CARACTÈRES DU STYLE LOMBARD. — MOSAÏQUES
de Casai, de Crémone, dans les deux églises de Pavie mentionnées plus haut, dans la crypte de Sain l-Savin à Plaisance et dans l’église de Terzagni près Crémone. Un fragment conservé à Ivrée provient probablement de la cathédrale de cette ville.
La disposition générale des pavés en mosaïque est celle d’un tapis rectangulaire précédant l’autel et prolongé parfois jusqu’au fond de la tribune, dans le demi-cercle de l’abside. Assez souvent un grand médaillon circulaire occupe le centre, tandis que le restant de la surface est divisé en compartiments de diverses formes, en bandes, en rectangles, en carrés : parfois le champ du tapis est semé de médaillons. Les cadres sont de simples raies, ou des méandres, dont l’usage fut très fréquent; ou des palmettes, ou encore des guirlandes, des tresses, des entrelacs, pareils aux ornements analogues sculptés dans la pierre.
Les sujets distribués dans les compartiments ont en général une signification précise, historique, symbolique ou allégorique. Souvent ils représentent des faits de l’histoire sainte, tels que: la faute d’Adam et d’Ève (Cath. de Novare); le triomphe de David sur Goliath) Saint-Michel-Majeur à Pavie) ; David roi entouré de musiciens, l’histoire de Judith et d’Holopherne (Sainte-Marie-Majeure à Verceil) ; la victoire d’Abraham sur les rois de Chanaan, le triomphe de Judas Machabée sur Nicanor, l’exploit d’Eléazar, Jonas englouti par la baleine (Cath. de Casai). Sans doute plusieurs de ces actions avaient un sens symbolique. Il en était certainement ainsi pour ce labyrinthe de Saint-Michel-Majeur, emprunté à la mythologie payenne, au centre duquel Thésée tue le Minotaure, figuré par un centaure.
Les allégories sont nombreuses. Tantôt elles sont tirées des Livres saints : — Le paradis représenté par les quatre fleuves (Cath. d’Aoste et de Novare). — Les attributs des Evangélistes (église de Terzagni). — La bête à sept têtes de l’Apocalypse (Cath. de Casai). Tantôtelles consistent dans la représentation de Vertus, deVices ou deSciences :
— Les quatre Vertus cardinales (Saint-Benoît de Polirone). — Le triomphe de la Foi sur la Discorde (Sainte-Marie del popolo à Pavie, Cath. de Crémone). — La Cruauté et l’Impiété se transperçant mutuellement (Cath. de Crémone). — La Philosophie trônant entre l’Arithmétique, la Géométrie, la Dialectique, la Grammaire, la Musique et l’Astronomie1 (Cath. d’Ivrée). Les allégories se rapportent parfois à des contes populaires :
— Duel de Fol (fou) contre Fel (félon), le renard, feignant d’être mort, porté en terre par les poules, avec la légende « ad ïudexdum » (Sainte-Marie-Majeure à Verceil). Men-
1 Les figures de la musique et de l’astronomie n'existent plus.
donnons enfin les Calendriers à figures de Saint-Michel-Majeur à Pavie, de la cathédrale d’Aoste et de la crypte de Saint-Savin à Plaisance. Dans les deux premiers, l’Année assise sur un trône, est entourée des douze mois, figurés chacun par un personnage qui se livre à une occupation caractéristique de la saison qu’il représente. Dans le calendrier d’Aoste, l’année tien!, d’une main, le Soleil, et de l’autre main, la hune. A Plaisance, les signes du Zodiaque accompagnent les personnages allégoriques.
Aces compositions, bien déterminées dans leurs sujets et d’ailleurs presque toujours expliquées par des inscriptions, se joignent des animaux de toute sorte ; les uns réels : le lion, l’éléphant, le dromadaire, l’ours, le paon, les oiseaux, les poissons, le dauphin; les autres fantastiques: la chimère, le dragon, la licorne, le cheval ailé, la sirène, le chien à double tête. On voit, dans la mosaïque du Dôme de Casai, quelquesuns de ces êtres fabuleux à l’existence desquels croyaient l’antiquité et le moyen âge : un Acéphale, un Antipode, un Pygmée combattant une grue. A Saint-Michel de Pavie, une chèvre se tient à califourchon sur un quadrupède, un homme armé d’une massue chevauche un grand oiseau. A la cathédrale de Crémone, un homme à tête d’animal, dénommé centaure, combat un autre homme à longues oreilles, portant des cornes et une queue. Un jeu de mots se rencontre à l’église de Terzagni : cinq mots : sator arepo tenet opéra rotas, écrits l'un au-dessous de l’autre, sont composés de telle sorte qu’on peut les lire verticalement ou horizontalement.
L’énumération précédente montre que les sujets traités dans les pavés en mosaïque sont plus variés et plus significatifs que ceux de la décoration sculptée. Placés dans le chœur, au pied de l'autel, et formant un ensemble développé sur une grande surface, ces ouvrages réclamaient dans leur composition plus de recherche et de science que n’en demandaient des chapiteaux ou des ébrasements de portes. Sans doute les artisans particuliers qui travaillaient à leur exécution étaient plus instruits que les sculpteurs. Sans doute aussi les ecclésiastiques, s’intéressant davantage à ces œuvres, désignèrent parfois les sujets.
Sous le rapport du caractère des ornements, les pavés en mosaïque se partagent en deux classes : les uns, divisés ou encadrés par des raies et des méandres, procèdent de l’art romain ; les autres, où l’on voit des tresses, des entrelacs, des semis d’ornements et de figures d’animaux, dérivent de modèles venus d’Orient. Mais, quelle que soit la manière adoptée, il ne semble pas, selon M. Ernst aus’m Weerth, que l’on ait eu recours, pour l’exécution, à des artistes étrangers.