‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 77 sur 112 · CARACTÈRES DU «STYLE LOMBARD. — BASILIQUES VOÛTÉES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DU «STYLE LOMBARD. — BASILIQUES VOÛTÉES

font point de saillie sur l’enceinte ; mais il apparaît toujours en élévation à cause de sa proéminence au-dessus des collatéraux. xYinsi, même quand le plan de masse de 1 édifice est rectangulaire, les œuvres hautes, groupées autour de la coupole, dessinent les quatre branches d’une croix dont cette coupole marque le centre. La constance de cette forme montre assez que, indépendamment de tout autre motif, l’existence de la coupole entraîne celle du transsept.

La basilique ambroisienne fait seule exception; elle possède une coupole sans avoir de transsept. C’est que les maîtresses voûtes, relativement très basses, sont efficacement soutenues par les collatéraux. En outre la coupole primitive, couverte en charpente et par suite légèrement bâtie, n’avait pas besoin d’être butée solidement à sa base.

Les deux croisillons du transsept et la branche supérieure de la croix, formée par le compartiment qui précède la grande abside, sont presque toujours abrités par des berceaux. Le chevet de la basilique lombarde voûtée offre par suite la même structure que les œuvres hautes d’une église byzantine à coupole centrale, dont on retrancherait la branche qui précède cette coupole. Dans les deux cas, la présence delà coupole a motivé les mêmes dispositions. La différence entre l’église byzantine et l’église lombarde est que, dans la première, la coupole avec le croisillon de tête et les deux croisillons latéraux forme, à peu de chose près, tout le vaisseau principal et se trouve accompagnée de côté par les collatéraux, tandis que, dans la seconde, cet ensemble constitue seulement le chevet de l’édifice, en avant duquel se développent les nefs.

Le chevet possède le plus souvent trois absides : les deux petites sont en général disposées dans le prolongement des collatéraux. Jamais ceux-ci ne se continuent au delà du transsept de manière à envelopper la tribune. Cette disposition, qui fut adoptée en France dès le dixième siècle et y devint plus tard habituelle, resta étrangère à l’architecture lombarde '. Elle ne fut pas même appliquée à Saint-Fidèle de Côme, quoique l’on ait, dans cette église, poussé l’imitation de Notre-Dame-du-Capitole, à Cologne, jusqu’à faire tourner les collatéraux autour du transsept. Si, dans les églises lombardes, les bas-côtés ne pourtournent point le chœur, à plus forte raison n’y existet-il point de chapelles ahsidales. Les seules chapelles que contiennent parfois leurs chevets sont ouvertes sur les parois des croisillons : ce sont tantôt des niches comme

1 L’église (le Saint-Etienne à Vérone (voy. p. AAl) est, à ma connaissance, la seule église lombarde qui possède uni* galerie tournante prolongeant les bas-côtés autour du chœur. Cette galerie appartient d’ailleurs à la tribune, dont le pavé est très relevé par rapport à celui de l'église.

à Saint-Michel de Pavie, tantôt des absides supplémentaires comme à la cathédrale de Parme.

Telles sont les dispositions normales du chevet des basiliques lombardes voûtées. Grâce à la coupole, l’influence de l’architecture byzantine domine dans cette partie de l’édifice, au lieu que la partie antérieure, formée des nefs, est disposée par travées suivant l’ordonnance des basiliques latines. Mais si la disposition des nefs se rapporte dans tous les cas à un même type, la structure de cette portion de l’édifice varie selon l’amplitude des travées, leur agencement dans la nef centrale et les bas-côtés, et la distribution correspondante des appuis. Ce qui est invariable, c’est la nature des voûtes ; grande nef, bas-côtés, galeries hautes sont toujours abritées par des voûtes d’arête : celles-ci offrent en général un surhaussement prononcé, et les plus spacieuses d’entre elles sont pourvues de nervures diagonales.

