroitement associées et comptent effectivement ensemble pour former le couronnement général de l’abside. Le surplomb si bien motivé des œuvres hautes donne à ce couronnement une fermeté remarquable en même temps qu’une physionomie très originale.

Tandis que la corniche basse offre un aspect très robuste, approprié à sa fonction, celle de l’attique, qui couronne tout l’édifice et ne porte rien, a reçu plus de hauteur et des formes plus légères.

En toutes choses, à l’extérieur comme à l’intérieur, les convenances sont parfaitement observées ; et l’on peut dire, en général, de cet ouvrage, traité vraiment de main de maître, qu’il n’existe nulle part, en Lombardie, une abside romano-byzantine d’une décoration plus ferme, plus originale, mieux liée et concertée dans toutes ses parties.

Il y a cependant une réserve à faire dans l’éloge. Les alternances de ton des pierres appartenant aux œuvres hauteslaissent à désirer sous le double rapport de la régularité dans la répartition des couleurs et de la netteté dans l’expression des formes architecturales. Évidemment les constructeurs manquaient d’expérience en matière de décoration polychrome. Et les défauts précédemment signalés frappent d’autant plus que, eu égard aux matériaux employés, il existe un contraste violent entre les noirs restés très foncés, et les blancs, dont l’action des intempéries n’a guère affaibli l’éclat. A quoi bon, du reste, les oppositions de couleur dans une décoration en haut relief si complètement développée. En voulant trop dire, on risque de s’embrouiller. Mieux eut valu, sans doute, s’en tenir aux effets de contour et de saillie, qui suffisaient pour attirer le regard et le contenter.

Matériaux. — Appareil. — Les parements vifs se trouvant masqués à l'intérieur de l’église, par des enduits modernes, la coupe transversale de la pl. 85 ne donne, poulies parties internes, aucune indication d’appareil. A l’extérieur (Voy. pl. 84), nous n’avons marqué les joints que là où ils sont visibles, de telle sorte que les parties restituées ou cachées sous des constructions parasites se distinguent des autres par leur nudité.

La masse de l’édifice est bâtie, comme les autres églises lombardes de Corne, en cal-

caii'e do Moltrasio, pierre noirâtre d'une bonne qualité, à cassure esquilieuse. Avec elle furent mis en œuvre, à l’étage inférieur de l’abside, des morceaux de granit, principalement employés dans les nervures des contreforts et la tablette de la corniche. À l’étage supérieur, les colonnettes en marbre portent, des sommiers en granit : audessus de ceux-ci, des pièces de marbre blanc et noir revêtissent le sommet de la muraille. On fit encore usage d’un grès tendre et gélif, dit arenaria, qui se rencontre Surtout dans le couronnement extérieur des bras du transsept.

L’exécution des maçonneries est beaucoup plus soignée qu’à Saint-Abondio. Les assises, d’une hauteur variable entre 0",12 et 0m,45, sont parfaitement dressées de niveau. Elles se poursuivent régulièrement d’une face à la suivante, malgré ressauts et contreforts, excepté sur l’abside, ou les joints s’arrêtent aux éperons, bâtis à part en pièces de granit (Voy. pl. 85). Ces assises sont construites en pierres très bien équarries, généralement posées sur lit de carrière. Quelques-unes cependant, les plus hautes, se composent de blocs minces, placés en délit, à la façon d’un revêtement. L’intérieur des murailles est rempli en maçonneriede blocage. Les joints, d’une largeur uniforme, ont seulement quelques millimètres d’épaisseur.

Par la taille soignée de la pierre, le dressage très régulier des assises et la minceur des joints, Saint-Fidèle se rapproche des monuments lombards de la période la plus avancée, tels que Saint-Georges d’Almenno et le clocher de l’ancien hôtel de ville de Côme.

Décoration. — Sculptures. — Si l’on excepte l’abside principale, brillamment décorée, au dedans comme au dehors, par les formes mouvementées et expressives de la construction, et que l’on mette encore à part la grande porte du porche oriental, très richement ornée de sculptures, on peut dire de Saint-Fidèle qu’il est rare de voir une église de pareille importance aussi dénuée d’ornements. Peut-être même nos dessins en indiquent-ils, à l’intérieur de l’édifice, plus qu’il n’y en eut en réalité; car les chapiteaux à feuillages, placés au sommet des grandes colonnes engagées, sont des restitutions, motivées par la seule convenance d’attribuer des chapiteaux à des nervures pourvues de bases, et déterminées quant à la forme des sculptures, par l’exemple de deux chapiteaux des bas-côtés Un grand couronnement moderne en stuc masque encore aujourd’hui, tout autour de la nef principale et du transsept, le sommet des piliers, ainsi que la bande murale comprise entre le faîte des arcades les plus élevées et la naissance de la voûte.

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11 était naturel que les piliers courants de Saint-Fidèle, dont la structure est si simple et le modelé si sommaire, fussent couronnés seulement par des bandeaux moulurés, jouant le rôle d’impostes.

