CARACTÈRES DU STYLE LOMBARD. — SCULPTURE
ornements dont les manuscrits, par leurs images, les étoffes par leurs broderies, les bijoux, par leurs ciselures, contribuaient, outre les monuments, à répandre le goût et à propager l’usage. Mais, que la provenance du modèle fut romaine ou byzantine, le procédé d’exécution et le coup de ciseau restaient les mêmes ; et par là, du moins, la sculpture italienne du haut moyen âge se rapproche de l’art byzantin.
bile s’y rattache de près durant la période primitive, c’est-à-dire pendant la conquête des Grecs et sous la domination longobarde. Les monuments qui nous restent de cette époque, tant à Ravenne qu’à Ravie et à Cividale, fournissent à ce sujet des témoignages décisifs.
I lus tard, quand le style lombard se développa, la sculpture fut entraînée dans le mouvement artistique qui transformait l’architecture. Son caractère se modifia. Figures et ornements gagnèrent en saillie et en modelé. Aux plats et maigres bas-reliefs de 1 époque longobarde succédèrent de vigoureux demi-reliefs aux contours arrondis, parfois même des rondes bosses, Cette transformation se fit peu à peu. Elle apparaît à Saint-Ambroise de Milan. Saint-Michel de Pavie nous la montre accomplie. Cette dernière église est remarquable entre tous les monuments lombards par l’extraordinaire abondance des sculptures et par la verve exubérante qui éclate dans la composition des motifs et dans leur exécution. D’innombrables figures d’hommes et d’animaux, des feuillages, des rinceaux, des ornements de toute sorte, couvrent les chapiteaux, les encadrements des portes, les archivoltes des fenêtres, et décorent en outre les parois extérieures des murailles, a l'état, soit de longues bandes, soit de morceaux isolés.
La même sculpture, hardiment jetée, facilement exécutée, robuste d’aspect, se rencontre ordinairement dans les églises des onzième et douzième siècles, dans celles du moins qu’on a bâties dans les villes, car la sculpture des églises de campagne est souvent très grossière. Mais sa rudesse même prouve qu’elle était l’œuvre des artisans de la localité; et l’on peut juger par là que, à l’époque lombarde, il y avait partout, sinon des sculpteurs de profession, au moins des tailleurs de pierre capables d’ébau cher au besoin quelques ornements. De l’influence byzantine il ne restait alors que des marques affaiblies, sauf quand l’art grec exerçait une action locale par suite de relations directes avec l’Orient.
La simplification du procédé qui apparaît dans les ornements existe au même degré dans les moulures. Les galbes convexes sont amaigris et les galbes concaves empâtés : ainsi rapprochés d’un contour d’épannelage, les profils deviennent lourds et secs, et
le paraissent d’autant plus que les ornements, modelés à plat, déguisent moins les formes des moulures. L’art de profiler ne se releva qu’au douzième siècle.
De tous les motifs de sculpture, la figure humaine est celui qui laisse le plus à désirer sous le rapport du dessin. Sans parler des images, grossières jusqu’à la sauvagerie, que l’on rencontre dans certaines églises de village, on constate en général beaucoup d’incorrection dans la représentation des personnages. La disproportion des membres, la grosseur des tètes, la brièveté des jambes, la laideur des visages, le modelé brutal des traits, la grandeur des mains aux doigts raides et tous pareils, tels sont les défauts ordinaires de ces figures. Elles sont petites presque toujours et sculptées avec plus ou moins de saillie sur un fond qui fait corps avec elles. Jamais, avant le treizième siècle, elles n’existent isolées, remplaçant des colonnettes contre les ébrasements des portes, ou dressées en haut des murailles : la sculpture lombarde n’est point allée, pour la figure humaine, au delà du haut relief.
Les animaux sont mieux proportionnés que les hommes : toutefois le dessin en est souvent trop peu significatif pour que l’aspect général du corps indique clairement l’espèce; celle-ci se reconnaît surtout parles détails caractéristiques du pelage, de la tête, des pattes et de la queue. Les monstres, les êtres fantastiques, sirènes, griffons, dragons, serpents ailés, etc., ne sont pas moins nombreux que les animaux domestiques ou sauvages, parmi lesquels l’oiseau, le lion, le cheval et l'agneau sont le plus fréquemment mis en scène. Des lions supportent parfois les colonnes des chaires et des porches extérieurs. Ce sont alors des figures isolées, sculptées à plein relief, dont l’exécution était facilitée par la posture accroupie qu’on leur donnait. Ces statues sont, avec quelques autres figures d’animaux, telles que les oiseaux en stuc du ciborium de la basilique ambroisienne et les attributs des Évangélistes, également en stuc, dans le chevet de la même église, les seules que paraisse avoir produit, durant la période lombarde, l’art du centre de la Cisalpine.
Les figures d’hommes et d’animaux se présentent tantôt isolées, tantôt groupées de manière à exprimer des actions. Celles-ci sont très variées. Elles se rapportent soit à des faits de la vie réelle, ayant trait à la guerre, à la chasse, à la pêche, à la musique, à la toilette, à l’exercice d’une profession etc. ; soit à des sujets tirés de l’Écriture sainte : la faute d’Adam et d’Ève, la sacrifice de Caïn et d’Abel, le sacrifice d’ Abraham, Daniel dans la fosse aux lions; soit à des représentations allégoriques : la mort du juste et le salut de son âme, la Justice divine accueillant le juste et repoussant le pécheur; soit à des contes populaires: le loup écolier, le voyage d’Alexandre le Grand aux