‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 83 sur 112 · CARACTÈRES DU STYLE LOMBARD. — PORCHES. - PARVIS · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DU STYLE LOMBARD. — PORCHES. - PARVIS

survécut à celui du style lombard : témoins la façade de la cathédrale de Milan et celles de 1 ancienne église de Bréra 1 et de Sainte-Marie-des-Grâces, également bâties à Milan8.

Les deux portiques superposés qui occupent le front de la basilique ambrolsienne composent un motif de façade très décoratif et très original mais unique dans son genre parmi les portails lombards. Les façades des principales églises pavésanes appartiennent à un type nettement défini, caractérisé par l’ampleur des portes, parla multiplicité, la forme variée et la distribution des baies ouvertes sur la grande nef. Ailleurs on décora le portail par des rangées d’arcatures sur colonnettes. L’usage des ouvertures spacieuses et en particulier celui des grandes roses à meneaux ne s’est guère introduit avant le treizième siècle.

Porches. — Parvis. — Le seul parvis lombard qui se soit conservé jusqu’à nous est celui delà basilique ambroisienne : il reproduit exactement l’atrium des basiliques primitives. Des cours entourées de porticjuesont pu précéder d’autres églises, et notamment celles dont la fondation remonte aux premiers siècles du christianisme. L’usage de ces cloîtres, loin de se développer avec le temps, se restreignit au contraire de plus en plus, il ne faut pas confondre les parvis de cette espèce, situés sur le front de l’édifice et destinés au public, avec les cloîtres de couvent, qui sont fréquemment accolés aux faces latérales des églises.

Quoique presque tous les porches de style lombard soient aujourd’hui détruits, les traces laissées par ces ouvrages montrent qu’ils existaient en grand nombre. C’étaient, dans les églises de campagne, de simples appentis en charpente, portés sur des colonnes ou sur des piliers. Les porches des églises plus importantes étaient généralement voûtés et se développaient souvent sur toute la largeur de la façade. On leur donnait quelquefois deux ou trois travées de profondeur et on les ouvrait largement de face et de côté pour les rendre accessibles de toutes parts. Quelques vestibules extérieurs étaient à double étage.

Ces porches spacieux avaient l'inconvénient de masquer en partie les façades. Aussi se contenta-t-on le plus souvent, à partir du douzième siècle, alors que les usages liturgiques relatifs au narthex étaient tombés en désuétude, d’abriter le devant de

1 Les dessins de l’église de Bréra, bâtie en 1347, aujourd'hui démolie en grande partie et transformée en musée d'archéologie, sont donnés dans le recueil de Cassina : Fabbriche piu cospicue cli Milano , fasc. 19, pl. 105. Milan, 1857. a L’église de Sainte-Marie-des-Grâces, fondée on 1464, fut achevée en 1497. Cassina. Fabbriche di Milano, fasc. 1.

chaque porte au moyen d’une profonde arcade, soutenue par deux colonnes appuyées sur des lions.

Clochers. — Nous avons déjà vu que, dans les églises de style purement lombard, le clocher ne fait point partie intégrante de l’église et qu’il se présente avec le caractère d’un organe complémentaire annexé à l’édifice. Que le campanile soit placé près de la façade ou près du chevet, qu’il soit isolé ou joint au monument, qu’il s’appuie sur les murs de l’église ou que ceux-ci viennent rencontrer ses parois, on constate par l’examen de la construction et par les documents historiques, quand ils existent, que ce campanile, antérieur ou postérieur à l’église, a toujours été construit séparément.

Jusqu’à la fin du douzième siècle, les campaniles lombards ont reçu la forme de tours carrées, abritées d’ordinaire sous un toit à quatre versants peu inclinés et largement ouvertes au sommet par des arcades sur colonnettes ou sur piédroits. Des baies généralement très étroites sont réparties sur la hauteur pour éclairer l’escalier. Les murs sont lisses dans les constructions les plus simples. Dans les ouvrages plus importants, pour lesquels on s’est mis en frais d'une décoration, la tour est divisée en une série d’étages par des bandeaux à dents de scie et à petites arcatures. Ceux-ci sont, liés à des bandes murales ou à des colonnettes engagées qui se continuent d’un étage à l’autre depuis le soubassement jusqu’à l’étage supérieur. Quelques-unes de ces tours étaient très robustes et très élevées. A moins de circonstances exceptionnelles, il n’v en avait qu’une seule pour chaque église1.