Ainsi, peu de détails dans les formes et peu d’ornements, tel est, à la réserve des exceptions mentionnées plus haut, le caractère- général de l’architecture, surtout à l’intérieur de l’église. Si néanmoins l’effet produit est satisfaisant, cela tientà la beauté de l’ordonnance, l’habileté de la composition et la variété des aspects. Mais il est peu probable qu’on ait renoncé, de parti pris, à l’emploi de toute ressource auxiliaire tirée de l’ornementation. 11 est même permis de supposer qu’on eut l’intention, eu bâtissant l’église, d’en couvrir les parois de peintures'. La forme des appuis serait alors parfaitement motivée, car elle répond aux exigences de ce système décoratif.

Les figures Vil à X de la pl. 87 montrent les profils d’impostes des piliers et éperons intérieurs. Le profil Vil, et surtout le profil X, sont les plus fréquents. Le galbe en est très ferme et remarquable par la substitution d’une doucine, ou d’un groupe de moulures à peu près équivalent, au simple chanfrein, creusé quelquefois en forme de cavet, qu’on rencontre habituellement dans les ouvrages plus anciens.

La ligure 1 représente le chapiteau de la plus petite des colonnes engagées dans l’appui numéroté III sur le plan général de la pl. 82. Le tailloir est d’une forme assez recherchée. 11 joue plutôt le rôle de sommier, attendu qu’un abaque couronne la corbeille. Du côté droit se détache, par un singulier caprice, une tête monstrueuse d’une saillie très prononcée.

Le chapiteau II appartient aux colonnettes engagées, dans le mur intérieur de l’abside, entre les niches du rez-de-chaussée. Il offre beaucoup d’analogie avec le précédent, qu’il surpasse toutefois en mérite, grâce à la meilleure disposition des volutes et à ses formes moins écrasées, robustes sans lourdeur. L’habileté et la netteté de la composition annoncent un art maître de ses ressources.

Le même éloge ne saurait être accordé aux chapiteaux III etIV, qui surmontent les colonnettes de la galerie haute, à l’intérieur de l’abside. Leurs sculptures, pesantes et confuses, rappellent les ouvrages médiocres du onzième siècle. Peut-être ces chapiteaux, qui sont trop larges pour les fûts, proviennent-ils d’une construction plus ancienne.

1 Des fragments de peintures ont été retrouvés sur divers points des parois intérieures. Mais, ce qui est surtout significatif, c’est que, lors du récent abaissement du pavé, on a découvert des peintures au pied même des piliers. Elles paraissaient dater du treizième ou du quatorzième siècle. Je tiens ces renseignements de M. l’abbé Balestra, qui dirigeait les travaux.

ARCHITECTURE LOMRARDE.

Les figures V et VI reproduisent deux chapiteaux de la galerie extérieure de l’abside. Le plus élégant, marqué VI, est seul de son espèce. Parmi ceux du type V, quelquesuns sont inachevés, les nervures des feuillages n’ayant pas été taillées : deux d’entre eux ont la corbeille garnie d’oiseaux, dressés sous les coins de l’abaque dans la posture habituelle, c’est-à-dire les ailes ouvertes. Ces petits chapiteaux sont d’une forme satisfaisante. Ils portent bien les robustes sommiers en granit sur lesquels retombent les arcades.

Mentionnons enfin les hauts chapiteaux cubiques des nervures rondes appartenant aux contreforts de l'abside (Voy. pl. 85). Leur hauteur inusitée, qui est loin de produire mauvais effet, vient de ce qu’ils ont même naissance que les chapiteaux attenants des nervures rectangulaires. On a fait preuve de goût en les tenant fort étroits et supprimant toute tablette de couronnement. Par là fut obtenue, aussi complètement que possible, la prolongation de la nervure ronde de l’éperon par la colonnette qui la surmonte. En outre, la prédominance de saillie reste franchement aux œuvres hautes, dont l’effet de surplomb eut été gravement contrarié par un renflement de quelque importance, interposé, sur les montants angulaires, entre le sol et la corniche.

Toutes les murailles anciennes, celles des nefs exceptées, se terminent par des corniches à petites arcatures, dont chaque arceau est pris tout entier dans une même dalle avec son cintre et ses demi-tympans. Quelquefois même, deux arceaux consécutifs sont taillés dans une seule pierre. Ces petits arcs, passés à l’état de bordure courante, ne gardent plus trace du procédé de construction qui avait primitivement motivé leurs formes. Nous ne reviendrons pas sur les corniches de l’abside, dont nous avons déjà parlé. Celles des autres parties de l’édifice leur ressemblent beaucoup, notamment par le profil des consoles, qui est partout le même. Toutefois les bandeaux sont simplifiés ; et les arcatures d'une même file, au lieu d’être égales en largeur, sont tantôt plus grandes et tantôt plus petites, suivant les dimensions des pierres qui les contiennent.

