‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 79 sur 112 · GARACTÈRES DU STYLE LOMBARD. — VOUTES · texte numérisé non relu

GARACTÈRES DU STYLE LOMBARD. — VOUTES

contreforts la poussée des grandes voûtes. Ces murs, tenus trop bas, sont aussi trop laibles, et les contreforts eux-mêmes sont parfois insuffisants.

Des tuants en fer, établis au pied des arcs-doubleaux, pouvaient suppléer ou venir en aide aux éperons extérieurs; mais ils n’étaient pas disposés pour prévenir les accidents amenés par la poussée latérale de voûtes très surhaussées et très pesantes. A défaut d’étais en maçonnerie, construits en vue de résister à cette poussée, qui exerce son plus grand effort au faîte de la muraille, à mi-longueur de l’intervalle des piliers, il aurait fallu placer d’autres tirants au sommet des arcs formerets. Cette précaution n’a pas été prise. En définitive, les architectes lombards n’ont pas su garantir leurs édifices contre certains effets de la poussée des voûtes. Pas plus que les constructeurs des pays voisins, ils ne sont parvenus à établir sur les grandes nefs de leurs églises des voûtes à la fois bien combinées pour l’éclairage et sûrement équilibrées.

Les voûtes du chevet, qu’il nous reste à considérer au point de vue de la stabilité, étaient beaucoup plus faciles à maintenir que les voûtes d’arête de la grande nef. Déjà, en décrivant la forme générale des églises lombardes voûtées, nous avons signalé les dispositions qui assurent l’assiette de la coupole et montré l’analogie de ces dispositions avec celles qu’on observe dans les monuments byzantins. Grâce à la solide implantation du tambour et à sa faible hauteur, grâce aussi à la répartition uniforme de la poussée sur le périmètre de ce tambour, la coupole se tient en équilibre sans l’assistance de contreforts1.

Le choix de la voûte en berceau et de la voûte en cul de four pour couvrir les croisillons et les absides était en quelque sorte indiqué par la position de ces voûtes et la structure de leurs appuis. Ceux-ci consistent pour la plus grande part en murs pleins — non percés d'arcades à leur pied — sur lesquels il était logique d’asseoir une construction continue, de section uniforme, telle qu’un berceau ou une voûte sphérique. En outre, comme les murs en question appartiennent à l’enceinte de l’édifice, rien n’empêchait d’y ouvrir des fenêtres au-dessous des voûtes. On se trouvait donc, pour ce double motif, dans des conditions toutes différentes de celles qui déterminaient l’emploi de la voûte d’arête pour la nef principale.

Les berceaux du transsept s’appuient par une extrémité sur les arcs portant la

1 L’une au moins des coupoles lombardes, celle de Samt-Ambroise de Milan, qui compte parmi les plus vastes et les dernières en date, fut construite d’après le système appliqué aux voûtes d’arête dômicales; les sections horizontales y passent graduellement de l’octogone au cercle depuis la naissance jusqu’au sommet ; en même temps les arêtes s’émous sent et s’effacent peu à peu : cette disposition permettait de bâtir la voûte plus facilement. La même coupole est encore remarquable par sa forme ogivale, qui offrait l’avantage de réduire la poussée.

coupole et, par l’autre extrémité, sur les murs pignons qui ferment ce transsept : ils se trouvent ainsi solidement maintenus à chacune de leurs têtes ; et, dans l’intervalle de celles-ci, les petites absides, d’une part, et les nefs latérales, de l’autre, consolident leurs murailles de soutien. Le berceau du croisillon terminal est moins bien contrcbouté; les murs qui le portent ne sont pas étayés' par d'autres constructions et la muraille de fond, sur laquelle il s’appuie, est largement trouée par la grande abside. De solides contreforts, bâtis en prolongement de cette muraille, lui servirent d’épaulements. Souvent, quand le transsept faisait saillie, des éperons semblables furent établis à ses extrémités.

La stabilité des voûtes en cul de four abritant les absides était simplement assurée en général par l’épaisseur donnée au mur d’appui circulaire : quelquefois on prit le parti de construire légèrement ce dernier et de l’étayer par des contreforts.

En somme, les voûtes du chevet se sont, clans presque toutes les églises lombardes, maintenues en bon état sans pousser hors d’aplomb ni fatiguer leurs murs de soutien. La partie postérieure de l’édifice a donc été judicieusement concertée, soit dans la structuie de ses membres, soit dans leur disposition. Mais, s’il en est ainsi, ne se pourrait-il pas que la persistance des anciennes formes, marquée dans le chevet par l’exclusion de la galerie tournante des églises françaises, fut imputable à une préoccupation technique plutôt qu au respect des usages traditionnels? Les constructeurs n’auraient-ils pas conservé l’ancien parti, qui avait été sanctionné par l’expérience, afin surtout d éviter, là où c’était possible, les inconvénients d’un triple vaisseau, que maints insuccès subis dans la construction des nefs n’avaient que trop manifestés ? On serait tenté de l’admettre si l’examen du développement ultérieur de l’architecture n infirmait pas cette présomption. En effet, l’on continua, après le douzième siècle, de bâtir sans galeries tournantes les chœurs des églises ; et cependant l’art des constructions avait fait assez de progrès pour que l’établissement de ces galeries n’offrit plus de difficultés sérieuses. La fidélité gardée au type primitif ne saurait donc provenir, comme nous 1 avons dit, que d’un attachement invariable aux anciens usages.