C’est seulement après le douzième siècle que l’on incorpora quelquefois le campanile dans l’église, qu’on le dressa parfois sur la croisée, qu’on le termina souvent par une flèche conique et que, soit en rétrécissant graduellement les étages, soit en variant leurs hauteurs et leurs formes, soit eti multipliant les baies et diversifiant leurs contours, on créa ces élégants clochers, dont les tours milanaises de Saint- Gothardet de Chiaravalle offrent de si remarquables exemples.

Décoration intérieure. — Chapiteaux. • — Bases. — Le système de construction des voûtes et des piliers est décoratif par lui-même, à raison du réseau de nervures qu’il étend sur les parois de l’édifice, de la grosseur inégale, des proportions différentes et

1 Si !;i basilique ambroisienne a deux clochers, cela lient à ce qu'elle fut desservie en même temps par des moines bénédictins et par un collège de chanoines et à ce qu'il fallut, pour supprimer d'incessantes querelles, donner à chaque confrérie son campanile particulier.

CARACTÈRES DU STYLE LOMBARD — DÉCORATION INTÉRIEURE, des formes vaiiées de ces nervures. Le regard s’attache à ces cordons qui, réunis en faisceau dans les appuis, se séparent les uns des autres dans les voûtes pour unir chaque pilier aux supports voisins. Non seulement la membrure de l’édifice est mise en relief, mais les fonctions diverses qu’elle remplit sont montrées, en détail, de la façon la plus claire et la plus significative. L’architecture trouve l’un de ses plus puissants moyens d expression dans cette manifestation complète et saisissante de la structure.

Les parties lisses des murs et des voûtes ont bien alors l’aspect de clôtures; et, comme elles jouent un rôle secondaire au point de vue de la stabilité, c’est à juste titre qu on a souvent marqué, par l’emploi de matériaux différents, la moindre importance de leurs fonctions. Les plus vastes de ces parois lisses contiennent les fenêtres. Des colonnettes ou des bandes murales subdivisent parfois les parements des absides.

Ainsi traité, 1 intérieur d’une église pourrait à la rigueur se passer d’ornements; mais il est rare que l'on n’ait pas décoré par des sculptures les faces d’au moins une partie des chapiteaux ; et la peinture a maintes fois contribué à embellir l’édifice par des représentations de figures ou par de simples ornements. Quelquefois même on employa la mosaïque dans ce but, soit à l’état de revêtement sur la voûte de l’abside, soit à l’état de pavage. Nous résumerons plus loin les caractères de ces divers procédés d ornementation et nous nous bornerons à examiner ici les formes des chapiteaux et des bases, qui composent l’un des éléments essentiels de la décoration intérieure.

Les trois parties du chapiteau, l’astragale, le corps et le tailloir, prises quelquefois dans un même bloc, sont taillées le plus souvent dans deux pierres distinctes, dont 1 une contient l’astragale et le corps du chapiteau, toujours associés, et l’autre le tailloir. Celui-ci est en général très massif. Fréquemment il se transforme, dans les basiliques à colonnes, en un membre indépendant, le sommier ou dosseret, plus développé dans le sens de 1 épaisseur du mur que dans le sens de sa longueur, afin de donner, à la place du chapiteau trop étroit, une assiette suffisante aux retombées des arcades.