Porte orientale. — 11 nous reste, pour terminer ce qui regarde la décoration, à parler de la grande porte donnant accès au porche oriental ; à ce porche qui était logé, avec tant d’irrégularité dans la galerie tournante du croisillon gauche. Cette porte (Voy. pl. 84 et 86), est incontestablement contemporaine du mur qui la contient. Nous avons déjà vu que, privée de feuillures et ne portant aucune trace de gonds, elle n’était pas disposée pour être fermée. Cela résulte aussi de la forme même de la baie qui, au lieu d’avoir pour limite supérieure une plate-bande horizontale, se termine

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par deux linteaux arc-boutés. Car le choix de cette forme insolite, si incommode pour 1 établissement des vantaux, annonce clairement qu’on n’en voulut pas mettre, il n était même pas possible, eu égard aux moyens d’expression que possède l’architecture, de s’expliquer à ce sujet d’une façon plus significative.

L’ébrasement de la porte est orné de moulures consistant en longues doucines limitées et séparées par de petits cordons (Voy., sur lapl. 86, la section du montant). Le profil général en est mou. Les moulures des linteaux arc-boutés sont plus fermes. Entre une face inférieure très inclinée et la grande doucine, formant motif principal, se plaçent plusieurs ressauts à angle vif. Il en résulte, grâce aux oppositions d’ombre et de lumière, une série de rayures très vivement marquées, dont la finesse relative fait valoir la vigueur du linteau. Celui-ci est surmonté d’une petite cymaise, profilée aussi en forme de doucine et couverte d’ornements sculptés. Il est en outre accompagné d’une suite de fines arcatures rampantes, qui augmentent, avec beaucoup d’avantage pour l’aspect de la porte, l’importance de son couronnement.

On voit, par le dessin au dixième, représentant, sur la pl. 86, le sommetde la porte, que chaque rampant du linteau se compose, outre la cymaise, taillée à part, de deux longues pierres juxtaposées. L’arc-boutement a lieu par l’intermédiaire de deux voussoirs, découpés en forme de chevron, avec surfaces de joint normales aux lignes de pente. Ces voussoirs jouent le rôle de clef de voûte.

Tout l’espace compris entre l’ouverture de la voûte et les extrémités du pan de mur qui la contient est garni, sauf une petite bande laissée vide de chaque côté, par des sculptures qui s’élèvent jusqu’au pied du linteau. La porte n’ayant pas été placée au milieu du pan de mur, sa culée gauche, beaucoup plus développée que la droite, comprend, outre le montant, un large panneau, reproduit avec ce montant sur la pl. 80. Les sculptures du panneau montrent Daniel dans la fosse aux lions, assisté par Habacuc qui lui porte des aliments. Daniel, assis sur une chaise, est accompagné de trois lions devenus méconnaissables tant ils sont dégradés : deux de ces animaux lèchent les pieds du prophète. Faute de place, sans doute, le sculpteur leur a donné la taille de petits chiens. L’ange, messager de Dieu, soutient Ilabacuc par les cheveux, conformément au récit de Daniel (Daniel, XIV, 52 à 58). Sur le montant paraît un griffon qui maintient entre ses pattes et frappe à coup de bec un serpent ailé, tandis qu’un deuxième serpent lui mord la queue. Le champ de cette sculpture est occupé par des feuillages issus de la bouche d’une tête humaine et déroulés ensuite dans plusieurs directions.

L’autre montant de la porte, celui de droite, se partage en deux bandes vertica-

les, dont l’une contient des enroulements de feuillage, parmi lesquels un quadrupède, sans doute un chien, donne la chasse à une autre hôte ressemblant à un lièvre. Sur la seconde hande, deux serpents ailés accostent une tête d’animal pour la dévorer, à ce qu’il semble. Signalons enfin deux petites figures solitaires : une sirène sculptée à à la pointe du linteau brisé et une figure humaine, à pieds d’animal, assise tout en haut de la doucine extérieure de l’ébrasement gauche, au-dessus du serpent vaincu par le griffon.

Si les sculptures delà grande porte orientale sont d’un dessin souvent fort incorrect, témoin la figure d’Habacuc, dont la tête est presque aussi haute que les jambes, on ne saurait leur refuser le mérite d’être largement traitées. Cette qualité apparaît surtout dans la scène du griffon combattant les serpents ailés et dans les formes très amples des feuillages. Nous retrouvons ici, sur les chambranles du cadre extérieur de la porte, ces grandes figures d’animaux fantastiques, d’un relief prononcé et d’un arrangement capricieux, qu’on observe fréquemment, à la même place, sur les portes monumentales des églises lombardes, et qui font contraste presque toujours avec les ornements plus fins et plus réguliers des autres parties de l’encadrement. Les exemples de cette disposition paraissent assez nombreux et significatifs pour qu’il soit permis de les rattacher à l’observance d’un usage, dont sans doute les motifs et l’origine seraient intéressants à connaître.