Toitures. — La couverture des églises lombardes, exécutée parfois en plaques schisteuses, sortes d’ardoises épaisses et grossières, se composait en général de tuiles en terre cuite. Le fait que quelques-unes de ces couvertures sont encore formées en partie de grandes tuiles à rebords donne lieu de supposer que l’usage de la tuile romaine a

CARACTÈRES DU STYLE LOMBARD. — TOITURES, persisté durant la période lombarde. Les tuiles creuses servaient alors de couvrej oints . Plus tard, elles furent seules employées.

Aucun des combles en bois, appartenant à un édifice lombard de quelque importance, ne paraît remonter jusqu’à la construction primitive de cet édifice. Les combles actuels se composent de chevrons et de pannes, supportés par des fermes dont l’espacement varie entre deux et quatre mètres. Celles-ci, très simplement disposées, construites avec un petit nombre de pièces de bois d’un fort équarrissage, ont souvent beaucoup d analogie avec les fermes des plus anciennes basiliques romaines. Elles sont, dans quelques édifices, remplacées totalement ou partiellement par des arcs en maçonnerie.

Les voûtes sont toujours abritées par une couverture en tuiles ou en plaques schisteuses, couverture qui, dans l’état actuel, repose tantôt sur l’extrados, et tantôt sur un comble en charpente établi par-dessus la voûte.

Les voûtes du chevet, coupole octogonale, berceaux et culs de four, étaient particulièrement aptes à porter directement la couverture, non seulement à raison de leurs formes, qui se prêtent bien à l’écoulement des eaux, mais encore à cause de leur disposition, grâce à laquelle ces eaux sont rejetées vers l’extérieur. Aussi pouvait-on les revêtir de tuiles en se bornant, pour tout apprêt, à régler la pente par quelques remplissages. Beaucoup de voûtes, parmi celles en question, sont encore aujourd’hui couvertes de la sorte; et l’on ne saurait douter que, dans l’origine, on n’ait appliqué à toutes le même système.

Les voûtes d’arête du vaisseau de l’église se prêtent moins bien à servir de support à la couverture. Cependant les voûtes de la grande nef pouvaient remplir cette fonction, surtout quand leur forme domicale était très prononcée, car il suffisait alors, pour assurer l’écoulement des eaux, de remblayer les reins jusqu’au sommet des murailles d’enceinte, en maintenant dans les intervalles des dômes une pente convenable sur chaque versant. Telle fut, sans doute, en beaucoup de cas, la disposition première, disposition dont il reste, à défaut d’exemples, des traces significatives. En effet, les combles actuels prennent appui sur un exhaussement de la muraille construit après coup pour l’installation des fermes ; et la position de l’ancienne corniche à la hauteur du sommet des arcs formerets répond au cas d’une voûte portant elle-même sa couverture.

Il paraît plus difficile d’admettre qu’on ait traité de même les voûtes collatérales, à

cause de l’obligation de rejeter les eaux d’un seul côté, au moyen d’une pente unique,

qu’on ne pouvait obtenir, pour les voûtes du type habituel, que par l’accumulation

d’une masse considérable de remblais. Mais ces remblais existaient à Saint-Michel de Parie, où l’on a constaté leur présence lors de la restauration du monument. 11 ne serait donc pas impossible que, malgré le poids et les autres inconvénients d'un pareil dépôt, la suppression du comble en charpente eût été poursuivie jusque dans la toiture des bas-côtés.

C’est dans les petites rotondes, telles que Saint-Thomas près d’Almenno et le baptistère d’Agliate, que cette suppression existe de la manière la plus complète. La couverture est, encore aujourd’hui, posée partout sur les voûtes et le bois totalement exclu de la construction. Les galeries annulaires de ces rotondes sont, à l’étage supérieur, couvertes par des voûtes rampantes, suivant le système pratiqué dès le huitième siècle à Notre-Dame d’Aix-la-Chapelle et reproduit plus tard à Saint-Fidèle de Côme, où son application fut judicieusement étendue aux bas-côtés de la nef. On ne pouvait pas choisir une meilleure disposition, parce que la pente attribuée par ce moyen à la couverture maçonnée n’est pas moins avantageuse pour contreboutcr la grande nef que pour faire écouler les eaux. Il est fâcheux que ces voûtes rampantes n’aient été employées que par exception.

La structure massive des voûtes lombardes et le fait que l’épaisseur y diminue peu avec la portée trouvent une raison d’être dans la fonction protectrice dévolue à ces organes. La surépaisseur donnée au faîte des coupoles et des voûtes domicales, surépaisseur qui se traduit au dehors par la forme légèrement aiguë du sommet, se justifie par la convenance d’incliner la surface afin d’assurer 1 écoulement des eaux. Ainsi les particularités de la construction s’accordent bien, relativement à la pose de la couverture sur les voûtes, avec les informations données par l’état actuel d’un grand •nombre de monuments.

L’usage simultané des voûtes et des charpentes ne remonte pas très haut dans le passé. En principe et d’une manière générale, ces deux systèmes d’abri sont exclusifs l’un de l’autre, car l’un des avantages que l’on se propose d’obtenir en voûtant les édifices est de les garantir contre les incendies, ce qui oblige à n’y pas employer de bois. Dans les monuments de l’antiquité, la voûte n’est point recouverte par un comble en charpente. Il en est de même, à fort peu d’exceptions près, dans l’architecture byzantine 1 ; et nous venons de montrer que les constructeurs lombards suivirent sous

1 Les coupoles existant à Ravenne dans le baptistère et dans l'église de Saint-Vital ont été, de tout temps, surmontées de toitures ; mais cela tient à l’extrême légèreté de leur structure, qui les mettait dans l’impuissance d’abriter sûrement

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