‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 60 sur 112 · SAINTE-MARIE DEL TIGI.IO PRÈS GRAVEDONA · texte numérisé non relu

SAINTE-MARIE DEL TIGI.IO PRÈS GRAVEDONA

lure romano-bysantine. Aussi quoique ce dernier genre de clochers n’apparaisse guère en Lombardie avant l’époque ogivale, peut-on reconnaître, abstraction faite du motif terminal, un certain air de parenté entre les œuvres hautes du campanile de Sainte- Marie del Tiglio et ces brillants campaniles lombards dont les tours milanaises de Saint-Gothard et de Chiaravalle offrent des exemples si remarquables.

Terminons cette étude en disant avec M. le chanoine Barelli, que, par la forme élégante de l’ensemble, l’originalité et la variété des diverses parties, la beauté des matériaux, l’exécution très soignée des maçonneries et les précieuses fresques des parois intérieures, Sainte-Marie (lel Tiglio mérite d’être considérée comme un monument de premier ordre, digne des soins les plus attentifs.

CLOITRE DE PIONA

En face de Gravedona, sur la rive opposée du lac de Corne, se trouve la petite et pauvre église de Piona, contre laquelle est adossé le charmant cloître dont nous allons parler brièvement. Cet édifice se compose d’une cour carrée de douze à treize mètres de côté, environnée de portiques, avec onze arcades sur chaque face. Deux inscriptions scellées dans le mur annoncent que le cloître fut bâti de 1252 à 1257 par le prieur llonacorso de Gravedona. Les arcades, élégantes et fermes d’aspect, sont particulièrement intéressantes par les chapiteaux et les bases des colonnettes et. la décoration polychrome de la construction appuyée sur ces colonnettes.

Chapiteaux et bases appartiennent franchement au pur style ogival, à celui. des pays d’outre-mont. Le profil des moulures, la forme des feuillages et leur exécution, tout annonce que l’auteur de ces sculptures n’était pas italien, ou du moins qu’il s’était fait la main hors de l’Italie. On pourrait même, à la vigueur du modelé, à l’aspect large et plantureux de l’ornementation végétale, reconnaître ici, presque à coup sur, un ouvrage de l’école bourguignonne. Donc, au treizième siècle, dans le cloître de Piona, comme au douzième, dans l’église de Saint-Fidèle, et, au onzième, dans celledeSaint- Abondio, apparaît nettement l'empreinte d’un art étranger. Cet art est tantôt bourguignon, tantôt rhénan, ainsi qu’il devait arriver naturellement, eu égard à la position géographique du lac deCômeet aux fréquents rapports de ses riverains avec la Bourgogne et l’Allemagne.

Le parement des arcs et de la frise du couronnement se compose de matériaux diversement nuancés, blancs, noirs et rouges, cette dernière couleur étant réservée pour la deuxième archivolte, celle qui retombe sur les sommiers blancs à petites consoles. L’addition de pierres rouges témoigne, par rapport au baptistère de Gravedona, d’un

CLOITRE DE PIONA

progrès dans la décoration polychrome. Et cette innovation n’est point un simple fait accidentel, car l’on retrouve les mêmes matériaux tricolores à l’ancien hôtel de ville de Côme, bâtie en 1215 et reconstruit ou restauré au quinzième siècle.

La précédente observation, corroborée par le style des sculptures, permet de classer le cloître de Piona, par ordre d’ancienneté, à la suite des monuments comasques dont nous avons fait l’étude. Cet édifice étant daté, nous avons une limite supérieure cer¬

taine pour la période architecturale qui embrasse les monuments en question, période également limitée quant à son point de départ, puisqu’elle s’ouvre par la construction de Saint-Abondio, dont l’âge est connu.

Nous n’aurions pas consacré une notice particulière au cloître de Piona, qui, par l'époque de sa construction, sort des limites de notre étude, sans l’intérêt considérable que présente ce petit monument pour l’histoire de l’architecture lombarde sur les bords du lac de Côme. Les deux observations suggérées par le caractère des sculptures

el celui de la décoration polychrome, sont en effet, pour cette histoire, d’une importance capitale. Aussi le cloître de Piona mérite-t-il pleinement la sollicitude témoignée par la Commission provinciale d’archéologie, qui vient d’en assurer la conservation et le bon entretien.

