CARACTÈRES DU STYLE LOMBARD. — ÉCOLES LIMITROPHES
variations imputables à des actions étrangères s’ajoutent celles qu’ont produites, dans chaque milieu, les circonstances locales.
Architecture comasque. — L’influence. de l’architecture allemande ou bourguignonne se fait sentir d’une manière très marquée dans les principaux monuments lombards delà province de Corne, tous bâtis après l’an mil. C’est à elle qu’il convient d’attribuer l’incorporation du clocher au corps de l’église, sous la forme, tantôt d’une tour unique appliquée contre la façade, en son milieu, tantôt de deux tours jumelles symétriquement disposées, soit à l’entrée du chœur, soit contre le front de l’édifice de part et d’autre du parvis. La même influence apparaît dans la disposition et dans la structure des porches de Saint-Abondio et de Saint-Jacques. L’église de Saint-Fidèle offre, par son plan cruciforme à trois branches polygonales, par les galeries tournantes des traussepts, par la structure des voûtes et des piliers, par les niches et par les galeries de circulation logées dans la muraille de la grande abside, de frappantes analogies avec les églises rhénanes et notamment avec la rotonde d’Aix-la-Chapelle et Sainte-Marie du Capitole à Cologne. Sa filiation allemande n’est pas douteuse. Quant aux colonnettes du cloître de Piona, elles appartiennent au style ogival primitif de la Bourgogne.
En même temps l’architecture comasque possède plusieurs traits distinctifs qui lui appartiennent en propre. Ce sont : l’emploi constant d’une toiture apparente sur la grande nef, même quand l’église est, comme Saint-Fidèle, complètement voûtée partout ailleurs ; la construction des voûtes concertée en vue de faire immédiatement porter à celles-ci la couverture ; l’usage, dans les nefs du type basilical, de grosses colonnes cylindriques bâties en moellon; l’existence, dans quelques églises, d’une tribune intérieure couvrant, dans la première travée, soit la grande nef seule, soit aussi les bas côtés ; la coutume de loger les petites absides dans l’épaisseur des murailles, en manière de niches, sans les faire paraître au dehors ; la forme généralement simple des supports, la rareté des nervures et des sculptures dans l’intérieur des édifices, et par suite le rôle considérable réservé à la peinture dans la décoration interne ; enfin l’application de matériaux diversement colorés sur les parois extérieures des monuments. Les façades comasques diffèrent d'ailleurs des façades purement lombardes en ce que leur contour se modèle exactement sur le profil transversal de l’édifice ; mais cette forme 11e leur est point particulière ; elle constitue le type général, dont s’écartent les façades de la Lombardie centrale.
En définitive, la province de Côme a été, malgré le proche voisinage de Milan le siège d’nne école d’architecture très originale, dont la physionomie particulière tient pour beaucoup à l’influence exercée par l’art des pays d’outre-monts. On s’explique parles habitudes nomades des artisans comasques que cette influence étrangère ait pu provenir de la Bourgogne et des bords du Rhin, et que, nonobstant la distance, elle se soit produite d’une manière aussi marquée.
Architecture piémoxtaise. — Le Piémont possède plusieurs anciens monuments lombards, d’après lesquels on peut juger que son architecture ne différait pas beaucoup, avant le douzième siècle, de celle du Milanais. Elle se montre en retard sur celte dernière, plus timide dans la disposition et la construction des édifices, plus rude dans leur décoration.
L’influence du roman français apparaît dans quelques églises d’un style avancé. Elle s’v manifeste surtout par l’application à la couverture des nefs de la voûte en berceau avec ou sans arcs-doubleaux. On observe même l'usage du demi-berceau dans les bas côtés. Les archivoltes et les bandeaux sont fréquemment ornés de billettes, et l’on rencontre des fûts de colonnes munis de bagues. Cette influence exercée par l’architecture d’outre-monts s’est d’ailleurs continuée après le douzième siècle, témoin les slatues d'un style si purement français du portail de l’église de Vezzolano en Montferrat ; l’architecture de Saint-André de Verceil, si fort empreinte du caractère de l’art ogival ; et, pouvons-nous ajouter, les portes frontales de la cathédrale de Gênes, où le gothique français du treizième siècle a laissé des marques significatives1.
Architecture de l Emilie. — Déjà dans la cathédrale de Parme apparaissent quelques traits étrangers au style purement lombard, tels que la présence sur la façade de plusieurs étages d’arcatures profondes soutenues par des colonnettes, et l’emploi, en divers points des parois extérieures, de l’arcade appliquée retombant sur des bandes murales. Mais les caractères particuliers à l’architecture de l’Emilie sont mieux développés dans la région orientale de cette province, à Modène, à Ferrare, à Bologne. L’art toscan fait nettement sentir son action dans la cathédrale de Modène, dont les dispositions ressemblent beaucoup à celles de l’église florentine de Saint-Miniat,
1. La cathédrale de Milan, fondée en 1336, se rattacherait aussi, parait-il, par son plan primitif, à l’art ogival français. Voir à ce sujet l’article déjà cité « Il duomo », publié par M. Boito dans l’ouvrage paru à Milan, en 1881, sous le titre « Mediolanum ».