r,5SUMé. — Conclusion. — Si nous faisons, au triple point de vue de la disposition, de la construction et de la décoration, le résumé des caractères originaux qui distinguent l’architecture de Saint-Fidèle, nous aurons à signaler, pour la disposition : la forme cruciale de l’église avec la terminaison en demi-octogone des bras du transsept et le contour semi-décagonal de l’abside principale ; le prolongement des collatéraux autour des croisillons; les galeries hautes couvrant entièrement les bas-côtés, avec quatre escaliers d’accès et deux galeries ménagées dans le mur de l’abside pour établir les communications d’un côté à l’autre de la grande nef; les petites absides contenues dans des murs droits et répétées à l’étage supérieur; enfin le porche oriental interrompant, au rez-de-chaussée, la galerie tournante du côté gauche.

Les traits les plus saillants du système de construction consistent dans rétablissement, sur toute les parties de l’édifice excepté la grande nef, des voûtes portant immédiatement la couverture en tablettes schisteuses; dans la forme généralement très simple des appuis; dans la notable épaisseur des murailles d’enceinte et l’exiguïté de

SAINT-FIDÈLE A COME

contreforts extérieurs ; dans les évidements en forme de niches ou de galeries pratiqués, sur trois étages, dans le mur de la grande abside et dans l’installation de tourelles saillantes au dehors pour contenir les principaux escaliers conduisant aux galeries hautes. Mentionnons aussi la beauté de l’appareil, la régularité des assises et la finesse des joints.

ha décoration intérieure devait surtout consister en peintures, à raison de la forme très simple des appuis, qui ne permettait pas de la fonder principalement, comme dans la plupart des églises lombardes voûtées, sur l’expression développée et détaillée du système de construction. La décoration extérieure est réduite, en général, à des corniches à petites arcatures. Toutefois, la grande abside se distingue, au dedans comme au dehors, par 1 élégance et la recherche de ses formes. On a même eu recours aux effets de couleurs provenant de l’alternance de pierres noires avec des pierres blanches pour orner avec un luxe particulier son couronnement extérieur. Certains chapiteaux ne sont pas sans mérite ; mais les sculptures les plus intéressantes se trouvent a la grande porte du porche oriental, remarquable aussi par son linteau brisé à deux pentes.

Quelques-uns des caractères que nous venons d’énumérer, tels que la forme des transsepts enveloppés de galeries tournantes, le contour polygonal de l’abside, l’évidement du mur d’enceinte de cette abside par un rang inférieur de niches et deux étages degaleries,la disposition des voûtes ctla forme des piliers dans les transsepts, l’installation des escaliers dans des tourelles spéciales, établissent entre Saint-Fidèle et certaines églises rhénanes de si frappantes analogies qu’il paraît impossible de méconnaître leur parenté. Et comme la primauté d’âge appartient, sans contredit, à la Rotonde d’Aix-la-Chapelle, puis à Sainte-Marie du Capitole, il faut reconnaître que le type original appartient à l’Allemagne et que, à Côme, se trouve l’imitation. L’influence rhénane apparaît donc, à Saint-Fidèle, d’une manière certaine et précise.

Nous avons annoncé, dès le début de notre étude sur cette église, qu’il y avait lieu d’en fixer la date vers le milieu du douzième siècle. Ce que nous avons dit ensuite n'a pu que confirmer cette présomption, sans toutefois nous donner le moyen de préciser davantage.

SAINTE-MARIE DEL TIGLIO PRÈS GRAVEDONA

Restes d’anciennes constructions. — Destination de l’édifice. — La petite église de Sainte-Marie del Tiglio est située dans une charmante position, tout au bord du lac de Corne, près du bourg de Gravedona. Elle est voisine de l’église de Saint-Vincent, bâtisse moderne à nef unique entée sur une église lombarde à trois nefs, de laquelle nous dirons quelques mots, bien qu’il n’en reste que les murs d’enceinte longitudinaux et la crypte, envahie tous les ans par les eaux du lac1 2.

Ces débris annoncent une construction du onzième siècle*, sur laquelle un acte de visite de l’année 1595, antérieur à la reconstruction faite en 1600, donne quelques renseignements dignes d’intérêt. On sait par cet acte, rédigé par l’évêque Ninguarda, dont nous avons déjà, à diverses reprises, cité le témoignage remarquablement clair et consciencieux, que l’ancien pavé de Saint-Vincent, en partie composé de marbre blanc et noir, était profondément enterré; que la charpente du toit menaçait ruine; et que, sur la première travée de l’église, s’élevait une tribune analogue à celle de de Saint-Àbondio, mais plus spacieuse, attendu qu’elle embrassait en largeur les trois nefs. C’est à cette dernière particularité qu’est due la position plus élevée des fenêtres latérales les plus voisines de la façade. Une autre ressemblance remarquable existait encore, sans doute, entre Saint-Vincent de Gravedona et Saint-Abondio de Côme. Toutes deux couvertes en charpente et privées de contreforts, au moins dans l’étendue

1 M. le chanoine Barelli a publié, dans le ascicule 5 (juin 1874) de la « Rivisla archeologica délia provincia di Como », une intéressante description, accompagnée de deux planches, de l’église de Saint-Vincent, à laquelle j’ai emprunté les renseignements que je donne sur celte église.