SAINT-COLOMBAN PRÈS VAPRIO

SAINT-COLOMBAN PRÈS VAPRIO

La petite église de Saint-Colomban, située près de Vaprio, sur la rive droite de l’Adda, tut visitée en 1570 par saint Charles Borromée, qui la trouva ruinée et privée de toiture 11 est probable qu’elle était alors depuis longtemps aba ndonnée et que l’on commençait même à la démolir pour employer ses matériaux à de nouvelles constructions, car il fallut, pour la rendre au culte, reconstruire, à partir du linteau de la porte principale, le mur de façade ainsi qu’une portion des murailles attenantes. A la belle maçonnerie en pierres de taille de l’ancienne construction succède, en effet, au-dessus de ce linteau, une maçonnerie grossière en briques et galets, maçonnerie que l’on retrouve encore au-dessus de l’ancienne corniche, sur le restant des murs longitudinaux, où elle sert à exhausser ces murailles. Dans l’état primitif, antérieur à l’exhaussement en question, les pentes de la toiture, plus raides qu’elles ne sont aujourd’hui, étaient sans doute parallèles aux rampants du pignon oriental (voy. pl. 90, Coupe Ml\).

La disposition de l’église est des plus originales. A l’extrémité d’une nef unique, formant une salle presque carrée, que traverse à mi-longueur un grand arc-doubleau, s’ouvre, par trois arcades inégales, un chœur voûté partagé en trois compartiments. Les compartiments latéraux, terminés au mur de fond, sont couverts par des voûtes d’arête, tandis que la travée centrale, plus large et plus haute, agrandie par une abside, est close par un berceau et une voûte en cul de four. La nef a pour abri une toiture en charpente, dont les pannes sont portées par les murs des extrémités et le

1 Clericetti. Ricerche suit' Archiieilnra hmlarda. Milan, 1869, p. 48. C’est à M. Clericetti que je dois de connaître cette église. Non seulement il m’y conduisit, mais il voulut bien encore m’aider à en relever les dessins.

grand arc-doubleau intermédiaire, sans que, grâce à cet arc, il y ait besoin de fermes pour les soutenir. Des contreforts assez développés, au nombre de deux sur chaque face latérale, contrebutent l’enceinte au droit des arcs transversaux. Dans les coins de l’édifice sont de simples bandes murales

La construction des parties anciennes est très soignée. Parla beauté des matériaux et la perfection de leur taille, la continuité des assises, la finesse des joints, les maçonneries de l’édifice présentent la plus grande analogie avec les ouvrages en pierre de taille élevés au douzième siècle dans le territoire de Côme. Une. disposition intéressante est celle de l'arc de décharge, en forme d’ogive très aplatie, qui apparaît au-dessus de l’abside, sur le pignon postérieur. Signalons encore, comme ayant trait à la construction, les (leurs de lys, probablement des marques d’ouvriers, que l’on rencontre, gravées sur la pierre, en plusieurs points des parements intérieurs et extérieurs1. A. ces signes lapidaires il convient, sans doute, d’associer les fines rayures, disposées en arête de poisson, qui couvrent en totalité le parement d’une pierre de la façade, située un peu à gauche de la porte, à lm,20 environ du sol1.

Moulures et sculptures sont en général d’un aspect robuste et mouvementé. Les chapiteaux à figures, dont l’un est reproduit sur la pl. 90 (fig. Y), se font particulièrement remarquer parla vigueur des reliefs et le caractère énergique de la composition. Les bases des demi-colonnes portent des griffes en forme de tête d’oiseau (vov. fig. IV). En haut des demi-colonnettes octogonales, appliquées contre la face interne du chœur, de part et d’autre de l’arcade centrale, sont sculptées en ronde bosse, avec une saillie considérable (voy. fig. VI), deux animaux qui dévorent chacun une tête d’homme. Ou est étonné de rencontrer à l’intérieur d’une église un pareil motif de sculpture qui, par la nature du sujet et le caractère de l’exécution, conviendrait beaucoup mieux pour la décoration extérieure. Des animaux semblables existent d’ailleurs au dehors, de part et d’autre du cintre de la petite porte méridionale.