Tantôt le corps du chapiteau procède du chapiteau corinthien et présente la forme d’une corbeille, tantôt il appartient au type dit cubique. Cette dernière forme, ébauchée seulement par l’architecture byzantine, a pris son expression définitive dans l’art du moyen âge-occidental. On la trouve complètement achevée dans les chapiteaux de l’église d’Aurona, bâtie à Milan dans la première moitié du huitième siècle. Elle peut se définir de la manière suivante : un cube dont les angles inférieurs sont émoussés en forme de pendentifs ou, avec plus de précision : une coupole sphérique à pendentifs,

fermée sur les quatre faces par des plans verticaux, diminuée du segment de sphère

ARCHITECTURE L011RARDE.

supérieur aux pendentifs, et retournée haut pour bas. Le problème à résoudre était le même dans le chapiteau et dans la coupole sphérique : il s’agissait d’établir une surface de raccordement entre une section circulaire et une section carrée, et l’emploi des pendentifs fournissait dans les deux cas une solution très satisfaisante.

Parmi les méthodes usitées dans l’architecture antique pour raccorder le fût de la colonne avec le tailloir, la seule qui n’admette que des contours géométriques et des formes utiles est celle qu’on appliqua au chapiteau dorique; mais si le chapiteau en question s’adapte bien à des colonnes qui n’ont à porter qu’un entablement, il offre dans les coins du tailloir des porte-à-faux trop étendus pour faire bonne figure sous des arcades pesamment chargées. Le chapiteau cubique, robuste et trapu, convient parfaitement à ce rôle. On peut dire que par la simplicité géométrique de ses formes, exemptes de toute recherche décorative et motivées seulement par les exigences de la fonction, il tient dans l’architecture à arcades du moyen-âge la place qui revient au chapiteau dorique dans l’architecture à plates-bandes de l’antiquité.

Le chapiteau cubique peut se passer du tailloir, et souvent il en est dépourvu. Ses parois sont généralement lisses tandis que celles des chapiteaux à corbeilles, imitations plus ou moins grossières du chapiteau corinthien, portent des ornements sculptés. La corbeille, habituellement aussi haute que large, prend parfois, surtout dans les colonnes très courtes, des proportions écrasées.

Le profil des bases est presque constamment celui de la base attique, tiré en hauteur, alourdi et amolli. On rencontre dans les plus anciens monuments, tels que Sainte-Marie d’Aurona et Saint-Ambroise de Milan, des bases, procédant de la base corinthienne, formées de deux scoties alternant avec des tores. Dans beaucoup d’églises de campagne le dessin des bases est extrêmement sommaire et grossier. Un détail intéressant consiste dans les appendices, connus sous le nom de griffes, qui rattachent le tore inférieur aux angles de la plinthe, afin sans doute de fortifier ces angles. Les griffes, modelées en général avec simplicité, ont parfois des formes très recherchées. Elles manquent souvent; et leur absence se fait remarquer aussi bien dans les plus anciens monuments lombards que dans les derniers en date, de telle sorte qu’on ne saurait tirer de leur présence ou de leur défaut aucun renseignement certain sur l’âge des édifices.

Décoration extérieure. — Arcatures. — L’aspect extérieur des édifices lombards est simple et sévère. Les murailles ne sont point chargées de membres décoratifs. Des

CARACTÈRES DU STYLE LOMBARD. — DÉCORATION EXTÉRIEURE. 483 contreforts, le plus souvent rectangulaires, rarement cantonnés de nervures, les partagent en travées qui expriment au dehors la distribution interne. Un couronnement plus ou moins élevé et plus ou moins riche, presque toujours orné d’urcatures, un ou plusieurs rangs de fenêtres, quelquefois un bandeau marquant le pied d’une galerie haute, telles sont les seules formes décoratives qu'admettent d’habitude les parois extérieures.

Les contreforts s’élèvent d’aplomb, sans retraites successives, avec une saillie qui passe beaucoup celle de la corniche. Aussi montent-ils jusqu’aux toitures, au niveau desquelles ils s’arrêtent gauchement, en général, sans entrer en liaison avec les couronnements des murailles. Avec leurs ébrasements dentelés de nervures et souvent revêtus d’ornements sculptés, les portes et maintes fois les fenêtres jouent un rôle considérable dans la décoration. Des sculptures sont encore disséminées ou disposées par bandes sur les portails, et des disques en faïence ornent fréquemment les façades et les coupoles.