2 L’annaliste Tatti mentionne une consécration faite en 1072. Barelli. Rivista archeologica délia provincia di Como, Fasc. 7 et 8 (déc. 1875), p. 19.

SAINTE-MARIE DEL TIGLIO PRÈS GRAVEDONA.

des nefs, ces églises avaient probablement leurs grandes nefs limitées par des supports isolés pareils de forme et de structure, car deux colonnes de la crypte de Saint- \ incent, beaucoup plus grosses que les autres, et disposées évidemment pour soutenir, comme à Saint-Sauveur de Brescia (voy. pl. 15), les appuis supérieurs, sont bâties par assises de petits moellons à l’instar des principales colonnes de Saint-Abondio.

Revenons à Sainte-Marie del Tiglio qui, de temps immémorial, sert de baptistère à Saint-Vincent. Le titre de l’église pourrait faire douter que tel fut son rôle primitif, les baptistères étant, par destination voués à Saint-Jean-Baptiste; mais les peintures du chœur qui remontent à une date éloignée, sont consacrées au saint précurseur, en sorte que l’attribution du monument paraît bien établie, malgré le nom qu’il porte aujourd'hui. On sait d’ailleurs qu’une église de Saint-Jean-Baptiste existait très anciennement à Gravedona. Cela résulte du récit d'un miracle survenu dans cette église en 825. Une image peinte de la sainte Vierge aurait brillé pendant deux jours d’un éclat surnaturel. Peinture et monument furent renouvelés depuis cette époque; mais la persistance du culte de l’image miraculeuse a sans doute amené la substitution du nom de Sainte-Marie à celui de Saint-Jean-Baptiste. Il est aussi permis de supposer que, pour répondre en même temps aux exigences de la destination principale et à celles du culte spécial, introduit par le miracle du neuvième siècle, l’on ait voulu faire de l’édifice à la fois un baptistère et une église. De là proviendraient ses dimensions exceptionnellement étendues pour un baptistère, son clocher et les trois absides du chevet.

Le déblaiement du sol extérieur, fait en 1875 tout autour de Sainte-Marie del Tiglio , a mis à découvert, du côté du lac, plusieurs débris de murailles construites en cailloux roulés et mortier de couleur rose*. Ce sont probablement les restes du monument primitif. On est d’autant mieux fondé à l’admettre qu’un tronçon de colonne engagée, trouvé parmi les ruines, porte le mot AMEN gravé en caractères du cinquième ou du sixième siècle*. Les matériaux de cet édifice paraissent avoir été réemployés pour la construction de Sainte-Marie del Tiglio. On reconnaît, en effet, dans le linteau de la

1 Ce système de construction est celui des monuments les plus anciens du territoire de Corne. Viennent ensuite les constructions de petits moellons calcaires grossièrement taillés. Puis, à la fin du haut moyen-âge, au douzième siècle, apparaissent les édifices bâtis en matériaux bien taillés, bien appareillés, à joints très minces et diversement nuancés.

s Je tiens ce fait de M. l’abbé Balestra. Les autres renseignements relatifs aux fouilles de 1875 et aux débris de l’église primitive sont consignés dans un article intitulé : <( Ristauri alla sauta Maria ciel Tiglio in Vraveaonu », qui a paru dans le fascicule 12 (nov. 1877) do la Rivista arch. délia prov. di Como.

porte principale, ouverte au pied du campanile, un ancien linteau dressé sur champ, dont les crapaudines et les ébrasements primitifs apparaissent aujourd’hui sur la lace antérieure, qui jadis était horizontale (voy. p. 372, fig. I). Un peu au-dessus de la même porte, sont encastrées dans lu muraille quelques pierres portant des sculptures d’un relief très bas et méplat. Deux de ces sculptures qui devraient se suivre, représentant un centaure tirant de l’arc et un cerf frappé d’une flèche, sont séparées l’une de l’autre par deux autres pierres, à la façon de débris réemployés. Elles proviennent sans doute du monument plus ancien auquel appartenait aussi le linteau de la maitresse porte et rien n’empêche de les attribuer au cinquième ou au sixième siècle avec le tronçon de colonne portant l’inscription AMEN.