Sur les jambages extérieurs de la maîtresse porte, seules parties de l’ébrasement qui soient ornées de sculptures, sont semées comme au hasard des figures d’hommes et d’animaux d’une assez forte dimension et d’un très haut relief. Cette gros-

* Ces signes lapidaires, très communs dans les édifices romans du midi de la France, où ils consistent le plus souvent en lettres ou monogrammes (voy. Revoil, Architecture romane du midi de la France, Paris, 1 87o, tome I, appendice), sont au contraire fort rares dans les monumenls lombards.

„ Des rayures analogues existent très fréquemment sur les parements des pierres d'appareil dans les plus anciens des monuments romans du midi de la France, dans ceux qui seraient antérieurs au onzième siècle, selon M. Revoil. (Revoil, Arch. romane du midi de la France, tome I, appendice, texte et planches.)

SAINT-COLOMBAN PRÈS VAPRIO

sière décoration offre une frappante analogiede caractère avec celle des montants extérieurs de la porte septentrionale de Saint-Michel de Pavie (voy. pi. 60) et de la porte principale de Saint-Jean in borgo dans la même ville (voy. pl. 65). Un autre trait de ressemblance avec la décoration extérieure des églises pavésanes consiste dans les grosses ligures d’animaux que l’on observe à environ deux mètres du sol sur les bandes murales qui limitent verticalement la façade. On peut encore signaler une certaine conformité de style entre les feuillages sculptés sur les chapiteaux de la porte principale, du côté droit, e’t l’ornementation végétale des chapiteaux intérieurs de Saint- Pierre in ciel d'oro (voy, pl. 67, fig. IV).

Le goût des images bizarres ou monstrueuses, que réprouvait saint Bernard dans la première moitié du douzième siècle, régnait dans toute sa force alors que Ion bâtissait l’église de Saint-Colomban. L’élévation postérieure montre encore deux figures humaines sculptées sur les angles de l’édifice, immédiatement au-dessus du socle. Des têtes humaines servent de bases aux colonnettes de l’abside. Dans la corniche de cette abside, une petite figure est sculptée sur le cintre d’une arcature.

La figure III donne la coupe du couronnement de l’abside : l’ancien couronnement des murs latéraux, dont la coupe MN montre la position et le profil, est exactement pareil. Remarquons la frise bombée, richement garnie de feuillages, qui se trouve interposée entre les dents de scie habituelles et la tablette supérieure. Cette bande supplémentaire, beaucoup plus importante que la simple baguette ou spirale parfois employée dans la même place existe rarement dans les monuments lombards. Nous ne l’avons guère observée qu'à certaines églises de Vérone, Saint-Zénon par exemple, mais alors toujours plate, jamais bombée comme à Saint-Colomban. Une autre particularité de la corniche consiste dans la simplification de l’appareil, qu’on a poussée jusqu’à sa dernière limite. Non seulement la même pierre renferme l’arcature avec son cintre, mais elle descend plus bas de manière à comprendre aussi les consoles de soutien. Au lieu que chaque arcature soit taillée dans une pierre distincte, une seule dalle embrasse plusieurs petits arcs et contient jusqu’à quatre d’entre eux sur les corniches des murs latéraux de l’enceinte. Enfin, les joints verticaux séparant les dalles, loin de tomber régulièrement dans 1 intervalle de deux arcatures, coupent ces arcs dans une position quelconque. Il paraît impossible de s’affranchir plus complètement qu’on ne l’a fait ici de toute relation entre une

1 Au chœur de Sain t-Abondio par exemple (voy. pl. 80, fig. III).

forme décorative et le système de construction d’où provient cette forme. Poussé à ce point, le dédain ou l’oubli des dispositions primitives caractérise un art parvenu à son dernier état d’avancement'.

Aucun chapiteau n’interrompt les nervures qui encadrent les fenêtres ; et ces nervures, chose inaccoutumée, sont, pour les fenêtres latérales de l’abside (voy. fig. I), plus multipliées du côté intérieur qu’au dehors. Par une rare singularité, la baie ouverte au midi, dans la deuxième travée de la nef, se courbe en demi-cercle au pied comme au sommet5. Mais le motif d’architecture le plus original consiste dans les œils-debœuf placés, au nombre de trois, sous les fenêtres de l’abside, et munis, en guise de clôture, d’une dalle percée de quatre trous ronds. La figure 11 de la planche 90 montre leur section. Des ouvertures semblables existent dans une église des bords du Rhin.

