CARACTÈRES DU STYLE LOMBARD. — MOSAÏQUES
Toutes ces mosaïques de pavement, posées sur une aire maçonnée de structure et d épaisseur variables, sont faites en petits cubes de pierre ou de marbre. On n’y trouve que par exception des plaquettes d’une certaine étendue. Les petits cubes, assez grossièrement taillés, sont de dimensions inégales*. Figures et ornements sont presque toujours dessinés en traits noirs sur un fond blanc : rarement ils se détachent en clair sur un fond sombre. Dans plusieurs mosaïques, les couleurs employées se réduisent au blanc et au noir : les images sont alors seulement dessinées. Ailleurs on a teinté plus ou moins les visages, les vêtements, les animaux, les ornements, les fonds. La mosaïque pavésane de Sainte-Marie del popolo ne renfermait pas moins de quinze espèces de pierre ou de marbre.
Les analogies de style qui existent entre les mosaïques désignées précédemment, les dates certaines de deux d’entre elles et les dates probables de plusieurs autres, déduites de l’âge des monuments qui les contiennent, portent à attribuer ces ouvrages soit au onzième siècle, soit au douzième. Telle est la conclusion à laquelle s’est arrêté M. Ernst aus’m Weerth.
Les seules mosaïques, revêtant des murs ou des voûtes, que nous ayons observées, existent dans l’abside de la basilique ambroisienne.
Celle qui tapisse la muraille (Voy. pl. 52) se divise en deux bandes, dont l’une, placée au-dessous des fenêtres, comprend des figures encadrées, tandis que l’autre, occupant les intervalles de ces fenêtres, renferme des ornements de forme géométrique. Cette mosaïque n’est pas faite, comme les pavages, en petits cubes de pierre ; elle est exécutée en plaquettes de marbre ou de substance vitreuse, taillées suivant les formes des figures ou des parties d’ornements. C’est de 1 ’opus alexandrinum tandis que les pavements consistent en opus vermiculatum.
Quant à la mosaïque revêtant la voûte de l’abside (Voy. pl. 28 et 29), elle est exécutée, comme tous les ouvrages du même genre, en petits cubes de verre coloré. Le fond en est doré. Quelques inscriptions grecques, mal orthographiées, donnent lieu d’admettre que cette mosaïque fut exécutée par des artistes italiens qui copièrent, au moins en partie, des modèles byzantins.
Nous avons vu précédemment que les pavés en mosaïque des églises lombardes sont aussi l’œuvre d’artistes indigènes. L’art de la mosaïque a donc été cultivé sous ses
1 Dans la mosaïque de Saint-Michel-Majeur, le nombre des petits cubes varie de 49 à 169 par décimètre carré ; il est en moyenne d’une soixantaine. Dans la mosaïque de Sainte-Marie del popolo, on compte environ 80 petits cubes par décimètre carré. Brambilla. La basilica di Santa Maria del popolo ed il suo musaico. I’avie, 1876, p. 51 et 56.
différentes formes, au nord de l’Italie, pendant la durée du style lombard. L’influence byzantine y est d’ailleurs plus marquée que dans la sculpture.