Plan. — Dispositions intérieures1 2. — L’église de Sainte-Marie del Tiglio (voy. les pl. 88 et 89 et les dessins de la p. 372) se compose d’un corps de bâtiment presque exactement carré — il mesure à l’intérieur 12m,65 de longueur sur 12", 15 de largeur — renflé au dehors par trois hémicycles sur les faces de l’est, du nord et du midi, et par une tour carrée du côté de l’ouest*. L’abside orientale, aux parois évidées par trois niches, est accompagnée de deux autres niches jouant le rôle d’absides secondaires. La porte principale s’ouvre au pied du clocher, dont l’étage inférieur sert ainsi deveslibule à l’église. Sur le côté méridional sont deux autres portes, l’une assez grande, l’autre étroite et réservée sans doute pour l’usage du clergé. Le pavé actuel est relevé de deux marches au-dessus du pavé primitif.

Au-dessus du rez-de-chaussée que nous venons de décrire se développe à l’intérieur de l’édifice, autour du corps de bâtiment rectangulaire, une galerie de circulation

1 Les dessins de Sainte-Marie del Tiglio ont été publiés, en quatre planches, accompagnées d'une courte notice, par M. le comte Ed. Mella, dans YAteneo religioso de Turin (n° 29 de l’année 1872). L’année suivante parut dans la Rivista arclieologica délia provincia di Como. (Fascicule 5, juin 1873) une étude plus développée, faite par M. le chanoine Barelli. Elle contient six planches, dont les quatre premières, donnant les dessins d'ensemble du monument, sont tirées au moyen des lithographies, prêtées par le comte Mella, que celui-ci avait fait préparer pour sa propre publication. Je mc suis aidé, très utilement pour mon travail, de ces deux importantes sources d’observation.

2 A Gravedona même, se trouve une petite église, appelée San Gusmeo, datant du milieu du treizième siècle, quj se composait, avant les modifications faites au commencement du seizième siècle, d’un carré central flanqué sur trois côtés par des absides et sur le quatrième côté par un vestibule rectangulaire. Ces quatre appendices couvrant complètement en largeur les faces du carré central, celui-ci n'apparaissait au dehors que par ses œuvres hautes. Le même parti fut adopté pour la petite église de Saint-Benoît, près Saint-Pierre de Civale, et aussi, avec certains arrangements particuliers, pour les Baptistères de Galliano et de Biella. A Sainte-Marie del Tiglio, les appendices saillants sont beaucoup moins développés. Toutefois S. Gusmeo offre avec cet édifice une analogie assez marquée pour que, eu égard au proche voisinage des deux monuments, il y ait lieu de la signaler. Voyez au sujet de S. Gusmeo : Riv. archeolog. délia proi ». di Como, fasc. iî (juin 1874). Barelli, Allre chiese nelle tre pievi, p. 7 et 8.

SAINTE-MARIE DEL TIGL10 PRÈS GRAVEDONA. 367

faisant office de premier étage. On y monte par deux escaliers tournants logés dans l’epaisseur du mur, de part et d’autre de L’entrée. A l’est et à l’ouest, où les murailles sont plus grosses, parce quelles contiennent, d’un côté, les petites absides et, de 1 autre, les escaliers, on a pris la galerie sur l’épaisseur du mur, en réduisant cette épaisseur au nécessaire depuis la plate-forme de l’étage jusqu’aux rampants du toit. Mais sur les faces du nord et du sud, il a fallu élargir le passage au moyen d’un surcroît d’épaisseur donné aux murailles par des arcades plaquées, au rez-de-chaussée, contre leurs parois intérieures. Sur les mêmes faces, la galerie passe sous une suite d’arcatures soutenues par des colonnettes au lieu qu’elle règne à découvert, sans autre abri que le toit, sur les côtés de l’est et de l’ouest (Yoy. pl. 88 et la fig. Il, p. 572). Par cette combinaison, les murailles du nord et du midi, seulement évidées par la galerie, reprennent, au-dessus de celle-ci, toute leur épaisseur, qu’elles conservent jusqu’à la rencontre du toit, ce qui restreint au strict nécessaire la portée des fermes en charpente.

Les arcades plaquées contre les murs de l’étage inférieur sont au nombre de trois de chaque côté. Celle du milieu, qui est la plus grande, encadre l’ouverture de l’hémicycle. Les deux autres sont de dimensions inégales à cause de la position de cet hémicycle qui est plus rapproché du chevet que de l’entrée. De part et d’autre de l’hémicycle les arcades retombent sur une colonne complètement détachée du mur, disposition très rare dans l’intérieur d’une église lombarde. On retrouve le même motif dans l’abside principale.

Les fenêtres du rez-de-chaussée sont petites et très étroites ; il y en a trois dans la grande abside et une dans chaque petite. Un simple œil-de-bœuf traverse le mur de chacun des hémicycles du nord et du midi. À l’étage supérieur sont des fenêtres plus spacieuses, au nombre de cinq, dont l’une, relativement très haute et très large, est ouverte à l’est, au-dessus de la grande abside.