11 résulte des diverses observations faites au cours de cette étude, notamment de l’exécution très soignée des maçonneries, de la forme ogivale du grand arc de décharge surmontant l’ouverture de l’abside, enfin des recherches et raffinements de formes qui apparaissent dans maint détail de la construction ou de la décoration, que l’église de Saint-Colomban ne saurait être plus ancienne que le douzième siècle. L’exemple de cet édifice prouve sans réplique, si toutefois pareille preuve semblait encore utile ou nécessaire, que le goût des figures monstrueuses, sculptées en très haut-relief et souvent disposées sans ordre, ça et là sur les murailles, a persisté jusque dans la période la plus avancée du style lombard.

Mais l’édifice que nous étudions n’est pas seulement intéressant pour l’histoire de l’architecture. L’originalité de sa composition lui donne une valeur artistique particulière. En entrant dans l’église (voy. la coupe MN), on est vivement frappé de l’excellent effet que produisent les arcades du chœur, vues sous le grand arc-doubleau qui traverse la nef. Pareille disposition offre en même temps beaucoup de variété dans les formes et de grandeur dans l’ensemble, malgré la petitesse effective du monument. Aussi pourrait-on l’appliquer avec avantage dans mainte occasion, et notamment pour des églises de village, où la division en trois nefs du vaisseau principal est plus gênante qu’utile.

1 M. Clericetti a présenté, sur les formes et l’âge des corniches à petites arcatures, des considérations très justes aux pages 16 et suivantes de ses Richerche sull' architettura lombarda. Milan, 18G9.

- Nous avons signalé la présence à Saint-Michel de Pavie d'une grande fenêtre de celte espèce.

PORCHE DE SAINT-DONAT PRÈS SESTO-CALENDE

PORCHE DE SAINT-DONAT PRÈS SESTO-CALENDE

L église de Saint-Donat, située près Sesto-Calende, au lieu dit Scozzola, appartenait à un monastère fondé en 862 par Liutard, évêque de Pavie. Une confirmation de biens, octroyée en 874 (ou 877) par le pape Jean VIII à Jean, évêque de Pavie, mentionne le monastère de Saint-Donat in Scogialo, que le prédécesseur de Jean avait londé par testament, et qui, pour ce motif, relevait de l’évêché de Pavie, quoiqu’il fût situé dans le diocèse de Milan1 2 3 4. En 1102, cette abbaye était directement soumise au pape . En 1198, Innocent III mit fin à un débat extrêmement vif qui s’était élevé entre 1 abbé de Saint-Donat et 1 archevêque de Milan au sujet de certains droits de propriété. Plusieurs évêques, délégués par le pape, n’avaient pu se faire écouter; et la querelle devint si âpre que l’archevêque de Milan finit par chasser du monastère l’abbé et ses moines ; mais le pape, prononçant lui-même la sentence, les y réintégra5.

I lus taid, probablement sous Sixte IV, l’abbaye de Saint-Donat fut érigée en commende, et laul III 1 attribua en 15o5 au grand hôpital de Milan. C’est seulement dans les premières années du siècle actuel que l’église de Saint-Donat fut transférée du diocèse de Pavie à celui de Milan*.

b édifice se compose d’une église et d’un porche. La première, basilique lombarde à (rois nefs et trois absides, avec crypte à colonnettes et tribune relevée, est couverte en bois, sauf dans le chœur et la crypte, et grossièrement construite en petits matériaux.

1 Giulini. Sloria di Milano. Vol 1, p. 229 el 274 — Robolini. Storia di ravia. Vol. Il, p. 144.

2 Giulini. Sloria di Milano. Vol. IV, p. 6û.

3 Id., p. 114 et suiv.

4 Je dois ces derniers renseignements à M. le chanoine Rarelli.

Elle ressemble à l'église d’Àgliate (voy. pl. 74), à cela près que les soutiens, aujourd’hui rectangulaires, au lieu d’avoir été d’abord des colonnes, furent apperamment disposés dès l’origine en forme de pieds-droits.

