CARACTÈRES DU STYLE LOMBARD. — CONTREFORTS
de développement que les autres soutiens. Les supports engagés dans les murailles de 1 enceinte se rapportent en grosseur aux piliers auxquels ils correspondent.
Habituellement la longueur et la largeur de chaque pilier sont égales entre elles, ou peu s’en faut. A Saint-Ambroise, seulement, la dimension longitudinale excède sensiblement la tranversale. Les principales nervures, disposées suivant les axes du pilier, correspondent aux arcs doubleaux et longitudinaux. Elles sont fréquemment accompagnées de ressauts motivés par les archivoltes redoublées de ces arcs. Les cordons répondant soit aux arêtes des voûtes, soit à leurs arcs diagonaux, occupent les angles rentrants formés par le croisement des autres nervures. Quelquefois on a simplifié les petits piliers par la suppression de ces cordons.
Les nervures des piliers sont, en section, tantôt rondes et tantôt rectangulaires, ces deux lormes alternant souvent l’une avec l’autre, et l’octogone se trouvant parfois substitué au cercle. La section rectangulaire est en somme la plus fréquente.
Vers la fin du style lombard, l'on revint quelquefois à l’usage des supports à section circulaire; une grosse tige cylindrique monte alors jusqu’à la naissance des arcs longitudinaux. Elle reçoit la retombée de ces arcs ainsi que celle des voûtes collatérales et porte en outre le pied des cordons répondant aux nervures des grandes voûtes. Cette tige n’a point de chapiteau; un simple bandeau la termine. C’est une simplification du pilier; ce n’est point à proprement parler une colonne. A la même époque, l’architecture française retournait aussi, dans une certaine mesure, à l’emploi du pilier cylindrique qui résiste plus et encombre moins que tout autre support de section équivalen te.
Contreforts. — Les contreforts extérieurs, faisant saillie sur l’enceinte et destinés à bûter des arcs ou des voûtes, apparaissent dans l’un des derniers monuments de l'architecture romaine, la rotonde de Minerva medica, et dans quelques anciens monuments byzantins du nord de l’Italie, tels que Saint-Vital de Ravenne et Saint-Laurent de Milan. Leur usage s’est développé plus tard en même temps que celui du pilier cantonné de colonnes. Dans les monuments lombards, ces éperons existent constamment, au droit des piliers, le long des murs latéraux des nefs. En outre, ils s’appliquent fréquemment sur les façades, en regard des divisions du vaisseau. On les rencontre encore aux extrémités saillantes des transepts, à la naissance de l’abside principale, sur le pourtour de cette abside et contre les murs élevés de la grande nef.
La section des contreforts est habituellement rectangulaire : parfois elle se termine
en pointe. Les éperons de la façade sont quelquefois, dans un but décoratif, cantonnés de nervures à l’instar des piliers : à Saint-Michel de Pavie, cette disposition s’applique également aux contreforts de l'abside principale. Presque toujours les éperons des églises lombardes ont reçu mal à propos plus de largeur que de saillie. Jamais ils ne s’amincissent de bas en haut par des retraites successives ‘.
y0RS Souvent., dans les constructions romaines et byzantines, les murs sont de
simples cloisons, fermant les intervalles des piliers jusqu’à l’intrados des voûtes qui réunissent entre eux ces appuis. Tel ne fut point leur rôle dans les monuments lombards, où murs, éperons et soutiens adossés font corps ensemble, et où les arcs formerets, seulement encastrés dans le parement des murailles, ne fonctionnent pas comme arcs de décharge. C’est à ces murailles elles-mêmes que s’appliquent les poussées des coupoles, des berceaux et des culs de four, ainsi que les poussées latérales des voûtes d’arête. Il a fallu, par suite, leur donner assez d’épaisseur pour leur permettre de résister aux efforts de renversement exercés par les voûtes, ou, quand il existait des contreforts, pour les rendre capables de transmettre les poussées à ces soutiens sans rompre ni céder dans leurs intervalles. Les murs des églises lombardes remplissaient en général ces conditions ; les accidents qu’ils ont éprouvés sont surtout imputables à l’insuffisance des contreforts.
L’on est frappé, à l’inspection des plans de ces églises, de l’irrégularité habituelle du tracé des murailles. Les erreurs d’alignement, les défauts de parallélisme et de perpendicularité sont fréquents et parfois très marqués. La largeur de chaque nef et l’amplitude des travées varient d’un point à un autre ; la tribune et la grande nef ont souvent des axes différents : quelquefois le transept rencontre obliquement le vaisseau principal ; les dimensions grandes ou petites, qui devraient être égales entre elles, ne le sont point ; les figures qui devraient être régulières sont plus ou moins déformées dans leurs contours. De telles fautes attestent hautement la maladresse des constructeurs. Celle-ci est presque générale; et, quoique les monuments de la période
* Dans la très intéressante notice sur le Home de Milan publiée en 1881 par M. Boite dans le premier .volume de l’ouvrage intitulé « Mediolanum », on voit que l’architecte parisien Jean Mignot, appelé en 1399 à diriger les travaux de la cathédrale, blâmait l’usage des contreforts sans retraites « nullo retractu », tandis que les artistes italiens, ses adversaires, prétendaient que les retraites affaiblissent les contreforts et que ceux-ci doivent monter droit » per redam hneam ». La notice de M. Boito que j’ai l’occasion de citer incidemment, contient les informations les plus curieuses sur le conflit d’inlluences, les unes étrangères et les autres locales, qui amena, dans le Dème de Milan, la fusion des architectures ogivales française et italienne.