Les absides et les niches sont voûtées en cul-de-four tandis qu’une couverture en charpente abrite le principal corps de bâtiment. Les fermes, au nombre de six, sont disposées à l’aplomb des colonnettes de la galerie : encastrées dans le mur, elles reposent aussi, par une judicieuse précaution, sur de robustes corbeaux. Ces fermes, très simplement disposées, construites avec des bois d’un fort équarissage, fortifiées dans leurs membres principaux — les arbalétriers et le tirant — par des fourrures terminées en forme de consoles, sont très bien agencées pour produire un bon effet dans la position élevée qu’elles occupent. Elles appartiennent au même type que les fermes

de l’église San Miniato à Florence et conviennent parfaitement pour la toiture appareil te d’une salle monumentale.

Décoration intérieure. — Les nombreux et intéressants accidents de forme des parois : abside principale évidée par des niches, petites absides, hémicycles des faceslatérales, arcades du rez-de-chaussée plaquées contre le mur, arcatures profondes de la galerie haute, donnent à l’intérieur de l’édifice une physionomie pleine d’animation et d’originalité. Mais, sauf les six colonnes de l’étage inférieur, la tablette couronnant cet étage et les colonnettes des arcatures, on ne voit partout que surfaces lisses, dépourvues de sculptures et de moulures. Même les ébrasements des portes et des fenêtres sont constamment lisses vers l’intérieur de l’église, quoique les ébrasements extérieurs soient en majeure partie dentelés de nervures. Cette recherche de la simplicité dans le détail des formes, cette parcimonie d’ornements en relief, annoncent assez visiblement l’intention de recourir surtout à la peinture pour la décoration intérieure. On parait donc avoir suivi, à Sainte-Marie del Tiglio, le système généralement adopté pour les églises de Côme depuis Saint-Abondio jusqu’à Saint-Fidèle. Peu importe que, parmi ces monuments, les uns soient parementés en petits moellons grossièrement façonnés et les autres en pierres taillées et assemblées avec beaucoup de soin. L’appareil étant le même, dans chacun d’eux, à l’intérieur et à l’extérieur, les différences qui existent à ce sujet tiennent à la diversité des dates ou à d’autres circonstances indépendantes du parti adopté pour l’ornementation.

Au reste, les peintures subsistent à Sainte-Marie del Tiglio. Elles tapissent encore presque complètement les parois de l’étage inférieur. On en compte même trois couches appliquées sur des enduits qui se recouvrent les uns les autres : les plus récentes datent des environs de l’an 1500 *. Quoique très dégradées, ces peintures offrent beaucoup d’intérêt. Il ne semble pas que les murailles de l’étage supérieur, dont l’appareil est marqué sur la coupe de la pl. 88, aient jamais reçu d’enduit, ni par conséquent de peintures.

De grands autels modernes occupent les hémicycles du nord et du midi. Signalons encore le Christ en croix placé dans la petite abside de gauche, au-dessus de l’autel (Yoy. pl. 88)’. Cette longue figure en bois de stature colossale, aux membres prodigieu-

1 Riv. arcli. délia prov. di Como, fasc. Z. Barelli Santa. Maria del Tiglio , p. 7.

2 Ce Christ provient sans doute de l’ancienne basilique de Saint-Vincent, où il aurait été suspendu, suivant l’usage, à la poutre horizontale qui traversait la grande, nef, à l'entrée du chœur.

SAINTE-MARIE DEL TIGLIO PRÈS GRAVEDONA.

sement effilés, à la tête microscopique, produit un effet des plus étranges, à la fois lamentable et effrayant. C’est un curieux spécimen de l’influence exercée par l’art bysantin sur la sculpture italienne.

Décoration extérieure. — Des corniches à petites arcatures couronnent toutes les murailles. Elles sont reliées au soubassement, profilé comme une base altique, par des bandes murales, auxquelles des colonnettes sont associées sur les parois des absides. Des arcatures, très étroites et d’une forte saillie, retombent sur de robustes consoles, dans les intervalles des nervures montant de fond. Celles des absides ont une double

archivolte (Voy. le détail ci-dessus, donnant la corniche d’une abside latérale). La tablette supérieure y est renforcée par une assise à dents de scie, qui manque aux corniches plus élevées des murs droits. Signalons encore l’extrême minceur de celles des bandes murales qui se prolongent jusqu’au sommet de la muraille de part et d’autre de chaque abside. Ces maigres cordons ne laissent rien à désirer pour le dressage des arêtes et le soin de l’exécution.

Les embrasures externes des portes et des fenêtres sont tapissées de nervures rondes ou carrées, auxquelles des cordons profilés en cavet et surtout en doucine sont fréquemment associés. Les fig. À et B représentent les profils d’ébrasement d’une fenêtre latérale de la grande abside et de la plus importante des deux portes tournées au midi. Faute de chapiteau, les nervures se prolongent sans interruption du piédroit sur l’archivolte, enveloppant ainsi la baie d’un cadre continu (Voy. pl. 89 et p. 372, fig. 1).