Le porche (voy. pl. 91), construction distincte, ayant même largeur totale que l’église et comprenant deux travées, se partage en trois nefs de largeurs assez peu différentes, qui no correspondent point, il s’en faut de beaucoup, à celles de la basilique. Bien bâti, parementé avec des pierres soigneusement dressées et taillées, couvert par des voûtes d’arête, entouré de robustes murailles, ce vestibule dilfèie complètement de l’édifice qu’il précède. 11 est d’ailleurs plus ancien que celui-ci. La preuve en est dans l’élargissement donné à ses derniers piliers en vue d’y rattacher les premiers supports de la basilique. Car si le porche, construction accessoire, eût été construit après l’église, l’on eût donné d’emblée aux supports qui le séparent de celle-ci une forme analogue à celle qu’ils ont reçue finalement par retouche.

Ainsi, l’église est plus récente que le porche, quoique bâtie avec plus de simplicité et de grossièreté. On fut sans doute à court de ressources pour la construire, comme il advint pour le clocher de Sainte-Marie del Tiglio, dont les étages supérieurs sont beaucoup moins bien exécutés que les parties basses. Disons en passant que de tels exemples doivent inspirer une grande prudence dans 1 appréciation comparative de l’âge des monuments du haut moyen âge. Ce ne sont pas toujours les mieux bâtis qui sont les plus récents. Le contraire s’est produit quelquefois, par l’influence particulière du milieu, ville, bourg ou village ; celle des ouvriers, pris sur place ou venus d’ailleurs ; celle erilin des ressources plus ou moins abondantes qu’on avait à sa disposition.

Le porche de Saïnt-Donat tire un grand intérêt de l’extrême rareté des constructions analogues, qui, nombreuses autrefois devant les églises lombardes, sont aujourd hui presque toutes disparues, n’ayant guère laissé d’autres traces que des amorces d’arcs et de piliers incrustés dans les façades. Grâce à des vestiges de cette espèce, à des fondations trouvées dans le sol et surtout aux renseignements donnés par l’acte de visite de l'évêque Ninguarda, le porche détruit de Saint-Abondio près Côme a pu être reconstitué avec un suffisant degré de certitude (voy. pl. 73 à 78 et p. sso). Nousavons vu qu’il se composait de deux étages bâtis successivement et postérieurs à l’église, et que le rez-de-chaussée, largement ouvert par des arcades sur les trois faces libres, était subdivisé en trois nefs et trois travées, formant neuf compartiments couverts pailles voûtes d’arête,

PORCHE DE SAINT-DONAT PRÈS SESTO-CALENDE

Les dispositions adoptées à Saint-Donat offrent javec celles-ci beaucoup d'analogie. I rois nefs à deux travées sont couvertes par des voûtes d’arête. Elles s’ouvraient largement en façade par trois arcades aujourd’hui bouchées ou rétrécies. Deux baies semblables, également bouchées, étaient ouvertes par côtés dans la seconde travée. L’enceinte n’était donc fermée que sur les faces latérales de la première travée, où les escaliers montants contenus dans l’épaisseur du mur ne permettaient pas de percer des arcades.

La. présence de ces escaliers prouve que le porche, qui n’a plus maintenant qu’un étage, devait en avoir deux suivant le projet primitif. Peut-être l’ctage supérieur n’at-il jamais été construit. La forme des voûtes, exprimée par les coupes AB et CD de la planche 91, laisse à désirer relativement à leur principale fonction, qui consistait à soutenir 1 aire du second étage. En effet, le relèvement de ces voûtes en forme de coupole et la surépaisseur qu’elles présentent à leur sommet, augmentent beaucoup la masse du remblai nécessaire pour régler horizontalement l’aire en question. La forme adoptée, très favorableà l'écoulement des eaux pluviales, conviendrait mieux à des voûtes destinées à servir de clôture supérieure ; mais, dans le cas présent, l’on eût bien fait de réduire beaucoup la proéminence. Il est vrai que, en pareille circonstance, les constructeurs lombards ont souvent agi de même. Après s’être fait une habitude de construire des voûtes surhaussées, ils ont en général appliqué ce type en toute occurrence, témoin les voûtes collatérales basses de Saint-Ambroise de Milan et surtout celles de Saint-Michel de Pavie.