CARACTÈRES DU STYLE LOMBARD. — STRUCTURE DES MAÇONNERIES, finale soient d’ordinaire tracés plus correctement, plusieurs d’entre eux laissent encore beaucoup à désirer sous le rapport de la régularité. Les plus imparfaits proviennent en général de reconstructions faites sur l’emplacement ou même sur les fondations d’édifices plus anciens.
Structure tif.s maçonneries. — A moins qu’ils ne soient très minces, les murs et les piliers se composent, en règle générale, d’un blocage intérieur enveloppé d’un revêtement en briques, en moellons ou en pierres de taille. Cette structure est analogue à celle des murs romains en maçonnerie mixte, sauf quelques différences dans le rôle de la pierre de taille, sauf aussi l’absence dans les constructions lombardes de ces assises en grandes briques, traversant le mur, dont les Romains faisaient usage. On employa surtout en parement, selon les ressources locales, la brique ou le moellon, la brique dans la plaine, le moellon au pied des Alpes, et l’on usa de la pierre de taille comme d’une matière de luxe. Elle forma les parties de l’édifice qu’on voulut orner de sculptures, chapiteaux et bases, archivoltes, corniches, consoles. A l’intérieur des églises elle composa souvent les nervures des piliers et des voûtes. On s’en servit moins à l’extérieur, où, à part son emploi dans les encadrements des portes et des fenêtres, elle joua le rôle d’un placage, destiné surtout à décorer les parties les plus importantes, telles que la façade et l’abside principale, rarement à couvrir les murs latéraux.
La faible épaisseur des pierres et la finesse des lits de mortier qui les séparent l’une de l’autre montrent bien qu’elles formaient, de même que les briques et les moellons, un revêtement superficiel, qui avait principalement pour objet de protéger et de masquer le massif en blocage. Ainsi furent établis, à une époque plus moderne, les placages en marbre ou en terre cuite appliqués sur une maçonnerie grossière formant le corps de l’édifice. Mais on était encore éloigné, durant la période lombarde, de savoir exécuter ces élégantes décorations. On se contentait de la pierre, souvent grossière, qu’on avait sous la main ; et on l’employait avec le moins d’apprêt possible, entremêlant au hasard des assises de dimension très inégale et assez mal dressées, qui parfois changeaient progressivement ou brusquement de hauteur, et d’autres ibis se trouvaient interrompues par des pierres plus grandes utilisées telles quelles. On intercalait volontiers dans le parement de grandes dalles provenant d’anciennes constructions ou de tombeaux. Toute pierre mince a parement lisse était bonne à employer, et d’autant meilleure qu’elle couvrait plus de surface, Peu importait la qualité, le grain et la nuance s ou mettait en œuvre indistinctement le grès, le granit,
le calcaire et le marbre. C’est seulement à partir du douzième siècle que l’appareil fut en général traité avec plus de soin, que les pierres furent mieux taillées et les assises mieux dressées et que l’on commença à tirer parti pour la décoration de la couleur différente des matériaux. En même temps l’on cessa d’employer, au moins pour la construction des membres principaux, des parties qui étaient le plus en évidence, les pierres à texture grossière, à parois criblées de trous et de cailloux, que les facilités de l’extraction et du transport avaient fait employer presque exclusivement dans les monuments plus anciens.
Quand la pierre revêtait les piliers, elle composait totalement leurs cordons : son rôle était ainsi plus important dans les supports que dans les murs. A Saint-Ambroise, l’appareil des piliers est ordinairement réglé par assises, et le même bloc embrasse souvent plusieurs cordons. Dans les constructions postérieures, les pierres communes à deux nervures forment l’exception ; elles sont espacées à grande distance, et chaque nervure est, dans leurs intervalles, indépendante de sa voisine. Les petits cordons, et particulièrement les colonnettes, sont composées en majeure partie de pierres longues posées en délit. L’indépendance de la fonction est marquée jusque dans l’appareil : le principe du pilier cantonné de colonnes se trouve complètement appliqué.
L’emploi du moellon dans les revêtements offre peu d’intérêt. Celui de la brique en présente davantage, à cause du perfectionnement de la fabrication et de la mise en œuvre de cette matière. Les méthodes romaines n’étaient plus en usage. L’abside de la basilique ambroisienne montre que, dès la fin du huitième siècle, les briques minces carrées ou triangulaires, séparées par d’épaisses couches de mortier, avaient cédé la place à des briques rectangulaires de forme allongée, à joints relativement étroits, moins dévelopées en surface mais plus épaisses que les premières. Les briques des plus anciens monuments lombards sont grossières et de dimensions inégales. Avec le temps les matériaux en terre cuite gagnèrent en régularité et leur qualité s’améliora. Au douzième siècle, les dimensions des briques courantes varient, selon les édifices, entre 0m,26 et O1”, 56 de longueur, 0™,15 et 0ln,16 de largeur, 0m,06 et 0'",06 d’épaisseur ; la grosseur habituelle des joints est d’environ 0ra,01 . Mais le progrès apparaît surtout dans les pièces courbes formant les nervures des piliers, les archivoltes des petits arcs et le parement des absides, et dans les pièces ornées de moulures, qu’on employa surtout à l’état de’ consoles et de bandeaux. Ces pièces atteignc-nt parfois des dimensions considérables, et souvent elles ne laissent rien à désirer pour la qualité de la matière, la régularité des formes et la netteté des arêtes. Les ouvrages