‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 78 sur 112 · CARACTÈRES DU STYLE LOMBARD. VOUTES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DU STYLE LOMBARD. VOUTES

oise de Milan, les maîtresses voûtes sont soutenues par des murs rampants bâtis sur les arcs doubleaux des galeries supérieures. Ces murs rampants montent jusqu’en haut des murailles de la grande nef; ils butent alternativement un arc doubleau et le sommet d’un arc formeret; et, dans ces conditions, ils agissent efficacement. Mais lorsque, comme à Saint-Michel de Pavie, l’on releva davantage la nef principale, afin de 1 éclairer directement au-dessus des bas-côtés, on négligea de donner le même relief aux murs rampants; et les murailles de la grande nef, privées de soutiens dans leurs parties hautes, perdirent leur aplomb, laissant choir les voûtes qu’elles étaient par elles-mêmes impuissantes à maintenir.

Pour obtenir plus de stabilité, on s’avisa plus tard de diminuer dans là nef principale l’amplitude des travées. Elle fut réduite de moitié, ce qui doubla, dans cette nef, le nombre des travées, fit passer la forme de celles-ci du carré au rectangle et rendit uniforme, pour les trois nefs, le nombre et la distribution des compartiments voûtés. Les avantages de cette disposition étaient de diminuer l’étendue, d’amoindrir le surhaussement et, par suite, de réduire les poussées des grandes voûtes et, en même temps, de multiplier leurs appuis. Plusieurs églises furent ainsi construites de premier jet. Dans quelques autres, après avoir disposé les piliers pour soutenir dans la nef principale des voûtes d’arête sur plan carré, on substitua à celles-ci, en cours d’exécution, des voûtes barlongues ; et l’utilité d’une pareille substitution était si bien sentie qu’une grande voûte sur plan carré s’étant écroulée à Saint-Ambroise de Milan, elle ne fut pas rétablie telle quelle avec la forme de celles qui restaient, mais remplacée par deux voûtes barlongues.

Avec ce dernier système de voûtes, les édifices prenaient un aspect plus élancé par suite du rétrécissement des travées et de la multiplication des appuis; mais, quoique ce changement correspondit aux tendances générales de l’art du moyen âge, la nouvelle disposition ne fut point adoptée en Italie d’une manière définitive. Bientôt on revint, dans cette contrée, au goût des larges divisions, des travées spacieuses, si prononcé dans les monuments de l’ancienne architecture romaine; et quelques-unes des dernières églises lombardes montrent déjà les débuts de cette évolution qui s’est achevée durant la période ogivale. Au lieu de régler l’amplitude uniforme des travées sur la largeur des bas-côtés, on la régla sur celle de la nef principale. Des travées collatérales barlongues accompagnèrent des travées centrales carrées. Telle est la disposition de l’église pavésane de Saint-Théodore.

Bien que la structure de cet édifice soit habilement combinée et que ses dimensions

soient médiocres, il fallut renforcer après coup les piliers et les arcs doubleaux de la grande nef. Des additions analogues, faites à diverses époques, défigurent souvent les églises lombardes ; elles ont eu pour objet d’arrêter les dislocations dues à la poussée des maîtresses voûtes, poussée que la structure massive de ces voûtes contribuait pour beaucoup à rendre excessive.

En outre, presque toutes les grandes voûtes des églises lombardes sont, dans leur état actuel, pourvues de tirants en fer, disposés vers le pied des arcs doubleaux, à peu de hauteur au-dessus des naissances. Faut-il voir dans ces liens un membre essentiel de la construction, ou un organe supplémentaire, ajouté plus tard pour consolider l’édifice? Sans doute, les tirants ont joué fréquemment ce dernier rôle; mais il est probable qu’ils furent aussi, dans certains cas, posés dès le principe. Les arcs doubleaux de la grande nef de Saint-Pierre in ciel d’oro sont contreboutés si faiblement que leurs liens en fer, nécessaires à la stabilité, doivent être aussi anciens que l’édifice. L’usage de ces liens fut général en Italie pendant la période ogivale : c’est un motif pour admettre qu’il était déjà pratiqué à l’époque lombarde.

Un autre procédé de consolidation consiste dans l’usage de chaînages en bois logés dans les murs. De pareils chaînages existaient à Saint-Ambroise de Milan. Ils ont le défaut d’être périssables, défaut singulièrement aggravé par le fait que, cachés aux regards, ils échappent à la surveillance.

Nous venons de passer en revue les différents systèmes adoptés dans les églises lombardes pour la distribution et le maintien des voûtes d’arête construites sur les nefs et particulièrement sur la nef principale. Considérons à présent, sous un aspect plus général, cette importante question de l’établissement d’une couverture maçonnée sur la grande nef d’une église. La difficulté du problème tient surtout à l’obligation d’éclairer directement cette nef au-dessus des collatéraux; car, pour atteindre ce but, il faut à la fois relever beaucoup les grandes voûtes au-dessus des bas-côtés et les bien soutenir latéralement sans écraser ni obstruer ces bas-côtés. Suivant les pays on employa divers systèmes, qui diffèrent surtout entre eux par la nature des voûtes. Les architectes lombards usèrent exclusivement de la voûte d’arête. C’est pour le cas dont il s’agit, la forme la plus avantageuse, parce qu’elle concentre la poussée sur les piliers en même temps qu’elle dégage largement les murs élevés de la grande nef, permettanl ainsi d’y pratiquer de spacieuses fenêtres. Mais les procédés de construction restèrent imparfaits. On ne paraît point avoir apprécié à sa juste valeur le rôle des murs rampants (transformés en arcs-boutants dans le style ogival français), qui reportent sur les

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