Au porche de Saint-Donat, l’épaisseur des voûtes est très considérable. Elle fait contraste avec la structure relativement grêle des arcs qui les soutiennent et la maigreur des supports isolés, réduits à l’état de simples colonnes.

La décoration, réservée pour l’intérieur, se compose des ornements sculptés et des moulures des chapiteaux et des bases. Comme exemples, nous donnons, sur la planche 91, le chapiteau et la base d’une colonne, celle de gauche en entrant (fig. I et II), et le couronnement et la base, pris sur la face antérieure, du pilier situé à l’entrée des nefs du côté gauche (fig. III et IV).

Les sculptures sont extrêmement grossières. Elles consistent surtout en feuillages d’un dessin lourd et mou, qui cependant rappellent de loin, par d’informes simulacres de volutes, de roses et même d’oves, les principaux ornements des chapiteaux antiques. Mais 1 art romain n est pas le seul dont se soient inspirés les auteurs de ces pauvres ouvrages. Les serpents accouplés du chapiteau III et surtout les deux bêtes

féroces qui, sur le chapiteau représenté ci-dessous, s’apprêtent à dévorer une tête humaine, trahissent l’influence de l’art oriental. On dirait que les chefs des deux monstres ont été copiés sur quelque étoffe indienne ou, chinoise, d’autant plus que le relief en est très faible et méplat, alors que les saillies des autres sculptures sont en général assez prononcées. Les bases des piliers dépassent encore en rudesse les chapiteaux. Il ne paraît pas possible, en prenant la hase attique pour point de départ, d’aboutir à un profil plus sauvage que celui dont la figure IV montre le contour.

Faudrait-il attribuer, d’après ces sculptures, une haute ancienneté àla partie la plus

âgée du monument, c’est-à-dire au porche, dont la fondation primitive pourrait, nous l’avons dit en commençant, remonter jusqu’au neuvième siècle. Tel ne serait pas notre avis. Des sculptures presque aussi grossières que celles du porche de Saint-Donat existent à l’église de Sainte-Julie de Bonate, dont nous avons cependant fixé la date a la fin du onzième siècle ou même au douzième. C’est que la structure de l’édifice y révèle un art avancé. Il en est de même pour le porche de Saint-Donat. Le soin avec lequel est exécutée la construction, la solidité des murs, la stature des colonnes, sont des témoignages plus décisifs que la forme des ornements et le profil des moulures, d’autant mieux que l’incorrection de ces membres décoratifs peut fort bien tenir à l’inexpérience d’artisans campagnards qui les auraient taillés.

SAINT-THOMAS IN LIMINli PRÈS ALMENNO.

SAINT-THOMAS IN LIMINE PRÈS ALMENNO

La petite, mais très intéressante rotonde de Saint-Thomas in limine, près Almenno, possède l’avantage d’avoir été plusieurs fois décrite et d’être par suite l’un des édifices lombards les mieux connus. Dès 1784, le chanoine Mario Lupo en donna les dessins — plan, coupe longitudinale et détails de sculpture — dans son beau recueil diplomatique relatif à la ville et au diocèse de Bergame Rendons à ces anciens dessins la justice qu’ils méritent. Si l’interprétation du caractère des ornements laisse à désirer, et la faute n’en est imputable qu’au graveur, tout imbu du goût de son époque, par contre les dessins géométriques sont d’une remarquable exactitude. C’est au point que toutes les irrégularités de forme, que révèlent nos plans de la planche 92, sont fidèlement exprimés dans celui de Lupo. Les images du grand ouvrage de Séroux d’Agincourt ’ ne font que reproduire à une échelle beaucoup plus petite celles du Codex diplomaticus . Plus tard, l'architecte allemand Frédéric Osten publia de nouveau la rotonde d’ Almenno1 * 3 4; mais ses dessins, plus nombreux que ceux de Lupo, n’ont pas été relevés avec autant de soin : la rotonde y est représentée comme parfaitement régulière, et les murs du sanctuaire y sont beaucoup trop épais. La coupe et quelques détails de Saint-Thomas in limine sont encore donnés dans le bel ouvrage de Ilübsch *.