l'EiNTuitËs. — Vitraux. — Majoliques. — D’anciennes fresques à personnages existaient autrefois ou subsistent encore, plus ou moins dégradées par le temps, surchargées d’enduits ou altérées par des retouches, à Saint-Fidèle de Côme, à Sainte-Marie del tiglio près Gravedona, à Saint-Pierre de Civate, à l’église et au baptistère de Saint-Vincent près Galliano et en d’autres églises; mais il ne semble pas que ces ouvrages, ou du moins la plupart d’entre eux, remontent au delà du treizième siècle. À Saint- Abondio près Côme, la décoration peinte de la nef se composait surtout de figurations d’appareil (Voy. pl. 76). La restauration des voûtes de Saint-Ambroise de Milan a mis au jour des restes de peinture consistant en quelques ornements très simples, grossièrement tracés sur l’enduit. Des fresques beaucoup plus intéressantes décoraient, dans la même église, les parois de la tribune et formaient, avec des mosaïques et des ornements en stuc, une parure vraiment somptueuse pour l’époque. Nous avons précédemment décrit ces peintures qui, par malheur, n’existent plus, la frise à personnages de l’abside ayant disparu depuis le siècle dernier, et la peinture des murs droits de la tribune, mise à découvert par la restauration de l’église, n’ayant, à tort, pas été conservée. Cette dernière fresque, qui simulait un placage de marbre et de porphyre (Voy. pl. 52), était remarquable par l’ampleur de la composition, par la forme recherchée des ornements et par leur caractère byzantin. On aura sans doute imité les placages de quelqu’une des anciennes basiliques milanaises h
Les observations précédentes ne suffisent point, il s’en faut de beaucoup, pour déterminer le rôle de la peinture décorative dans les églises lombardes et. pour fixer le caractère de cette peinture. Une étude approfondie serait d’autant plus nécessaire que les restes sont peu nombreux, mal conservés et point datés. Ce qu’on peut dire, à défaut d’une pareille étude, qui reste à faire, c’est que la mosaïque ayant été rarement employée ailleurs que dans les pavages, la peinture a dû jouer un rôle important dans la décoration des voûtes et des murailles. On sait que, soit avant, soif après l’ère lombarde, son usage fut très répandu. Mais il ne faudrait point s’exagérer cette importance car l’aspect des maçonneries et en particulier le lissage des joints semblent annoncer
1 La rotonde de Saint-Aquilin était encore, au commencement du dix-septième siècle, décorée de placages et de marbres précieux.
CARACTÈRES DU STYLE LOMBARD. — PEINTURES. — MAJOLIQUES. 495 que 1 application d un enduit n’était pas, en général, pour les monuments lombards, le complément nécessaire de la construction. Les nervures multiples des piliers et les sculptures des chapiteaux composaient souvent une décoration suffisante. La peinture se trouvait alors un objet de luxe, dont l’emploi, motivé dans les voûtes à raison de l’enduit qui les couvrait, ne dut s’étendre que partiellement ou par exception au restant de 1 édifice. C’est seulement dans les églises d’une construction très simple ou d’une exécution grossière qu’il fallait user, pour décorer les parois, d’un revêtement général de peintures ; et c’est en effet dans les monuments de cette espèce qu’on a surtout constaté 1 existence de semblables revêtements. Il y avait sans doute, quant au caractère des compositions et au choix des sujets, beaucoup d’analogie entre les peintures et les mosaïques. Toutefois la facilité d’exécution de la peinture, qui'permit de recourir couramment à son emploi, conduisit à produire en ce genre des ouvrages plus variés, mais aussi d’une valeur plus inégale.
11 n’existe à notre connaissance, dans les églises de style lombard, aucun exemple authentique de vitraux colorés antérieurs au treizième siècle. Les morceaux de verre bleu qu’on a trouvés au pied de l’une des fenêtres murées du chœur de Saint-Abondio près Corne, peuvent ne pas provenir du vitrage primitif.
Beaucoup d’églises lombardes sont ornées à l’extérieur de pièces rondes en terre cuite émaillée, incrustées dans la maçonnerie. Ces majoliques ont la forme d’un plat ou d’une écuellc suivant qu’elles sont plus ou moins creuses ; d’où le nom de ciotole qu’on leur donne vulgairement. Leur diamètre varie entre 0'",20 et 0”,4Û. Elles décorent surtout les façades et les coupoles, et se trouvent non seulement à Pavie et à Milan, mais encore à Bologne, à Ancône, à Pesaro, àPise, etc. Nulle part elles n’existent en aussi grand nombre qu’à Pavie, où presque toutes les églises lombardes en sont abondamment pourvues. (Voy. les planches consacrées à Saint-Michel-Majeur, Saint-Jean in borgo, Saint-Pierre in ciel d'oro, Saint-Théodore, Saint-Lanfrane et Saint-Lazare.) Deux de ces majoliques, fixées sur la coupole de Saint-Théodore sont représentées par les figures VII et VIII de la planche 69. Elles l’emportent par la délicatesse du dessin et le fini de l’exécution sur la plupart des ouvrages du même genre, qui d’ordinaire sont assez rudement peints et vernis. En général, les ornements de couleur brune se détachent sur un fond blanchâtre ; les couleurs vives, le bleu d’azur, le vert, le jaune, le pourpre sont rarement employés.