On commença, vers le milieu du douzième siècle, à employer en manière de décoration des matériaux diversement colorés; mais l’on faisait usage, dès le siècle précédent, de briques moulurées, dont l’emploi dans les consoles, les bandeaux, les frises et les corniches, permettait de donner à ces parties secondaires des formes plus élégantes et plus variées.

L’élément de la décoration extérieure le plus intéressant par l’étendue de ses applications et par les effets qu’on en a tirés est sans contredit l’arcature. Son usage, fort ancien en Italie, puisqu’il remonte jusqu’à des monuments de la décadence romaine, s'est beaucoup développé durant la période lombarde. Sauf 1 arcade appliquée de grande dimension, appuyée sur des bandes murales ou sur des colonnettes, qui resta presqu’étrangère aux édifices de pur style lombard, toutes les variétés d’arcatures furent mises en œuvre dans ces édifices. Elles forment la majeure partie des couronnements. Le motif habituel est la corniche à petits arcs portée sur des consoles et parfois liée à des colonnettes ou à des bandes murales montant de fond. Souvent elle couronne tous les murs d’un édifice. Elle sert aussi, dans certains cas, à marquer des divisions d’étages.

Les couronnements des façades, des absides et des coupoles sont traités d ordinaire avec un luxe particulier. Les petits arcs y sont fréquemment entrecroisés. D’autres fois, surtout dans les absides et les coupoles, ils encadrent des arcatures profondes qui pénètrent jusqu’à l’extrados de la voûte. Au-dessous de la corniche ainsi constituée

se développe souvent une galerie d’arcatures profondes appuyées sur des colonnettes galerie qui tantôt sert de passage et tantôt, vu ses faibles dimensions, ne joue qu’un rôle décoratif. L’ensemble de la galerie, de la corniche à petits arcs et de la cymaise supérieure en pierre ou en brique compose un ample couronnement aux formes bien arrêtées, largement disposé quoique très fin dans le détail. Le même motif se poursuit quelquefois en haut des murs latéraux et de ceux du transept.

Jamais, dans les édifices purement lombards, on n’a multiplié sur un mur de façade les galeries d’arcatures sur colonnettes. Tout en usant beaucoup de ces galeries, l’architecture lombarde ne les a point employées avec excès. Elle n’est pas tombée, comme l’architecture toscane, dans l’abus d’une répétition outrée, qui retire à cet élégant motif sa valeur de contraste, le réduit à un rôle banal et imprime aux façades un aspect grêle et monotone.

Sculpture. — On a vu, dans les deux derniers paragraphes, comment les sculptures sont distribuées sur les parois des églises lombardes. L’importance de leur rôle est extrêmement variable. Tantôt, comme à Saint-Michel de Pavie, elles sont répandues à profusion, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur; tantôt, comme à Saint-Lanfranc près Pavie (église à chapiteaux cubiques) et dans beaucoup d’églises de campagne, elles se réduisent presque à rien.

Le caractère byzantin de la sculpture lombarde tient à une certaine communauté d origine avec la sculpture byzantine et à l’influence exercée sur elle par cette dernière. Dès le quatrième siècle, la sculpture romaine, naguère si avancée sous le rapport de 1 exécution technique, tendait à revenir au procédé élémentaire qui consiste, après avoir mis au point la surface d’un bloc, à y tracer des ornements, à creuser légèrement les fonds et à compléter le dessin par un travail de gravure. La décadence de l’empire, en abaissant l’art, ramenait à l’emploi de la méthode la plus simple et la plus expéditive. Cette méthode, érigée en système, donna lieu dans l’empire grec à une décoration d’un style original. Mais l’Italie, soumise à un régime instable et barbare, plus attachée d’ailleurs que les provinces orientales aux formes de l’art romain, était moins avancée que Constantinople dans la voie d’une rénovation artistique.

La sculpture y garda longtemps un caractère confus et mêlé, qui tenait à ce que, faute d’inspirations originales, on se borna à copier les exemples de toutes sortes qu’on avait sous les yeux; tantôt les feuillages saillants, souvent mélangés de figures, de l’architecture romaine ; tantôt les ornements tins et méplats de la décoration byzantine ;

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