‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 59 sur 112 · I II · texte numérisé non relu

I II

ouvertures biforées et triforées n’apparaissent maintenant que sur les faces principales, avaient reçu dans l’origine une forme différente de celle qu’ils affectent aujourd’hui.

SAINTE-MARIE DEL TIGL10 PRÈS GRAVEDONA.

Sur la hauteur de ces deux étages, la maçonnerie des pans coupés ne se lie point à celle des faces principales. Les joints horizontaux ne se prolongent pas d’un côté à 1 autre des arêtes, et chaque arête forme elle-même une ligne continue de joints verticaux1. On reconnaît aussi, grâce aux saillies des tablettes de couronnement, qui laissent voir, sur une certaine profondeur la suture des maçonneries primitives avec le remplissage postérieur, que les plans de séparation, passant par les arêtes du prisme octogonal, sont dirigés normalement aux grandes faces de ce prisme. Il suffisait d’ailleurs, pour établir ce fait, de rapprocher l’une de l’autre deux circonstances nécessairement corrélatives, à savoir : le remplissage postérieur des pans coupés de l’octogone, el l’obstruction par ce remplissage des huit petites baies géminées d’encoignure. Car l'on ne pourrait dégager ces baies qu’à la condition de faire disparaître quatre prismes triangulaires, dont les facettes de contact seraient normales aux grandes faces de la tour.

Les fig. 111 et IV (p. 372) donnent la restitution de l’état primitif pour les deux étages en question. Le campanile s’y composait d’une enceinte carrée intérieure, augmentée de quatre avant-corps rectangulaires ayant même largeur que les faces auxquelles ils s’accrochent. Disposition très élégante; très favorable aussi pour donner de l’élancement à un clocher. Le remplissage des échancrures angulaires, grâce auquel la partie haute fut transformée en tour octogonale, eut évidemment pour motif la nécessité de. rendre le campanile plus massif et plus solide. Sans doute il eut à souffrir du branle des cloches, à la suite peut-être du changement et du renforcement de celles-ci. Mais,, en le restaurant, l’on ne conserva des œuvres hautes, de celles qui surmontent la base carrée, que les deux étages inférieurs. Après les avoir consolidés par l’addition des massifs de maçonnerie qui transformèrent en octogone la section cruciale primitive, on construisit à neuf les trois étages les plus élevés. Cela n’est point douteux, car les deux premiers de ces étages reçurent immédiatement, sans retouche postérieure, la forme octogonale, témoins les [lierres d’encoignure communes partout à deux faces contiguës.

L’unité de style et de procédés d’exécution, qui apparaît dans ces œuvres hautes, donne à penser, d’ailleurs, qu’il ne s’est pas écoulé beaucoup de temps entre leur construction primitive et les remaniements opérés plus tard. O11 aurait donc au moins trois, ou plutôt quatre périodes, à noter dans la construction du campanile, indépen-

1 Ces particularités de l’appareil sont fidèlement représentées sur la fig. I de la p. 572. Le dessin de la pl. 89 est inexact en ce qui les concerne.

damment des adjonctions modernes de l’étage supérieur. Ce seraient : en premier lieu l’érection de la partie carrée de la tour, qui fait corps avec l’église ; en second lieu, la reprise de cette partie carrée sur la hauteur des rampants du toit ; puis la construction, sur un plan crucial, des deux premiers élages de la portion supérieure du clocher; enfin la transformation de la section cruciale en section octogonale et l’addition des étages les plus élevés. Nous avons sur la fig. II de la p. 572, distingué l’une de l’autre ces constructions successives par des hachures d’un trait différent ou diversement inclinées.

Caractères ahtistiques et date du momjjiekt. — Par les niches creusées dans les parois de l’abside principale ; les petites absides contenues, sans saillie extérieure, dans le mur de fond ; l’intime liaison du clocher avec l’église; l’emploi sur les parements externes de matériaux alternativement noirs et blancs, Sainte-Marie del Tiglio appartient nettement à ta famille comasque des monuments lombards. En même temps, les niches de l’abside et l’incorporation du clocher dans le bâtiment principal témoignent pour cet édifice, comme pour ceux de la même famille, de l’intervention d’une influence étrangère provenant des pays d’outre-mont.

Tous les détails de la construction et de la décoration annoncent un art très avancé. Le progrès est sensible même par rapport à Saint-Fidèle, à cause surtout de l'usage bien plus complet et régulier des alternances de tons dans la décoration extérieure. Évidemment le baptistère de Gravedona est le plus récent des édifices que nous ayons étudiés jusqu’ici dans le groupe comasque. Construit avant le cloître de Piona, il remonte sans doute à la fin du douzième siècle*.

La partie haute du clocher, quoique très différente des œuvres basses, et par la grossièreté de la construction et par la petitesse des motifs, ne doit pas cependant leur être postérieure de beaucoup. Mais la forme accidentée de la section cruciale primitive, la faible hauteur et la multiplicité des étages, enfin les ouvertures plus ou moins subdivisées par des colonnettes, qui sont pratiquées en grand nombre dans ces divers étages, éloignent le clocher de Sainte-Marie del Tiglio du type ordinaire du campanile lombard, si simplement disposé, si sobrement décoré. Il appartient plutôt au type des campaniles très ornés, à nombreuses divisions horizontales, que l’on rencontre plus ou moins fréquemment dans presque toutes les contrées où vint en usage 1 architec-

1 Sans assigner une date précise au baptistère de Gravedona, M. le comte Mella et M. le chanoine Barelti repoussent l’opinion vulgaire qui attribue à cet édiûce une très haute ancienneté.

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