Dans certains cas, par exemple à Saint-Fidèle de Côme et Saint-, fean-Baptiste de Vertemate, la nef principale fut couverte en charpente tandis qu’on voûta les collatéraux. D’autres fois, comme à Saint-Pierre in ciel d’oro de Pavie, on s’abstint tout d’abord de voûter la grande nef, quoique la structure des appuis et la construction immédiate des arcs doubleaux et formerets annonce qu’on ait eu l’intention de le faire.

Le chevet lombard se combine quelquefois avec une nef unique couverte par des voûtes d’arête. Le plan de l’église présente alors la forme d’une croix latine. Cette disposition, d’origine très ancienne, existe à Saint-Lanfranc près Pavie. A Saint-Calimère de Milan, l’édifice, privé de collatéraux, de coupole et de transsept, consiste en une nef unique abritée par des voûtes d’arête et terminée par une abside. C’est l’église lombarde voûtée réduite à son expression la plus simple.

La crypte occupe parfois toute la surface du chevet. Souvent un porche s’élevait en avant de la façade. Ce devait être en général une construction légère, si l’on en juge par la disparition de presque tous les ouvrages de ce genre et par les traces qu’ils ont laissées. Rarement un cloître précédait le porche. Le campanile, bâti séparément ou construit après coup sur ou contre les murailles de l’église, est disposé tantôt près du chevet, tantôt près de la façade. Les églises comasques sont les seules dans lesquelles le clocher fasse vraiment corps avec l’édifice.

Persistance de quelques dispositions primitives. — Un caractère remarquable de l’architecture lombarde est rattachement aux anciens usages, marqué par la persistance de plusieurs dispositions primitives.

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On continua, jusqu’au treizième siècle et au delà, de bâtir fréquemment des basiliques à colonnes. Plusieurs des églises milanaises les plus anciennes et les plus considérables, Saint-Ambroise, Saint-Laurent, Saint-Nazaire-Majeur furent, à l’époque lombarde, reconstruites avec leur première forme ; et ce fait est d’autant plus significatif que Saint-Nazaire-Majeur et surtout Saint-Laurent offraient des dispositions très particulières, peu ou point usitées durant la période lombarde. Dès la fin du huitième siecle, on baptisait en général par infusion dans la Gaule et la Grande-Bretagne, ce qui conduisit a substituer au baptistère construit à part une simple cuve baptismale placée dans 1 église ". En Italie, au contraire, le baptême par immersion persista longtemps. On voit encore, dans ce pays, beaucoup de baptistères isolés du onzième, du douzième et même du treizième siècle ; et les derniers 'en date ne sont pas les moins considérables, témoins ceux de Parme et de Pise.

Mais 1 attachement aux anciens usages est surtout marqué par deux traits de la basilique voûtée, ce type où le style lombard se montre dans son complet développement. Les bas-côtés ne pourtournent jamais le chœur ; et le clocher, même quand il tient à l’édifice, n’est pas confondu avec lui ; il reste jusqu’à un certain point étranger à l’organisme de l’église; c’est un membre complémentaire. Telle fut nécessairement la condition des clochers bâtis après coup pour l’usage des anciennes basiliques ; et l’indépendance du campanile et de l’église a pu se perpétuer dans certains cas par suite de i econstructions séparées, faites à des dates différentes. Mais comme elle existe partout, aussi bien dans les édifices fondés après l’introduction des cloches que dans les autres, il faut reconnaître qu on a volontairement appliqué aux premiers la disposition en question ; et cependant l’avantage d’une association intime entre le campanile et 1 église paraît évident, soit que l’on considère l’utilité pratique, soit que l’on ait égard aux convenances artistiques. L’exemple des pays d’outre-mont invitait d’ailleurs les architectes lombards à réaliser cette union. S’ils ont persisté à traiter le clo¬

cher comme un membre distinct, c’est que chez eux l’esprit de tradition prévalut contre l’esprit d’innovation et de progrès.