Les opinions les plus diverses furent émises sur l’âge de cet édifice, qui, faute de documents, n’a point d’histoire authentique. La croyance populaire attribue sa fonda-

1 Mario Lupo. Codex diplomaticus civitatis el ecclesiæ Bergomqtis. Bergame, 1784.

4 Seroux d’Agincourt. Histoire de l'art par les monuments. Paris, 1823. Tome IV, pi. 21, fig. 16, 17 et 18.

3 Osten. Die Bauwerke in der Lombardei vom 7 bis zum 14 Jahrhundert. Darmstadt.

4 Hübsch. Monuments de l'Architecture chrétienne primitive. PI. 54, fig. 6 à 13.

tion à la reine Théodelinde. Lupo le considère comme une œuvre de l'époque franque. D’Agincourt le tient pour longobard. MM. Sacclii le font remonter jusqu’au cinquième ou sixième siècle1. Enfin, Frédéric Osten le reporte au onzième. Certes, du cinquième au onzième siècle la distance est grande, et l’on peut juger une fois de plus, par l’énormité d’un tel écart, de la diversité des jugements portés sur l’âge des monuments lombards. À notre avis c’est Osten qui a raison, à cela près qu’il conviendrait d’étendre jusqu’au douzième siècle la limite de la période assignée par cet auteur à la construction de l’église.

Dispositions nu plan. — Saint-Thomas d’Almenno (voy. pl. 92 et 93) est une rotonde annulaire à double étage, augmentée au rez-de-chaussée d’un chœur spacieux. Une simple niche contenant un autel sert d’abside à l’étage supérieur. Des arcades sur colonnes séparent, aux deux étages, la partie centrale des galeries annulaires. Il y a trois portes, l’une à l’ouest et deux au midi ; l’une de celles-ci donne accès au chœur. Les fenêtres sont rares et étroites : aussi l’intérieur de l’église est-il très obscur, et faut-il, pour y voir clair, laisser les portes ouvertes. Sauf l’abside, le rez-de-chaussée est dépourvu de fenêtres ; des niches les remplacent. Les évidements de cette espèce, tels qu’ils existent ici, sont extrêmement rares dans les monuments lombards. 11 ne s agit point, en effet, de niches intimement associées à d’autres organes de l’édifice, pareilles à celles qui occupent entièrement, dans les absides comasques et rhénanes, le fond des arcatures décoratives. A Saint-Thomas, les niches ne descendent point jusqu’au sol, ne sont point encadrées et n’ont aucune relation avec les nervures engagées dans la muraille : on les dirait faites pour contenir des statues; mais comme il n’est pas vraisemblable que telle ait été leur destination, on doit y reconnaître sans doute un motif de décoration emprunté tel quel à quelque monument antique. Au reste, la rotonde tout entière pourrait bien n’être elle-même qu’une imitation d’un édifice plus ancien.

On monte à la galerie haute par deux escaliers contenus dans l’épaisseur du mur d enceinte, et dont les origines se trouvent aux extrémités d’un même diamètre, l’une à gauche de la porte principale, l’autre à droite de l’entrée du chœur. 11 semble, d’après la disposition des premières marches et la courbure des parois, qu’on ait eu d’abord le projet de construire en spirale l’escalier placé près de la porte et qu’on ait reconnu

1 Sacclii. Antichilàromantiche d'Italia. Milan, 1828, p. ôg et 57.

SAINT-THOMAS IN LIMINE PRÈS ALMENNO.

seulement en cours d’exécution l’impossibilité d’appliquer ce système sans rétrécir et déformer les galeries annulaires.

Le contour intérieur du mur d’enceinte est sensiblement circulaire, surtout dans la partie qui s’étend de l’ouest à l’est en passant par le sud; mais le contour extérieur présente deux renflements assez prononcés par suite d’un surcroît d’épaisseur donné à la muraille à l’emplacement de l’escalier qui avoisine la porte principale et à celui de la niche absidale du premier étage. Le vide intérieur est ovale : son diamètre varie de 4", 93 à 5m,25 : l’ovale est assez bien centré, mais orienté de travers par rapport aux axes principaux de l’édifice.

