‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 80 sur 112 · CARACTÈRES DU STYLE LOMBARD. — PILIERS · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DU STYLE LOMBARD. — PILIERS

ce rapport les errements de leurs prédécesseurs. Mais, s’ils ont pleinement réussi a abriter par des voûtes bien équilibrées, portant elles-mêmes leur couverture, les différentes variétés de la rotonde et le chevet des églises à vaisseau allongé, ils n ont pas su résoudre complètement le même problème dans les nefs de ces dernières églises.

Sans doute, leur insuccès Lin t pour beaucoup aux conditions particulières du système de couverture. Il fallait, pour résister aux intempéries, des voûtes épaisses et robustes, qu’alourdissait encore le poids des matériaux, tuiles et remplissages, appliqués sur l’extrados. Et, comme les voûtes de la grande nef étaient par elles-mêmes difficiles à maintenir, on ne parvint pas, tant qu’on les fit lourdes, à les rendie stables. C’est en vain que les constructeurs de l’époque lombarde essayèrent de satisfaire à ces deux conditions. 11 fallut en définitive, pour obtenir dans les nefs une construction bien équilibrée, alléger les voûtes et changer le système de couverture. A la voûte épaisse, abritant l’édifice et portant elle-même le revêtement en tuiles, fut substituée la voûte mince, débarrassée de toute surcharge et protégée par un comble appuyé sur les murailles. Innovation capitale, introduite en Lombardie vers la fin du douzième siècle et dont l’usage, étendu bientôt à toute espèce de voûtes, prévalut exclusivement aux époques suivantes.

Piliers. — Le pilier cantonné de nervures, ce membre caractéristique des édifices du moyen âge, existait en germe dans l’architecture antique. Les monuments grecs et romains possèdent des piliers à colonnes adossées. Tantôt la colonne est unique, tantôt, comme à Palatitza1, deux faces opposées sont pourvues de colonnes; d’autres fois, comme au temple de Vespasien à Brescia (Voy. pi. 1), et au temple d Isernore dans l’Ain s, les deux colonnes sont appliquées contre des faces qui se rencontrent d équerre, quelquefois même, comme dans l’arc de Damas, il y a des pilastres ou des colonnes sur trois ou quatre faces. Le portique de la cour du temple du Soleil à Palmyre et le péristyle d’une maison de Pompéi contiennent des supports d’angle d’une forme encore plus compliquée, vrais piliers du moyen âge si l’on en jugeait par leur section. Enfin,

l'édifice, et à leur somptueuse décoration en mosaïque, qui «figeait une protection efficace. Le rôle de ces voûtes était purement décoratif.

* Heuzey et Daumet. Mission archéologique de Macédoine. Paris, 1870.

s De Caumont. Cours d'antiquités monumentales.

5 Wood. Les Ruines de Palmyre. Londres, 1755.

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c’est à l’usage des supports à colonnes adossées qu’est due l’introduction dans l’architecture romaine du piédroit d’arcade avec colonne engagée.

Mais, à part celte dernière disposition qui devint usuelle et prit une importance considérable, le pilier de nature complexe, combinaison du soutien rectangulaire avec des colonnes ou des pilastres, n’existe dans les monuments antiques qu’à l’état d’exception ou d’accident. Il appartient à l’art du moyen âge d’avoir généralisé son emploi, étendu sa fonction et largement développé son organisme. La colonne romaine était un support trop frêle pour porter solidement des voûtes ou de hautes murailles. Elle était difficile à tailler; sa pose exigeait beaucoup de soins, et les colonnes de provenance antique devinrent, avec le temps, de plus en plus rares. Pour tous ces motifs, 1 usage du pilier prit de l’extension; et l’on fut conduit à le cantonner de colonnes ou de pilastres, soit à raison des arcs qu’il soutenait, soit afin d’y introduire la colonne en manière de décoration, à l’exemple des anciens. C’est dans ces conditions que, à 1 église d Aurona, le pilier remplaça la colonne : tous les membres adossés s y terminaient de niveau à la naissance des arcs joignant ensemble les appuis.

L usage des voûtes à nervures saillantes fit prendre au pilier cantonné de colonnes sa forme définitive. Le principe adopté fut de continuer dans l’appui les nervures des voûtes, principe dont l’application franchement poursuivie donna lieu à des combinaisons de formes toutes nouvelles. Chaque cordon du support, fut réglé en saillie par la saillie de 1 arc qu’il soutenait, en largeur, par la largeur de cet arc, et en hauteur, par 1 élévation du pied de celui-ci au-dessus du sol. Et comme le même pilier pouvait porter à la fois trois étages de voûtes, celles des bas-côtés, celles de la galerie haute et celles de la nef principale, ses cordons pouvaient recevoir des grosseurs et des hauteurs très inégales a raison des épaisseurs variables et des positions différentes des arcs auxquels ils s’ajustaient. Dès lors il n’y eut plus de règle pour les proportions des colonnes ou des pilastres; et le pilier prit l’aspect d’un faisceau de nervures, dont les unes, liées aux voûtes de la grande nef, étaient extrêmement allongées, tandis que d autres, rattachées aux voûtes des galeries hautes, étaient excessivement courtes.

Puisque la structure des voûtes commande celle des piliers, ceux-ci sont tous égaux en grosseur lorsque la distribution des travées est uniforme dans les trois nefs. Ils sont alternativement plus forts et plus faibles quand les travées, partout carrées, sont deux fois plus nombreuses dans les collatéraux que dans la nef principale. Dans l’un et 1 autre cas, le dernier appui de chaque file, celui qui porte la coupole, reçoit plus

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