De même pour les murs pleins qui enferment l’abside. Il semble qu’une galerie pourtournant le chevet n’offre que des avantages. Elle permet de circuler autour de la nef principale, de passer d’un bas-côté dans l’autre sans traverser cette nef et d’établir des chapelles absidales qui multiplient les autels autour du sanctuaire. Rien de

1 Lenoir. Architecture monastique. Vol. If. p. 20.

plus aisé d’ailleurs que d’isoler suffisamment la tribune de cette galerie au moyen d’une cloison de hauteur convenable. Le mérite d’une pareille disposition est encore plus frappant au point de vue artistique. La galerie qui prolonge les bas-côtés et les continue l’un par l’autre lie étroitement le chevet aux nefs et porte à sa plus haute expression le caractère d’unité du monument. Le sanctuaire apparaît plus spacieux et plus lumineux ; et les chapelles qui l’étoilent donnent un brillant aspect à cette partie de l’édifice en même temps qu’elles expriment de la manière la plus heureuse la subordination des cultes secondaires au culte principal. Ici encore, en présence de ces avantages et de l’exemple donné en France dès le dixième siècle', on ne s’explique le maintien d’une abside close de murs que par le respect des anciens usages.

Mais ces faits particuliers se rattachent à une cause qui produisit des effets plus étendus. On sait combien' fut grand à Rome, durant le haut moyen âge, l’attachement aux formes de l’art ancien et de l’art chrétien primitif. Il en fut de même en d’autres villes de l’Italie centrale, à Lucques par exemple, où l’on élevait au douzième siècle les belles basiliques à colonnes de Saint-Fridien et de Saint-Michel. Et si l’on considère l’art italien dans une période plus avancée, on reconnaît que le développement incomplet du style ogival et la renaissance en quelque sorte spontanée de l’art antique attestent la puissance gardée parles traditions artistiques des derniers siècles de l’empire. La persistance de l’influence romaine, telle est la cause à laquelle se rapportent les effets signalés précédemment. Et ceux-ci méritent d’autant plus d’être pris en considération qu’ils apparaissent dans le système d’architecture où l’art italien du moyen âge montra le plus d’initiative et d’indépendance.

Après avoir, par ces dernières observations, complété la vue d’ensemble portée sur les églises lombardes, il nous faut considérer isolément les membres des édifices et résumer leurs caractères. Nous prendrons la forme primitive de chacun d’eux comme point de départ et nous y rattacherons les variations amenées par des changements progressifs ou accidentels. L’ordre suivi étant déterminé par l’importance relative et la dépendance réciproque des différents organes, nous examinerons d’abord les voûtes, puis successivement : les toitures, les piliers, les contreforts, les murs, la structure des maçonneries, les portes, les fenêtres, les galeries hautes, les escaliers et les passages, les cryptes, les pavements, les façades, les porches et les parvis, les clochers, la décoration intérieure, la décoration extérieure, la sculpture, les placages, les mosaï-

1 Église de Yignory dans la Haute-Marne.

CARACTÈRES DU STYLE LOMBARD. — VOUTES, ques, la peinture et enfin les chœurs avec les petits monuments qu’ils renferment, autels, ciboriums et chaires. Cet examen se rapportera aux édifices de pur style lombard. Les monuments des Écoles limitrophes seront ensuite brièvement appréciés.

Voûtes. On rencontre dans les églises lombardes six espèces de voûtes : des coupoles hémisphériques couvrant les rotondes circulaires; des coupoles polygonales abritant les rotondes de même forme ainsi que la croisée des basiliques voûtées; des trompes coniques employées à raccorder le tambour polygonal des coupoles avec les murs d appui ; des voûtes en cul de four établies sur toutes les absides ; des voûtes en berceau habituellement installées sur les bras des transsepts et sur les travées qui précèdent les absides ; enfin des voûtes d’arête, quelquefois substituées à ces voûtes en berceau, mais surtout employées à la couverture des nefs et à celle des galeries annulaires des rotondes.

foutes ces voûtes, exécutées en petits matériaux, briques ou moellons, sont bâties à joints convergents, dirigés normalement aux surfaces d’intrados ; elles mesurent de 0",50 à 0”,50 d’épaisseur, suivant leur portée qui, dans aucun cas, n’atteint 14 mètres.

