CARACTÈRES DU STYLE LOMBARD
nua d occuper une partie de la nef, dans la plupart des autres on l’installa sur la tribune. Ce changement fut amené par l’agrandissement de la crypte, qui rendit la tribune assez spacieuse pour contenir à la fois le presbytère, l’autel et le chœur. Les locaux reserves au clergé se trouvèrent par suite rassemblés sur la haute plate-forme qui tenait le fond de l'église. Le chœur fut nettement séparé des nefs et le parapet de la tribune lui servit de chancel.
A défaut, d’exemples bien conservés, offerts par les monuments de la Lombardie, l’église de Saint-Miniat près Florence présente un modèle complet de cette disposition.
Les clôtures lombardes avaient-elles la poutre transversale, dite « trabes », qui, à Saint-Marc de Venise et à Sainte-Marie in valle de Cividale existe encore à l’entrée du chœur , appuyée sur des colonnes? Ces clôtures étaient-elles ordinairement hautes ou basses, pleines ou évidées? Leur disparition laisse le champ libre aux conjectures. Le plus probable est qu on se contenta d’habitude d’un simple appui, parce que, à raison de la situation élevée qu occupait le chœur, il n’en fallait pas davantage pour l’isoler. Remarquons aussi que 1 usage des jubés, qui procède de celui des hautes clôtures, s’est peu développé dans les églises d’Italie.
Le maître-autel était situé d’ordinaire un peu en avant de l’abside, dont l’hémicycle renfermait les gradins ou les sièges, dominés par la cathedra épiscopale, sur lesquels prenaient place les principaux membres du clergé. Un ou plusieurs autels existaient dans la crypte. Il pouvait s’en trouver d’autres en divers points : dans les petites absides, quand elles ne servaient point de sacristies ; dans les galeries hautes, celles des rotondes notamment ; dans les nefs, contre les murs et les piliers ; enlin, disposition particulière aux églises conventuelles, dans l’axe de la grande nef, sur le front du chœur.
Quelques autels se composaient d’une table appuyée sur un tombeau ; mais la plupart d’entre eux, bâtis en maçonnerie, étaient massifs. Us consistaient souvent, dans les petites églises, en un dé presque cubique, surmonté d’une dalle et mesurant 0”, 80 à 1 mètre de largeur sur 0"’,70 à 0ln,80 de profondeur. Les autels les plus riches étaient revêtus par devant, ou même sur les quatre faces, de panneaux en métaux précieux, ornés de bas-reliefs, d’émaux et de gemmes. Tel est le magnifique autel érigé par l’archevêque Ângilbert dans la basilique ambroisienne.
L’autel d’Angilbert est abrité par un baldaquin monumental, dont les quatre
colonnes de porphyre rouge supportent une coupole à pignons, revêtue en dehors
de bas-reliefs en stuc. Un ciborium semblable au précédent, évidemment fait à son
image et, comme lui, 'décoré de stucs, subsiste à Saint-Pierre de Civate. L’église de Saint-Nazaire-Majeur, à Milan, en possédait un du même genre. Le maître-autel de la cathédrale de Modène avait aussi, parait-il, un baldaquin. L’usage des ciboriums était donc assez répandu, si l’on en juge surtout par la présence d’un de ces dais dans la modeste église de Civate. En mainte occasion, le déplacement de l’autel causa la ruine du baldaquin.
Il ne reste plus qu’un petit nombre de chaires à prêcher de l’époque lombarde. Celle de Saint-Ambroise est établie contre un pilier, à mi-longueur environ du vaisseau. Celles de la cathédrale de Modène (il y en avait deux) faisaient saillie sur le front de la tribune. La chaire de Saint-Abondio, disposée en manière de ciborium, surmontait l’autel situé dans la grande nef, vers la moitié de l’église. Ainsi placées, ces différentes chaires étaient attenantes au chœur ; et cette dépendance, conforme à l’usage primitif, fut probablement générale avant le treizième siècle. Les chaires lombardes n’avaient point d’abat-voix. Elles se composaient d’une plate-forme entourée d’un appui et soutenue, soit par des arcades sur colonnes, soit directement par des colonnettes. Elles étaient d’habitude rectangulaires et parfois très développées en longueur ; celle de Saint-Ambroise mesure 2m,20 de largeur sur 5", 50 de longueur. Celle de la cathédrale de Modène était, à ce qu’il semble, encore plus allongée.
Dans les chaires importantes, les colonnettes s’appuyaient fréquemment sur des lions ; et les faces du parapet étaient ornées de bas-reliefs, qui, dans les cathédrales de Parme et de Modène, représentaient des scènes de la Passion. On se contentait, pour les chaires plus modestes, de décorer l’appui avec les attributs des Evangélistes. La tête de l’aigle, saillante au-dessus du parapet, soutenait un pupitre sur lequel on posait le livre des Évangiles. A Saint-Ambroise, les deux images symboliques encore subsistantes sont exécutées en bronze.
Architecture des régions limitrophes de la. Lombardie centrale. — Après avoir résumé les caractères du style lombard tels qu’ils existent dans les édifices du centre de la Lombardie, il reste à examiner les traits particuliers à l’architecture des régions limitrophes, c’est-à-dire de la province de Côme, du Piémont, de l’Émilie et du territoire de Vérone. Dans les monuments de ces régions apparaissent des inlluences artistiques, provenant, soit des contrées les plus voisines, soit de celles moins rapprochées, et parfois lointaines, avec lesquelles s’établirent des relations suivies. Aux