Construction. — Les huit arcades du rez-de-chaussée, portées sur de robustes colonnes, sont disposées suivant les côtés d’un octogone, en sorte que le vide intérieur affecte d’abord une forme prismatique. Du prisme il passe presque immédiatement au cylindre par l’intermédiaire de petites trompes qui occupent les tympans des arcades. Ce cylindre, interrompu au sommet de la murette d’appui du premier étage, se poursuit en haut de l’édifice, depuis la naissance des arcades supérieures, qui l’évident sur son pourtour, jusqu’au pied de la voûte hémisphérique à laquelle il sert de tambour. On y remarque des arcs de décharge très aplatis, destinés à transmettre immédiatement aux appuis, sans fatigue pour les arcades, la charge des œuvres hautes du monument.

Les deux étages de galeries sont couverts par des voûtes d’arête pourvues d’arcs-doubleaux et formerets. Celles de l’étage le plus élevé s’abaissent vers l’enceinte avec la même pente que la toiture, de manière à porter immédiatement sur leurs maçonneries la couverture en dalles schisteuses. La voûte hémisphérique porte aussi directement sa couverture en sorte que tout l’édifice est en maçonnerie sans aucun mélange de bois.

Grâce à l’épaisseur des murailles, les voûtes n’ont point fatigué la construction par leur poussée. Les parements, bâtis en moellons et pierres de taille, contiennent des assises de hauteur très inégale. L’appareil est assez soigné à l’intérieur ; mais au dehors, où l’on n’a guère employé que du moellon, les assises ne sont pas dressées de niveau et les joints, dépouillés de mortier à leur bord, dessinent des sillons larges et profonds. Généralement la hauteur des assises extérieures mesure environ 0m,12 ; mais elle est parfois plus considérable et atteint jusqu’à 0“,24. Les matériaux employés consistent le plus souvent en un calcaire esquilieux de couleur grisâtre, auquel sont asso-

ciés, principalement dans les corniches et les colonnettes engagées, des blocs d’un grès assez grossier désigné sous le nom de ceppo. Les fûts de colonne sont tous monolithes et exécutés en ceppo, excepté ceux des colonnes du rez-de-chaussée qui avoisinent, d’une part, la porte principale et, d'autre part, l’entrée du chœur. Ces quatre fûts sont en marbre blanc.

Décoration. — La disposition intérieure de l’édifice est assurément 1 une des plus décoratives qui se puisse imaginer. C’est le type de Saint-Vital réduit et simplifié. A l’extérieur, au contraire, les formes générales sont peu intéressantes. Aussi a-t-on senti le besoin de les orner. De là les colonnettes engagées qui se dressent en grand nombre contre les parements de la rotonde et soutiennent de distance en distance les petites arcatures de la corniche. Cette corniche, représentée sur la pl. 92, est d’ailleurs fort simple : les consoles sont robustes, l’aspect est vigoureux. Remarquons les consoles ménagées dans le cavet de la cymaise ; cet arrangement, fréquent dans le roman français, est très rare en Lombardie. Le couronnement extérieur de la tour centrale ressemble à celui du mur d’enceinte : huit courts pilastres viennent s’y lier avec les arcatures.

La corniche du chœur (voy. pl. 92), qui règne aussi bien le long des murs droits qu’autour de l’abside, est d’un dessin très riche et compose — on en jugera par la vue donnée ci-dessous1 — un beau couronnement aux murailles qu’elle surmonte. Les arcatures entre-croisées, au lieu d’être construites en petits matériaux comme les arcs des corniches de la rotonde, sont taillées dans de grandes dalles qui comprennent plusieurs d’entre elles. Des plaquettes de schiste limitent haut et bas les rangées de dents de scie — ornement emprunté aux constructions en briques — qui, portées en saillie par des consoles, surmontent les arcs entre-croisés.

De fines colonnettes engagées se dressent contre les parois de l’abside dans les intervalles des fenêtres. Cordons et fenêtres devaient être disposés autrement d’après le projet primitif : on remarque, en effet, au bas de l’abside, trois colonnettes brusquement interrompues à peu de distance du socle, tandis que l’une de celles qui montent jusqu’en haut part précisément du niveau auquel s’arrêtent les tronçons inachevés. Évidemment l’on s’est ravisé en cours d’exécution.

Les sculptures sont nombreuses à l’intérieur de l’édifice. Les moins soignées appar-

1 Je dois àM. de Laurière la photographie d’après laquelle est dessinée la vue de l’abside.

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