Les espaces ou travées qu’elles surmontent sont séparés les uns des autres par des arcs plein cintre d’une forte saillie, souvent profilés à double archivolte, soit d’un seul côté, soit des deux côtés à la fois, selon leur emplacement dans l’édifice et suivant l’épaisseur des murs qu’ils soutiennent. Ces arcs sont exécutés en pierre ou en brique : dans les églises milanaises, des clavaux en pierre plus ou moins espacés sont mêlés aux briques.

La coupole sphérique fut rarement employée. Les coupoles polygonales sont presque toujours à base octogone : primitivement elles n’étaient point ouvertes au sommet. On fut conduit, en les perçant, à protéger l’ouverture par une lanterne, au-dessus de laquelle se dresse souvent un lanternon. Cet élégant motif de couronnement appartient surtout à l’architecture des treizième et quatorzième siècles.

Les trompes, voûtes accessoires des coupoles, sont des surfaces coniques, souvent discontinues, et profilées alors en gradins avec des ressauts verticaux parfois très élevés.

Les voûtes en berceau se poursuivent d’une tête à l’autre sans arcs doubleaux intermédiaires. Les travées qu’elles surmontent, bras du transsept ou compartiments précédant les absides, n’ont d’ailleurs qu’une médiocre étendue.

Les voûtes d’arête sont particulièrement intéressantes. Elles furent établies d’abord sur plan carré. Eu égard aux largeurs inégales des nefs, cette forme conduisit à doubler dans les collatéraux le nombre des travées de la grande nef. Les voûtes en question sont pourvues d’une armature composée d’arcs doubleaux, longitudinaux et formerets, auxquels se joignent, quand la portée est considérable, des nervures diagonales : celles-ci existent constamment dans les voûtes principales des grandes églises. Elles sont courbées en arc de cercle comme les autres nervures, et s’approchent plus ou moins du plein cintre suivant que les voûtes auxquelles elles appartiennent sont plus ou moins relevées au sommet. Il en est de même pour les arêtes simples des voûtes privées de nervures croisées.

Le surhaussement des voûtes est faible si la hauteur est restreinte, ce qui a lieu dans les nefs latérales surmontées d’une galerie haute; mais quand la voûte peut s’élever librement, elle reçoit la forme domicale, c’est-à-dire que son faite prend la figure d’une calotte sphérique, grâce à l’exhaussement du sommet et à l’effacement progressif des arêtes. Elle devient une vraie calotte sphérique sur pendentifs lorsque les arêtes ou nervures diagonales sont à plein cintre comme les arcs latéraux.

Les voûtes d’arête domicales offrent certains avantages par rapport aux voûtes d’arête cylindriques. Elles sont plus faciles à construire. On peut en effet, puisque les sections horizontales y tendent vers le cercle à mesure que l’encorbellement augmente, bâtir la voûte sans cintres, ainsi qu’une voûte sphérique, en la montant par anneaux et en l’exécutant avec des matériaux minces liés par un bon mortier. Les nervures diagonales, employées dans les grandes voûtes, facilitent encore la construction. D’autres effets dus au surhaussement sont la diminution de la poussée et sa répartition plus uniforme sur le pourtour de la voûte ; mais cette dernière qualité tourna au détriment des édifices lombards, parce que les constructeurs ne surent pas disposer les soutiens en vue de résister à l’effort continu de renversement appliqué au mur d’enceinte le long de l’arc formeret. Cette action, ou poussée latérale, est particulière aux voûtes surhaussées : elle s’y produit concurremment avec les poussées diagonales, qui, appliquées aux piliers et transmises aux contreforts, existent seules dans les voûtes d’arête cylindriques.

Pour résister à la poussée latérale, les architectes byzantins avaient appuyé leurs voûtes surhaussées sur de larges arcs en berceau joignant ensemble les piliers. Cet excellent système de construction fut très rarement employé dans les édifices lombards ;] et encore n’y eut-on recours que pour buter des voûtes collatérales. A Saint-

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