Selon M. Brambilla, à qui nous devons en partie les renseignements qui précèdent, les majoliques ou ciotole des églises lombardes seraient des pièces de vaisselle, des
ustensiles de luxe, fabriqués dans le pays, donnés par des particuliers pour l’embellissement des édifices sacrés et mis en place pendant la construction de ceux-ci. Cela résulte de la forme de ces poteries, qui désigne leur usage ; des ressources, utilisées de longue date, qu'offrait le pays pour leur fabrication ; de la variété d’aspect et de dimension des ciotole, qui exclut l’idée d’une commande ou d’un choix concerté ; enfin des positions, inaccessibles sans échafaudage, qu’occupent beaucoup de ces plats.
Aussi bien, l’origine italienne des ciotole, et leur attribution à l’époque même de la construction des églises lombardes paraissent maintenant des faits avérés. M. A. Jacquemart s’exprime là-dessus dans les termes suivants’ : « Il est superflu de dire aujourd hui que les commencements du procédé (l’emploi de l’émail d’étain) sont antérieurs de beaucoup au seizième siècle. Dans l’étude si consciencieuse qu’il a faite des anciens disques de faïence incrustés dans les églises d’Italie, M. Drury Fortnum a constaté, contrairement aux fables accréditées de longue date, qu’il ne fallait pas voir dans ces disques les trophées rapportés par les Pisans de leurs excursions contre les Arabes, mais bien une décoration inventée, dans le pays même, par suite de la découverte des procédés de l’émaillerie sur terre cuite. Un seul fragment de l’église de Sainte-Cécile, à Dise, est d origine persane Yoilà donc, du onzième au treizième siècle, la poterie italienne appliquée aux monuments, d’abord avec de simples ornements sur engobe, puis couverte d’émail, et enfin enrichie des reflets métalliques inspirés, prétend-on, par la vue des ouvrages dorés produits par les Maures des îles Baléares. »
Chœurs. — Autels. — Ciborioms. — Chaires1 2 * * 5. — Les restes des anciennes basiliques, trouvés à Côme sous les pavés deSaint-Abondio et de Saint-Fidèle, montrent que primitivement, en Lombardie de même qu’a riome, le chœur, formé d’un espace rectangulaire qu’entourait une clôture basse, s’étendait dans la grande nef. Ainsi disposé, il précédait l’autel. Telle fut aussi, dans les églises lombardes, sa situation ordinaire; mais si, dans quelques-unes, Saint-Ambroise et Saint-Eustorge de Milan, par exemple, il conti-
1 Albert Jacquemart. Histoire de la Céramique. Paris 1875, p. 275 etsuiv.
2 Je dois faire remarquer que les deux plats dessinés sur la pl. 69, et surtout l’un d’entre eux, paraissent d’origine arabe. Mais cela n’infirmerait point l’opinion exprimée par M. Jacquemart, attendu que l’église de Saint-Théodore étant un monument de la période finale du style lombard, il pourrait s’y trouver des faïences de provenance arabe, importées des îles Baléares ou de la Sicile.
Je me contenterai de donner sur ce sujet les renseignements fournis pir les édifices précédemment décrits. Il conve¬
nait de réunir ces informations éparses, sans entrer toutefois, quant au mobilier des églises, dans un examen plus étendu. Cet examen d’ensemble, MM. Rohault de Fleury l’ont entrepris avec une science et un talent hors de pair dans leur bel
ouvrage sur « La messe et ses monuments. »