La continuité des moulures et la forme adoucie de certains profils donnent aces cadres un aspect de mollesse assez prononcé. Pareilles dispositions ne s’observent, soit en Italie, soit ailleurs, que dans des édifices appartenant à la période finale du style

romano-byzantin. On les retrouve plus tard, dans l’architecture du bas moyen-âge, à la dernière époque du style ogival. Dans l’un et l’autre cas, elles sont un signe de vieillesse et de déclin.

La décoration extérieure consiste encore, pour une large part, dans les alternances de couleur résultant de l’interposition d’assises blanches, en marbre de Musso, parmi des bandes plus larges, formées de plusieurs assises en marbre noir d’Olcio. Ces rayures se poursuivent presque toutes au même niveau sur le pourtour de l’édifice. Le dessin fait aussi voir que les pierres blanches cessent d’être régulièrement distribuées sur la surface du pignon; et, comme la même observation s’applique au mur opposé, où de plus les arcatures rampantes sont ogivales en majeure partie (Voy. la fig. I de la p. 572), on est conduit à supposer que les portions les plus élevées des murailles, c’est-à-dire les pignons de l’est et de l’ouest, qui correspondent en hauteur aux fermes de la toiture, ont été refaits après coup. Peut-être cette reconstruction fut-elle occasionnée par quelque incendie du comble en charpente.

Si on laisse de côté ces parties remaniées, relativement peu étendues, le restant de l’édifice présente, dans sa décoration polychrome, une remarquable régularité. Le baptistère de Gravedona est, à cet égard, en notable progrès sur les églises de Côme. I) ne le cède d’ailleurs à aucune d’entre elles pour les soins donnés à la taille des pierres et à l’exécution des maçonneries.

Clocher. — La fig. 1 de la p. 372 montre de haut en bas le clocher, dont la partie supérieure apparaît seule sur le dessin de lapl. 89. Cette partie haute, bâtie en forme de prisme octogonal à côtés inégaux, avec des matériaux petits et mal taillés, grossière-

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ment assemblés, se distingue nettement de la construction inférieure à section rectangulaire, dont les parements sont exécutés avec le plus grand soin, par bandes noires et blanches, comme ceux du restant de l’édifice. Évidemment, il y a là deux constructions distinctes.

La partie basse se divise intérieurement en trois étages, marqués au dehors par le cordon qui surmonte la porte et par deux frises à petites arcatures. Les deux étages inférieurs sont voûtés : le troisième a son dallage au même niveau que le pavé de la galerie intérieure du bâtiment principal.

La partie haute du clocher comprend cinq étages, dont quatre octogonaux et le dernier circulaire. Celui-ci, garni extérieurement de vingt-quatre nervures, colonnettes alternant avec des pilastres, contient la voûte en forme de coupole octogonale qui abrite la tour et porte immédiatement la couverture. Au siècle passé, huit petites pyramides furent ajoutées à cet étage, au droit des angles de l’octogone : nous les avons supprimées sur nos dessins ainsi que l’aiguille du sommet. Les quatre étages placés au-dessous sont uniformément couronnés par une tablette qu’accompagnent deux assises à dents de scie. Des bandes de petites arcatures supportent ces frises aux premier, second et quatrième étages : le troisième étage, beaucoup plus bas que les autres, est privé de petits arcs. Il manque aussi de bandes murales angulaires; et ses parois sont pleines, au lieu que celles des autres étages sont évidées par des fenêtres biforées ou triforées, ouvertes sur les quatre grands côtés de l’octogone. Les petits côtés ne sont percés de baies qu’au quatrième étage,

La disposition interne de la partie du clocher correspondant aux trois premiers étages octogonaux mérite une étude particulièrement attentive (Voy. p. 572, fig. II). Quatre arcs, deux par deux parallèles aux faces principales et entre-croisés à angle droit sont appuyés sur la construction basse plus ancienne et supportent une tour carrée intérieure, liée dans les angles à l’enveloppe externe. Trois étages de baies évident les parois de cette tour. L’étage moyen présente un arrangement très compliqué et très original (Yoy. p. 372, fig. III). A chacune des fenêtres triforées extérieures correspond une fenêtre intérieure exactement pareille. Puis à chaque angle se trouvent, entre les deux enceintes, deux ouvertures géminées très étroites percées dans les murs de liaison. Quarante ouvertures et vingt-quatre colonnettes sont ainsi disposées dans l’étage en question. Mais il n’en paraît qu’une partie à l’extérieur, à cause des pans coupés en maçonnerie pleine qui masquent les baies géminées des encoignures. Aussi la surprise estelle grande, lorsque visitant l’intérieur du clocher, l’on y découvre ces fenêtres inutiles.

L’observation attentive du monument a fait découvrir à M. l’abbé Balestra le motif d’une si singulière disposition. Les deux étages inférieurs de la tour octogonale, où des

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